LUTTES DES TURCS, DES CHERIFS ET DES ESPAGNOLS
la Garde , à bloquer la flotte du duc d'Albe pour la retenir au loin. Mais les chrétiens étaient sur leurs gardes, bien armés et décidés; ce fut à peine si les Algériens purent piller quelques bourgades ; ils furent contraints, par la garnison de Mahon, de se rembarquer, non sans pertes sérieuses. Le beylarbeg alla ensuite croiser sur les côtes d'Espagne et finit par s'emparer d'une flotte portugaise qui cherchait à débarquer Abou-Hassoun le merinide, sur les côtes du Mag'reb, avec un corps de trois cents soldats portugais obtenus de don Juan. Il avait en vain sollicité l'appui de l'empereur Charles et était allé pour cela jusqu'en Allemagne. Abou-IIassoun ne tarda pas à décider le pacha à faire une expédition contre le cherif : une incursion sur la frontière de Tlemcen par les Marocains en fournit le prétexte.
Le cherif Mohammed -cl-Mehdi. après avoir encore vu mourir son fils Abd-er-Hahman, qu'on l'accusa d'avoir empoisonné, avait eu à lutter contre une révolte des Berbères de l'Atlas et, comme il supposait que le sultan merinide et ses parents en étaient les instigateurs, il les lit tous mettre à mort le même jour, dans les différentes localités où ils étaient détenus (août 15.V2 . Puis, il marcha en personne contre les rebelles de l'Atlas et soumit à son autorité la région voisine de Taroudent. Bien malgré lui, étant donné l'état de révolte de l'Atlas, le cherif dut rentrer à Fès, car il avait reçu la nouvelle de la prochaine attaque des Turcs.
En effet, Salah-Heïs, avant réuni une armée de 0,001) mousquetaires et 1,000 spahis, se mit en marche, vers la fin de septembre lô.">3, emmenant avec lui Abou-IIassoun. L'n corps de i,000 cavaliers auxiliaires, fournis par Ben-el-Kadi de Koukou, qui s'était rapproché de lui depuis sa rupture avec son rival Abd-el-Aziz, le rejoignit en route. L'artillerie était desservie par 80 chrétiens captifs, auxquels on avait promis la liberté s'ils se conduisaient avec bravoure et dévouement. Kn même temps, une flotte de 22 navires cingla vers le port de R'assara en Mag'reb, afin que le pacha pût s'y réfugier et se faire ramener à Alger, en cas d'échec. Aucune précaution, on le voit, n'avait été négligée.
Mohammed-el-Mehdi, de son côté, n'était pas resté inactif. 30.000 chevaux et 10,000 hommes de pied se trouvaient concentrés prés de Fès, avec une vingtaine de canons et. comme il avait appris que les Turcs s étaient arrêtés à Tlemcen. semblant hésiter a continuer une si aventureuse expédition, il résolut, malgré le conseil de ses officiers, de marcher contre eux. Laissant à Fès, pour le représenter, son fils Moulaï Abd-Allah, il partit au commencement de novembre et se dirigea sur Taza, où il établit son quartier général.
Cependant les Turcs avaient franchi la frontière et s'avançaient en bon ordre. Vers le 5 décembre, ils prirent position à quelque distance de Taxa, en vue du camp des Marocains, et s'y fortifièrent. On s'observa d'abord de part et d'autre, sans paraître désireux d'engager l'action. Puis. Salah-Reïs résolut de tenter une surprise de nuit sur le camp du cherif et en chargea un corps de 1,500 hommes choisis. Cette attaque réussit à merveille et ce fut en vain que les officiers marocains essayèrent de rallier les Arabes elîrayés par les détonations de l'artillerie et fuyant dans tous les sens. Salah soutint habilement sa colonne d'attaque, et l'armée cherilienne fut bientôt contrainte de se replier derrière la forteresse, sur une hauteur. Le surlendemain, Mohammed-el-Mehdi fit commencer la retraite sur Fès en masquant le mouvement par un engagement de cavalerie.
Après avoir reçu un renfort de 600 lances, amenées de la province de Vêlez par les fils de Moulai Abou-Hassoun, Salah-Reïs se mit en marche à son tour, dans la direction de Fès, où le cherif était rentré triomphalement le 16.
Succès de l'armée algérienne. — Le cherif abandonne Fès. — Rétablissement du mkrimde Abou-Hassous. — Le 3 janvier 1554, l'armée algérienne campa en arrière du Sebou, à environ six kilomètres de Fès. Dès le lendemain, le cherif, divisant sa nombreuse cavalerie en trois corps, s'avança pour livrer bataille. Moulai Abdel-Moumène, son fils, commença, à la tête du premier corps, le passage de la rivière; mais aussitôt, Abou-IIassoun, entouré de ses enfants, fondit sur eux suivi de ses deux mille lances, et l'on combattit de part et d'autre avec acharnement, pour le passage du gué. Les Turcs d'un côté, le cherif de l'autre, restèrent spectateurs dé cet engagement, se réservant les uns pour les autres, et chacun se relira dans ses lignes, vers le soir. Moulai Abou-Hassoun, qui avait combattu comme un lion et s'était multiplié, eut les honneurs de la journée ; il reçut même, en secret, des députations des gens de Fès venant le féliciter. Dans la nuit du i au 5, les Turcs, ayant levé leur camp, passèrent le Sebou et s'établirent auprès de la vieille ville, dans une position où ils se retranchèrent soigneusement, aidés, dit-on, par les habitants.
Le cherif, qui était dans la ville neuve, sortit le 5, à 8 heures du matin, en grande pompe. « Il montait un cheval aubère grand et beau, richement harnaché ; lui, était habillé d'écarlate et allait en priant et fort allègrement à voir. Il fut salué d'une grande salve et acclamations, selon leur coutume, par ceux qu'il avait apprêtés ce jour là pour combattre, qui pouvaient être environ 20,000 che-