‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 137 sur 174 · I.B DERNIER DBV, LES DERNIERS BEVS · texte numérisé non relu

I.B DERNIER DBV, LES DERNIERS BEVS

nombreuses tribus, telles que les Bou-Aïche, Oulad-Chaïb et autres, depuis longtemps livrées à elles-mêmes, rentrèrent dans l'obéissance. Mais ce résultat ne devait être obtenu qu'après de longues années de luttes.

La région de la Kabilie du sud-ouest paraissait avoir recouvré sa tranquillité. Cédant alors à son ressentiment, Yahïa-ag'a fit assassiner M'hammed-Ou-Kassi, auquel il n'avait pas pardonné sa défaite de Makouda. Le caïd du Sebaou l'attira à son bordj, sous prétexte d'organiser une razia, et le fit massacrer ainsi que ses principaux adhérents dans la salle où ils se trouvaient réunis ; mais ces Kabiles se défendirent avec une grande énergie et firent mordre la poussière à plus d'un de leurs agresseurs. M'hammedou-Kassi eut même, avant de mourir, la consolation de tuer le caïd de sa propre main. Ce guet-apens devait être suivi de l'attaque de Tamda; mais les conjurés négligèrent de donner le signal, tant ils étaient démoralisés par la résistance de leurs victimes et la mort du caïd, ce qui permit aux gens du village de gagner la montagne. Un certain Oubadji, qui avait été l'âme du complot, fut nommé caïd de Tamda et épousa la veuve de l'oncle de M'hammed-ou- Kassi qui devait devenir la femme de celui-ci avant l'assassinat. 11 laissa cinq fils, parmi lesquels Bel-Kassem-ou-Kassi était appelé à jouer différents rôles sous notre domination. Ce crime odieux n'eut d'autre résultat que de troubler la paix maintenue précédemment par le chef kabile: ses assassins ne purent même défendre la Zcmala de Mekla qui fut brûlée par les Beni-Djennad.

Le bey, Braham-el-H'arbi, qui avait été placé à la tête de la province de Constantine, était un homme faible et indolent. On en eut la preuve, lorsque son khalifa, ce Mahmoud, fils de Tchaker dont il a été parlé, vint, au printemps de l'année 1820, apporter le denouche. Les sommes réunies et les présents envoyés furent jugés tellement insuffisants que le dey révoqua aussitôt le bey et le remplaça par Ahmed-le-Mamlouk, ancien bey de l'Kst, pour le moment interné à Mazouna.

Dans le mois d'août 1820, Braham-bey, qui se trouvait campé sur le territoire des Seguenïa, se vit arrêté et envoyé à Constantine. Peu après Ahmcd-bey faisait pour la deuxième fois son entrée solennelle dans celte ville, et commençait par ordonner la mort de son prédécesseur. D'autres exécutions suivirent celle du maître'.

1. Walsin Esterhazy, Domination Turque, p. 219 et suiv. — Federmann et Aucapitaine, Deylik de Titeri (loc. cit., p. 297 et suiv.). — Robin, Notes sur Yahïa ag'a (loc cit., p. 69 et suir.). — Vayssettes, Ifist des Beys, p. 556 et suiv.

5 lu

H1ST01RB DB L AFRIQUE

Lbs Bbn-Djellab a Touggourt. Expéditions d'Aiimed-bey le Mamlouk dans l'Oiad-Rir' et l'Ouad-Solk. Révolte db Fariiatb- Ben-Saïd. — Le retour d'Ahmcd-el-Mamlouka Constantine devait avoir pour conséquence l'abaissement des Ben-Gana et le retour au pouvoir de leurs rivaux, les Bou-Aokkaz. Debbah était toujours à la tête de cette famille; mais, aiïaibli par l'âge, il n'allait pas tarder à laisser le pouvoir à son neveu, le bouillant Farhatc-ben- Saïd1. Ce dernier venait de passer de longues années dans le Souf, au milieu des Troud, qui avaient recueilli le jeune El- Khazen et sa sœur Tata, enfants de l'ancien sultan Ben-Djellab, de Touggourt, empoisonné en 179.). Mariée à Olhmane, chef des Harar-Uenanecha, Tata était destinée à devenir l'épouse de Farhate-ben-Saïd.

Vers 1881, Touggourt, en la possession de Brahim-ben-Djellab, se trouvait en butte aux agressions de Mohammed, frère de ce dernier. Ce fut le moment choisi par El-Khazen pour s'emparer de cette ville, avec l'appui desTroud et de son beau-frère Farhate. On dit, qu'après y avoir introduit quelques partisans dévoués, il pénétra lui-même dans l'oasis en se faisant placer dans un sac, sur le dos d'un chameau. Une fois dans la place, il parvint, avec l'aide de ses amis, à chasser son parent et à se rendre maître de la Kasba et par suite de l'oasis. Mais bientôt, victime à son tour d'une fourberie de son cousin Mohammed, il lui ouvrait les portes de la ville, ainsi qu'aux Oulad-Moulat, ses adhérents, et était mis à mort par eux. Mohammed était resté maître de ïouggourt ; mais ses trois frères voulurent encore lui disputer le pouvoir. Après une série de combats, de trahisons et de meurtres, Mohammed, débarrassé de ses compétiteurs, conserva le trône des Ben- Djellab.

Cependant, Farhate-ben-Saïd, poussé sans doute par sa femme, et soutenu par les Troud, résolut de tirer vengeance de Mohammed-ben-Djellab. On était à la fin del'année 1820. Ahmed-el-Mamlouk venait de reprendre le gouvernement du beylik de Constantine et, comme nous l'avons dit, avait écarté les Ben-Gana. Jugeant le moment favorable, Farhate se présenta au bey et lui exposa la situation du Souf et de l'Ouad-Rir' qui, en réalité, avaient échappé à l'action de ses prédécesseurs. Pour conclure, il lui demanda le gouvernement de Touggourt, offrant de lui verser 50,000 bacita (125,000 francs) pour sa coopération. Le bey Ahmed lui donna

1. Auquel dos soldats donnèrent plus tard le surnom de « serpent du désert ».

LE DERNIER DBV, LES DERNIERS "BETS (1821) 511

alors des lettres pour son oncle Debbah, Cheikh-el-Arab, et le Khalife du Sahara, Abd-Allah-ben-Zekri, alors occupés, avec la colonne d'hiver, à faire rentrer les impôts, dans l'Ouad-Djedi. Farhate partit plein d'espoir pour le Sud ; mais il ne put réussir à entraîner les deux chefs à une expédition aussi ditlicile que celle de Touggourt, avec le peu de moyens matériels dont ils disposaient.

Sans se décourager, il revint à Constanline et décida le bey Ahmed-el-Mamlouk à conduire lui-même une colonne dans le Sud. (luidé par Debbah et Farhate, le bey atteignit sans encombre l'Ouad-Rir' et pénétra d.ins la région d'oasis de Touggourt. Mohammed-ben-Djellab avait fait le vide devant lui et s'était réfugié, avec toutes ses forces, derrière les murailles crénelées de la ville, Fn vain, on le somma de se rendre ; Ahmed-el-Mamlouk avait déjà fait commencer à abattre les palmiers, lorsqu'une transaction intervint entre lui et lien-Djellab, par l'intermédiaire de Debbah et de sa femme. Une somme considérable (100,000 bacita, dit-on) lui fut versée ; il reçut, en outre, des présents de toute sorte, et rentra à Constanline fort content de son expédition.

Mais Farhate, qui voyait ainsi s'écrouler tous ses plans, rompit avec son oncle Debbah et, soutenu par ses fidèles Troud, tomba sur les alliés de celui-ci ou de lien-Djellab, coupa les chemins et, en un mot, mit la région en feu. A cette nouvelle, Ahmed-el- Mamlouk n'hésita pas un instant: il réunit toutes ses forces, reprit la route du Sud, pénétra dans le Soufet entra en vainqueur à Fl- Oued. Quanta Farhate, trop faible pour lutter contre le bey, il s'était retiré à distance, du côté de H'adamês, afin délaisser passer Forage. L'armée turque reprit alors la route de Constantine, en passant par Touggourt, où Mohammed-ben-Djellab renouvela son hommage de fidélité et offrit encore des présents.

Vers la fin de 1821, Ahmed-el-Mamlouk rentra triomphalement dans sa capitale, monté sur un méhari richement caparaçonné et rapportant un butin immense, des objets précieux de toute sorte et des animaux étranges qui excitèrent vivement la curiosité. Aussitôt après le départ de l'armée, Farhate avait reparu dans l'Ouad-Rir' et recommencé la guerre de partisans. En 1822, Mohammed-ben-Djellab cessa de vivre, laissant quatre fils, dont l'aîné Amer, jeune homme adonné à l'ivrognerie et à la débauche, lui succéda1.

1. Féraud, Les Ben-Djellab (Revue afrïc, u0i 141, p. 184 et suiv., 142, p. 291 et suiv., et 162, p. 329). — Vaysseltes, Uist. des Bey s, p. 560 et suiv.

HISTOIRE DB l'aFBIQUE

INTERVENTION DB LA PoRTB POUR LA CONCLUSION DB LA PAIX ENTRE

Tunis et Ai.GEn. Coopération db ces régences a la guerre contreles Grecs. — En 18*20, la paix qui régnait entre la Tunisie et l'Algérie et n'était caractérisée que par l'absence d'hostilités, faillit être rompue. Ce fut d'abord une razia, exécutée par des cavaliers du bey de Constantine sur le territoire tunisien ; puis des hostilités maritimes de la part des corsaires d'Alger et notamment la prise de trois bâtiments de Tunis, entre la Sardaigne et Malle (juillet). Le bey Mahmoud se prépara donc à la guerre, renforça les garnisons de la frontière et fit mettre sur le chantier et activer la construction d'une escadre. Mais, cette fois encore, la Porte intervint pour empêcher la lutte entre les deux régences, et ses envoyés, porteurs d'ordres formels du sultan, finirent par amener le bey et le dey à signer une paix définitive (1 i mars 18*21.)

L'insurrection de Grèce, qui avait éclaté en 18*20, et s'était rapidement généralisée, faisait prévoir que la coopération des forces barbaresques serait bientôt nécessaire. Mahmoud-bey se mit en devoir de répondre à l'attente du sultan et, comme dans le cours de l'hiver 1 8*20-21 la plus grande partie de la flotte tunisienne avait été détruite par l'ouragan, il fil acheter des navires à Marseille et se prépara de son mieux. Le 15 avril 1821, le massacre général des Grecs avait été ordonné par la Porte ; mais cette mesure n'eut d'autre effet que de rendre la révolte plus active. Ce fut sur mer que les Grecs obtinrent quelques succès, et le sultan se vit dans la nécessité de faire appel à ses vassaux d'Afrique. In envoyé turc vint à Tunis requérir l'envoi en Orient de toutes les forces disponibles, pour participer à la Guerre Sainte et, dans les premiers jours d'octobre, la flotte tunisienne, composée de trois corvettes, armées chacune de 20 pièces de canon, deux bricks de 10, deux goélettes et une canonnière, le tout sous le commandement de Moustafa-Reïs, fit voile pour l'Archipel. L'année suivante, le bey expédia de nouveau en Orient deux frégates construites pour lui à Marseille.

Le dey d'Alger, qui avait reçu un appel analogue, paraît avoir expédié en Orient, dès 18*21, des navires de guerre qui, unis à ceux de Tunis, de Tripoli et d'Egypte, furent d'un grand secours aux Turcs, pour leur guerre maritime et la poursuite des corsaires grecs *.

1. Rousseau, Annales Tunisiennes, p. 338 et suiv. — De Voulx, Coopération de la régence d'Alger à la Guerre de l'Indépendance grecque (Revue «fric, p. 132 et suiv ).

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