Ce bey est appelé Djellal dans certaines chroniques
HISTOIRE DE l'aFKIQLE
atteindre les environs de Mecila, d'où il envoya son fils, avec des présents, à la rencontre des troupes d'Alger. Mais le malheureux jeune homme tomba dans une embuscade des rebelles et péril avec toute son escorte. Cependant, les deux colonnes arrivèrent à llou-Saada et commencèrent, chacune de son coté, les opérations, dans les montagnes environnantes, où elles furent assaillies par des tourmentes de neige. Le bey donna alors l'ordre de se replier sur Mecila ; mais, le lendemain de son arrivée, il fut arrêté et étranglé par ordre de l'ag'a. On l'enterra dans la mosquée de Bou-Djemhne. à Mecila (mars 18H).
Un Turc ambitieux du nom de M'hammed-Tehaker, originaire de Smyrne, qui avait été l'âme de cette longue et ténébreuse intrigue, recueillit la succession du bey de l'Est. Omar-ag'a, son ami, le revêtit lui-même du Caftan d'honneur et Mecila fut le théâtre de fêtes données à cette occasion ; puis, l'armée algérienne prit la route du nord-ouest, tandis que Tckakcr se rendait à Constautine, où son premier soin fut de placer sous séquestre tous les biens de la famille de Nâmane. Le nouveau bey, qui ne cachait pas ses sentiments de haine pour tout ce qui n'était pas turc, avait été reçu assez froidement par les Conslantinois, dont Nâmane-bey mérita la reconnaissance et les regrets. C'était un homme de soixante ans, alTectanl une grande négligence,' de tenue, et paraissant n'avoir conservé qu'une passion, celle de verser le sang ; aussi préluda-t-il par des exécutions cl des supplices qui terrifièrent le pays 1 .
Anarchie générale a Alger et dans la province. Massacbb
DES MoKRANI l'AR TciIAKER-BEY . ASSASSINAT d'El-HaDJ- Al|. OmaI
ag'a le remplace. — Cependant, à Alger, le vieux dey Iladj-.Ali achevait son règne dans les plus honteuses débauches, et l'on ne comprend pas que cet état ait pu être livré durant si longtemps aux caprices d'un tel fou. Ce furent, du reste, les excès de ces derniers représentants du gouvernement de l'Odjak, qui préparèrent et rendirent inévitable son renversement. La campagne de Hussie, les dernières guerres de l'empire, et enfin la chute de Napoléon retardèrent de quelques années cette solution.
Vers 1813, le dey avait déclaré la guerre aux Etals-Unis d'Amérique et expulsé leur consul ; peu après, un capidji de la Porte,
1. Vaysscttes, Hist. des Iieys, p. 514 et suiv. — Feraud, Les Oulad Mokrane, p. 281 el suiv. — Fedcnuaiin et Aucapilaine, Iieylik de Tileri (Revue af'ric, n" 52, p. 293 et suiv.). — Rousseau, Annales Tunisiennts, p. 22i et suiv. — Marcel, Tunis (lor. cit.), p. 200 et suiv.
AFFAIBLISSEMENT DE l'aI-TORJTÉ TlHQt'F. (181 4)
venu avec la mission spéciale d'obtenir la cessation des hostilités entre l'Algérie et la Tunisie, n'avait obtenu que celte réponse : « Ao/m sommes les maîtres chez nous et nous n'avons d'ordres à recevoir de personne ! •> Il avait dû se retirer, r.on sans avoir entendu force injures et menaces. La révolte continuait en Kabilie, et les Flissa ne cessaient de porter le ravage dans la plaine de la Mitidja. Les Oulad Naïl et la partie sud du bevlik de Titeri étaient toujours en insurrection, malgré la mise à mort du bey Djafer, et son remplacement par Ibraliim-Sabr. Sur ces entrefaites, on apprit la chute de Napoléon (G juillet 1814;, et un brick de guerre vint à Alger, notifier la restauration des Bourbons et demander la ratification des traités antérieurs. Les héritiers Bacri, alors en bonne intelligence avec le dey, meurtrier de leur chef, profitèrent de cette occasion pour réclamer le règlement de leur créance, et, comme Dubois-Thainvillc n'avait pas reçu d'instructions précises au sujet de celte réclamation, appuyée énergiquement par El- Hadj-Ali, le consul jugea nécessaire de se retirer ; il s'embarqua le 19 octobre.
La situation était, comme on le voit, fort précaire à Alger. De plus, on parlait toujours de reprendre les hostilités contre la Tunisie, car le bey Hammouda venait de mourir; mais cela ne souriait nullement aux Voldach. Ils étaient très décidés à se débarrasser du dey et sollicitaient en vain Omar-ag'a de prendre le pouvoir.
A Constantine, Tchaker-bey effectua sa première campagne a la tin de l'automne de cette même année 1814. Il s'avança jusque dans la Medjana, abandonnant â chacune de ses stations de malheureux indigènes le ventre ouvert et qu'on laissait mourir en cet état. Les Mokrani avaient été convoqués par lui près de Bou- Aréridj, sous le prétexte de régler les affaires du pays. La branche des Bou-Hennanc, ses anciens complices qu'il avait revêtus du commandement, s'avança la première pour la cérémonie du baisemain. Aussitôt, sur un signe du bey. on les saisit et on les décapita. L'n seul d'entre eux échappa â ce massacre en fuyant sur un cheval nu et sans bride ; huit tètes étaient tombées, elles furent expédiées à Constantine et promenées ignominieusement dans la ville. Tchaker voulut ensuite fondre sur le campement des autres Mokrani ; mais ceux-ci avaient eu le temps de se mettre en défense à Draacl-Melnane, où ils luttèrent courageusement contre les Turcs, tandis que les femmes, les enfants et les troupeaux, trouvaient un refuge assuré dans les montagnes. Le bey ne relira donc pas de cette expédition les avantages matériels qu'il en attendait. Quant à la Medjana. elle demeura livrée à l'anarchie, comme la
route d'Alger restait abandonnée aux brigands et aux caprices des populations voisines.
Ces nouvelles n'étaient pas faites pour calmer l'irritation à Alger. Enfermé dans son palais avec ses mignons, le dey semblait devenu insensible à tout ce qui se passait à l'extérieur. Enfin, le "2'2 mars 1815, on apprit qu'il venait d'être étranglé par un jeune nègre, son favori. L'assassin avait été tué sur place et un groupe s'était empressé de proclamer le Khaznadji Mohammed qui, pculêlre, n'avait pas été étranger au meurtre d'El-Hadj-Ali. Le nouveau dey ayant eu la malencontreuse idée d'ordonner le recensement de la milice, très nombreuse sur les contrôles et les états de solde, mais dont la plupart des membres demeuraient introuvables lor-qu'il fallait partir en expédition, cette mesure provoqua une révolte immédiate dos intéressés qui se saisirent du dey, le jetèrent en prison et l'étranglèrent le 7 avril. 11 avait régné une quinzaine de jours. Omar-ag'a se décida enfin à accepter le pouvoir, qu'il refusait depuis si longtemps. 11 se trouvait alors en Kabilie, occupé à châtier les Bcni-Khalfoun qui l'avaient trahi, lors de son passage, et il faisait construire le pont de Bcn-Henni sur Tisser ; il partit pour Alger, alin de prendre en main la direction des affaires, sans avoir obtenu la soumission des Flissa'.
Mort de IIammoida-hkv a Tinis. Cocrt règne de son frère Otiimane. Avènement de Si Maiimoid, ciiek de la branche AistE.
— Nous avons parlé plus haut de la mort de Ilammouda bey. Cet événement survint à Tunis, le 15 septembre 181 1, à la fin du jeûne du Ramadan, et alors que le bey, entouré de personnes de confiance, se reposait sur un divan, dans la salle de justice, en préparant la féle du lendemain. Après avoir demandé une pipe cl une tasse de café, il mourut subitement et le public ne manqua pas d'attribuer son décès au poison. Il était âgé de 57 ans et régnait depuis 32 années. Bien que doué d'une intelligence médiocre, il rendit certainement des services appréciables à la Tunisie, pendant son long règne.
La mort du bey ouvrit la porte aux compétitions ; la branche aînée de la famille, écartée du trône par Ali-Bcv, avait alors à sa tôle les princes Mahmoud et Ismaïl, cousins de Ilammouda. Chacun s'attendait à voir Mahmoud, précédemment frustré de ses
1. De Graminont, llist. d'Alger, p. 372 et suiv. — Féraud, les Mokrani, p. 287 et suiv. — Vayssettes. Itist. des tiers, p. 525 et suit.
— Robin, Les Ben-Xtimoun (Revue afric, n<> 109, p. 32 et suiv ).
AFFAÎIU.1SSBMFNT DE i/aI'TOHITK TURQl'B (1814) 1*7
droits, s'emparer du pouvoir ; mais il s'en désista et pressa son cousin Othmane, frère du bcy défunt, et plus jeune que celui-ci, de monter sur le trône ; ce ne fut pas sans peine qu'il l'y décida. L'enterrement do Hammouda eut lieu le 10, et la séance d'inauguration d'Othmane le lendemain. C'était un homme de 52 ans, de santé précaire, de caractère doux et son avènemenl paraît avoir été assez bien accueilli.
Or, le désistement de Mahmoud n'était qu'une feinte destinée à assurer la réussite de ses projets. Peut-être comptait-il sur la maladie pour le débarrasser de son cousin ; en tout cas, ses intentions ne tardèrent pas à être découvertes par les princes Salah et Ali, fils d'Othmane, qui, dès ce moment, cherchèrent un prétexte pour le perdre. Mahmoud se décida alors, de concert avec ses deux fils, Housseïn et Moustafa, à employer la violence pour se rendre maître du trône. Dans la nuit du 20 au 21 décembre 181 i, après avoir fait placer à tous les postes des Mamlouks dévoués, il pénétra dans l'appartement du vieux bey malade. Sur un signe, les assassins s'avancèrent et, après une courte résistance, le mirent à mort. Les officiers connus pour leur dévouement à Othmane subirent le même sort.
LTn Napolitain du nom de Mariano Slinca, qui, d'esclave, était devenu le favori et, enfin, le ministre du bey Hammouda, auquel il avait donné de grandes preuves de dévouement, fut placé pev Mahmoud à la garde du trésor ; mais, dans le trouble qui suivit ces événements, le garde du sceau, Youssof, qui nourrissait contre lui des sentiments de haine, poussa le prince Ismaïl, frère du bcy, à le faire décapiter.
Cependant. Si Salah et Si Ali, lils du bey Othmane, s'étaient empressés, après le meurtre de leur père, de monter â cheval et de courir vers la Kasba, dans l'espoir d'v organiser la résistance ; mais, devant l'attitude de la population, ils abandonnèrent ce projet, se rendirent â la marine, détachèrent une barque et à force «le rames, atteignirent la Goulette avant que les nouvelles y fussent parvenues. L'oflicier qui y commandait devina néanmoins ce qui s'était passé et, tout en paraissant entrer dans les vues îles fugitifs, qui ne demandaient qu'a monter sur un bateau en partance, il sut les retenir, jusqu'à ce qu'il eût reçu des renseignements précis. Ce fut le prince Housseïn qui les apporta en personne. A sa vue. les fils d'Othmane se jetèrent dans le canal ; mais on les en retira malgré leur résistance et on les décapita sous les yeux de leur cousin. Avec eux s'éteignit la branche cadette. Cependant, une femme d'Othmane, alors enceinte, devait mettre au monde un fils, qui fut détenu pendant de longues années au Hardo.
IIISTOIHB DE l'aFRIQUE
Sicii Mahmoud restait ainsi seul maître du pouvoir. C'était un grand ami de la France et son premier soin fut de demander le retour du consul Devoi/e'.
Maroc : suite du rkgnk de Moulaï-Si.imane. — Nous avons, depuis bien longtemps, perdu de vue le Mag'rcb, retenus par l'importance ininterrompue des faits dont l'Algérie et la Tunisie ont été le théâtre. Disons aussi que les documents précis et détaillés sur le Maroc nous manquent, car le Tordjeman s'arrête en 1 H 1 1 . Nous devrons, eu conséquence, nous borner au simple résumé des événements principaux : trop heureux de pouvoir en donner une analyse et des dates exactes.
Resté seul maître du pouvoir, Moulaï-Slimane, qui était un véritable politique, s'attacha, ainsi que nous l'avons vu, au rétablissement de l'unité de l'empire. Les brigands infestaient les chemins, les tribus remuantes avaient recouvré leur indépendance: il les combattit, fit disparaître les coupeurs déroute et contraignit les peuplades rebelles à la soumission. La haute vallée de la Moulouia demeurait livrée aux brigandages des Aït-Idracen. En 1803, le sultan y conduisit une expédition, enleva à ces indigènes leurs troupeaux, et les força à chercher un refuge chez leurs alliés les Beni-Meguellid. Puis, il confia au gouverneur du Sahara, Dahmane-cs-Soueïdi, la mission de pacifier les provinces méridionales et, dans une brillante campagne, cet officier rétablit l'autorité du sultan sur Sidjilmassa, le Derâa et toutes les régions adjacentes. Le Sous et le Haha restaient à soumettre: en 1805, Moulaï-Slimane se rendit à Maroc, d'où il lança deux colonnes dans ces provinces, puis il s'avança jusqu'à Mog'ador, où il passa quelque temps, recevant les députations et nommant partout des chefs éprouvés.
4vn 1800. un officier du sultan alla reprendre possession de l'oasis de Figuig, et y rétablit les Abid, dont la colonie avait été primitivement installée par Moulaï-Ismaïl. Deux ans plus tard, Slimane dirigea, lui-même, une expédition heureuse dans le Touat et le Gourara (1808). A son retour, il réduisit les Aït-Malou et Aït-Isri, ces indociles lîerbères, toujours en état de révolte et impatient* de tout joug. Kn 1810, le Rif fut enfin soumis ; mais l'année suivante, les Aït-Malou entrèrent, de nouveau, en lutte contre les Aït-Idracen et la révolte ne tarda pas à redevenir générale dans les
1. Rousseau, Annales Tunisirnries, p. 29 el suit. — Marcel, Tunis, p. 201 et suiv.
ICVÉNHMEXTS DU MAROC (1814) . 489
régions de l'Kst. Ine première armée impériale envoyée contre eux fut défaite et le sultan, qui s'était avancé à son secours, se trouva dans une situation critique. Cependant il put se dégager ; mais la victoire resta aux rebelles cl le Rif secoua de nouveau l'autorité de Moulaï-Slimane.
Au milieu de toutes ces guerres, le sultan entretenait de bonnes relations avec les nations européennes, surtout la France. Aussi, malgré les conséquences de la bataille de Trafalgar (1805), qui établit la prépondérance de l'Angleterre au Maroc, Moulaï-Slimane envoya, en 1807, un ambassadeur à Napoléon pour le féliciter de son avènement et, l'année suivante, le capitaine Burel fut chargé par l'empereur de complimenter le sultan et de tâcher d'obtenir de lui la fermeture de ses ports aux Anglais; mais cette mission échoua par la faute du consul d'Ornano, dit-on.
Kn 1810, le Sous échappa encore au sultan; un cherif, Sidi Ilecham-ben-Moussa, le constitua en royaume indépendant sous son autorité. Quant à Moulaï-Slimane, il luttait dans le Rif et parvint, non sans peine, â en obtenir la soumission (181 2;'.
I. Tordjemane, p. tOif et suiv. du texte arabe, p. 102 et suiv. de la trad. — Abbé Godard, Maroc, p. 576 et suiv.