‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 145 sur 174 · CONQUÊTE D'ALGER PAR LA FRANCE. — ÉTAT DE L'AFRIQUE EN · texte numérisé non relu

CONQUÊTE D'ALGER PAR LA FRANCE. — ÉTAT DE L'AFRIQUE EN

Difficultés entre In régence d'Alger et la Frnnce pour le règlement de h crénnee Bacri et Busnach.— Insulte faite par Hussein-dey au consul De val. Rupture avec la France. — Destruction des établissement* du Bastion. Blocus des cotes algériennes. — Dernières tentatives d'arrangement par M. de la Brclonnière. — Insulte à son vaisseau couvert du drapeau parlementaire. — La France organise l'expédition d'Alger. Composition de l'armée. — Voyage de la flotte. Débarquement à Sidi-Fercdj. — Bataille de Staouéli. Prise du fort l'Empereur. Capitulation du dey. Chute de l'Odjak d'Alger.

Appendice. État de l'Afrique Septentrionale en 1830. — Maroc. — Algérie : Provinces d'Oran, d'Alger, de Constantine. — Tunisie. — Tripolilaine.

Chronologies : Sultans Hassani du Maroc. — Beylarbcg, pachas et deys d'Alger. — Beys de Tunisie.

Difficultés entre la régence d'Alger et la France pocr le

RÈGLEMENT DE LA CREANCE BaCRI ET BuSNACII. — NoUS RVOIIS parlé

plusieurs fois de la créance des Bacri et Busnach sur le gouvernement français, comme cessionnaires du prêt fait par le dey et pour fournitures de blé de 1793 â 1798. L'origine de la dette n'était pas contestable par la France et le chiffre en avait été formellement reconnu et arrêté ; mais différentes circonstances en avaient empêché le paiement. Sous le règne d'El- Hadj-Ali, les familles Bacri et Busnach obtinrent de ce dey qu'il se fît l'organe de leurs revendications ; l'odjak prétendait, du reste, avoir droit à une part dans la somme, et le consul Dubois-Thainville s'était vu repousser en 1814, parce qu'il n'apportait pas avec lui d'engagement précis à ce sujet. Las de ces réclamations incessantes, le gouvernement français chargea le consul d'Alger de régler le compte. Les créanciers demandaient 14,000,000 de francs, capital et intérêts, mais une transaction intervint et, par convention du 28 octobre 1819, le solde fut arrêté, net, à 7,000,000. Enfin, la Chambre des députés, par une délibération du 24 juillet 1820, ratifia ce règlement et autorisa le paiement;

CONQUÊTE d'aLGER PAR LA FRANCE (1827) 527

mais, par suite de diverses oppositions frappant cette créance, les ayants-droit Bacri et Busnach ne touchèrent que 4,500,000 francs. Quant au solde, il fut versé à la Caisse des Dépôts et Consignations jusqu'à obtention des main-levées régulières.

Ainsi, le gouvernement français pouvait considérer cette affaire comme réglée, puisque la majeure partie de la somme était versée et que les 1,500,000 francs de solde se trouvaient à la disposition des ayants-droit. Or, les Bacri et Busnach, après avoir touché en France l'importante somme sus-indiquée, avaient jugé prudent de ne pas rentrer à Alger. L'irritation causée au dey par la retenue des 1,500,000 francs ne connut plus de bornes, lorsqu'il apprit que les créanciers refusaient de rentrer. Il accusait la France et particulièrement Deval, son consul, de s'être entendus avec ses sujets pour le spolier, et ne cessait de réclamer l'extradition des Bacri et Busnach. Il alla même jusqu'à écrire au roi, dans des termes comminatoires, exigeant le rappel du consul et la remise, à ses agents, des juifs, qui, d'après lui, n'avaient agi que comme intermédiaires entre la régence d'Alger et la République Française pour des prêts d'argent et des livraisons de grains. On ne répondit pas à une réclamation revêtant une forme semblable ; mais il semble que, dans une affaire dont le point de départ était une véritable dette d'honneur, le gouvernement français aurait pu se départir de certaines précautions et, aussi, ne pas régler avec une des parties intéressées, en l'absence de l'autre.

Au commencement de l'année 1827, la situation était fort tendue à Alger, et les ennemis de la France employaient tous les moyens pour augmenter l'irritation du dey. Or, depuis quelque temps, un négociant de Marseille avait obtenu l'autorisation de réparer le Bastion de La Calle, moyennant l'abandon, à son profit, du bénéfice des concessions pendant un certain temps. Il y avait dépensé 320,000 francs, et le Bastion se trouvait relevé et armé, ce qui avait provoqué chez certains rivaux une grande jalousie. De là, à accuser la France de vouloir préparer un point d'occupation il n'y avait qu'un pas. Sur ces entrefaites, Deval reçut du ministre des Affaires Étrangères l'ordre de prévenir le dey qu'on ne pouvait faire aucun droit à ses dernières réclamations.

Insulte faite par Hussein -dev au consul Deval. Rupture avec la France. — Le 30 avril 1827, les réceptions ayant eu lieu à l'occasion de la fête de la rupture du jeûne du Ramadan, selon l'usage, M. Deval fut reçu à la Kasba par le dey, et comme la langue turque lui était familière, il causa avec lui, sans l'intermédiaire de l'interprète. Après lui avoir adressé ses félicitations,

niSTOIRE DE L AFRIQUE

il l'entretint de la question d'un navire capturé récemment sous pavillon français. Dès les premiers mots, le dey s'emporte: il reproche au consul les fortifications extraordinaires de la Galle et. comme il avait sans doute eu vent des nouvelles reçues de France, répète ses éternels griefs contrç Dcval, l'accusant de s'entendre avec les juifs pour le spolier et de lui cacher la réponse du gouvernement français. Deval avait été, jusque-la, d'une modération et d'une convenance parfaites, ce qui semblait augmenter l'exaspération du dey; mais à cette insulte personnelle, il répond avec vivacité. Aussitôt Housseïn, le repoussant avec un chasse-mouches en plumes qu'il tenait à la main, le menace grossièrement de le faire arrêter et jeter en prison. Deval se retire alors en protestant contre l'injure faite à la France en sa personne.

Dès que le récit de cette scène fut parvenu au gouvernement français, il envoya à Alger une division navale, sous les ordres du capitaine de vaisseau Collet, pour obtenir satisfaction, ou, à défaut, ramener le consul et les nationaux. Arrivé le 11 juin. Collet s'entendit avec le consul Deval et fit remettre au dey, par le consul de Sardaigne, une note résumant, comme suit, les exigences de la France : Une députation, ayant à sa tête l'Oukil- El-IIardj (ministre de la marine), se rendra à bord du vaisseau amiral et y fera des excuses publiques au consul, au nom du dey '. après quoi, le pavillon français sera arboré sur les forts d'Alger et salué de 101 coups de canon.

Cette note, remise le 1 1, comportait un délai de 24 heures, pour la réponse. Mais le dey qui ne voyait, dans son a lia ire avec Deval, qu'une querelle pour ainsi dire particulière, refusa toute satisfaction, considérant les prétentions de l'amiral comme excessives. Le 13, la rupture fut dénoncée, ainsi que le blocus des côtes, et, comme le consul avait eu la précaution de faire embarquer tout le personnel et les nationaux, y compris le directeur des établissements de La Calle que le dey voulait retenir en qualité d'ami, l'escadre leva l'ancre, laissant, dans la rade, les navires nécessaires au blocus. La gabarre « Le Volcan » quitta Bône le 20 juin, après avoir embarqué le personnel des établissements de cette région, et la corvette « L'Etincelle » alla a La Calle ramener les corailleurs et les employés du bastion. Tous ces gens eurent à peine le temps de s'embarquer.

Cette fois la rupture était définitive et, si réellement l'antipathie personnelle de deux hommes en était la seule cause, elle devait avoir, pour l'Algérie et pour la France, les conséquences les plus graves. Mais il ne faut pas ici donner à la cause occasionnelle plus de valeur qu'elle n'en a.

CONQUETE d'aI.GER l'AR LA FRANCE (1829) 520

Destruction des établissements du Bastion. Blocus des côtes algériennes. — Lorsque le dey fut bien convaincu qu'il n'y avait pas d'arrangement possible, il en prit son parti et s'organisa pour la lutte, à laquelle, du reste, il se préparait depuis longtemps. Sa première pensée fut pour les établissements français de La Calle ; il y dépêcha un de ses officiers, Si El-Ilafsi-ben-Aoun, en le chargeant d'en surveiller la destruction complète. Le bey, Ei-Hadj- Ahmed, qui rentrait vers Constantine, après être allé porter le denouche à Alger, envoya, de son côté, des instructions très précis à ses agents de Bône ; mais, malgré toute sa diligence, El- Hafsi ne put arriver au terme de son voyage avant le départ des Français ; il s'empara de tout ce qu'ils avaient laissé; puis, il emmena des maçons à La Calle, fit démolir les murailles à peine relevées, et incendia les charpentes et les constructions en planches. Le cheikh Mohammed-Bou-Methir, de la Mazoule, dut prêter son concours à cette belle besogne.

En même temps, tous les postes de la côte furent renforcés et armés et reçurent Tordre de tirer sur les navires français qui s'approcheraient. Des goums furent, en outre, envoyés à Bône, car le bey de l'Est craignait une attaque des chrétiens contre cette ville.

Le 4 octobre 1827, la flottille algérienne, forte de onze voiles, sortit du port et essaya de forcer le blocus. Mais le capitaine Collet, dont la surveillance était stricte, l'attaqua vigoureusement et, bien que n'ayant à opposer aux Algériens que deux frégates, deux bricks et une canonnière, les força à rentrer, après trois heures de combat. On dit que le dey, très mortifié de cet échec, menaça les reïs de leur faire couper la tète. Peu après arriva la nouvelle du désastre de Navarin (20 octobre), où la flotte musulmane fut pour ainsi dire entièrement détruite. Plus heureux que les Tunisiens, les navires algériens, alors en Orient, avaient échappé en partie à ce désastre ; mais leur situation était fort triste : bloqués, battus isolément, il avaient horriblement souiïerl.

En 1828, le blocus continua sous l'habile direction de Collet et l'Algérie en éprouva de grandes pertes. Ce brave oflicier étant mort, le 20 octobre, fut remplacé par M. de la Bretonnière. La chasse aux corsaires n'en fut pas interrompue et, le 25 du même mois, quatre d'entre eux furent coulés par l'escadre, malgré le feu de la batterie du cap Caxime, sous laquelle ils étaient venus se réfugier. Malheureusement des opérations de ce genre, se prolongeant sur un littoral peu hospitalier, ne pouvaient manquer de causer des déboires. Quelques revers furent éprouvés dans des affaires secondaires. Le 17 juin 1829, trois chaloupes des frégates t. m. 3i

HISTOIRE DE l'aFRIQLT

« Iphigénie » et « Duchesse de Berry » furent capturées par les reïs ; et en juillet, le « Silène » et V « Aventure », trompés par la brume, s'échouèrent près du cap Bengut ; leurs équipages furent faits prisonniers par les indigènes, qui mirent â mort plus do la moitié des captifs et vendirent leurs têtes au dey. Ces minces succès étaient odieusement exploités par Housseïn : non content d'avoir provoqué ce massacre, il exposa, à Alger, les débris mutilés des marins français, et se fit gloire, aux yeux des nations européennes, des « trophées » recueillis dans ce naufrage.

Au printemps de 18*29, deux envoyés de la Porte étaient arrivés à Alger avec mission dinsister auprès du dey pour l'amener à une transaction avec la France, en accordant les satisfactions compatibles avec la dignité et l'intérêt de la régence. Mais ils se heurtèrent â l'entêtement de Housseïn, dont l'orgueil n'avait plus de bornes, car il était persuadé que la France reculerait. Les ambassadeurs rebutés, malmenés, chassés pour ainsi dire, reprirent le chemin de l'Orient et s'arrêtèrent à Tunis, où ils dirent, non sans amertume, au consul de France ' « Que voulez-vous attendre de gens, qui, de savetiers ou de cuisiniers qu'ils étaient la veille, sont le lendemain même élevés au pouvoir suprême ? »

Dernière tentative d'arrangbmbnt par M. de la Bretonmkre. Insulte a son vaisseau couvert du drapeau parlementaire. — Le gouvernement de Charles X avait espéré que le blocus et la menace d'une expédition contre Alger décideraient le dey à traiter ; mais on avait affaire à un entêté qui reprenait plus de confiance à mesure que le temps s'écoulait. Il savait, en outre, que le parlement français ne paraissait pas disposé â se lancer dans une entreprise aussi hasardeuse ; enfin, le naufrage de nos deux navires acheva de porter à l'extrême son arrogance et son aveuglement.

Avant que ce fait eût été connu à Paris, de la Bretonnière avait reçu l'ordre de se rendre à Alger pour présenter au dev une dernière offre d'arrangement. Monté sur le vaisseau la « Provence » portant le pavillon parlementaire et accompagné du brick T « Alerte », l'amiral arriva à Alger, le 30 juillet, dans l'aprèsmidi, après avoir quitté la ligne de croisière le même jour. Il mouilla à environ une lieue de la ville, à peu de distance d'une corvette anglaise et d'une goélette espagnole. Aussitôt, l'amiral descendit à terre et fut reçu par le consul de Sardaigne, comte Datili, chargé, par intérim, des affaires de France, et eut une première conférence avec l'oukil-el-Hardj. Le lendemain, jour lixé pour la réception du dey, de la Bretonnière descendit de

CONQUÊTE d'aLGER PAR LA FRANCE (1829) 531

nouveau à Alger. Les malheureux captifs français avaient été conduits à la marine et des vauriens s'amusaient à les frapper de façon à offrir cet odieux spectacle à l'amiral et à son état-major. Parvenu à la Kasbn, de la Bretonnière refusa péremptoirement de déposer son épée, comme on voulait l'y contraindre, et ce fut sans aucune concession humiliante qu'il se présenta devant le dey. Après une conférence de deux heures, Housseïn renvoya, au surlendemain, 2 août, sa réponse définitive. Le 2 août, de la Bretonnière étant descendu à terre, se rendit à la Kasba, au milieu d'un grand concours de peuple inquiet, mais ne manifestant aucune hostilité. Il trouva le dey fort mal disposé et, malgré tout l'esprit de conciliation compatible avec la dignité de son caractère, l'amiral ne put rien obtenir. « J'ai de la poudre et des canons. » Telle fut la dernière déclaration de Housseïn qui assura ensuite à de la Bretonnière qu'il pouvait se retirer, sous la garantie de son sauf-conduit, comme parlementaire.

Rentré à son bord, l'amiral fit ses préparatifs de départ pour le lendemain midi, dans le cas où il n'aurait reçu aucune communication du dey, ainsi qu'il l'avait déclaré à l'oukil-el-IIardj, en le quittant. Le 3, à l'heure fixée, le brick 1' « Alerte » mit à la voile et prit le large, après avoir passé sous les batteries de la ville. A une heure, la « Provence » appareilla à son tour « portant le pavillon parlementaire au mât de misaine et le pavillon du roi à la corne ». Ce vaisseau avait dérivé et il en résultait, qu'en raison de la faiblesse du vent, sa sortie ne pouvait s'elTectuer qu'avec lenteur, en demeurant exposé aux projectiles des batteries du port. Trois coups de canon à poudre furent alors tirés, successivement, de la batterie du fanal, et l'on put voir du vaisseau français les canonniers courant sur le môle et dans tous les forts à leurs postes. Peu après, ces batteries ouvrirent le feu à boulets sur la « Provence » et, pendant une demi-heure, 80 coups de canon lui furent tirés, ainsi que plusieurs bombes. Onze boulets atteignirent le bâtiment, dont sept dans sa coque, mais par bonheur son greement ne fut pas endommagé. Enfin, les deux navires dont nous avons parlé (anglais et espagnol) protégèrent par leur situation, le vaisseau français, qui courut les plus grands dangers. Maîtrisant son indignation en présence d'une pareille violation du droit des gens, M. de la Bretonnière put empêcher sop équipage de répondre à l'agression. Debout à son poste de commandement, entouré de ses officiers, l'amiral appliqua tous ses soins à ne pas exposer ses hommes et eut le bonheur de n'en perdre aucun. Les coups, quoique bien pointés, portèrent généralement trop haut.

Pour atténuer l'elîet de cette insulte, le dey s'empressa de faire dire à l'escadre que c'était sans son ordre que l'oukil-el-Hardj avait fait ouvrir le feu, ajoutant qu'il l'avait destitué, pour l'en punir; mais d'autres affirment que sa colère contre ce ministre provenait de ce qu'il n'avait pas coulé le vaisseau; on prétend même qu'il voulait faire décapiter le malheureux oilicier

La France organise l'expédition d'Alger. Composition de l'armée. — Pendant que ces tristes événements se produisaient à Alger, condamnant le système suivi depuis plus de deux ans, le ministère de Martignac tombait et était remplacé par celui de M. de Polignac. Cette fois, aucune transaction, aucun ajournement n'étaient possibles ; la guerre fut résolue et le ministère en prépara l'exécution. Cependant, pour bien établir que tous les moyens de conciliation avaient été épuisés, l'ambassadeur de France à Constantinople invita le sultan à agir sur le dey, son vassal, afin qn'il donnât toutes les satisfactions désirables. Apres Navarin, l'expédition de Morée et l'appui prêté à la Grèce, nous étions, il faut le reconnaître, assez mal placés pour exiger quoique ce fût du sultan, dans notre intérêt. Il ne fil à peu près rien et n'était en mesure de rien faire. On alla jusqu'à penser à Mehcmet- Ali, pour obtenir la mise à la raison des Algériens ! Tout cela était inutile et, par délibération du conseil des ministres en date du 31 janvier 1X30, l'expédition d'Alger fut décidée, en tant qu'opération militaire, car il ne paraît pas qu'on eût envisagé sérieusement les conséquences d'une entreprise pour la réussite de laquelle les dispositions avaient été parfaitement combinées.

Depuis longtemps, les conditions d'une attaque contre Alger avaient été étudiées. Dès 1808, ainsi que nous l'avons dit, Napoléon I*r avait chargé un officier du génie, M. Boutin, de préparer, au point de vue technique, cette entreprise. D'autres militaires et marins, notamment ceux qui avaient pris part au dernier blocus, fournirent d'utiles renseignements. Cette fois, on tint compte des leçons de l'histoire et, se rappelant les échecs éprouvés par les Kspagnols à différentes époques en attaquant Alger parle front de mer, on adopta l'avis de Boutin, présenté et soutenu pr

1. Do Gramuiotit. Hist. d'Alger, p. 389 et suîv. — Féraud. Destruction des Etablissements de la Calle (Revue afric n* 102. p. 421 et suiv.). — Le même. Affaire lia/cri (Revue afric, n° 73, p. 50 et suiv.). — Bianclii, Relation de l'insulte faite à la « Provence » (Revue afric, n» 126. p. 409 et suiv.). — Carelle, Algérie (Univers pittoresque, t. VU, p. 256 et suiv.). — Rousseau, Annales Tunisiennes, p. 375 et suit.

CnXQTFTF D*ALOFn !'AR i.a fhancf (1830)

Dupetit-Thouars, et qui consistait à choisir la baie de Sidi-Feredj (Feruch) comme point de débarquement. Excellente résolution, car, si, d une part, on était presque certain d'y descendre sans difficultés, de l'autre, on obtenait cet avantage d'arriver sur Alger par les hauteurs, mal défendues comme fortifications, et de rendre inutiles les batteries hérissées do canons, qui protégeaient le littoral, dans le golfe d'Alger.

Le général de Bourmont, ministre de la guerre, et M. D'IIaussez, ministre de la marine, préparèrent avec autant d'intelligence que d'activité tous les détails de l'expédition. L'armée, dont de Bourmont s'était réservé le commandement, devait se composer de:

Trois divisions d'infanterie d'environ 10,000 hommes chacune. Trois escadrons de chasseurs.

Et un effectif suffisant du génie, de l'artillerie et des services auxiliaires.

Le personnel combattant s'élevait à 34,124 hommes, y compris les officiers, et le personnel auxiliaire à 3,500 environ.

Tous ceux qui participèrent à cette expédition furent, autant que possible, choisis avec soin. Us s'acheminèrent vers le midi et se concentrèrent à Toulon.

Le commandement de la flotte était donné à l'amiral Duperré, malgré le peu de confiance manifesté d'abord par lui. Elle se composait de cent navires de guerre et de 357 bateaux \\c commerce, nolisés dans différents ports ; car, en outre de l'effectif, il y avait à charger un matériel considérable, des vivres et des munitions et l'on a pu, avec raison, dire que rien n'avait été oublié.

Le 11 mai 1830 commença l'embarquement des troupes à Toulon et cette opération ne fut terminée que le 18. Mais le vent était contraire, et il fallut attendre jusqu'au 25. pour mettre à la voile. L'enthousiasme était grand chez tous ; aussi l'armée supporta-t-elle, sans plainte, ces retards si fâcheux pour le moral du soldat et les ennuis de l'encombrement sur des bateaux dont la plupart étaient mal aménagés.

L'Europe entière avait les yeux fixés sur cette grande entreprise. Les nations méditerranéennes en souhaitaient vivement la réussite. Les autres, à l'exception de l'Angleterre, tout en reconnaissant la nécessité de mettre fin à la situation faite à la chrétienté par les corsaires barbaresques. nécessité que les derniers congrès avaient proclamée, suivaient, avec plus de curiosité que de bienveillance réelle, les phases de cette affaire. Se rappelant les échecs éprouvés à Alger par toutes les tentatives antérieures, elles doutaient de la réussite, el ne songeaient certainement pas aux con-

séquences d'une victoire suivie de l'occupation ; mais, en France, les plus nobles sentiments sciaient réveillés; chacun coopérait, pour ainsi dire, à la réussite, en communiquant cette force morale qui est le gage le plus certain du succès.

Au dernier moment, le cabinet de Saint-James avait voulu entraver l'entreprise en élevant la voix jusqu'à la menace ; mais par une note du 12 mars, le gouvernement de Charles X coupa court à ses bravades, en concluant par celte phrase: « Nous ne nous mêlons pas des affaires des Anglais ; qu'ils ne se mêlent pas des nôtres ! » Cette réponse provoqua, en Angleterre, des récriminations, résumées par l'ambassadeur britannique dans les termes suivants: « La France se moque de nous ! » .... et ce fut tout.

VOYAGB I>B LA FLOTTE. DÉBARQUEMENT A SiDI-FEREDJ. — Le

25 mai au soir, l'immense flotte avait quitté Toulon, au bruit des acclamations d'une foule considérable, venue pour assister à ce beau spectacle. Le lendemain, elle fut rejointe par une frégate, détachée de l'escadre de blocus, accompagnant un envoyé turc, venu sur une frégate ottomane, qu'elle avait empêchée d'entrer à Alger. Cet officier prétendit avoir reçu du sultan la mission de tout concilier. Malheureusement, il était trop tard et M. de Bourmont se borna à l'expédier en France, pour qu'il transmit son message au ministre compétent. Le 29, la flotte côtoya l'île Majorque et, dans la soirée du 30, elle était en vue de la terre d'Afrique. Le lendemain, les bateaux de débarquement n'étant pas encore arrivés et le vent fraîchissant, l'amiral fit mettre le cap sur Palma, ce qui provoqua dans toute l'armée une explosion de regrets, allant bientôt jusqu'à la colère, et qu'il fallut toute la force de la discipline pour calmer. Lorsqu'on atteignit la baie de Palma, les bateaux en retard venaient de la quitter et cinglaient vers l'Afrique. Ce ne fut que le 10 juin que l'amiral permit à ses navires de remettre à la voile. Le 13, au point du jour, on aperçut de nouveau la terre et, dans l'après-midi, toute la flotte se trouvait réunie dans la baie de Sidi-Feredj. Le lendemain, au point du jour, le débarquement commença par la première division et s'opéra sans dilïiculté ; on dit que le bey de Constantine voulait s'y opposer, mais que l'avis contraire de lag'a Ibrahim prévalut.

Au courant des immenses préparatifs faits contre lui, le dey n'avait rien négligé pour que la résistance fût sérieuse. Il avait même sollicité, mais sans succès, le concours du bey de Tunis : réduit à ses seules ressources, il avait puissamment armé tous ses forts et recruté de bons canonniers. La guerre sainte était procla-

CONQITTK n'Al.nRR PAR I V FRANCK ( 1 )

mée dans toute l'Algérie, et les trois beys avaient amené de l'est, de l'ouest et du sud, les contingents de chaque tribu.

Mais Housseïn s'attendait à un débarquement dans le golfe d'Alger, et lorsqu'il sut que la flotte était à Sidi-Feredj, il fit aussitôt partir son gendre Ibrahim qui avait succédé à Vahïa-ag'a, sans le remplacer, avec les troupes disponibles, les contingents de l'intérieur et de l'artillerie légère, en le chargeant d'arrêter l'armée française et de la jeter à la mer. Un vaste camp fortifié fut établi par Ibrahim sur le plateau de Staoueli et, grôce à la lenteur des opérations de l'armée, le général du dey se trouva bientôt à la tète d'un rassemblement considérable, dont le chiffre a été évalué à 60,000 hommes.

Bataille de Staouéli. Prisb du fort l'Empbreur. Capitulation du dey . Chute de l'odjak d'Alger. — Cependant, le débarquement avait continué et la première brigade, une fois à terre, s'était portée en avant et avait brillamment enlevé une ligne de redoutes où se trouvaient des canons et des mortiers. La presqu'île, protégée par des ouvrages établis par le génie, forma un camp retranché, où la troisième division demeura, tandis que les deux autres s'établissaient en avant.

Le 10, au point du jour, l'armée française fut attaquée de front et sur les flancs, par les indigènes, se croyant sûrs du succès eu raison de leur grand nombre. Mais le sang-froid de nos soldats, leur courage bien dirigé par d'excellents chefs, eurent bientôt raison de cet assaut tumultueux, sauf sur la gauche, où les Turcs et les contingents de Titeri culbutèrent le 28'' de ligne. Ce court succès n'eut aucune durée, car les Français reprirent l'offensive et chassèrent devant eux Turcs et Arabes. Sur le flanc droit, le bey de Couslantine, qui avait mené l'attaque non sans vigueur, avait été repoussé au delà de l'Ouad-Bridja. Enfin, au centre, l'artillerie avait fait merveille. M. de Hourmonl, qui s'était porté sur la ligne de bataille, voyant le désarroi de l'ennemi, jugea, avec beaucoup de raison, qu'il fallait en profiter, et donna l'ordre de se porter à l'assaut de son camp. Les soldats, pleins d'ardeur, enlevèrent au pas de course les ouvrages dél'rnsifs du camp et s'en rendirent maîtres ainsi que de tout ce qu'il renfermait: drapeaux, canons, vivres, munitions. Quant aux musulmans, si nombreux et si pleins de confiance, le malin même, ils avaient disparu dans les ravins et derrière les crêtes.

C'était un résultat inespéré, et, dès lors, on jugea la partie à moitié gagnée. Pendant ce temps, Alger était terrifié elle dev, au comble de la fureur, après avoir menacé Ibrahim de le faire périr.

l'avait destitué et remplacé par Moustafa-Bou-Merrap, bey de Titeri. Les fuyards furent ralliés et groupés autour du fort l'Empereur et, peu à peu, Bou-Mezrag les ramena à l'ennemi qui demeurait immobile, parce que le matériel de siège et les outils du génie n'étaient pas arrivés. Quelques engagements, plus ou moins importants, eurent lieu aux avant-postes. Enfin, on reçut le matériel, et le duc de Bourmont, — qui avait perdu un de ses fil? dans ces stériles escarmouches, — donna l'ordre de marcher en avant. Le 29, au point du jour, l'armée s'ébranla et, chassant l'ennemi devant elle, couronna bientôt les hauteurs ; une division était déjà à El-Biar ; mais, par suite d'une erreur de l'étal-major, on la fit rétrograder, et la journée fut perdue. Dans la nuit, chacun reprit ses positions, non sans peine, et, le 30 au matin, on commença les tranchées d'attaque contre le fort l'Empereur, malgré les sorties de l'ennemi et le feu terrible dont le fort s'entourait. Le 1" juillet, une première batterie de six canons battit une de ses faces ; deux autres furent successivement établies sur d'autres points, avec une activité merveilleuse et, le quatre au matin, l'attaque générale commença vigoureusement; mais la riposte fut non moins énergique et le fort Bab-Azoun, ainsi que la Kasba, contribuèrent à la défense. Vers 10 heures, les pièces du fort étant presque toutes démontées, le commandant de l'artillerie venait de donner l'ordre de battre en brèche, lorsqu'une explosion épouvantable se produisit, couvrant tous les alentours de débris. C'était le Khaznadji, chargé du commandement du fort, qui, jugeant impossible la prolongation de la résistance, avait mis le feu aux poudres.

Dès que la fumée se fut dissipée et qu'on eut pu se rendre compte de la situation, un bataillon du So' de ligne se précipita au milieu de ces débris fumants et branlants, et y arbora le drapeau français ; puis, une batterie fut installée dans le fort même, pour éteindre les feux de celui de Bab-Azoun.

On pouvait considérer la ville comme prise. Les auxiliaires fuyaient de tous les côtés, tandis que les soldats turcs, démoralisés, n'essayaient même plus de se défendre. Quant aux citadins, voulant à tout prix éviter le pillage de leur ville, ils délibéraient et se décidaient à la rendre. Le dey, dont toutes les espérances avaient été si vite déçues, était plongé dans la stupeur; mais, en présence de la révolte des Algériens, il s'empressa de dépêcher au général français, son Khoudja Moustafa, chargé de lui donner toutes les satisfactions qu'il lui plairait d'exiger. En même temps, les délégués de la population venaient offrir à M. de Bourmont la tête du dey. Le général répondit, aux uns et aux

Page 1