AFFAIBLISSEMENT DE I.AUTORITK TURQUE
outre, des pièces furent braquées à l'entrée de toutes les rues donnant sur la Kasba, afin de repousser une sortie facile à prévoir. Les maisons consulaires reçurent non seulement la colonie de leurs nationaux, mais un grand nombre d'israëlites, et les consuls furent autorisés à se garder militairement.
Le feu, ayant été ouvert, produisit bientôt des elîets considérables, surtout celui de la batterie française qui fit dans le mur une large brèche. Peu à peu, le tir des assiégés s'éteignit et cessa complètement vers le soir. Dans la nuit du 31 août au l*r septembre, 1,200 rebelles, avec le bey qu'ils avaient élu, parvinrent à sortir de la Kasba et à gagner la campagne ; d'autres se laissèrent glisser individuellement des remparts et cherchèrent un refuge en ville, ou dans les faubourgs. Au matin, il en restait dans la Kasba 1,300 environ, qui mirent bas les armes. La révolte était domptée. Mais le bey fut inexorable : les fugitifs furent recherchés dans leurs retraites et impitoyablement mis à mort, tandis qu'un corps de cavalerie était lancé à la poursuite des 1,200 Yoldach qui avaient gagné la campagne, espérant atteindre Tabarka et y prendre la mer. Rejoints par la cavalerie, ils combattirent avec l'énergie du désespoir en faisant supporter à leurs ennemis de dures pertes. Lorsque la moitié de l'effectif fut tué, le reste se rendit ; mais, sur les ordres exprès du bey, ces malheureux furent massacrés. Dès lors, l'influence des Yoldach cessa d'être prépondérante et la dynastie beylicale régnante, un instant menacée dans son existence, vit sa situation raffermie par l'échec de ses adversaires
Nouvelles attaques dbs Algériens contre la Tunisie. Révolte
GÉNÉRALE DU IloDNA, DE LA MeDJANA ET DES HaUTS-PlaTEAUX.
Cependant, les relationsdeTunisavec Alger étaient toujours tendues et il est certain que, si le dey n'avait pas été absorbé par les difficultés auxquelles il avait à faire face, les hostilités auraient commencé déjà. Dans cette prévision, les troupes tunisiennes gardaient la frontière et on avait mis en état les défenses et fortifications du côté de la mer. Vers la fin de juillet 1812, l'escadre algérienne se présenta devant Tunis cl l'amiral qui la commandait entra en pourparlers avec Hammouda, l'invitant à reconnaître la suzeraineté du dey d'Alger, s'il ne voulait voir établir un blocus rigoureux de sa capitale. Cette fois, le bey ne se montra pas intraitable et, tout en maintenant son indépendance, offrit d'envoyer à Alger un
1. Rousseau, Annales Tunisiennes, p. 271 et suiv. — Marcel, Tunis (lue. cit., p. 199 et suiv ).
482 HISTOIRE DE I.'aFRIQIE
bateau chargé d'huile, destinée, selon la demande de l'amiral, au services des mosquées de cette ville, ce qui changeait le caractère du tribut.
Il y eut donc tentative de rapprochement ; mais, vers la fin de l'année, la rupture éclata de nouveau, ce qui était à prévoir avec un esprit aussi fantasque que celui du dey, et l'on se prépara à la guerre pour le printemps. Cependant, tout se borna, en 1813, a une vaine démonstration de la Hotte algérienne devant la Goulette, dans les premiers jours d'août. Accueillis par le feu des batteries formidables de la côte, les navires d'Alger s'empressèrent de prendre le large.
C'était un succès pour les Tunisiens; afin de le compléter, le premier ministre du bey, Youssof, garde du sceau, alla prendre le commandement des troupes de la frontière, et envahit la province de Constnntine. Aussitôt, Nâmanc-bcy accourut avec toutes les troupes disponibles et força les Tunisiens à rentrer dans- leurs limites. Omar-ag a arrivé d'Alger, sur ces entrefaites, prit le commandement des troupes et, de concert avec Nàmane, mil le siège devant le Kef. Mais il n'obtint aucun succès; après avoir éprouvé des pertes sensibles, Omar se décida à lever le siège et à rentrera Alger. L'ne mésintelligence profonde s'était manifestée entre lui et Nâmane-bey, pendant celle malheureuse campagne; aussi, lorsque l'armée algérienne, au passage des Bibane, vit son arrière-garde attaquée traîtreusement par les Kabiles, laga n'hésila-l-il pas a accuser de ce guel-apens le bey de Constantine et les chefs arabes. Comme représailles, il lit décapiter un certain nombre de ces derniers, ainsi que 2l>) Kabiles dont il avait pu s'emparer.
Les Bou-Heunane, branche des Mokrani de la Medjana, paraissent avoir joué un vilain rôle dans cette affaire. Depuis quelques années, les haines séculaires qui divisaient les trois branches de cette famille avaient pris un caractère d'acuité extrême ; afin d'atténuer le manque de sécurité résultant de leurs luttes incessantes, les Turcs avaient rétabli le poste de Bordj-.Mcdjana charge de protéger la route. Eu 1808, les Ben-Guendouz, surpris par les deux autres branches, de connivence avec le commandant du fort turc, avaient été massacrés. Ben-Abd-Allah Mokrani, chef de la branche des Oulad-oMIadj, g.irda alors le commandement de la tribu ; mais, à la fin du règne de Tobbal-bey, il était en révolte, et luttait avec succès contre les Turcs de Constantine, appuyés par les deux autres branches des Mokrani, les Bou-Rennane et Ben- Guendou7. Nûmane-bey, a son avènement (février 181 1), conclut la paix avec Ben-Abd-Allah ; cela eut pour effet de lui aliéner les
AFFAIBLISSEMENT PB i/aUTORITK Tt'RQl'E (1813)
fractions rivales, qui se préparèrent à prendre leur revanche. Dans le courant de Tannée 1K12, elles vinrent, soutenues par les Hachem et les Mezita, attaquer les Turcs et les Oulad-cl Hadj, établis auprès d eux à Medjana. Mais on les attendait de pied ferme et, après une lutte acharnée dont nous ne suivrons pas les péripéties, les assaillants furent déCnitivement repoussés. Ils durent même abandonner leur camp de Zenouna et laisser sur le terrain leurs plus braves guerriers.
DÉFA1TB DL" BEY DE MÉuÉa PAR LES 0. MaDI. NaMANE-BEY EST MIS A MORT A MeCILA ET REMPLACE PAR TcHAKER-îlEY' . Quelque
temps après, une colonne turque, envoyée par le bey de Conslantine dans la vallée de l'Ouad-Sahcl, afin de détruire une bande de brigands commandée par des Mokrani de la branche religieuse de Sidi-Belteka, se laissa entraîner dans une gorge où les Kabiles l'entourèrent et lui tuèrent 195 hommes. Vers le même temps (fin décembre 1813), Djafer', bey de Médéa, qui venait d'exécuter une expédition assez malheureuse contre I/Ar'ouate, pensa trouver une compensation en effectuant une razia sur les Oulad-Mûdi du Hodna; mais, après avoir razié les Adaoura et Oulad-Selama, il fut complètement défait par les Oulad-Màdi et rentra, presque seul, à Médéa, après avoir perdu 22 Zcbanlôle tués, sur les 5!) qu'il avait emmenés ; les autres rentrèrent individuellement, dépouillés, même de leurs vêtements.
Dès lors, la révolte s'étendit de la vallée de l'Ouad-Sahel à Bou- Saada et de Bou-Aréridj a Médéa. L'ag'a Omar, bien résolu à perdre Nàmane-bey, en profita pour redoubler d'instances auprès du dey et parvint à lui arracher l'ordre fatal. A cet effet, le bey de l'Est fut invité à se porter au plus vile dans le Hodna, avec les forces qu'il pourrait réunir, l'n corps, envoyé d'Alger, devait le rejoindre à Bou-Saada. Omar-ag'a commandait lui-même cette colonne, qui passa par le col des Beni-Aïeha et l isser ; mais son avant-garde, commandée par Mohammed-Ben-Kanoun, fut attaquée par les Flissa ; après une lutte acharnée et meurtrière, sur le territoire des Bcni-Khalfoun, les survivants parvinrent à se réfugier à Bordj-Menaïel, où Ben-Kanoun groupa de nouveaux adhérents et parvint à repousser les Flissa qui l'y avaient suivi. Omarag'a vint le débloquer et put continuer sa route, par les Bcni- Khalfoun.
Parti de Constantine en toute hâte, Nâmane ne tarda pas à