LE DERNIER DEY, LES DERNIERS BEYS
Maroc. Fin du règne de Moulaï-Slimanb. Avènement db Moulaï- Add-er-Raiimane. — Revenons au Maroc, où nous avons laissé Moulaï-Slimane continuant son règne long et réparateur. Il avait su éviter l'ingérence des nations chrétiennes au sujet de la course et de l'esclavage en adressant, par anticipation, au gouvernement de Louis XVIII, l'engagement de faire cesser la piraterie dans son empire et même de mettre en liberté les naufragés chrétiens recueillis sur son littoral. Il se conforma aux obligations par lui spontanément prises et alla, en 1817, jusqu'à faire désarmer sa marine de guerre. En outre, dans celte même année 1818, il favorisa l'exportation des blés pour conjurer la disette dont souffrait la France.
En 1818, la peste fit de nouveau son apparition au Maroc, apportée par des pèlerins à Tanger, d'où elle se répandit dans les régions de l'intérieur. Pendant deux longues années, le fléau sévit et fit un grand nombre de victimes. Pour compléter ces malheurs, la révolte éclata à la fin de 1818, chez les Haiaïna, au sud de Fès, et s'étendit aux provinces de Hcskoura et de Tedla, et chez les Chaouïa. Un convoi d'argent, venant de Tafilala, fut enlevé par les rebelles. Le prince Moulaï-Brahim, héritie» présomptif, ayant marché contre les rebelles, à la tète des Oudaïa, fut entièrement défait (printemps 1819). Le sultan s'étant mis alors à la tête des troupes, marcha sur Tedla. A ce moment, son fils, qui opérait dans la région du Haut-Moulouïa, eut la barbarie de faire massacrer des femmes et des enfants qui étaient venus auprès de lui, en suppliants, solliciter sa clémence. Transportés de rage, les cheikhs de ces tribus se mirent à la tête des meilleurs cavaliers, surprirent le camp impérial, tuèrent le prince Brahim et ne laissèrent la vie au sultan que par respect pour son caractère de cherif.
Retranché à Meknès où il avait pu se réfugier, Moulaï-Slimane fut assiégé par une foule de marabouts ayant à leur tête un certain Sidi-Mehaouche, des Chelha. Fès tomba en leur pouvoir et ils proclamèrent sultan Moulaï-Brahim, fils d'El-Yezid (1820). Le prétendant, ayant alors obtenu le concours de Sidi-el-Arbi, cherif d'Ouazzane, chef de la confrérie de Moulaï-Taïeb, vit toute la région littorale du R'arb, jusqu'à Tanger et Tétouane le reconnaître. Mais la mort le surprit dans cette dernière ville (1821); son frère, Moulaï-Saïd, le remplaça. Cependant, le sultan Slimane ayant pu réunir des forces suffisantes et rétablir son autorité sur les régions du sud-ouest, ne tarda pas à attaquer son neveu et à le mettre en déroute. Livré par ses anciens adhérents, Moulaï- Saïd fut exilé par son oncle à Tafilala (1822). Mais ces t. m. 33
HISTOIRE DB L AFRIQUB
dernières luttes avaient épuisé l'énergie du sultan, qui voyait le pays de nouveau livré à l'anarchie. Accablé par le chagrin et l'inquiétude, Moulaï-Slimane mourut le 28 novembre 1822, et légua par testament le pouvoir à son neveu Aboul'Fadel Abd-er-Rahmane, fils de Moulaï-Hicham, alors gouverneur de Mogador, au détriment de ses propres fils, issus, dit-on, de son commerce avec des négresses non-affranchies1.
Braham-bl-Greïtli, bby db Constantine. Ses expéditions dans la province. — Pendant la dernière expédition d'Ahmed-bey le Mamlouk, dont nous avons raconte le retour triomphal à Constantine, Mahmoud, fils de Tchaker-bey, redevenu, on ne sait comment, khalifa du beylik, abusa de son pouvoir intérimaire en faisant décapiter sans raison plausible, au cours d'une promenade militaire, quarante malheureux indigènes des Beni-Brahim près de Semendou. Le dey, auquel il fut rendu compte de celte cruauté inutile, se contenta de destituer Mahmoud. Au printemps de l'année 1822, Ahmed-bey se mit en route pour aller porter luimême le denouche à Alger, mais il fut surpris par une tempête de neige dans laquelle périrent presque toutes ses bêtes de somme; puis il eut la main fracassée dans une fantasia. Enfin, il n'arriva à Alger que dans le courant de juin et, lorsqu'il voulut partir, après y avoir passé les huit jours réglementaires, on lui apprit qu'il était révoqué et interné de nouveau à Mazouna. Son successeur fut Braham-bey-El-Greïtli (le Grétoisl, ancien caïd des Harakta, qui se trouvait alors dans la Kabilie (juillet). Il vint à Alger recevoir son investiture ; puis, partit pour Constantine où il fut bien accueilli, car il y était connu et y avait contracté des alliances de famille. C'était, du reste, un homme doux et bienveillant.
Le vieux Debbah, cheik-hel-Arab, était mort, quelque temps auparavant, et avait été remplacé par son neveu Farhate, qui avait abandonné l'existence de chef de partisans pour devenir le représentant officiel des Turcs, le Cheikh-el-Arab, chef des Daouaouïda.
Dans l'Est, le Cheikh Zeïn-ben-Younès, des Oulad-Yahïa-ben- Tâleb, bravait, depuis longtemps, les beys de Constantine; à cheval sur la frontière, il se réclamait, tour à tour, de la Tunisie ou de l'Algérie. Plusieurs fois les troupes de Constantine l'avaient attaqué infructueusement dans la montagne du Dir, au delà de Tebessa. De même que ses prédécesseurs, Braham-bey, ayant