‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 42 sur 174 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

LUTTES DES PUISSANCES CHRÉTIENNES CONTRE LES CORSAIRES PUISSANCE DES MARABOUTS AU MAROC

Affaire des canons du corsaire Dansa. Rupture des Turcs d'Alger cl de Tunis avec la France. Mort du dey Othmane. — Maroc; assassinat du cheikh El-Mamoun. — Le marabout Abou-Mahalli prépare une révolte; il s'empare de Sidjilmassa; sa participation au meurtre d'El-Mamoun. — Tentatives infructueuses de Zidane pour reprendre Fés. Abou-Mahalli entre en maître à Maroc. Fuite de Zidane. — Le Marabout Yahïa défait et tue Abou-Mahalli et remet Maroc à Zidane. — Anarchie à Fès. Abd-AUah reste maître du pouvoir. Les Espagnols occupent Mammoura.— Rapprochement des pachaliks d'Alger et de Tunis avec la France. Massacre des Turcs à Marseille. Nouvelle rupture; représailles. — Croisières des Anglais et des Hollandais. — Ravages de la peste. — Guerre civile au Maroc. Révolte de Mohammed-Zerouda. Il s'empare de Fès. Abd-Allah lui reprend cette ville. Luttes intestines à Fès. Mort d'Abd-Allah. — Zidane à Maroc. Puissance des Marabouts de Salé, de Delà et de Sidjilmassa.

AlTAIBE DES CANONS DU CORSAIRE DANSA. RUPTURE DES TURCS

d'Alger et de Tunis avec la France. — Mort du dey Othmane. — Nous avons déjà parlé d'un corsaire flamand, nommé Simon Dansa (ou Danser], qui était venu, vers 1600, se mettre au rang des reïs et leur avait appris la manœuvre des vaisseaux ronds. Ses succès l'avaient rendu populaire et plusieurs capitaines européens l'avaient rejoint et imité. Il jouissait d'une grande considération dans la Taïfle, mais toutes les sollicitations de ses compagnons n'avaient pu le décider à abjurer sa religion ; il avait, parait-il, des relations fréquentes avec Marseille, où résidait sa femme et, soit qu'il se trouvât assez riche, soit qu'il aspirât à une existence plus calme et plus honnête, il chercha, après trois ans de course, à obtenir son pardon et à rentrer dans le giron de la société chrétienne. Une circonstance imprévue lui en fournit les moyens. Le 14 décembre 1008, il captura un navire espagnol sur lequel se trouvaient dix jésuites qui furent vendus aux enchères. Or, le reïs Simon s étant employé pour leur rachat, entra à cette occasion en relations avec le père Coton, confesseur d'Henri IV, qui s'intéres-

HISTOIRE DE I.*AFR1QUB

sait à eux ; Dansa promit leur liberté à ses frais, en échange de son pardon. Ces conventions acceptées et exécutées, il partit d'Aller, annonçant qu'il allait en course comme à son habitude. Mais il cingla directement sur Marseille, y fit sa soumission entière et complète, et donna au duc de Guise deux canons en bronze qui, paraît-il, lui avaient été prêtés par le beylik d'Alger1.

A la suite des traités obtenus par M. de Brèves, suivis de l'échange des prisonniers, une amélioration s'était produite dans les rapports des pachaliks de Tunis et d'Alger avec la France. La fuite du reïs Simon causa une émotion considérable, hors de proportion avec le fait en lui-même ; et la conséquence fut une nouvelle explosion de mauvais sentiments à l'égard des Français; en un mot, l'œuvre si péniblement conclue par l'ambassadeur fut détruite. Mais il fallait un prétexte pour manifester l'hostilité et signifier la rupture. Les canons de Dansa le fournirent : sur l'ordre du diwan, sommation fut adressée au gouvernement français, non seulement d'avoir à restituer les canons, mais encore de punir le coupable, et, comme la Cour ne daigna pas répondre, les hostilités commencèrent, tant de la part des Algériens que des Tunisiens. Kn quelques mois, le commerce français éprouva des pertes considérables.

Moustafa-Kouça était revenu prendre, en 1010, le commandement d'Alger et avait trouvé les Kabiles ravageant la plaine de la Mitidja et menaçant la capitale. Il entreprit contre eux une série d'expéditions, les balaya de la plaine et les poursuivit jusqu'au cœur de leurs montagnes. On dit qu'il entra en maître à Koukou, ce qui n'est pas prouvé; en tout cas, il força les Kabiles à la conclusion d'une trêve.

Dans le mois d'août de cette année 1010, les chevaliers de Saint-Etienne vinrent, avec les galères toscanes, croiser jusque devant le port d'Alger ; puis ils surprirent et détruisirent de fond

1. Il est probable que l'oisiveté n'allait pas au caractère de Dama, ou que la chambre de commerce do Marseille jugea, nou saus raison, qu'elle pourrait tirer un bon parti de ses aptitudes et de ses connaissances spéciales. Nous possédons en effet, dans les archives de l'Amirauté de Marseille (1555 à 1621, f° 291). le texte d'uue conveutioo conclue avec lui et par laquelle il s'oblige à entretenir trois vaisseaux, montés de 420 hommes au maximum, et à les employer à la protection du commerce contre les corsaires de Barbarie ; 2,200 livres lui sont affectées pour une campagne de six mois et le droit de statuer sur les prises est réservé au duc de Guise. Nous savons aussi que S. Dansa fut pris par les corsaires et qu'il se trouvait retenu en 1610 à Tunis, où il fut racheté plus tard.

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