‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 19 sur 174 · LUTTES DES TURCS, DES CIIERIFS ET DES ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

LUTTES DES TURCS, DES CIIERIFS ET DES ESPAGNOLS

vaux » *. Moulai Abd-el-Moumcne, chargé encore de l'attaque, se précipita avec furie sur les retranchements turcs et y pénétra, suivi des plus braves guerriers. Malheureusement il ne fut pas soutenu et les Algériens, revenus de leur stupeur, eurent le temps de se reformer et de leur couper la retraite, les mitraillant et massacrant ainsi à leur aise, de sorte que le jeune cherif se vit forcé de fuir vers la montagne, après avoir traversé les lignes ennemies. Quant â son père, qui s'était borné à faire, de loin, « certaines conjurations >», et n'avait pu décider le reste de sa cavalerie à charger, il rentra à Fès « enseignes déployées » sur les deux heures de l'après-midi. Moulai Abd-Allah envoyé par le cherif à la vieille ville, pour l'empêcher d'ouvrir ses portes aux Algériens, y fut très mal accueilli et, comme il ne brillait ni par le courage ni par la constance, il s'empressa de revenir auprès du sultan, son père.

Le nuit suivante, Moulai Abou-Hassoun et Salah-Beïs entrèrent dans la vieille ville, dont les habitants leur ouvrirent les portes et où ils furent reçus en libérateurs. A celte nouvelle, le cherif se décida à se retirer à Maroc pour y attendre le départ des Turcs et revenir en forces, lorsque le merinide serait abandonné à lui-même par ses alliés. Vers dix heures du soir, il sortit, avec toute sa famille et une escorte de 5u0 cavaliers choisis, par une poterne, dans la direction du Maroc, laissant son trésor et la ville aux soin9 du caïd Ali-ben-Bou-Beker, en lui ordonnant de ne donner avis de son départ qu'après minuit. Cette nouvelle fut accueillie par des imprécations et des cris de désespoir ; puis, beaucoup de pens se précipitèrent vers les portes pour fuir et rejoindre le cherif. Le caïd Ali partit vers trois heures ; quant aux contingents arabes, il s'étaient dispersés.

Au point du jour, Salah-Reïsct Moulai Abou-Hassoun firent leur entrée dans la nouvelle-ville, au son de la musique, des détonations de l'artillerie et des cris d'allégresse. Les vainqueurs ? installèrent dans le palais que le cherif venait de quitter et s'emparèrent du trésor et d'une foule d'objets précieux ; en même temps, le pillage commença. Les Turcs et les renégats s'y distinguèrent, comme toujours, par leur rapacité. Cependant Abou-Hassoun avait pris en main les rênes du pouvoir, et son premier soin avait été de chercher a fournir aux Turcs l'indemnité promise de 400,000 mithkal, pour se débarrasser d'eux ».

1- Nous citons les paroles si originales de Diégo de Torrès, présent » l «lion (p. 357. 358).

2 Diégo de Torres, Hist. des Chenfs, p. 331 et suiv. — Haédo,

HISTOIRE DE L AFRIQl'E

Les Turcs rentrent a Alger. Le cherif Mohammed-Ei.-Mehdi s'empare de Tafilala, défait et met a mort Ahol-Hassoi n et rentre en possession de Fès. — En attendant le versement de la contribution nierinide, Salah-Reïs envoya un corps de 5!M> Turcs et renégats prendre possession de Vêlez. Personne, plus que Moulaï Abou- Hassoun, ne désirait le départ de ces botes qui se faisaient abhorrer de tous par leur arrogance et agissaient en maîtres, au nom de la Porte. Plusieurs fois, les citadins avaient failli leur faire un mauvais parti. Enfin, la somme fut réunie et versée et l'armée algérienne prit la route de l'Est ; mais on se quitta, de part et d'autre, fort mécontent, par suite de froissements inévitables dans ces conditions ; Salah-Reïs et ses compagnons rapportaient cependant un riche et important butin (mai 1554}. Le pacha fit des stations à Mostaganem, Tlemcen et Tenés et. dès son arrivée à Alger, s'empressa d'expédier en Orient une partie de ses prises.

La situation du souverain merinide, après le départ de ses protecteurs, n'était certainement pas brillante. Il tâcha néanmoins d'en tirer le meilleur parti possible, rappelant à lui tous les partisans de sa dynastie, toutes les victimes du cherif, et essayant d'employer l'industrie des captifs chrétiens pour fabriquer ce qui lui manquait en fait d'armes et de munitions. En même temps, il écrivit au cherif Abou-l'Abbas, toujours interné à Tafilala, et signa avec lui un traité, par lequel il s'obligeait à rendre à celui-ci le rovaume de Maroc, s'il l'aidait à vaincre son frère Mohammed-el- Medhi. Mais ce dernier ne restait pas inactif, d'autant plus que la convention conclue par son frère avec le merinide n'était pas ignorée de lui. A la fin de juin, il marcha en personne sur Tafilala, envoya son fils Moulaï Abd- Allah sur la route de Fès, pour contenir Abou-Hassoun, et laissa Maroc sous le commandement de son autre fils, Abd-el-Moumène. Parvenu en face de Tafilala, Mohainmed-el-Mehdi posa son camp dans un endroit propice et commença le siège. Pendant ce temps, Abou-Hassoun, sorti de Fès avec des forces importantes, surprenait Moulaï Abd-Allah dans son camp, le mettait en déroute et poursuivait les fuyards pendant plus de six heures. Abou-Hassoun et ses fils se battirent avec le plus prand courage et furent pour beaucoup dans le succès, tandis que Moulai Abd-Allah fuyait lâchement, selon son habitude, en abandonnant sa tente au vainqueur.

Iioi$ d'Alger (Rev. afric, n° 142, p. 275 et suiv.). — De Grammutit. Hist. d'Alger, p. 80. — Walsin Esterliazv, Domination Turque, p. 151, 152. — Sozhct-El-Hadi, p. 27 et suiv. du texte arabe. 52 et suiv. de la trad.

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