‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 4 sur 174 · Rosseuw Saint-Hilairc, Histoire d'Espagne, t. VII. pass · texte numérisé non relu

Rosseuw Saint-Hilairc, Histoire d'Espagne, t. VII. pass

2. Annales Tripolituines (Foraud). Hevue afric, n» 159, p. 207 et »uiv. — El Kairouaui. p. 269 et suiv. — Cheikh-Bou-Ras, pass.

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jours, à Tunis, le trône hafside. Mais sa puissance ne s'étendait guère au delà de cette ville et nous avons dit de quelle façon il chercha à se procurer de nouvelles ressources en fournissant son appui à Aroudj et à son frère.

Tout l'intérieur de la Tunisie était livré aux Arabes. C'étaient d'abord les Chabbïïn ou Chabbïa, chefs religieux d une fraction des Mohclhel, qui avaient formé, auprès de Kaïrouan, à Chabba, une véritable royauté, et dominaient en maîtres jusqu'aux portes de Tunis et, vers l'ouest, jusqu'à la province de Constanline, dont les tribus limitrophes étaient leurs vassales. Des aventuriers de toute origine fournissaient leur appui aux Chabbïa, toujours hospitaliers pour les brigands, d'où qu'ils vinssent.

Derrière eux étaient les Oulad-Saïd, autres Arabes dont nous avons souvent parlé, pillards incorrigibles, mis hors la loi par le gouvernement hafside et exclus du corps des musulmans par les légistes, qui assimilaient à la guerre sainte toute campagne entreprise contre eux.

Les villes du littoral oriental, comme celles du Djerid, avaient repris leur autonomie et vivaient sous l'égide de leurs vieilles institutions municipales, à la condition de payer aux Arabes, leurs « protecteurs », les redevances et charges que ceux-ci leur imposaient1.

Province de Constantine. — Bougie était aux mains des Espagnols depuis 1510, et Djidjeli occupée par les corsaires turcs. A Constantine, commandait un prince hafside, le plus souvent indépendant et dont l'autorilé n'était guère reconnue qu'à Bone, à Collo, et dans la région intermédiaire. Toutes les plaines et les plateaux de l'est obéissaient à celte forte tribu berbère arabisée dont nous avons indiqué les transformations, les llouara, devenus les Menanecha, ayant à leur tête la famille féodale des Harar, reconnaissant alors la suzeraineté des Chabbïa de Tunisie. Les Nemamcha, dans la direction de Tebcssa, cl les Harakta, dans la région de la ville actuelle d'Aïn-Beïda, tribus analogues comme origine et formation à celle des Henaneeha, appuyaient celle-ci au sud; tandis qu'à l'ouest, près de Constantine, se trouvaient les restes d'un groupe arabe hilalien, les Dréïd, fort alTaiblis, et destinés à disparaître avant peu. Dans le Djebcl-Aourès, l'élément berbère Zenèle avait repris une indépendance presque complète,

1. El-Kaïrouaui, p. 267 et suiv. — Annales Tunisiennes (par Rousseau), p. 12 et suiv. — Féraud, Les Harars (Revue afric, u"» 103 à 107). Le ni^rae, Kitab-el-Adouani. pass.

état de i/afrique septentrionale au xvi0 siècle

et ces indigènes étaient désignés sous le nom générique de Chaouïa (pasteurs).

Le Zab, le Hodna et les parties montagneuses qui s'étendent au nord de ces régions, étaient sous la domination des Arabes Daouaouïda. commandés par la famille féodale des Bou-Aokkaz, dont un membre portait le titre de Cheikh de* Arabes. Une de leurs principales fractions, celle des Oulad-Saoula, dominait particulièrement à Constantine. Les autres Daouaouïda venaient, à époques fixes, y chercher les redevances qu'ils exigeaient de toutes les villes de la région moyenne du Tel et des Oasis.

Dans la plaine, «'étendant à l'ouest de Constantine, les restes de la tribu des Sedouïkcch s'étaient transformés en s'arabisant, et avaient pris ou allaient prendre de nouveaux noms (Abd-en-Nour, Telar'ma, etc).

Toute la région montagneuse s'étendant au sud de Bougie et de Djidjeli, occupée par des populations kabiles, avait recouvré sa liberté. Mais, sur la lisière de la plaine de la Medjana, une famille féodale, ayant pour chef cet Abd-el-Aziz dont nous avons parlé dans le volume précédent, et qui devait être l'ancêtre des Mokrani, avait fondé une véritable royauté a la Kalàa des Beni- Abbès.

Knfin, dans l'extrême sud, à Touggourt, chef-lieu de la région d'oasis de l'Ouad-Rir', une dynastie, celle des Ben-Djellab, dont l'ancêtre paraît avoir été un pèlerin venu de l'Ouest, ou peut-être un gouverneur merinide, s'était établie et tenait sous son autorité ces contrées sahariennes ' .

Province dWUjer. — Nous savons que les Espagnols avaient occupé un îlot, le Pefton, dans le port même d'Alger, et qu'ils avaient reçu la soumission des autres villes maritimes de la province. Depuis l'aflaiblissement de l'autorité zeyanite, Alger avait reconquis son indépendance municipale ; mais les Thâaleba, ces Arabes mâkiliens dont nous avons indiqué pas à pas la marche, ayant fini par atteindre la Mitidja, y avaient établi leur domination en expulsant les Berbères Mellikch, leurs prédécesseurs. Ce résultat avait été obtenu en dépit des défaites et des répressions à eux infligées

1. Féraud, Les fiarars (/oc. cit.). — Le même. Ain Beïda (Revue africaine, n° 96). — Le nu- me, Les Iien~l)jtllab (llevue afric, n« 136). — Le même, Histoire de Bougie (Recueil de la Soc. arclicol. de Conslaiilinc, vol. XIII). — Le même. Histoire de Djidjeli (Ibid., vol. XIV). — Le même, Notice sur les Abd-en-Nour et sur les tribus de la province de Constantine (Ibid., 1864 et vol. XIII).

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parles souverains zcyanites, notamment par Abou llammou II. Maîtres de la Mitidja, ces Arabes devaient l'être d'Alger ; il est probable qu'ils se contentèrent d'abord d'exiger des tributs et redevances; mais, à l'époque par nous atteinte, leur cheikh, Salemet-Tounii, avait quitté la vie de la tente pour s'installer en souverain dans la ville, fait bien digne de remarque et qui indique à quel degré de faiblesse lu population locale était tombée.

Dans la Grande-Kabilie, une nouvelle dynastie, rivale de celle des seigneurs de la Kalaa des Beni-Abbès, s'était fondée à Koukou, au cœur même des montagnes du Djerdjera, et son chef, Ahmedben-el-Kadi, avait pris le titre de sultan et commandait aux populations belliqueuses de celte région.

A l'opposé, Téncs a un cheikh, Moulaï-Abd-Allah, descendant de Mcndil, qui prend aussi le titre de roi et s'est reconnu tributaire de l'Espagne.

Le groupe des tribus zenètes de la famille des Toudjine, qui avait occupé le massif de l'Ouarensenis, et, de là, les montagnes situées au nord du Chelif, où ses rameaux s'étaient fondus ou mélangés avec les anciens Mag'raoua, vivait dans l'indépendance la plus complète1.

Province d'Oran. — Nous avons vu dans quelles conditions les Espagnols se sont établis à Oran et ont commencé des courses dans l'intérieur, portant leurs armes victorieuses jusqu'au Djebel- Amour.

L'émir de Tlemcen, Abou-Abd-Allah-Mohammed, devenu le vassal du roi catholique, est contraint, par le traité qu'il a souscrit, de fournir aux garnisons d'Oran et de Mers-el-Kebir les vivres nécessaires. Déshonoré par cette humiliation, il est sans force dans sa propre capitale, honni et méprisé de tous, de plus, sans ressources, ce qui l'oblige à écraser d'impôts ses sujets ou â permettre le pillage des Juifs. Dans ces conditions, le commerce avec les étrangers et avec l'extrême sud, qui a rendu autrefois Tlemcen si prospère, cesse et les fondoucks se ferment, car ces transactions ne peuvent subsister qu'en s appuyant sur la sécurité. Si ce n'était la protection des Espagnols d'Oran, dont le chef porte le titre de « Capitaine général de la ville d'Oran, de Mers-el-Kebir et du

1. Hacdo, Bois d'Alger (traduction de Grammout), Revue afric, n°»139, p. 53. — Sander-liang, Fondation de la régence d'Alger, t. I, p. 80 et suiv. — De Grainmont. Mst. d'Alger, p. 22 et suiv — Chronique des Barberousse, de F. Lopc* Gomara. — Lettres arabes relatives à l'occupation espagnole (Revue afric., n° 100, p. 114 et suiv.)

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royaume de Tlemcen », le triste règne du descendant de Yar'moraecn ne larderait pas à prendre lin. Du reste, ses jours sont comptés et il doit mourir naturellement en 1510.

Les Espagnols, avons-nous dit, parcourent en maîtres la province d'Oran. Ils ont adopté le système de la r'a/.ia, et sont assistés dans leurs expéditions par des indigènes déjà soumis et qu'ils appellent morox de paz ; mais ces courses aventureuses ne sont pas toujours fructueuses et l'on n'a pas oublié le terrible échec de la r'azia de Fistel1.

Maroc (Ma(f'reb). — L'Espagne et le Portugal occupaient presque tous les ports de la Méditerranée et de l'Océan. Azemmor, le bassin inférieur de l'Oum-er-Hebïa et le littoral du Sous étaient tributaires du Portugal, qui en retirait des revenus importants. Cependant, à Fès, le souverain merinide (de la branche des Beni Oualtas) assistait, impuissant, à ces conquêtes du chrétien en Afrique. Sa capitale et les environs, voilà ce qui lui restait du vaste empire fondé par Abd el-Hakk, cl encore, y était-il à peine en sécurité, menacé sans cesse par des intrigues de palais et les compétitions de ses parents. La province de Maroc avait dil être cédée par lui à un tributaire, Moulaï-Nacer-ben-Gantouf, des Hentata, allié aux Merinides.

Mais, si son royaume était ainsi entamé au nord et à l'ouest par le chrétien, il avait cessé de lui appartenir dans le sud pour passer aux mains des cherifs.

NoTICK SI R LES CIIERIFS HASSAN I ET SAADIENS. — Vers la fin du

xiuc siècle, des pèlerins du Mag'reb, conduits par un Emir-er- Hekeb, originaire de Sidjilmassa, se lièrent à Ycnboue, port de l'Iémen, avec des cherifs descendants d'Ali, gendre du prophète. On sait, en effet, que Mahomet avait donné cette ville en iief à Ali et que les cherifs de Yenboue prétendent être de sa postérité. Ils leur vantèrent tellement la richesse de Sidjilmassa qu'ils en décidèrent plusieurs à les suivre. L'un d'eux, El-llassan-bcn- Kassem, se fixa à Sidjilmassa, que nous appellerons bientôt Tafilala, cl ses enfants se multiplièrent en grand nombre clans la contrée. Il est l'ancêtre des cherifs Hassani, ou Filali, de Sidjilmassa, dont un descendant occupe encore le trône de Fès. LTn autre se fixa dans la vallée de 1 Ouad-Derâa et y forma la souche

1. Inscriptions d'Oran et de .Vcrs-cl-Kebir, par le général tle Sandoval (Rev. afrir.. n°* 87 à 95). — Complément tle l'histoire des Beni- Zeiyan, par l'abbé Bargi-s, j>. >il8et suiv. Suarès. Mers-el-Kcbir et Oran, par Berbrugger Rev. afric , n'» 52 à 61).

HISTOIRE DE I/AFR1QITE

des chcrifs Saadiens. Des généalogistes ont prétendu que son origine n'était pas absolument précise, en tant que cherif, descendant du prophète. Mais ses contemporains le tinrent pour tel et cela ne nous olîre qu'un intérêt secondaire.

Les cherifs saadiens vécurent dans la plus complète obscurité jusque vers le commencement du xvi* siècle. Ils eurent alors pour chef un certain Abou-Abd-AIIah-Mohammed, qui se fit appeler El-Kaïm-bi-Amr- Allah, surnom significatif qui peut se traduire de deux manières : celui qui erécute V ordre de Dieu ou celui qui se lève par l'ordre de Dieu. Or, se lever, dans cette acception, signifie : se révolter.

Il avait accompli le pèlerinage de la Mekkc, s'était lié avec un grand nombre de savants et avait acquis un certain renom dans les contrées méridionales du Mag'rcb jusqu'à Maroc. Les victoires des Portugais sur le littoral océanien, leur occupation de postes dans le Sous, avaient eu un déplorable retentissement chez les fidèles, d'autant plus que la faiblesse du sultan merinide ne pourait laisser aucun espoir de revanche. Ce prince cherchait, avant tout, à protéger le nord-ouest : Tanger, Acila, El-Araïch, Badis, et c'était plus que suffisant pour l'absorber. Quant au Sous, il demeurait abandonné à lui-même, bien que relevant nominalement du chef de Maroc. Les habitants de cette province, divisés et sans chef, se rendirent alors auprès d'un de leurs plus saints marabouts nommé Ben-Mebarek, pour le prier de se mettre à leur tête et de les conduire contre l'ennemi. Mais le santon s'v refusa et leur dit : « Il y a à Tagmadarète, dans le pays de Derâa, un cherif prédisant qu'une grande gloire est réservée à ses deux fils. Adressez-vous à lui, et vos désirs seront comblés ! »

Vers la même époque, un personnage du Sous, nommé Sidi- Barkate, qui avait eu des relations avec les Portugais pour l'échange des prisonniers, proposa à ceux-ci une transaction, par laquelle on ne devait plus, de part et d'autre, faire des prisonniers; mais les chrétiens ne pouvaient traiter avec un chef sans mandat. C'est pourquoi les gens du Sous allèrent à l'Ouad-Derâa, et firent si bien qu'ils ramenèrent les chéri fs Abou-Abd-AIlah-cl-Kaïm et ses deux fils Abou-l'Abbas et Mohammed-el-Mehdi (vers 1509).

Abou-Abd-Allah rendit visite au marabout Ben-Mebarek à Agg, dans le Sous-el-Akca ; peu après, il recul les dépulations des tribus lui offrant leur soumission, et notamment des Masmouda du Grand- Atlas. En 1511, à Tedci, prèsdeTaroudent, les populations duSous lui prêtèrent le serment de fidélité. Aussitôt, le cherif marche, suivi d'une foule nombreuse, contre les musulmans soumis aux Portugais ; puis il attaque les chrétiens et leur livre plusieurs combats où

ETAT DE I.'aFRIQUE SEPTENTRIONALE A t.- XVIe SIECLE

il obtient l'avantage. Ces succès, après tant de défaites, eurent un retentissement considérable et lui attirèrent de nombreux partisans.

A la suite dediscussionssurvenuesavee descheikhslocaux, Abou- Abd-Allah-el-Kaïm retourna dans le pays de Derâa, mais ses anciens compagnons étant venus l'y chercher, il les invita à reconnaître comme chef, son fils aîné, Abou-l'Abbas-Ahmed-el-Aradj, ce qu'ils firent (1512;. Ce prince multiplia les attaques contre les Portugais d'Azemmor et de Sali. Mais Fernand d'Altaïdc, gouverneur de Safi, et Pedro de Souça, gouverneur d'Azemmor, soutenus par les chefs indigènes Yahïa et Meïmoun, résistèrent avec avantage aux efforts des Marabouts et leur firent éprouver des pertes sensibles. Sur ces entrefaites, les gens du Haha et du Chiadma députèrent leurs cheikhs à Abou-Abd-Allah-el-Kaïm pour l'appeler chez eux. Cédant encore à leurs instances, le cherif se rendit a Afour'al avec son fils aîné, en laissant dans le Sous son second fils, Mohammed-el-Mehdi, chargé de le représenter et d'y maintenir son autorité. Taroudcnt devint la capitale de celui-ci (1515)

Résumé i»e la situation. — Le tableau que nous venons de présenter de la Berbérie, vers 1515, montre à quel degré d'anarchie est tombée la population musulmane, et combien l'autorité y est émiettée. C'est une période de transition, décisive pour l'histoire d'un peuple, car il n'en peut sortir que par une rénovation ou par l'asservissement. Or, la rénovation n'est possible que comme conséquence de deux puissants mobiles : un profond sentiment national ou une réforme religieuse, et ne se manifeste par conséquent que dans certaines conditions de temps ou de milieu. L'asservissement est donc fatal, et, au moment où le chrétien semble sur le point de le réaliser à son profit, c'est le Turc qui va, sans peine et sans grands efforts, se rendre maître de la majeure partie du pays, tandis que les cherifs s'approprieront le Mag'reb.

Certes, on peut reprocher aux Turcs leurs principes et leurs procédés de gouvernement, mais personne ne méconnaîtra leur génie, dans cette circonstance, et chacun admirera avec quelle intelligence pratique ils ont compris la situation et tiré parti de leurs faibles moyens d'action, ce qui a eu comme conséquence de soustraire, pour trois siècles, la Berbérie à In domination des puissances chrétiennes.

Tel est le service qu'ils ont rendu a l'Islam. Il ne nous appar-

1. Mozhet-el-Hadi, p. 4 et suiv. du texte arabe, 8 et suiv. de la traduction Boudas. — Abbé Godard, Jlist. du Maroc, p. 417 et suiv. — Diego de Torrès. Ilist. des Cherifs, p. 25 et suiv.

HISTOIRE DB I- AFRIQUE

tient pas de leur en savoir gré, mais l'impartialité forcera encore de reconnaître qu'en un nombre d'années relativement peu grand, ils ont expulsé les Espagnols de leur» conquêtes, courbé sous leur joug tous les roitelets, les chefs de tribu et les fauteurs de discorde qui se disputaient le pouvoir, et rétabli, avec la sécurité, une administration quasi régulière.

Progrès de i.\ science ex Berrérie. Les grands docteurs. — Le Soufisme. — Les confréries. — Nous avons, par système, laissé dans l'ombre la situation scientifique et littéraire dont le vaste champ d'étude ne serait pas en rapport avec le cadre de ce précis; mais nous ne pouvons nous dispenser de faire ressortir, avant de reprendre le récit purement historique, 1 "état de la Berbéric, par rapport au mouvement religieux qui s'est opéré dans les années précédentes.

Disons d'abord que la science musulmane, caractérisée par l'élude de la religion et du droit qui en dépend, s'est propagée jusque dans les plus petites bourgades et a fait pénétrer la pratique des doctrines et du rite de Malek dans l'extrême sud. Les grandes écoles du moyen âge, qui ont illustré certaines cités de l'Espagne et de l'Afrique, n'existent plus, mais il s'en est formé partout, même dans les villes secondaires, telles que Geuta, Tenès, Mazouna, et tant d'autres petites écoles dont les légistes ne sont pas sans renom ni sans valeur; de là cette unité si remarquable dans la pratique de la religion et de la loi musulmane en Berbérie. Tenboktou, la capitale du Soudan, avait aussi son école, et ce n'était pas la moins brillante : trois générations de légistes nègres, les Ben-Baba, l'illustrèrent. C'est donc avec raison que Cherbonneau a dit à ce sujet : (.On peut conclure que, pendant les xivp, xv" et xvr siècles, la civilisation et les sciences llorissaient au même degré sur presque tous les points du continent que nous éludions ; qu il n'existe peut-être pas une ville, pas une oasis, qu'elles n'aient marquées de leur empreinte ineffaçable' ».

Sans nous arrêter aux grands historiens du xiv* et du xv* siècle, Abd-er-Hahnian Ihn-Khaldoun, l'auteur auquel nous avons tant emprunté, son frère Yahïa. historien des Beni-Zeyane ; l'imam Kl- Tensi, d'une famille originaire de Tenès, comme son nom l'indique; Ibn-Konfoud, de Gonslantine, et tant d'autres, non plus qu'à Kalaçadi, qu'on a surnommé le dernier mathématicien de l'Espagne et qui vint (inir ses jours enTunisie. où il avait étudié et professé (MKti),

t. F.ssai sur la littérature arabe au Soudan (Bec. de la Soc. arclicol. de Conslautiiic, 185i-55, p. 1 et suiv.)

ÉTAT DB LAFHIQUE SEPTENTRIONALE AU XVIe SIECLE

nous parlerons particulièrement des légistes et auteurs d'ouvrages religieux qui ont été les fondateurs des sectes actuelles ou les modèles des marabouts dont le rôle va intervenir puissamment.

Citons d'abord Ibn-Merzoug, savant légiste du xiv# siècle, ayant résidé, pour la plus grande partie de sa vie, «à Tlemcen, où sa famille a fourni des légistes remarquables pendant deux cents ans cl qui a eu l'honneur de former le grand apôtre du Soufisme, le cheikh Mohammed-Es-Senoussi. Ce docteur naquità Tlemcen vers 1 127, d'une famille originaire des Beni Senous, et profita des leçons du fameux Ben-Zegri et du non moins illustre Abd-er-Bahmam-El- Thâalebi, dont nous parlerons plus loin. 11 mourut dans sa ville natale en 1490, et on ne doit pas le confondre avec le fondateur de la secte toute nouvelle des Senou.ssiya.

Le Soufisme, d'origine orientale, dérive de la doctrine du Touhid, ou unité absolue de Dieu absorbant tout. C'est la règle de la suppression volontaire de l'individualité pour se concentrer en Dieu et bannir toute pensée de joie, toute préoccupation terrestre. Le souli doit être vêtu d'une laine grossière [Sauf), mot qui paraît être la véritable étymologie de cette appellation, et vivre en ascète dans la prière et l'extase, jusqu'au jour où il plaira à Dieu de le rappeler à lui. C'est la doctrine du fatalisme, opposée à celle du libre arbitre, que la secte des Kadrïa avait soutenue non sans éclat: « Cette doctrine (le Soufisme), — a dit excellemcnt Brosselard1, — est-elle autre chose que le fatalisme mitigé, devant aboutir nécessairement, par l'abaissement des caractères et l'affaiblissement des volontés, au fatalisme sans mélange, c'est-à-dire à l'abdication de soi et à la dégradation de la raison humaine? Cette doctrine est rangée par les Sonnites au nombre des articles de foi, elle règne sans partage, depuis plusieurs siècles, au sein de l'Afrique musulmane, où elle est acceptée comme un des principes fondamentaux du dogme. Or, il s'agit d'une société où la religion est unie par des liens étroits à tous les actes de la vie civile et politique. Est -ce donc trop se hasarder que de voir dans celte répudiation volontaire du libre-arbitre humain, une des causes prépondérantes de l'affaiblissement social où en sont réduits les peuples qui en font profession ? »

LesSoufi formaient une confrérie dans laquelle on n'était admis qu'après une initiliation et des épreuves. Le cheikh Senoussi reçut l'ouerd, ou initiation, d'un des chefs de l'ordre, Sid Ibrahim-ct- Tazi, qui lui cracha, dans la bouche, selon le rituel, pour lui transmettre les vertus propres au souli. Le nouvel adepte ne tarda

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