‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 142 sur 174 · LE DERNIER DEY, LES DERNIERS DEYS · texte numérisé non relu

LE DERNIER DEY, LES DERNIERS DEYS

Le choix de son successeur avait, seul, retardé le dey. Sur les conseils de Brahim-Khaznadji, devenu son gendre, il appela auprès de lui El-Hadj-Ahmed et le questionna sur la province de l'Est. Les détails qui lui furent donnés par le prince constantinois le satisfirent. Celui-ci lui promit notamment de commencer par s'emparer de Zcïn, et de rétablir son autorité sur les Henanccha. Dans le mois d'août, il fut nommé bey de l'Est ; mais, Housseïn, voulant avoir des renseignements précis sur ce beylik, chargea Yahïa-ag'a d'accompagner El-Hadj-Ahmed et de l'installer, après avoir fait avec lui une tournée dans l'intérieur. Tous deux partirent d'Alger, entrèrent dans les montagnes par l'Agbet-Ammal, passèrent à l'Ouad-Zeïtoun, Zemala des Koulour'li, et atteignirent la montagne du Ouennour'a à l'est de Sour-el-R'ozlane, limite extrême de la province de Conslantine. Ils y passèrent plusieurs jours, puis visitèrent successivement Zammoura, les Righa de Sétif, les Abd-en-Nour ; ils se portèrent ensuite dans le Bellezma dont ils enlevèrent d'assaut les montagnes. Après avoir rétabli la paix sur tous ces points, ils s'avancèrent jusqu'à Bône et revinrent enfin à Conslantine où le nouveau bey fit son entrée triomphale. L*n certain nombre d'exécutions suivirent la prise de possession du pouvoir par El-Hadj-Ahmed. Yahïa-ag'a reprit alors la roule d'Alger

El-H.\DJ-AhMED-BEY DOMPTE LES GRANDS CHEFS ET LES TRIBUS

de la province de Constantine. — A peine El-Hadj-Ahmed eut-il pris la direction des affaires de la province de Constantine que tout changea. Doué d'une énergie allant facilement jusqu'à la violence et la cruauté, il ne manquait pas de qualités de gouvernement, mais il entendait que chacun pliât devant lui. Allié aux Ben-Gana et aux Mokrani, connaissant tous les grands chefs, il commença par confier les commandements importants à des hommes à lui dévoués, après s'être débarrassé des autres.

Deux Mokrani furent décapités à Constantine et Ben-Abd-Allah conserva le cheïkhat de la Medjana. Les deux branches des Guendouz et Bou-Rennane demeurèrent ainsi à l'écart, c'est-à-dire en état d'hostilité contre leur parent et contre le bey.

Les Ben-Gana avaient coopéré activement au succès des Turcs

1. Vayssottes, Hist. des Iieys, p. 582 et suiv. — Robin, Notes sur Yahïa ag'a (Revue afric., n° lui, p. 112 et suiv.). — Fcraud, Ferdjioua et Z.ouar'a (Revue afric., n° 125, p. 18). — Le même, Lettres de Manamanm (Revue afric, n» 108. p. 'iJ3 et suiv.).

HISTOIRE DE I.AFRIQIB

lors de l'affaire du Bellezma et leur chef Mohammed-bel-Hadj était venu offrir à Yahïa-Ag'a des chevaux, comme présents, et un grand nombre de têtes d'Oulad-Soultane. Il avait reçu de lui la confirmation du titre de Cheikh-el-Arab. Quant à Farhate-ben-Saïd, il se tenait à l'écart dans le Zab.

Avant l'entrée d'El-Hadj-Ahmed à Constantine, les Ben-Zekri, Ben-Nâmoun et Ben-L'Abiod, familles dont les membres étaient mêlés depuis longtemps à l'administration delà province, et contre lesquelles le nouveau bey avait des griefs plus ou moins justifiés, se réfugièrent à la Zaouïa du cheikh Zouaouï, dans le Chettaba, chapelle très vénérée et qui jouissait du droit d'asile. Maggouraben-Achour, cheikh du Ferdjioua, leur fit tenir des secours. Ce fut alors qu'Ahmed-bou-Aokkaz fils de Mouslafa autrefois mis à mort par Tchaker, se rendit auprès d'El-Hadj-Ahmed, dont il avait été le compagnon de jeunesse, et le décida à révoquer Maggoura, et à confier le commandement du Ferdjioua à Bou- Rennane-ben-Derradji, son cousin. Il le décida aussi, dans une réunion à laquelle Ben-Gana assistait, à préparer le massacre des réfugiés de la Zaouïa.

La première expédition d'El-Hadj-Ahmed fut faite contre Zeinben-Younès, le rebelle du Dir. Il parvint par la ruse, et avec le concours de Rezgui-ben-Mansour, des Ilenanecha, à l'attirer à fon camp de Medaourouche. Aussitôt, on le garrotta et on l'expédia au dey d'Alger, qui le fit pendre à un canon à la Kasba. Le commandement des Ilenanecha fut donné au traître Rezgui ; mais les Harars, frustrés, se lancèrent aussitôt dans la révolte et écrivirent au dey, en menaçant de passer sur le territoire tunisien. Dans le mois de février 1827, le bey, avec le concours de Rezgui, effectua sur les Ilenanecha rebelles une fructueuse razia, dans le Djebel- Frina. Au mois de septembre suivant, il les surprit encore, deux jours de suite, dans le Djebel-Mahmel, leur enleva une grande quantité de bestiaux et coupa un certain nombre de têtes. Enfin, en septembre 1828, il les atteignit, de nouveau, et les traita non moins durement. Cependant tous ces désastres ne paraissent pas avoir eu raison de leur entêtement, car ils continuèrent a repousser Rezgui.

Pendant que le bey partait vers l'est, pour sa première expédition, Ben-Gana, avec un contingent de nomades du sud, et le cheikh Ben-Achour, appuyés par des gens du Ferdjioua, se portèrent subitement à l'attaque du Djebel-Zouaoui, et arrachèrent de

1. Cet El-Hadj-Ahmed-Bou-Àokkaz devait jouer un graDd rôle dau» le pays, lors de la conquête française.

Page 1