‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 133 sur 174 · EX TENTE POUR EMPÊCHER LA PIRATERIE · texte numérisé non relu

EX TENTE POUR EMPÊCHER LA PIRATERIE

attendre pendant deux heures la réponse. Sur ces entrefaites, la brise du large s'étant levée, la Hotte continua lentement à s'approcher et comme, à deux heures de l'après-midi, aucune réponse n'était parvenue, l'amiral signala à tous les navires de se préparer et s'avança lui-même, avec son vaisseau, jusqu'à une deini-cncahlurc du musoirdu môle, où il jeta l'ancre.

Ici, il y a lieu de faire remarquer combien la tentative d'arrangement et le retard de la réponse, qui donnait sans doute lieu à une discussion orageuse dans le divan, favorisèrent la flotte alliée. Il semble même que, selon les lois de la guerre, elle aurait dû cesser tout mouvement en avant. Kn cdel, les batteries turques, n'ayant pas encore reçu l'ordre délirer, laissèrent les navires prendre leurs positions de combat, et les canonniers, grimpés sur les parapets, assistèrent à ce formidable déploiement, qui allait leur être si funeste, comme ils auraient regardé une revue. Combien, en effet, il eût été plus diflicile aux navires de s'avancer en conservant leur ordre, aussi près de batteries hérissées de 500 bouches à feu ! Peut-être même le succès de l'opération eût-il été compromis. Les Algériens déclarèrent qu'ils ne s'attendaient pas à être attaqués, en raison des négociations pendantes, et il y eut peut-être du vrai dans ce grief; mais leur duplicité antérieure empêche de les plaindre, et nous nous bornons à constater les faits. La Qaeen- Charlolte, ayant à sa droite quatre vaisseaux, doit former un front de bataille qui se prolongera, de la tête du môle vers le nord-est1. A sa gauche, dans la direction de la batterie dite du marché aux poisson, trois autres navires anglais doivent se placer; enfin l'escadre hollandaise, encore plus à gauche, aura pour mission spéciale d'attaquer les ouvrages dans cette direction.

Dès que le vaisseau amiral fut placé, trois hourrahs des matelots annoncèrent l'attaque. On y répondit de terre par deux coups de canon à boulet, partis successivement de la batterie Est. Au moment où un troisième faisait feu, la Queen-Chnrlolte lança toute sa bordée et l'on dit que cette première salve mit 500 hommes hors de combat dans la batterie; nul doute que le vaisseau amiral, si dangereusement exposé, ne dut son salut au trouble qui en résulta, ce qui lui permit de redoubler ses coups, sans beaucoup souffrir. Aussitôt, toutes les batteries de terre ouvrirent le feu, pendant que les vaisseaux achevaient de prendre leurs positions de combat. Des galiotes à bombes cl des canonnières ou bombardes,

1. Il ne faut pas perdre de vue que la longue jetée actuelle n'existait pas.

UlSToIRK DE l/.\FRIQft:

formées par les embarcations, furent placées sur différents points et admirablement servies par les artilleurs de marine. En peu d'instants, la Quecn-Charlolle détruisit la batterie du môle, car sa proximité et sa position rendaient son feu terrible. Elle dirigea ensuite son tir sur celle du phare; bientôt la tour s'écroula et cet ouvrage fut anéanti. C'est alors que les Algériens tirent avancer - leur tlottille de canonnières, mais, malgré le courage de ceux qui la montaient, elle ne tarda pas à être détruite, trente-trois de ces chaloupes étant coulées par le feu des vaisseaux anglais. Il n'en resta que quatre fort endommagées, qui durent s'empresser de rentrer comme elles purent.

Pendant ce temps, un olîicier anglais parvenait à incendier une frégate algérienne, espérant qu'elle communiquerait le feu aux autres navires; mais elle coupa ses câbles, se laissa dériver dans la direction de la flotte alliée et faillit s'accrocher au vaisseau amiral. Les canonnières, plus heureuses, parvinrent a incendier la plus grosse frégate et, dès lors, presque toute la marine algérienne fut perdue. Enfin, à la tombée de la nuit, un sloop, contenant 150 barils de poudre, fut conduit sous la batterie nord du phare et incendié ; mais son explosion ne produisit pas les effets attendus.

Avec la nuit le feu diminua de part et d'autre et l'amiral donna à tous les navires l'ordre de se rallier en dehors de la portée des canons. Quant à lui, il continua de tirer et ne coupa ses amarres qu'à dix heures et demie. Beaucoup d'entre eux avaient horriblement souffert et étaient à peu près incapables de manœuvrer. « V/mpregnable, »» le plus maltraité de tous, avait 210 hommes hors de combat et était percé de 233 boulets reçus dans sa membrure ; une bombarde avait en outre été coulée. La perte des Anglais était de 128 tués et 090 blessés et celle des Hollandais de 13 tués et 52 blessés. La consommation de projectiles cl de munitions avait été considérable, mais le résultat atteint en quelques heures était complet, décisif et compensait les perles éprouvées: les batteries du môle et du phare détruites, la flotte algérienne incendiée, environ 7.000 musulmans tués ou hors de combat, Ici fut le bilan do cette journée.

Après un violent orage qui éclata pendant la nuit, le soleil se leva clair et brillant pour éclairer celte scène de désolation. Tout au matin lord Exmouth envoya à Alger le lieutenant Burgees en parlementaire, pour offrir au dey de cesser les hostilités, s'il acceptait les conditions de l'ultimatum. Trois coups de canon devaient annoncer une réponse affirmative, sinon l'attaque de la ville recommencerait. En même temps, les galiotes à bombes reprirent leurs positions. L'effet moral produit à Alger par le

Page 1