CHAPITRE XXIX
LES NATIONS ElItOPÉEN.NES SE.NTKNUENT l'oUK METTRE FIN
A LA MHATEHIE
18 15-1 SCO
Les Ktats-I nis imposent ù Alger un traité humiliant. Lord K\in«nith o>ntraint Alger, Tunis cl Tripoli à accepter «le- condition» analogue». It<\«>lle à Tunis. — Lord Exmoulli est envoyé h. Alger pour obtenir des satisfaction* plus complètes, t'ne escadre hollandaise se joint à la sienne. — Attaque et destruction des batteries et de la flotte d'Alger par le-, forces combinées d'Angleterre et de Hollande. Soumissiondu dey. — -f'onséquence» de la croisière de lord Exmouth. L'ruaulés de Tchaker-hey dans la province de Constantine. Kara-H n'li est mis à mort et remplacé par Hassan comme hey d'Oran. — Assassinat du dey Omar. Il est remplacé par Ali-Khoudja. Destitution et mort de Tchaker, hey de lionstanline. — Suppression de l'esclavage en Tunisie. Paix entre celte régence et l'Algérie. — .Mort du dey Ali-Khoudja. Il est remplacé par Hous-eïn. Situation de l'odjak d'Alger. - Luttes de Hoiisseïn-bey pour rétablir la paix. Événements de la Kabilie et de la province de (]on-lanline. — Lue escadre anglo-française vient signitier aux barbaresques la décision du congrès interdisant la course et l'esclavage.
Les Etats-Unis imposent a Aloer un traité humiliant. Lord
KxMOt TH CONTRAINT Al.GKH, TUNIS ET TrIPOLI A ACCEPTER RES
conditions analogi es. Révolte a Tunis. — A peine le nouveau dey, Omar, avait-il pris en main l'autorité, qu'on reçut, à Alger, la nouvelle; de l'arrivée dans la Méditerranée d'une division navale des Etals-Unis, sous les ordres du commodore Decatur, chargé d'exiger toutes satisfactions pour les dernières insultes faites à sa nation et d'obtenir, en outre, la mise en liberté des prisonniers et la suppression du tribut et du droit de visite. Cette escadre rencontra, le 17 juin 1*15, la llotille algérienne commandée par le rets Hamidou, montant une frégate de 10 canons. Aussitôt on ouvrit le feu de part et d'autre ; mais le reïs Hamidou ayant été tué, la frégate tomba au pouvoir des Américains qui s'emparèrent, deux jours plus tard, d'un brick de 22 canons, et vinrent mouiller, le 21 juin, dans la rade d'Alger. La mort du vaillant reïs, la force des Américains, décidèrent le dey et le diwan à traiter; ils accor-
ENTENTE POl'R EMPÊCHER LA PIRATERIE (1815)
dèrcnt ce qu'on exigea d'eux, et signèrent le traité (7 juillet). Quelque temps auparavant, Dubois-Thainville était venu, afin de reprendre, pendant les Cent-Jours, le consulat pour le gouvernement de l'empereur ; mais le dey, exigeant le règlement préalable de la dette Baeri, avait refusé de le recevoir. Après la seconde restauration, M. Dcval arriva â Alger, comme représentant du roi de France, et fut reçu sans difficultés.
L'abandon, si facilement consenti aux Américains, de privilèges que les Algériens se plaisaient à considérer comme des droits, avait profondément irrité les esprits contre le dey. Il fallait une revanche et Omar espéra en trouver les éléments en adressant au bey de Tunis un ultimatum. Ainsi, au moment où les relations entre les deux régences commençaient à reprendre un caractère pacifique, la Tunisie était sommée de reconnaître la suzeraineté d'Alger, de servir toutes les redevances, de payer les sommes ducs de ce chef, et de détruire les fortifications du Kef. On devine facilement quel accueil fut fait par le nouveau bey à de semblables exigences. Il refusa fièrement de les examiner et fit dire au dey de se préparer à la guerre.
La flotte tunisienne était armée et en bon état. Mahmoud -bey confia le commandement de huit navires à des capitaines éprouvés, et, plaçant cette escadre sous la direction de Moustafa-Keïs, l'envoya opérer sur les côtes d'Italie, en attendant qu'elle pût se mesurer avec la flotte algérienne. Pendant plus d'un mois, Moustafa tint la mer, cherchant une occasion favorable ; enfin, il aborda dans la baie de Palma, en Sardaigne, débarqua son monde, et tenta de profiler de la terreur produite par cette surprise pour opérer une fructueuse r'azia sur l'île de Saint-Antioche; mais il rencontra une résistance acharnée et fut forcé de se rembarquer après avoir perdu environ 150 hommes. Comme compensation, les reïs emmenèrent 158 captifs et, parmi eux, la fille du commandant du fort, lequel avait été tué en luttant contre les pirates (octobre 1815).
Cette nouvelle violation du droit des gens eut, en Kurope, un grand retentissement. Les puissances réunies au congres de Vienne décidèrent qu'il y avait lieu d'en finir avec les incorrigibles corsaires de Berbérie et que l'esclavage chrétien ne devait plus être toléré sur cette rive de la Méditerranée. L'Angleterre se chargea d'exécuter cette décision et reçut comme récompense anticipée le protectorat des îles Ioniennes. Le cabinet de Saint- James donna à lord Kxmouth la mission de conduire dans la Méditerranée la flotte anglaise, afin d'obtenir des puissances barbaresques la mise en liberté des esclaves ionniens, devenus sujets
HISTOIRE PF. L'AFRIQUE
britanniques, de signer d'avantageux traités, et de régler les affaires de Sardaigne et de Naples, en stipulant au nom de ces royaumes. Les instructions, on le voit, ne visaient que l'intérêt de l'Angleterre ; de plus elles ne contenaient pas l'ordre formel d'attaquer, en cas de refus.
Au commencement de l'année 1H10, lord Kxmouth amena dans la Méditerranée une puissante flotte de guerre et, s'élant rendu à Livourne, envoya le capitaine Warde, avec le llwtcrer, reconnaître soigneusement le port d'Alger et ses défenses. Muni de renseignements habilement obtenus par cet officier, il fit voile pour Mahon, où il arriva vers la lin de février. Mouillé devant Alger dans les premiers jours de mars, lord Kxmouth obtint sans dilliculté la libération des esclaves ionniens et la conclusion de la paix entre la Régence, Naples et la Sardaigne. Les esclaves de ces deux nations devaient êlre libérés à raison d'une rançon de 2,500 francs par tête, pour la première, et de 1,500, pour la seconde. De là, la flotte anglaise fit voile pour Tunis, où elle jeta l'ancre le 11 avril. Le 12, l'amiral fut reçu au Bardo parle bey; il lui réclama la mise en liberté des captifs sardes et napolitains et ajouta, qu'en raison d'instructions nouvellement reçues d'Angleterre, il devait contraindre, même par la force, les puissances barbaresques à cesser toute participation à la course et à ses bénéfices.
Mahmoud-bey refusa d'abord de souscrire aux exigences de l'amiral anglais, mais, devant l'attitude énergique de celui-ci et les mesures prises pour le bombardement de la (îoulette, il se résigna à céder; le 17, lord Kxmouth signa, au Bardo, le traité de paix au nom de Naples et de la Sardaigne, avec celte conséquence: la mise en liberté des captifs de ces nations, sans rançon pour ceux de la dernière. Il obtint en outre du bey l'engagement écrit de supprimer l'esclavage chrétien dans ses états. Le 23, la flotte anglaise leva l'ancre et se rendit à Tripoli où l'amiral arriva aux mêmes résultats.
Pendant ce temps, la révolte éclatait à Tunis, car, en pays musulman, des blessures d'amour-propre, comme celle que la Régence venait d'éprouver, sans parler des préjudices matériels en résultant, ne se pardonnent pas. Les promoteurs étaient encore des Turcs, au nombre de 20 ), qui voulaient remplacer Mahmourl par son frère Ismaïl. Chassés de Tunis, ils se rendirent, par ruso. maîtres de la Goulette, mirent en liberté les forçats et se préparèrent à une défense désespérée ou à une destruction complète Je celte petite ville par le feu. Mais l'arrivée inopinée d'une frégate anglaise modifia leurs plans et ils allèrent s'embarquer sur cinq
ENTENTE l'OL'll EMPÊCHER LA l'IHATERIE (1816)
bateaux corsaires se trouvant dans le port, en emmenant avec eux quelques fonctionnaires comme otages (1 et 2 mai). Le bey ne larda pas achever de dompter celle sédition, dont les fauteurs furent mis a mort. Peu après, il reçut de Conslanlinople, par un capidji qui avait élé arrêté et retenu par les Napolitains dans le port de Syracuse, le Caftan d'honneur envoyé par le sultan. Le prince Iloussein fut reconnu, en même temps, comme héritier présomptif, et le prince Moustafa, comme bey du camp'.
Lord Exmouth est renvoyé a Alger pour obtenir des satisfactions plus complètes. Une escadre hollandaise se joint a la sienne.
— A son retour de Tripoli, lord Exmouth s'arrêta à Alger et voulut compléter son œuvre, en obligeant le dey à accepter la clause relative à la cessation de la course et à l'interdiction de conserver des esclaves chrétiens. Mais Omar accueillit fort mal cette prétention et protesta qu'il lutterait jusqu'à la mort plutôt que de se soumettre à une humiliation semblable. La nouvelle, s'en étant répandue parmi la population, provoqua une émeute dans laquelle les officiers anglais alors à terre furent fortement malmenés. L'amiral avait menacé d'ouvrir le feu, mais il essaya encore de traiter et n'aboutit qu'à se faire berner; puis, lorsqu'il voulut agir, le vent se trouva contraire, et il dut se décider à lever l'ancre, en se contentant de la promesse faile par le dey, d'envoyer à Conslanlinople un ambassadeur qui irait ensuite en Angleterre traiter la question.
L'opinion publique fut profondément émue, en Europe, des satisfactions dérisoires dont s'était contenté l'amiral Exmouth. Les puissances rappelèrent même â la Grande-Bretagne qu'elle avait accepté une tout autre mission. L'inefficacité en fut démontrée lorsqu'on apprit que, le 23 mai, jour de l'Ascension, les équipages des navires occupés à la pêche du corail, sous pavillon anglais, descendus à Bône pour remplir leurs devoirs religieux, avaient été attaqués par les soldats turcs et lâchement massacrés. En même temps, les établissements que les Anglais avaient établis depuis peu à Hône étaient pillés, leur personnel en partie massacré et les survivants, au nombre de 800 personnes, réduits en esclavage. Ajoutons que la compagnie française avait été autorisée à reprendre la direction des Etablissements, à charge
l. Rousseau, Annales Tunisiennes, p. 30i et suiv. — (Traités p. 438, 439). — R. L. Playfair, Relations de la Grande-Bretagne (Revue afric, n« 138, p. '»61 et suiv.). — De Graiumunt, llist. d'Alger, p. 375 et suiv.
— Marcel, Tunis (loc. cil.), p. 202 et suiv.
HISTOIRE DE I. AFRIQUE
de servir une redevance annuelle de 200,000 francs. Ces derniers motifs eurent peut-être autant de poids que les autres, dans la décision du gouvernement anglais; on tout cas, le cabinet de Saint- James résolut de renvoyer Kxmoulh à Alger, avec des instructions précises. Le 28 juillet 1816, l'amiral quitta Plymouth, avec une escadre composée de six vaisseaux, i frégates, 5 corvettes et 4 bombardes. Il montait la Queen-Ch.irlulte, vaisseau de cent canons. Le 9 août suivant, il jetait l'ancre dans la baie de Gibraltar et y trouvait une escadre hollandaise de cinq frégates, une corvette et un brûlot, sous les ordres de l'amiral Yan-Capellen. Cet officier, qui venait donner la chasse aux corsaires algériens, et même d'envoyer quelques boulets sur leur ville [le 3 juin , demanda et obtint l'honneur de prendre part à l'expédition.
A Alger, on attendait bravement l'ennemi, chacun étant plein de confiance flans le formidable armement, des batteries de terre cl le courage des nombreux corsaires et soldats réunis. De plus, on a fait appel aux défenseurs de l'Islam, et un grand nombre de cavaliers sont accourus de l'intérieur. L ue batterie de H pièces, demi-circulaire et à trois étages, protège le môle nord; une autre, de même nature, armée de 18 pièces, entoure le phare. 00 pièces sont étagées sur la longue batterie dite de l'Est, qui, elle-même, est flanquée de quatre ouvrages armés de 60 canons. Knfin l'entrée du port est battue par deux énormes canons de 68. Au sud, plusieurs batteries, dont une armée de 15 canons sur trois rangs, croisent leurs feux et défendent l'approche de terre. Enfin, à l'ouest, 60 à 70 pièces sont en batterie et la face nord de la jetée est garnie d'une centaine de bouches à feu.
Attaque et destruction des batteries et de la flotte d'Algeb
PAR LES FORCES COMBINEES D* ANGLETERRE ET DE HoLLANDE. SOUMISSION
nu dey. — Après que chacun eut reçu des instructions précises sur le rôle qu'il allait jouer dans le drame, la flotte mit à la voile, le 15 août. Le Promelheus, corvette anglaise, venant d'Alger, fut rencontré le 16 au soir, et son capitaine apporta la nouvelle que le consul anglais avait été mis aux fers et retenu, ainsi que plusieurs officiers de son navire, et que les Algériens se préparaient à une vigoureuse résistance. Contrariée par le vent, la flotte anglo-hollandaise n'arriva en vue d'Alger que le *26 au soir. Le lendemain elle s'avança en bon ordre et l'amiral envoya un canot, avec un de ses officiers, porter l'ultimatum exigeant la mise en liberté immédiate du consul et des officiers anglais, et l'acceptation des conditions édictées par le cabinet. A 11 heures, un bateau, venu du port, reçut la communication et invita le canot à