‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 139 sur 174 · LB DERNIER DEY, LBS DERNIERS BEYS · texte numérisé non relu

LB DERNIER DEY, LBS DERNIERS BEYS

voulu le réduire, échoua dans ses tentatives. Il fut plus heureux avec les Harakta qu'il surprit, dans la montagne de Gheris, et força â la soumission. Les Amamra et Beni-Oudjana de l'Aourès subirent le même sort. Mais, quelque temps après, les troupes de Constantine, commandées par le Khalifa, éprouvèrent un véritable désastre, dans les montagnes des Oulad-Si-Ali-Tehammamet, de la région de Batna, où elles étaient en expédition (janvier 1823)*.

Révolte générale de la Kabilib. Yahïa-ao'a en triomphe, après dbux années de luttes. — Vers 1823, Yahïa-ag'a voulant relever le fort de Bou-R'eni, détruit dans la précédente révolte, chargea Mohammed-ben-Kanoun de traiter avec les chefs des Guechtoula et des Beni-Sedka, afin d'arriver à une entente, promettant l'oubli du passé. Cette négociation réussit et 1 ag'a arriva dans la contrée, avec une petite colonne: il fit élever un nouveau bordj, à quelque distance de l'ancien, avec le concours de ces tribus, et, lorsque le fort fut terminé, il y plaça une garnison et un caïd. Ce fut également vers cette époque, qu'ayant obtenu l'aman pour les fils d'Ou- Kassi, il adjoignit l'aîné, Bel-Kassem, à Oubadji, dans son commandement de Tamda : puis il le substitua aux cheiks de Mekla.

Dans l'été de l'année 1823, les Beni-Abbès se révoltèrent et occupèrent le passage des Bibane, interceptant la route de Constantine et empêchant la nouba de cette ville de continuer sa route, sous prétexte que le bey de l'Est ne leur avait pas servi la redevance de 500 moutons qu'il leur donnait habituellement. Mohammedben-Kanoun prit, à Hamza, le goum des Oulad-Bellil, se porta au secours des Turcs, en passant par l'Ouennour'a, et parvint à les dégager après un combat assez vif. Au mois d'août 1824, Yahïa marcha contre ces rebelles, avec une colonne de 1.000 soldats turcs et 8,00 ) cavaliers indigènes, leur brûla douze villages et leur enleva des prisonniers qu'il expédia à Alger où ils furent employés aux carrières. Les Beni-Abbès, qui avaient, en outre, été raziés par Mansour-el-Belili, s'empressèrent alors de se rendre et de fournir des otages. Mais la révolte s'était propagée dans la vallée de l'Ouad-Sahel ; les tribus rebelles s'étaient portées en armes contre Bougie et le commandant de cette ville, ayant été surpris par elles, avait été massacré avec son escorte.

Un certain Saïd-ou-Rabah était à la tête de ce mouvement.

1. Vayssettcs. Hist. des Beys, p. 567 et suiv. — Féraud, Les Harars (Revue afric. n» 107. p. 361 et suiv ). — Le même. Les Ben-Djellab (Revue afric, n° 161, p. 331). — Le même, Ain-Beïda (Revue afric, n« 96, p. 413).

HISTOTRE DE I. AFRIQI'E

L'infatigable ag'a descendit alors la vallée, campa à Timedite sur la limite des Beni-Mellikche, et soutenu par le marabout Ben- Ali-Cherif, qui lui fournit des mulets et des secours de toute sorte, continua sa route. Mais, avant d'aller plus loin, prenant avec lui quelques cavaliers, il se présenta audacieusement à Saïd-ou-Habah. dans le village d'Ir'il-Alouanene et lui annonça que le dey lui accordait l'aman et comptait sur son concours. Séduit par ce trait de courage, le chef kabile déposa les armes. Les Beni-Mellikche et autres tribus rebelles offrirent aussi leur soumission à Tac a.

Après avoir, sur la demande de Ben-Ali Cherif, brûlé les villages des Souahelia et des Bcni-Abbés, Yahïa-ag'a marcha contre les Mezzaïa, les surprit, leur tua beaucoup de monde, brûla leurs villages et alla camper sous les murs de Bougie. Toutes les tribus rebelles vinrent alors lui apporter leur soumission et il plaça à leur tête Saïd-ou-Rabah. Après avoir fait réparer les murailles de la ville, il rentra à Alger (fin septembre 18*21). Enfin, au printemps suivant, Yahïa, parti d'Alger, à la tête d une colonne de 500 à 600 janissaires avec du canon et de nombreux goums, attaqua les Beni-Ouaguennoun et Beni-Djennad dans leurs montagnes escarpées et boisées et, avec l'appui des Risset-el-Behar, parvint à cerner les ennemis auxquels il coupa 300 têtes. Les pertes des Turcs étaient sensibles. Quelques jours plus tard, il attaqua les Oulad Aïssa-Mcïmoun, mais, par suite de l'indiscipline des goum, il vit son succès se changer en défaite. Cependant, il reçut à Sikh-ou-Medour la soumission des Beni-Ouaguennoun. S'étant alors avancé contre le village d'Abizar des Beni-Djennad, il ouvrit le feu de son artillerie et lui lança des bombes, engin inconnu aux Kabiles. Dans le but de profiter de l'effet produit en exécutant une diversion sur un autre village, il confia le commandant de cette attaque à Bcn-Kanoun. Mais ses troupes y éprouvèrent un sanglant échec et l'ag'a dut se contenter de canonner de loin les repaires inaccessibles des Kabiles. Cependant, après une razia heureuse de Ben-Kanoun, ceux-ci se décidèrent à traiter et Yahia rentra à Alger ayant obtenu de précieux résultats *.

Rupture d'Alger avec l'Anolbtbrrb. Démonstration de S» Harry Neal. — La révolte de la Kabilic, si habilement réduite par Yahïa-ag'a, eut une conséquence bien inattendue pour les

1. Robin. Note sur Yahïa ag'a (Revue afric, n">» t03, p. 73 et suit., et 104. p. 89 et suiv.). — Berbrugger, Epoques militaires de la Grande- Kabilie. p. 132 et suiv. — Fcraud, flist. de Bougie, p. 315 et suit. — De Voulx, Tac/irifat, p. 31 et suiv.

Page 1