‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 27 sur 174 · Annuaire de la Soc. archéol. de Constantine · texte numérisé non relu

Annuaire de la Soc. archéol. de Constantine

LES TIRCS ET LES CHKHIFS MAITRES DR LA RKRBKRIE (1573) 115

l'été de l'année 1573, en Sicile. Euldj-Ali, de son côté, n'était pas resté inactif. La Hotte turque était reconstituée et il avait reçu de son maître l'ordre de s'opposer aux tentatives des Espagnols. Deux fois, dans le cours de cette année 1573, le Capilan-Pacha prit la mer avec toutes ses forces ; mais la tempête dispersa ses navires, en leur infligeant de graves avaries qui forcèrent Euldj- Ali à une inaction momentanée. Don Juan en profita habilement pour quitter le mouillage dans les premiers jours d'octobre et cingler sur Tunis, avec 138 navires de guerre, portant 27,500 hommes de débarquement. Favorisés par le temps, les Espagnols abordèrent à la Goulette sans rencontrer d'ennemis et s'avancèrent contre Tunis sous la protection de ce fort. Les quelques Turcs qui gardaient la ville, avec Ramdane-Pacha, ne tentèrent môme pas une résistance inutile. Ils se retirèrent à Kaïrouan, où les Chabbïa les recueillirent, tandis que les Espagnols prenaient possession de Tunis.

Philippe 1 1 n'avait autorisé l'expédition de Tunis qu'en ordonnant à son frère naturel de détruire toutes ses fortifications, y compris le fort de la Goulette, élevé à si grands frais. Les idées alors en faveur dans la métropole consistaient à ruiner tous les retranchements pouvant servir aux Turcs sur le littoral, de façon à les exposer, sans résistance possible, aux attaques des indigènes de l'intérieur. Mais Don Juan rêvait alors une sorte de royauté africaine dont il aurait été le titulaire et, au lieu d'exécuter les instructions du roi d'Espagne, il s'appliqua à consolider sa conquête. Tout d'abord, il releva le trône hafside et y plaça, non Moulai-Ahmed, qui prétendait avoir provoqué l'intervention espagnole et qui fit des difficultés pour accepter la position de roi tributaire, mais son frère, Moulaï-Mohammed, beaucoup plus coulant. Puis il confia le commandement de Tunis à un officier éprouvé, le comte de Serbelloni, en le chargeant de construire une vaste forteresse entre le lac et la ville. 11 lui laissa 4,000 hommes de troupes espagnoles et à peu près autant d'Italiens qui furent occupés sans relâche à la construction de la forteresse, travaillant même le dimanche, grâce à un bref du pape les y autorisant.

Le fort de la Goulette, bien armé et approvisionné, fut laissé sous le commandement de Porto-Carrero. Ce fut seulement après avoir pris ces dispositions que don Juan se décida à exécuter les ordres pressants de Philippe II, en abandonnant sa conquête.

Les Tunisiens avaient évacué la ville à l'approche des chrétiens et s'étaient retirés au Djebel-Reças ; ils rentrèrent peu à peu, mais leurs maisons avaient été dévastées, ou même étaient encore occupées par les chrétiens, et ils durent subir leur contact, surtout

HISTOIRE DE l'aFRIQLE

dans le quartier de Bab-el-Djezira, tandis que celui de Bab-es- Souïka conservait sa physionomie musulmane. La forteresse de Bab-el-Behar s'élevait rapidement, et Moulai-Mohammed, fidèle aux stipulations qu'il avait acceptées, aidait de toutes ses forces le comte de Serbelloni, en partageant avec lui le pouvoir1.

Les Tlrcs, sols le commandement de Sinane-Pacha, viennent attaquer Tunis. Dispositions des Esi'agnols. — La reprise de Tunis par le vainqueur de Lépante avait eu à Constantinople un retentissement fâcheux et peu s'en était fallu que le Capitan-Pacha perdit, pour ce fait, sa position et sa vie. Il fallait, à tout prix, se venger de cette surprise et personne ne s'y épargna. Les pachas d'Aller et de Tripoli réunirent toutes leurs forces, tandis que l'on préparait en Orient une expédition formidable en se donnant rendez-vous pour le mois de juillet 157 4 devant Tunis. Les Espagnols que Don Juan y avait laissés, prévenus de ces dispositions, ne perdaient pas leur temps, mais ils n'étaient pas en nombre suffisant et n'avaient cependant rien à attendre de Philippe II, irrité au plus haut point d'une occupation faite malgré lui. Dès les premiers jours de l'été, le pacha de Tripoli amena un contingent de 1,000 hommes qu'il adjoignit aux Turcs de Kaïrouan, sous les ordres du caïd Heïder (ou Kheder) et aux goums de cette région, formant un effectif de près de 5,000 cavaliers; puis, arriva le contingent de Constantine et de Bône, fort de 2, (KM) hommes. Tous, alors, se portèrent sur Tunis afin de bloquer la ville au sud; mais le manque de ressources pour subsister força bientôt ce rassemblement à reculer vers la montagne.

Le 13 juillet, la Hotte turque d'Orient parut en rade; elle ne tarda pas à aborder près du cap Karthage, et y débarqua, sans difficultés, ses troupes et son matériel. Sinane-Pacha commandait l'expédition, et Euldj-Ali la flotte; peu après, le khalifa d'Alger, Arab-Ahmed, arriva par mer avec un corps de troupes important.

Les Espagnols avaient organisé la défense de la manière suivante : P. de Porto-Carrero commandait le fort de la Goulette, avec quatre compagnies de troupes espagnoles et cinq d'Italiens. Le fort et l'îlot de Chekli furent confiés au brave Don J. de Zamoguerra. Enfin, 2,000 hommes, Espagnols et Italiens, étaient dans la forte-

1. El-Kaïrouaui, p. 296 et suiv. — Hacdo, Rois d'Alger, loc. cit., p. 414. — E. de ia Primaudaie, Documents inédits (Revue afric, n° 124, p. 293 et suiv.) — Rousseau. Annales Tunisiennes, p. 28 et suiv. — De Grammont, Hist. d'Alger, p. 114, 115.

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