‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 20 sur 174 · LUTTES DES TURCS, DES CHER IFS ET DES ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

LUTTES DES TURCS, DES CHER IFS ET DES ESPAGNOLS

Aussitôt après ce succès, le Merinide envoya un courrier à Tafilala pour annoncer son arrivée : mais sa missive étant tombée entre les maitis du cherif, celui-ci, s'il faut en croire I). de Torrès, fit fabriquer des lettres dans lesquelles Abou-Hassoun prévenait le frère du cherif qu'il avait été entièrement battu par Abd-Allah et, qu'en conséquence, il ne pouvait le secourir; puis il envoya ces fausses nouvelles aux assiégés, par un serviteur qui se donna comme le courrier du roi de Fès. Victime de ce stratagème, Abou-l'Abbas rendit la ville, qu'il n'espérait plus pouvoir défendre. C'était un succès inespéré; le cherif envoya son frère, sous bonne escorte, à Maroc : quant à lui, il se porta directement sur Fès, et rejoignit en roule son fils Abd-Allah qui avait rallié les fuyards de son armée.

Abou-Hassoun marcha bravement contre son ennemi. Voyant le moment arrivé de la lutte décisive, le cherif, qui avait emmené avec lui les trois fils aînés de son frère, parmi lesquels il redoutait surtout Zidane, en raison de sa hardiesse et de son courage, les fit décapiter devant sa tente, au lieu dit Messellema et, le lundi 1er août, les deux rivaux en vinrent aux mains. Abou-Hassoun avait divisé son armée en quatre corps, le premier sous les ordres de son fils Nacer, le second, de son autre fils Messaoud et le troisième, du cheikh de Debdou ; il se réserva le commandement de la réserve. Le cherif, de son côté, avait formé trois corps. Moulai Abd-Allah commandait le premier, où se trouvaient un certain nombre de renégats et de Turcs ; le caïd Ali-ben-bou-Beker, le second, et lui-même, le troisième.

La bataille s'engagea avec vigueur et déjà le succès semblait se prononcer pour Abou-Hassoun , lorsqu'un partisan dévoué du cherif, qui s'était introduit auprès du roi de Fès comme déserteur de la cause cherifienne, le tua traîtreusement d'un coup de lance dans le dos. Celte nouvelle, se propageant aussitôt dans les deux armées, fit changer la face des choses et assura le succès de Mohammed-cl-Mehdi ; malgré le courage des fils du merinide, la journée fut perdue pour eux. Le lendemain, le cherif proclama une amnistie pour tous ceux qui viendraient vers lui et le reconnaîtraient ; ce moyen lui réussit aussi bien que précédemment. Les fils d'Abou-Hassoun se réfugièrent à Meknès et, de là, gagnèrent El-Araïche, où ils s'embarquèrent pour l'Espagne. Mais ils furent rencontrés par un navire chrétien qui s'empara deleur vaisseau après un combat dans lequel ils trouvèrent la mort. Ainsi s'éteignit la dvnastie merinide.

Le 25 août, le cherif Mohammed-el-Mehdi fit son entrée à Fès, où il fut reçu avec solennité. Cette fois, il avait de nombreuses

HISTOIRB DE I. AKRIQI'K

vengeances à exercer et ne s'en fit pas faute. De plus, il exigea une rançon considérable de la malheureuse population qui avait eu tant de pillages et d'exactions à supporter dans ces dernières années. Mais aucune considération ne le toucha et ses vengeances eurent un caractère de froide et lâche cruauté ; en outre, il destitua Fès de son rang de capitale, lui laissa comme gouverneur son fils Moulai Abd-Allah, et rentra â Maroc, pressé de s'occuper de la révolte des Berbères de l'Atlas qui durait toujours 1 .

Sai.aii-Reïs enlève Bouoie aix espagnols. — A peine de retour à Alger, Salah-Reïs s'occupa activement d'organiser une expédition contre Bougie. Rien ne peut donner une idée de l'abandon dans lequel ce malheureux poste était laissé : à peine contenait-il 500 hommes de garnison, mal armés manquant de tout ; ses canons n'étaient pas capables de faire feu et les fortifications, que l'empereur avait, en 1541, donné l'ordre de compléter, étaient encore dans un triste état. L'ingénieur Librano, chargé de les reconstruire, avait soulevé un conflit contre le gouverneur. Don Luis de Pcralta, et l'un et l'autre ne cessaient d adresser au gouvernement central plainte sur plainte. Mais, à ce moment, le puissant empereur, dompte par la maladie, aigri par les revers, préparait dans les Flandres son abdication, négligeant les principales affaires de l'état et sïntéressant fort peu à un petit poste d'Afrique.

Après avoir donné l'ordre d'expédier sur Bougie 22 galères chargées du gros matériel et de l'artillerie, Salah-Heïs quitta Alger, vers la lin du mois de juin 1555, à la tête de 3,000 Turcs et renégats. A son passage par la Kabilie. son allié, Ben-el-Kadi, lui amena les contingents de celte région formant un effectif considérable, et bientôt celte immense armée descendit dans la vallée de l'Ouad-Sahel, tandis que la flotte mouillail au fond du golfe. Par hasard, la barre de la Soumam n'existait pas, ce qui permit aux galères de pénétrer dans la rivière el de décharger leur cargaison sur les berges. Le débarquement de l'art illerie et du matériel, le transport du canon sur les colline? prirent un temps considérable et ce fut seulement le 15 septembre que les assiégeants se trouvèrent en état d'ouvrir le feu.

La garnison espagnole, répartie dans les forts par petits groupes, avait dû assister impassible à ces préparatifs ; en deux jours le château de l'empereur, appelé par les indigènes Bordj-Moussa

1. Noshet-El-Hadi, p. 26, 27 du leUe arabe, 56 el suit, de la trad. — - Diego de Torrès, Histoire des C/ierifs, p. 378 el suiv. — Abbé Godard, Maroc, p. 465 et suiv.

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