‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 36 sur 174 · PRÉPONDÉRANCE DE L EMPIRE DES C1IERIFS SAAD1ENS · texte numérisé non relu

PRÉPONDÉRANCE DE L EMPIRE DES C1IERIFS SAAD1ENS

auxiliaire des spahis réguliers et était chargée particulièremenb d éclairer et de flanquer les colonnes et d'accompagner les convois.

Voici quel était Tordre de marche de l'année.

En tête s'avançait le corps dit « armée du Sous », où figuraient en grand nombre, les contingents de cavalerie arabe ; il était suivi du corps des Cheraga , tribu privilégiée des environs de Fès, l'un et l'autre en colonne double, sous le commandement de l'affranchi Mouslafa-Bey : l'armée du Sous obéissait au caïd Omar.

Puis venaient les affranchis, renégats et levantins, formant un corps, et les Maures andalous, un autre corps, marchant en colonnes parallèles. Les premiers étaient commandés par le caïd Mahmoud et les seconds par le caïd Djouder ; au-dessus de chacun d'eux flottaient des étendards au milieu d'un groupe de Bouloukbachi.

L'état-major général, précédé par le grand tambour, dont le son s'entendait au loin, et les joueurs de clarinettes et de fifres, ayant au centre le sultan, suivait, entouré par les Uïak ; les Slag et les hallebardiers, à droite et à gauche. Le parasol, porté par des cavaliers Biak, s'élevait sur la tête du prince ; à côté de lui un grand étendard blanc était déployé et, alentour, d'autres cavaliers dressaient leurs lances ; le tout était accompagné et précédé d'autres drapeaux et d'enseignes. Le son des tambours et des clarinettes « enflammait l'ardeur des braves et donnait du courage à ceux qui en manquaient. » L'ensemble de cet appareil inspirait le respect et la crainte.

Puis venait le corps des canonniers entouré par les Spahis réguliers en deux colonnes sous le commandement du Beylarbeg'.

Alger, db 1582 à 1888. Progrès de la course. Mort d'Euldj- Ali, dernier beylarbeg. Les pachas triennaux. — Après le départ d'Euldj-Ali pour l'Orient, avec le pacha Djafer, ce fut Hamdane qui vint encore une fois, à Alger, prendre la direction des affaires. Cette ville se trouvait toujours en proie à l'anarchie : les Reïs, irrités de la disgrâce d'Euldj-Ali, étaient en quelque sorte les maîtres et le nouveau pacha arrivait d'Orient avec des ordres formels pour faire cesser la course à l'égard des Français et donner réparation aux gens de ce pays dont les navires avaient été capturés, notamment par le corsaire Mourad. En tout temps cette mission eût été difficile à remplir pour un homme énergique ;

1. Nothet-el-Hadi, p. 115 et suiv., 162 et auiv. du texte arabe. 195 et •ui». de la trad., d'après le Menahel-et-Sefa.

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histoiri: aiî i.'afriqck

mais la confier, dans ces circonstances, à Ramdane était renoncer d'avance au succès. Mami-Arnaule, chef de la Taifle, se mit à la tête de la résistance et le pacha s'empressa de lui laisser le champ libre, en se réfugiant dans la campagne (1582).

Dès que ces nouvelles furent connues, Hassan-Yénéziano, qui tenait la mer du côté de la Corse, revint à Alger et s'empara ipso facto de l'autorité. C'était le triomphe des Reïs ; car avec un tel maître, on était sûr que la course allait reprendre son essor. Quant à Ramdane, il reçut le commandement de Tripoli, alors en pleine révolte, et ne tarda pas à y mourir de mort violente.

Pendant les années qui suivirent, Mourad-Reïs, Mami-Arnaute et d'autres corsaires moins célèbres ne cessèrent de parcourir la Méditerranée, prenant de vive force les navires des puissances ennemies ou ceux qui leur paraissaient suspects, paraissant inopinément sur les côtes de l'Espagne, de la Corse, de la Sicile, de la Sardaigne, ravageant la banlieue de Barcelone, rançonnant les environs de Gènes, d'Amalli, le rivage romain, pillant les îles Canaries, où Mourad enleva 300 personnes parmi lesquelles la propre famille du gouverneur, semant partout l'elFroi et la désolation et apportant à Alger un butin considérable et des captifs sans nombre.

Ce fut, on peut le dire, le beau moment de la course et des Reïs. Le pacha Hassan ne dédaignait pas d'y prendre part en personne et il poussa même l'audace jusqu'à venir se cacher derrière les îles marseillaises pour y attendre, au passage, l'amiral Colonna. Mais celui-ci, prévenu à temps, put éviter l'embuscade tendue à sa flotte. Ce fut alors que Hassan, pour se dédommager, alla faire une descente auprès de Barcelone et délivrer 10,01)0 Morisques avec lesquels il entretenait des relations et qui purent, sur ses galères, se réfugier en Afrique. Un seul échec sérieux paraît avoir troublé cette ère de succès. En août 1585, l'amiral Doria parvint à surprendre la flotte algérienne sur les côtes de la Corse, lui infligea une cruelle défaite et s'empara de 18 galères.

Dans le mois de juin 1587, eut lieu, en Orient, la mort du beylarbeg d'Afrique, Euldj-Ali et le sultan en profita pour supprimer cette importante fonction. Il délégua, depuis lors, dans ses possessions d'Afrique, des pachas, nommés par lui, pour trois ans seulement. Nous verrons plus loin le résultat de celte mesure au point de vue de l'administration de l'Afrique et de la suzeraineté ottomane. En 1587, le pacha Hassan quitta pour toujours le gouvernement d'Alger ; il fut remplacé par Dali-Ahmed, premier pacha triennal, qui parait avoir été un simple corsaire, car toute la durée de son commandement se passa en expéditions

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maritimes, non moins audacieuses que celles de ses prédécesseurs, et rien ne parut changé à Alger1.

NoTICB SUR LA DYNASTIE DES SoKYA, ROIS DU SOUDAN. El-MaNSOUR

somme Isiiak-Sokya dk lui paykr tribut. — Revenons à Maroc où nous avons laissé le sultan El-Mansour organisant son armée et préparant une nouvelle campagne vers l'extrême Sud. 11 en fut détourné pendant quelque temps par les faits relatifs à l'occupation des postes chrétiens du Magr'eb par les Espagnols. Les troupes de cette nation avaient, en effet, remplacé celles de Portugal depuis l'annexion de ce royaume par Philippe II ; niais cette occupation était de plus en plus précaire et les Castillans ne paraissent pas avoir eu, avec les indigènes, les mêmes succès que leurs prédécesseurs, dans les rencontres pacifiques ou guerrières. En 1588, les Espagnols de Ceuta se laissèrent attirer dans une embuscade et cette ville faillit leur être enlevée par surprise. L'année suivante, ils se décidèrent à évacuer Acila, où la situation n'était plus tcnable ; mais ils eurent soin de faire sauter la citadelle en se retirant. Ainsi la fortune était fidèle au Cherif qui gagnait chaque jour du terrain et rentrait en possession des points occupés depuis longtemps par les Portugais. Pour conserver ces avantages, il fit construire deux forteresses auprès d'El-Araïch. Jetons maintenant nos regards vers l'extrême Sud. Le Soudan ou Nigritie obéissait alors, au moins dans la partie centrale et occidentale, à une famille de rois nègres, la dynastie des Sokva. I n de ses membres nommé El-IIadi-Mohammed, ayant, vers la fin du xv* siècle, effectué le pèlerinage de la Mekke, avait reçu du fantôme de khalife abbasside, résidant en Egypte, le titre de lieutenant du prince des croyants drins le Soudan, titre honorifique, mais qui le mettait en règle vis-à-vis de la religion et devait le préserver des attaques des souverains musulmans du Nord. Il s'obligeait du reste à régner selon les principes orthodoxes de la Sonna.

Ce prince remarquable fut, en quelque sorte, le civilisateur du Soudan. Tenboklou, une de ses capitales, brilla d'un vif éclat, non seulement comme métropole de la Nigritie, marché des transactions les plus importantes, mais, ce qui semblera plus curieux, comme foyer des lumières et centre d'une école de légistes dont le renom s'étendit sur toute l'Afrique septentrionale. Les princi-

1. De Grammont. Ilist. d'Alger, p. 122 et «uiv. — Hacdo. Rois d'Alger, loc. cit., p. 21 et suit. — Fcraud, Annales Tripolitaines, loc. cit.. p 210. — Négociations françaises dans le Levant, pass.

T. III. 1 1

HISTOIRE DE LAFHIQL'E

paux de ces docteurs furent les membres de la famille Ben-Baba, dont l'un, Ahmed-Baba, était alors à la tête de l'école ; il a laissé de nombreux ouvrages parmi lesquels le Tekimilet-cd-Dibadj, sorte de dictionnaire biographique des savants du Mag'reb, formant, comme son titre l'indique, le complément du Dibadj (d'Ibn- Farhoun).

A El-Hadj-Mohammed Sokya, succéda son fils Daoud, lequel, après un long et paisible règne, fut remplacé par son fils Ishak, que nous trouvons sur le trône à l'époque par nous atteinte.

Il était difficile, à un orthodoxe comme le cherif de Maroc, de trouver un motif pour attaquer un souverain musulman aussi paisible qu'Ishak-Sokya ; mais El-Mansour le prit dans sa qualité d'Imam, seul successeur légal du souverain temporel et spirituel. En etTet, le Koran dispose (sour. 33, verset 25) que l'Imam doit exiger la soumission, même par les armes, des autres princes musulmans indépendants et le service d'un tribut destiné, en principe, à l'entretien des armées pour la guerre sainte. Enfin, il découvrit et les légistes certifièrent, la loi en main, que les mines sont sous la direction absolue de l'Imam. Or, l'oasis de Tar'azza, située à environ vingt-cinq journées au sud des Tafilala (Sidjilmassa), renfermait des mines de sel, servant à l'approvisionnement de toute cette partie du Sahara, et sur lesquelles les rois de Tenboktou percevaient un droit dont l'origine se perdait dans la nuit des temps.

El-Mansour écrivit à Ishak-Sokya pour le sommer de reconnaître son autorité comme Imam et de lui servir une redevance d'un mithkal (pièce d'or valant de 10 à 12 francs), par charge de sel enlevée de Tar'azza l.

El-Mansour prépare l'expédition du Soudan. Elle quitte Maroc sois le commandement du pacha Djouder. — Ishak-Sokya répondit a El-Mansour par un refus péremptoire, lui faisant rcmarquerqu'il ne s'occupait pas de ce qui se passait chez lui et revendiquant le droit d'administrer seul son royaume. Le Cherif réunit alors le grand conseil pour lui soumettre la question. «J'ai l'intention, dit-il, d'entreprendre une expédition contre le roi de la Nigrilie," afin de placer sous mon autorité cette région qui est très riche et peut me fournir de grandes ressources pour l'entretien de mes

I. Nozhct-El-Iiadi, p. 88 et suit, du texte arabe, 155 et suiv. de la trad.— DeSlane, Bévue a fric, t. I, p. 287etsuiv. — Cherbonneau. Essai sur la littérature arabe au Soudan (Rec. de la Soc. archéol. de Constantiue, 1854-55. p. 1 et suiv.). — Abbé Godard, Maroc, p. 475 et suiv.

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armées et me permettre d'augmenter la gloire de l'Islamisme. Quant au droit, il n'est pas contestable, puisque ce souverain n'appartient pas à la tribu de Koreïch et, par conséquent, ne peut détenir le pouvoir au détriment d'un cherif. >»

L'assemblée resta froide devant cette communication : enfin comme le prince, impatienté, exigeait une réponse, quelques membres essayèrent timidement de présenter des observations : « Le Soudan était bien éloigné ; la traversée du désert périlleuse et peut-être vaudrait-il mieux suivre l'exemple des anciennes dynasties du Maroc, lesquelles s'étaient toujours abstenues de tentatives aussi hasardeuses. Or, — conclurent-ils, — nous n'avons pas la prétention d'être plus forts que les anciens. »

Mais El-Mansour leur répliqua avec véhémence : « Votre timimidité ne fait que me confirmer dans ma résolution. Car, tous les les jours, de simples particuliers traversent ce désert que vous déc larez impraticable, soit seuls, soit avec des caravanes. Et ce que des marchands, réduits à leurs propres ressources, accomplissent sans peine, je ne pourrais pas le faire ? » Il entra ensuite dans des considérations pour expliquer l'abstention des Almohâdes, des Merinides et des Zeyanites ; puis il fit remarquer que la Nigritie était un pays fort riche, plus productif que l'Ifrikiya et que ses habitants ignoraient la stratégie et ne se servaient encore que de flèches et de lances. Enfin, il termina ainsi : « Vous avez parlé des anciens, mais croyez-vous qu'ils n'ont rien laissé à faire aux modernes ? Soyez persuadés au contraire, que nous pouvons maintenant nous lancer dans des voies qui leur étaient fermées ! »

Dès lors, il ne restait aux membres de l'assemblée qu'à approuver et ils s'empressèrent de le faire en s'exlasianl sur la justesse de coup d'œil du sultan et la puissance de sa dialectique. Aussitôt ce prince s'occupa de réunir une puissante armée qu il plaça sous le commandement du pacha Djouder, dont nous avons déjà vu le nom, et, vers le milieu d'octobre 1.VJ0, cette immense colonne quitta Maroc et s'avança vers le sud 1 .

DÉFAITE I>'IsUAK-SoKYA PAR LES C1IBR1FIENS. PRISE DE TeNROKTOU.

— Ishak-Sokya, de son côté, avait, selon El-Fichlali, réuni une armée de 1 (0,(HK) combattants bien pourvue d'armes et accompagnée de magiciens (fabricants de fétiches)* et de jeteurs de sort.

1. Nozhet-El-Hadi, p. 90 et suiv. du texte arabe, 157 et suiv. de la trad. — De Slane, Revue afric, t. I, p. 291 et suiv.

2. Siroadonoa d'après le texte de M. Iloudas et uon Silamna. comme liudique de Slane.

Avec de telles forces, il s'établit solidement en avant de Tenboktou et attendit l'ennemi. Les troupes cherifiennnes étaient en route depuis quatre mois et demi, lorsque, eri mars 1591, elles se trouvèrent en présence des nègres de Sokya. Les aborder résolument et les mettre en déroute fut l'affaire d'un instant ; puis on poursuivit dans tous les sens ces malheureux qui, pour éviter la mort, s'efforçaient de protester qu'ils étaient musulmans, mais sans arrêter la férocité de leurs ennemis. Après cette grave défaite dont l'effet moral fut considérable, Ishak-Sokya s'empressa de passer le Niger et de chercher un refuge à Gar'ou {ou Gaou), son autre capitale, située à environ 4>)0 kilomètres vers l'est, tandis que l'armée cheritienne faisait son entrée à Tenboktou et mettait au pillage cette ville, ainsi que les cités environnantes. La résistance des lettrés et notamment d'Ahmed-Baba, contre les envahisseurs, fut énergique. Ils ne cessèrent de protester contre la violence qui leur était faite comme sujets des Khalifes hafsùles de Tunis, si bien, que le général se décida à les faire arrêter. Ben-Baba fut chargé de chaînes, après avoir eu la douleur de voir piller sa bilbiothèque. «Elle contenait 1,000 volumes, a-t-il dit dans son autobiographie, et j'étais, de tous les membres de ma famille, celui qui en possédait le moins ! » Une caravane chargée de dix mille mithkal (de 5 grammes) d'or et d'une grande quantité d'objets précieux, avec '200 esclaves, fut expédiée au sultan de Maroc.

Cependant Djoudcr se lança sans tarder à la poursuite de Sokya et vint mettre le siège devant Gar'ou. Le roi nègre, qui s'était fortifié avec soin, perdit bientôt tout espoir de résister avec succès et offrit à son adversaire d'accepter sans réserve les conditions que le Cherif lui avait imposées dans le principe, s'obligeant à se reconnaître son vassal et à lui servir un tribut annuel, en outre d'une forte indemnité de guerre. Le général transmit à Maroc ces propositions et essaya de maintenir le blocus ; mais la réponse ne pouvait parvenir rapidement ; les troupes étaient fatiguées et malades ; aussi Djouder se décida-t-il à lever le siège et à rentrer à Tenboktou >.

Le pacha Mahmoud achève la conquête du Soudan. Mortd'Ishak- Sokya. — A Maroc, la nouvelle des succès de l'armée expéditionnaire avait été accueillie avec enthousiasme ; mais ce fut bien autre

1. Nozhct-El-lladi, p. 93 et suiv. du texte arabe, 163 et suit, de la trad. — Cherbonneau, lissai sur la littérature arabe au Soudan, /oc. cit. — Abbé Godard, Maroc, p. 476 et suiv.

PRÉPONDÉRANCE DR i/emPIRE DES CHER IFS SAAD1ENS ( 1593) 165

chose lorsque le premier convoi arriva. EI-Mansour, qui avait dû vaincre les préjugés de tous, triomphait. Quelques temps après, au lieu de l'avis de la capitulation du roi nègre qu'il attendait, il reçut l'annonce de la retraite des troupes et la proposition de paix. Sa colère fut terrible et, sur l'instant, le pacha Djouder perdit le fruit de l'habileté avec laquelle il avait conduit la campagne. Le conquérant de la Nigritie fut destitué, et le pacha Mahmoud alla prendre le commandement des troupes expéditionnaires.

Parvenu à Tcnboktou, Mahmoud se porta aussitôt, avec toutes ses forces, sur Gar'ou et en recommença le siège qu'il poussa avec vigueur. La position d'Ishak-Sokya fut bientôt si critique qu'il se décida encore à fuir, en repassant le Niger et à chercher un refuge à Koukia. Mais les Cherifiens se mirent à sa poursuite et le serrèrent de si près que le malheureux prince finit par succomber à la fatigue et à l'inquiétude. Sa mort termina la campagne. Dès lors tout le Soudan, y compris le Sénégal actuel, jusqu'à la limite du Bornou, appartint au souverain de Maroc. El-Fcchtali affirme que le sultan de Bornou se hâta d'envoyer sa soumission au général cherifien.

Le pacha Mahmoud organisa aussitôt sa conquête et commença à expédier à Maroc des caravanes de chameaux chargés de poudre d'or, des produits de toute nature et des esclaves. « Tous les jours, dit notre auteur, les marteaux étaient occupés à la frappe de la monnaie d'or, si bien que l'on put payer tous les fonctionnaires au moyen de cette monnaie pure de tout alliage. L'or devint si abondant au Maroc, sous le règne d'El-Mansour, que ce prince reçut le surnom de Dehhi (doré). » Après avoir achevé la pacification du Soudan, Mahmoud renvoya la majeure partie de l'armée avec de nouveaux présents et resta dans le pays comme gouverneur général. Ben-Baba, prisonnier de guerre, fut expédié par lui à Maroc (1593) *.

Construction de la Badiaa par El-Mansoir. Révolte et chl-te de son nbveu En-Nacer. — El-Mansour avait entrepris, depuis quelque temps, la construction d'un vaste palais à Maroc, cité toute remplie de monuments laissés par les dynasties berbères. Il voulait, lui aussi, élever un souvenir durable de son règne. Les richesses inépuisables envoyées du Soudan lui permirent d'étendre encore ses plans et d'orner de la manière la plus splendide la Badiaa (la merveille), nom qu'il donna à cet ensemble de palais et

1. Nozhet-El-Hadi, p. 94 et suit, du texte arabe, 165 et suir. de la trud. — Abbé Godard, Maroc, p. 476 et suiv.

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HISTOIRE DE l'aFRIQIE

de jardins. Le Nozha entre à ce sujet dans les détails les plus circonstanciés et nous n'en reproduirons que le trait suivant: El-Mansour faisait venir des pays étrangers les matériaux les plus rares et payait le marbre de Carare avec du sucre de ses fabriques du Haha, de Chefchaoua et de Maroc, poids pour pojds l.

Mais il fut distrait de ces occupations par une nouvelle révolte. Après la victoire de l'Ouad-el-Mekhazene et l'avènement d Kl- Mansour, un fils d'El-K'aleb, nommé En-Xacer, commandant de Tedla, refusa de reconnaître le nouveau sultan et alla offrir ses services aux Portugais, puis aux Espagnols. Durant plusieurs années, il mena une existence errante, puis fut envoyé par le roi de Castilie à Mellila, où il s'était ménagé des intelligences parmi les Berbères du Hif (l.V.M). Avec l'appui de ces populations il marcha hardiment sur Taza, s'en rendit maître et frappa des contributions sur les régions environnantes. Surpris, non moins qu'effrayé des succès du prétendant, El-Mansour lance contre lui une première armée qui est mise en déroute. L'héritier présomptif, El-Mamoun, â la tète des troupes, entre en campagne. 11 chasse le prétendant de Ta/a, le force à chercher un refuge dant le Djcbel- Zebib, l'y poursuit, l'atteint, le met de nouveau en déroute, le tue et envoie sa tète à Maroc ; l.VJtij. El-Mansour ressentit la plus grande joie de cette victoire qu'il annonça a tous les souverains avec lesquels il était en relations*.

Révolte de Tripoli. Expédition de Kiibdeh, pacha d'Alger, contre les Bem-Ahiu's. — Tandis que le Mag'reb était le théâtre de ces événements importants, dont nous n'avons pas voulu interrompre le récit, le pacha Dali-Ahmed quittait Alger, emportant de grandes richesses, et cinglait vers Tripoli, où la révolte, qui avait coûté la vie à Hamdane-pacha, durait toujours. L'n marabout de la montagne, nommé Yahïa, en avait été l'instigateur. Quatre années plus lard, vers 1581. un autre chef arabe, appelé Nouar, s'était posé en compétiteur du précédent et l'avait vaincu et mis à mort. Les Turcs, bloqués dans la citadelle, se décidèrent à appeler à leur secours les chevaliers de Malte. Ce fut sur ces entrefaites et avant même que cette demande eût été suivie d'effet, en raison de l'indécision des chrétiens, que Dali-Ahmed reçut l'ordre de secourir Tripoli et d'y rétablir l'autorité ottomane. Arrivé dans le

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