I.B DERNIER DEY, LES DERNIERS BEVS
relations de la régence avec les puissances chrétiennes. Suivant un usage établi, le diwan avait ordonné, en octobre 1823, l'arrestation de tous les Kabiles alors à Alger appartenant aux tribus rebelles. Or, ils étaient fort nombreux et, pour la plupart, employés dans les consulats. M. Dcval, consul de France, et son collègue de Hollande firent évader les Kabiles qu'ils occupaient ; ceux des autres nations les livrèrent, à l'exception de M. Mac- Donnel, consul d'Angleterre, qui, ayant voulu protéger ceux qui se trouvaient chez lui et résister aux sommations, vit sa maison envahie et ses serviteurs enlevés, malgré ses protestations. Il en résulta, entre le représentant de l'Angleterre et le dey, des discussions fort aigres et une rupture, à la suite de laquelle le consul s'embarqua (janvier 1821). Ilousseïn lui avait déclaré péremptoirement que le traité conclu avec lord Exmouth, ayant été fait pour trois ans, était périmé.
Le 23 février suivant, l'amiral anglais Sir Ilarry Neal arrivait à Alger, avec une escadre composée d'un vaisseau de ligne, cinq frégates, quatre bombardes et plusieurs autres navires, en tout vingt-trois voiles. Il signilia au dey qu'il venait exiger la réparation de l'insulte faite au consul et la reconnaissance de la suprématie de l'Angleterre sur les autres puissances, en outre d'une forte indemnité. Mais Ilousseïn repoussa toutes ces prétentions et l'amiral anglais dut mettre à la voile, sans avoir rien obtenu. Il alla croiser en attendant de nouvelles instructions de son roi, fit quelques prises et revint à Alger le 22 mars ; mais, ayant trouvé le dey encore plus intraitable, il leva l'ancre. Dès que Sir Neal eut reçu l'ordre précis d'attaquer, il revint à Alger et déploya dans la rade les seize navires qu'il commandait (12 juillet). Mais les corsaires algériens, instruits par l'expérience de 1816, sortirent à sa rencontre, appuyés par le feu terrible des batteries du môle et engagèrent le combat à distance. On se canonna ainsi, pendant plusieurs jours, sans se faire grand mal, de part ni d'autre. La flotte anglaise essaya, à plusieurs reprises, de lancer des bombes dans la direction de la ville; mais elle était trop loin et les projectiles s'arrêtaient en chemin. Knfm, le 21), lord Neal se retira définitivement, et les Algériens célébrèrent ce qu'ils appelaient leur victoire, avec enthousiasme. Leurs nouvelles relations avec la Porte, quelques succès obtenus par les reis en Orient, et dont le récit parvenait singulièrement embelli à Alger, avaient donné à tous, et particulièrement au dey, une arrogance extrême *.
1. Dp Grammoiit, Hisl. d'Alger, p. 385 et suiv. — Berbrugger.
Fin du règne de Mahmoud-bey a Tunis. Son fils Hoisseïn lui succède. — A Tunis, où la prudence était de tradition, le bcy se laissait néanmoins entraîner par cet enthousiasme musulman qui faisait rêver aux moins fanatiques le retour des beaux temps de l'Islam. Le développement de la marine barbaresque consolait des humiliations subies et la course semblait sur le point de reprendre un nouvel essor. Les chrétiens eux-mêmes en donnaient l'exemple : par suite de l'état de guerre existant entre la France et l'Espagne, les corsaires espagnols croisaient sans cesse dans les eaux de Tunis ; plus loin, c'étaient des Grecs, venus des iles de l'Archipel, qui, en courant sus aux navires présumés musulmans, pénétraient jusque dans la Méditerranée antérieure. En 18*23, la bombarde u l'Alexandre », enlevée aux Français, par des corsaires espagnols, fut amenée à Tunis et vendue, au mépris des traités et malgré les protestations de notre consul. Mahmoud-bey émit alors cette étrange théorie que la régence, étant alliée avec les deux nations, ne pouvait qu'ouvrir ses ports aux corsaires de l une et de l'autre.
Dans le mois d'octobre de la même année, ce fut avec le consul anglais que le bey faillit rompre, à propos de deux captives grecques, achetées comme esclaves en Orient et amenées à Tunis. Bravant l'opposition de ce consul, Mahmoud les fit enlever du navire par la violence. Mais dès le 2t> décembre, une division navale anglaise, sous les ordres du commodore llamilton, jetait l'ancre à la Goulette et cet officier, parlant haut, obtenait toutes les satisfactions désirables. Un peu plus tard, le 15 janvier 1824, M. Guys, nouveau consul de France, arrivait à Tunis, avec une escadre commandée par l'amiral Drouault. U avait pour mission de régler toutes les questions pendantes, et le bey, loin d'imiter l'entêtement du dey d'Alger, s'empressa de souscrire aux exigences du gouvernement français. La convention préliminaire fut signée le 20 janvier et ratifiée le 15 décembre suivant.
Le "28 mars 1824, Mahmoud-bey succomba à une maladie chronique. Son lils aîné, Sidi Housseïn, qui depuis longtemps participait à la direction des affaires, lui succéda. Si M ou s ta fa, son frère, le remplaça comme bey du camp, et rien ne parut changé à Tunis. Vers la fin de cette même année 1824, une compagnie anglaise, représentée par un sieur Tchatchcr, sollicita du nouveau bey la concession de la pêche du corail à Tabarka et sur les côtes,
Guerre de (Revue afric, n° 45, p. 202 et iuiv.). — Shaler, Esquisse de l'Etat d'Alger (trad. Biauchi). 1830 pass.