‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 16 sur 174 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LUTTES DES TURCS, IlES CHERIFS ET DES ESPAGNOLS. - EXTINCTION DES DYNASTIES MKRIN1DE ET ZEYAMTE

Le cherif marocain s'empare de Tlemron. Il est défait par les Turcs qui restent maîtres 'le Tlemccn.— Occupation d'F.I Mehdïa par les Kspagnols. Rappel du pacha Hu»san; pri^e de Tripoli par Sinane-Pacha. — Salah- Reïs, Hevlarheg d'Afrique; son expédition à Touggourt et dans l'ouad Rir . Guerre contre Abd-el-A/.i/. , roi des Reni-Abbès. — Salah-Reïs. après une course aux Raléares, marche contre le cherif de Fés. pour rétablir le merinide Abou-llassoun. — Succès île l'armée algérienne: le cherif abandonne Fés. Rétablissement du merinide Abou-llassoun. — Les Turcs rentrent à Aluer. Le chérir Mohammed-el-Medhi s'empare «le Tahlala. défait et met à mort Abou-llassoun et rentre en possession de Fés. — Salah-Reïs enlève Roupie aux Espagnols. — Mort de Salah-Reïs; Hassan-Corso conduit une expédition contre Oran, puis est rappelé par ordre de la Porte. — Révolte, de Hassan-Corso. Le pacha Mohammed-Tckelerli s'empare d'Alger. Il est assassiné par les Yolda< h. Hassan, fils de Kheir-ed-Dine. revient à Alger. — Le pacha Hassan fait assassiner Mohammed-el-Mehdi au .Maroc. Règne du chenr Moulut Abd-Allah. — Appréciation du caractère de Mohammed-el-Medhi, fondateur de l'empire des cherifs saadicns. — Extinction des dynasties merinide et zeyanite. — Appendice : Chronologie des souverains merinidesel zeyanites.

LE CHER»' MAROCAIN s'eMPARE DE TI.KMCEN. II. EST DEFAIT PAR I. AR- MÉE ALGÉRIENNE, y II OCCUPE Tl.EMCEN. Les SUCcès du cherif

Mohammed-el-Mehdi eurent un tel retentissement que la population, si malheureuse et si inquiète de Tlemcen, conçut l'espoir d'être relevée par lui de ses humiliations et protégée contre les entreprises de ses deux ennemis : les Kspagnols et les Turcs. Une députation, envoyée a Fés, trouva le conquérant tout disposé à entreprendre une campagne qui concordait si bien avec ses idées ambitieuses. Il se mit donc activement à préparer son expédition. Mais le pacha d'Alger n'était nullement curieux de laisser les Marocains conquérir pour eux une ville dont les Turcs se considéraient comme suzerains. Il fallait les détourner de leur projet en les entraînant d'un autre côté, au nom des intérêts généraux de l'Islam, et il paraît qu'il fut convenu entre le beylarbeg et le cherif, si même

LtTTES DBS TL'HCS, DES CIIERtFS ET DBS ESPAGNOLS (1552) 71

un traité précis n'exista pas entre eux. que les troupes d'Aller viendraient prendre position en avant de Moslaganem, et qu'après avoir opéré leur jonction avec celles de l'Ouest, elles attaqueraient de conserve les Espagnols d'Oran et les chasseraient de cette province (1550).

Après avoir nommé son fils, Mohammed-el-Harran , héritier présomptif, gouverneur de Taroudent et du Sud, et un autre de ses fils, Abd-el-Kader, à Maroc, le cherif s'occupa ac tivement de réunir les forces nécessaires à l'expédition deTlemcen. Pendant ce temps, une armée de 5.000 mousquetaires, commandée par le renépat Hassan-Corso, appuyée par 1,000 spahis et 8.000 Habiles, amenés par Abd-el-Aziz, chef des Beni-Abbès, qui s'était récemment rapproché des Turcs, quitta Alger et s'avança jusqu'à Mostasancm. Au commencement de l'année 1551, Mohammed-el- Harran amena de Taroudent et de Maroc 21,000 cavaliers à Fès. Son père lui adjoignit 10.000 fantassins, parmi lesquels 5,000 renégats armés de mousquets, et, au mois de mars, il se mit en marche vers l'est ; étant arrivé à Tlemcen, il entra sans coup férir dans cette ville que Moulai Abou-Zeyane abandonna précipitamment pour se réfugier chez les Espagnols d'Oran (10 juin). Le fils du cherif s'avança ensuite dans les plaines de la province d'Oran, imposant partout son autorité aux tribus, tout en se gardant de molester en rien les Espagnols ou leurs tributaires, puis il rentra à Fès où il mourut de maladie.

Mais les Turcs n'entendaient nullement se laisser jouer de celte façon. Un groupe des Beni-Amer, fuyant devant les Marocains, était venu à leur camp en réclamant assistance. Hassan-Corso se porta résolument contre les envahisseurs, déjà dans la vallée du Chelif. Averti de l'approche de l'armée algérienne, le général chenfien qui commandait un corps de troupes dans celte région, commença sa retraite et voulut mettre en sûreté son butin. Mais il fut entièrement défait et périt en combattant. Le commandant de Tlemcen, pour le cherif, ayant demandé avec instance du renfort, le prince Abd-el-Kader fut appelé de Maroc et envoyé en toute hâte, accompagné de ses deux frères Moulai Abd- Allah et Moulai Abd-er- Nahman au secours de Tlemcen, avec une vingtaine de mille lances. Il y arriva en janvier 1552 et, le 15 du même mois, l'armée turque campa sous les murs de cette ville. Abd-el-Kader lança contre elle sa cavalerie, mais les Turcs, avec leurs mousquets, la reçurent par une fusillade nourrie qui porta le désordre dans les rangs de ces brillants cavaliers, armés encore de la lance et du bouclier. Abd-el-Kader, en voulant arrêter ce mouvement, s'avança aux premiers rangs et fut tué. Aussitôt, la panique se répandit

dans son armée et les Algériens en profitèrent pour redoubler d'efforts et assurer la victoire. Ils purent couper la tête du fils du cherif, mais n'osèrent pousser trop loin leur succès. Le lendemain, Moulai Abd- Allah, qui avait pris le commandement, ordonna la retraite et fut poursuivi par l'ennemi jusqu'à la Moulouia. Le courage des Kahiles et de leur chef, Abd-el-Aziz, avait beaucoup contribué à la victoire.

Revenant alors sur ses pas, Hassan-Corso occupa sans diflicullé Tlemcen, et la malheureuse ville eut encore à subir les fureurs de la soldatesque et les exigences de ses chefs. Puis il y laissa le caïd Saflah, avec 500 janissaires, et rentra à Alger, rapportant comme trophée la tête du (ils du cherif. L'armée y fut accueillie par de grandes démonstrations de joie. Le pacha était alors occupé à faire construire, sur le Koudiat-es-Saboun. la forteresse à laquelle on donna son nom iHordj Moulai-Hassan) et que nous avons appelée : « fort l'Empereur ». Il commença aussi divers autres travaux d'utilité ou d'assainissement

Occupation d'El-Mehdïa far les Espagnols. Rappel du pacha Hassan. Prise de Tripoli par Sinane-Paciia. — Cependant, le reïs (capitaine) Dragut, continuait à infester la Méditerranée: partant de son port de refuge, ou si l'on veut de sa capitale, El-Mehdïa, il ne cessait de courir sus aux navires espagnols que pour aller ravager les côtes de l'Italie ou des îles, encouragé, dit-on, par les présents et l'appui du roi de l'ranee, Henri IL Cette situation était intolérable et, en 1551, don .luande \ ega, vice-roi de Sicile, reçut l'ordre de s'emparer d'EI-Mehdïa. Dans le mois d août, la flotte espagnole parut inopinément devant cette ville et en commença le siège. Dragut était à Tripoli : il arriva au plus vite pour s'opposer à l'attaque des chrétiens, mais se vit contraint de reprendre la mer, et, le 10 septembre 1551, D. Juan de Yega enleva la place de vive force, réduisant en esclavage les musulmans qui n'avaient pas péri. 1,500 hommes de garnison y furent laissés avec de bons approvisionnements, sous le commandement de D. Alvar, fils du vice-roi.

Cet échec, exploité en Orient parle parti français et notamment par M. d'Aramon, qui. envoyé à Alger, n'avait rencontré que hauteur et dédain chez le pacha, entraîna le rappel de Hassan. Le fils de Kheïr-cd-Dine quitta Alger, à la lin de septembre, laissant le commandement par intérim au caïd Saflah, avec le titre de Khalifa.

t. Nozhct-El-lladi, p. 29 et suiv. du texte arabe, 53 et suit, de la trad. — Abbé Godard, Maroc, p. 464 et suiv.

Page 1