LUTTES DES TURCS, DES CIIERIFS ET DES ESPAGNOLS
lever le siège et «à se mettre en retraite, ce qu'il fit, inquiété par les Espagnols, qui lui enlevèrent même une partie de son artillerie
Révolte de Hassan-Corso. — Le pacha Mohammed-Tekelerli s'empare d'Alger. Il est assassiné par les Yoldaciis. — Hassan, fils de Kheïr-ed-Dine, revient a Alger. — La brusque entrave mise par la Porte aux succès de Hassan-Corso devant Oran, le retour de l'armée algérienne dans de pénibles conditions, au moment où elle semblait certaine du succès, avaient profondément blessé les Yoldachs. Celle irritation fut portée à son comble lorsqu'on apprit la nomination du turc Mohammed-Tekelerli pacha, comme beylarbeg d'Alger. Les janissaires, agissant sans doute sous la pression de leur général Hassan-Corso, jurèrent de ne pas recevoir le nouveau chef et des ordres furent expédiés aux commandants des ports pour qu'ils le repoussassent, s'il se présentait.
Dans le mois de septembre 1550, le nouveau beylarbeg, venant d'Orient avec une escadre de S galères, se présenta devant Bône, que les Turcs occupaient alors, et fut reçu à coups de canons ; plus loin, à Bougie, il rencontra même accueil. Knfin il arriva au cap Matifou et salua par un coup de canon, selon l'usage, mais la garnison du fort, loin de lui répondre avec courtoisie, lui fit comprendre que ses intentions étaient hostiles. Le pacha se trouvait fort embarrassé, n'ayant pas avec lui de forces suffisantes pour attaquer Alger. Il était même sur le point de retourner en Orient, lorsqu'il reçut, de la corporation des rcïs, ou corsaires d'Alger, la proposition de lui ouvrir l'entrée du port. Ces marins, en effet, qui enrichissaient la ville des produits de la course, étaient fort irrités des exigences et de la suprématie des Yoldachs. Grâce à eux. Mohammed-Tekelerli pénétra, de nuit, dans le port, débarqua son monde et se porta, au milieu de grandes acclamations et suivi par les rcïs et la foule, sur le palais. Kn vain Hassan-Corso, se voyant perdu, essaya de sauver sa vie par une soumission tardive. Le beylarbeg le fit charger de chaînes et, peu après, on le jetait contre les crochets de la porte Bab-Azzoun, où il demeura suspendu par le flanc durant trois jours, avant de mourir. Ali-Sardo, commandant de Bougie, ayant été appelé à Alger, subit la torture et le supplice du pal. Ainsi l'autorité resta au représentant de la
1 Général de Sandovnl, Les inscriptions d'Oran (Revue afric, n° 88, p. 283. 284). — Documents des archives de Stmancas (Kevue afric., n° 124, p. 268 et suiv ). — Haédo. liois d'Alger (Rcv. afric, n° 142, p 283 et suiv.). — Fcy, Hist. d'Oran. p. 93, 94. — De Grammont, Ilist. d'Alger, p. 83.
HISTOIRE DE i/aFRIQIE
Porte et l'arrogance de? Yoldachs fut abaissée, tandis que celle des réïs devenait d'autant plus grande.
Cependant, le beylarbeg ne jouit pas longtemps de son succès. A la fin d'avril 1557, Mohammed-Tekelerli, ayant quitté Alger, soit pour fuir la peste qui désolait cette ville, soit pour aller aux bains des Rir a, fut surpris dans son camp, près du cap Caxime, par un groupe de janissaires, conduits par le caïd Youssof, renégat calabrais, commandant de Tlemcen, qui était accouru pour venger la mort de son chef, Hassan-Corso. \in même temps, d'autres Yoldachs conjurés s'emparaient des portes, car les reïs étaient presque tous partis en course. Le pacha eut le temps de sauter à cheval et de fuir à toute bride vers Alger; mais il trouva les portes fermées et fut accueilli par des huées ; il se réfugia alors dans la petite koubba de Sidi-Yakoub, près du fort l'Kmpereur, où ses ennemis l'atteignirent et le tuèrent. Les janissaires se répandirent ensuite dans la ville, la mirent au pillage et exercèrent de sanglantes représailles contre leurs adversaires et tous les serviteurs «lu pacha, pour la plupart renégats. Youssof étant mort sur ces entrefaites, soit de la peste, soit dans quelque bagarre, les Yoldachs reconnurent provisoirement l'autorité du caïd Yahïa. vieillard qui avait déjà exercé divers commandements et qui sut faire rentrer la ville dans le calme.
Ces nouvelles causèrent en Orient une grande inquiétude. Aussi le sultan, connaissant la puissance des souvenirs laissés à Alger par les Barberou^se et l'influence que Hassan, (ils de Kheïr-ed- Dine, y avait conservée, se décida à l'y renvoyer comme beylarbeg, Dans le mois de juin, Hassan arriva avec une flotte de 20 navires, jeta l'ancre dans le port et prit, sans dilïiculté, possession du pouvoir1.
Le tacha Hassan fait assassinée Mohammed-el-Mehdi au Maiioc. Hègne dv chehif Moci.aï Aud-Ali.ah. — Vers le mois dejuin 1557, le cherif Mohammed el-Mehdi, voulant profiter des troubles dont Alger était le théâtre et de l aiïaiblissement de la garnison de Tlemcen, vint, à la tète d'une armée, attaquer cette ville, ou peutêtre y envoya-t-il simplement un corps expéditionnaire, sous le commandement d'un de ses fils et du caïd Mansour. Les Espagnols
1. De Voulx, Première révolte des Janissaires (Revue afric. n° 85.) — Walbled, Documents inédits sur l'assassinat du pacha Mohammed Tektlnli (Revue afric., n° 89, p. 335 et »uiv.). — Haédo, loc. cit., u°» 143, 144. — De Grammonl, loc. cit., — Documents des archives de Simancas
(Revue afric, u" 124, p. 284 et suiv.).