LE DERNIER DEY, LES DERNIERS DEYS
cette chapelle les réfugiés constantinois qui s'y défendirent désespérément. Un seul, Ben-el-Abiod, échappa ; tous les autres, au nombre de seize, furent décapités, et leurs têtes expédiées au camp du bey, qui se donna la triste satisfaction d'insulter ces débris muets.
L'ordre régnait enfin ù Constantine et dans la province... En rendant compte au dey de ce qui précède, El-IIadj-Ahmed lui annonça que cette poignée de rebelles, ayant résisté à toutes ses instances et à l'offre de son pardon, avait attaqué les contingents de Ben-Gana et du cheikh du Ferdjioua et que ces derniers les avaient tous tues. En janvier 18*28, il lui écrivait encore : « Le pays est tranquille, grâces en soient rendues à Dieu ! »
Etant allé, au mois de juin de l'année 1827, porter lui-même le denouche à Alger, le nouveau bey de l'Est, qui n'avait pas ménagé les cadeaux, fut reçu par tous avec un véritable enthousiasme. Le dey le proclama son filsadoptif. A son retour, il fut attaqué près de Sour-el-R'ozlane par des gens du beylik de Tileri. Un Mokrani, Ahmed-ben-Mohammed, neveu de Ben-Abd-Allah, lui rendit, à celte occasion, le plus grand service, en chargeant à la tête de sa cavalerie les agresseurs et, pour le récompenser, le bey le nomma caïd de l'Ouennour'a, au détriment d'Abd-es-Selam son cousin, auquel le poste était promis. Ce dernier, qui était l'ami de Yahïa-Ag'a, en tournée dans la région, revint alors avec lui dans la Medjana, et attaqua sans succès le campement d'Ahmed-ben-Mohammed, fait grave, qui caractérise bien l'état des relations entre l'ag'a et le bey de l'Est».
Attaque de Maskara par Mohammed-Tedjini. Il est défait et tvé. — Après l'insuccès des expéditions effectuées contre Aïn- Mâdi par Yahïa-ag'a et par Hassan, bey de l'Ouest, la confiance et l'audace de Mohammed-Tedjini ne connurent plus de bornes. En relations avec les Ilachem de R'eris, il prépara une levée de boucliers qui devait s'étendre à toute la province. Dès qu'il reçut cette nouvelle, le bey, alors en opérations du côté de Tlemcen, accourut chez les Ilachem, arrêta leurs cheikhs et leur caïd, les fit décapiter et envoya leurs têtes à Maskara où elles furent exposées sur les remparts. Il espérait, par cet exemple, inspirer à tous une terreur salutaire. Mais, peu de temps après, sans doute vers la fin
1. Yaysseltes, liist. des Beys, p. 579 et suiv. — Fcraud, Les Harars (Revue afric. n° 107, p. 362 et suiv.). — Le même, Les Ben-Djellab (Revue afric, n° 161, p. 331 et suiv.). — Le même, Ferdjioua et louar'a (Rcrue afric, n» 127, p. 19 et suiv.). — Le même, Us Mokrani, loc.cit. p. 301 et suiv.
de l'année 1826, deux collecteurs turcs, accompagnés de plusieurs auxiliaires Koulour'lis, étant arrivés chez les Ilachem pour percevoir l'impôt dit « de l'éperon », seule redevance imposée aux tribus Makhezen, furent arrêtés et décapités. Puis, les Ilachem, afin de décider Tedjini à prendre le commandement de la révolte, lui envoyèrent, à Aïn-Mâdi, ces deux tètes comme étant celles du bev et de son khalifa. 11 fallut que les envoyés jurassent sur le Boukhari que ces têtes étaient bien celles de ces fonctionnaires.
Mohammed-el-Kebir-Tedjini se mit alors en route, suivi par des guerriers des Larbâa, des Kcouriens et quelques Oulad-Naïl, en tout 250 combattants, et rejoignit les Ilachem. Il apprit alors la vérité et se convainquit que ces indigènes étaient seuls. Mais il était trop tard pour reculer et il alla, avec leur contingent de fantassins et de cavaliers, attaquer Maskara (1827). S'étant emparé du faubourg de Baba-Ali, il investit complètement la place. Dès que le bey eut connaissance de cette agression, il réunit ses troupes disponibles et se porta au secours de Maskara. Tedjini allait faire donner l'assaut, lorsque les Turcs parurent. A cette vue, les fantassins des Ilachem prirent la fuite. Leurs cavaliers essayèrent de lutter avec courage ; mais une attaque de flanc les démoralisa, et ils rejoignirent les fantassins laissant Tedjini avec ses 250 Sahariens à Khccibia, près d'Aïn-Beida. Bientôt, les hommes qui entouraient le marabout furent tués ou mis en déroute, et lui-même, qui était fort gros, roula par terre et fut foulé aux pieds. On le retrouva encore vivant, sous les cadavres de ceux qui avaient donné leur vie pour le protéger. Adda-ben-Kaddour, caïd des Zemala, le tua d'un coup de pistolet et lui coupa la têle qui fut présentée au bey et envoyée à Alger, avec ses armes, le harnachement de son cheval et une belle esclave géorgienne qui l'accompagnait. Mohammed-Sréïr, deuxième iils du fondateur de la secte, devint ainsi cheikh des Tidjania et sembla renoncer à toute prétention politique, se bornant à s'occuper des intérêts religieux de la confrérie à Aïn-Mâdi.
Après ce succès, Hassan se porta chez les Ilachem et reçut leur soumission. Cette tentative manquée produisit une scission complète, entre les Ilachem et le chef des Tedjania, et l'on doit y voir l'explication de l'acharnement incroyable que l'Emir Abd-el-Kader devait apporter plus tard à la destruction d'Aïn-Màdi. A peine de retour à Oran, le bey marcha contre un marabout des Derkaoua, nommé Sidi Ahmed, cheikh de la tribu des Mehaïa au sud-est de Tlemccn. Il lui livra une sanglante bataille à Sidi-Medjahed, s'empara de son campement et de ses trésors, et le contraignit à chercher un refuge au Maroc. Enfin, l'année suivante, une