D'Arity. Le Monde. 16<i
2. Nozhet-el- Ifadi . p. 233 et suiv. du texte arabe, 387 et suiv. «le la tr»d. — Elie de la Primaudaie, Villes maritimes du Maroc (Revue afric, o" 97). — Abbé Godard, Maroc, p. 479 et suiv.
HISTOIRE DE I.'aFMQUE
en question. En 1617, Knuça-Mouslafa arriva à Alger, pour la troisième fois, mais il fut remplacé au bout de quelques mois par Slimanc-Katanïa, qui eut beaucoup de peine à obtenir l'autorisation de débarquer, parce (pie les Kcïs le soupçonnaient d être favorable à la France ; la milice, de son côté, ne lui permit pas d'assister au diwan.
Vers la (in de cette année 1617, des prisonniers turcs, rachetés par les échevins de Marseille, furent amenés a Alger où ils devaient être échangés contre nos nationaux. Mais, lorsqu'ils eurent été débarqués, la population se refusa de rendre les captifs chrétiens et, pour compléter la manifestation, les yoldachs décidèrent, de nouveau, la destruction des établissements français de La Calle, que le duc de Guise avait chargé M. deCastellane de relever. L'expédition mil aussitôt à la voile, surprit les Français et, après une courte lutte dans laquelle plusieurs d'entre eux trouvèrent la mort, les autres furent faits prisonnier* et amenés â Alger. A la suite de ces événements, la l'orlc renvoya Houssein-cheikh, pour la représenter dans cette ville. Son action, habilement secondée par notre nouveau consul, M. Chaix, les ordres apportés d'Orient et surtout la menace d'une attaque prochaine du duc de Guise décidèrent les Algériens à demander la paix. Deux ambassadeurs partirent pour la France avec M. de Castellane et allèrent jusqu'à Tours afin de présenter leurs compliments au roi. Le '2\ mars 1619, un traité, rappelant les stipulations précédentes et conlirmant les capitulations, fut signé, et les envoyés, comblés de présents, reprirent la route du midi, accompagnés par M. de Moustiers, représentant le roi, pour l'achèvement de la négociation. L'ambassade séjourna à Marseille où tous les esclaves turcs détenus dans les chiourmes devaient leur être livrés; il fallut attendre qu'on les amenât des divers ports où ils furent débarqués ; de plus, les Algériens ne voulaient pas rentrer sans rapporter les fameux canons de Dansa : le tout causa des retards considérables.
Sur ces entrefaites, dans le mois de février 1620. un bateau de Marseille, portant une riche cargaison et se croyant en sécurité, grâce à la conclusion de la paix, se laissa accoster, dans le golfe du Lion, pnr le corsaire nedjcb-Reïs d'Alger. Abusant de la eontiance trop grande des Français, les Algériens se jetèrent subitement sur eux, massacrèrent l'équipage composé de trente-six personnes, pillèrent le navire et le sabordèrent. Cependant deux jeunes gens avaient échappé à la mort, en se tenant cachés ; ils purent boucher les trous, empêcher le navire de couler bas et finirent par échouer sur les côtes de Sardaigne, d'où on les ramena à Marseille. Le récit qu'ils tirent de cet odieux attentat sur-
PUISSANCE DES MARAnOlTS AU MAROC (1621) 199
excita la fureur populaire, d'autant plus que les victimes avaient beaucoup de parents et d'amis dans la ville : chacun s'arme et l'on se porte en foule vers l'hôtel où les échevins de Marseille avaient logé les ambassadeurs et où l'on réunissait les prisonniers algériens libérés. Le? musulmans s'y barricadent et se défendent pendant un jour et une nuit, avec l'énergie du désespoir. En vain l'autorité essaye de les protéger et fait appel à la force armée. Les soldats pactisent avec l'émeute et, comme le peuple a mis le feu à une maison voisine, pour déloger les Turcs, ceux-ci sont forcés de sortir de leur refuge et la foule les massacre. Quarante-huit musulmans périrent dans cotte déplorable affaire, et l'on ne put sauver que douze de leurs compagnons.
11 est facile de se représenter l'effet que produisit à Alger la nouvelle de ee triste événement. Kn vain la répression fut-elle rapide et très dure, puisque le parlement d'Aix condamna, le 21 mai 1020, quatorze coupables à mort et d'autres aux galères. Kn vain les consuls de Marseille tentèrent-ils de justifier leurs nationaux, en faisant ressortir que le véritable promoteur était Redjeb-Heïs par son odieuse violation du droit des gens, et en rappelant qu'ils avaient déployé tous leurs efforts, au péril même de leur vie, pour empêcher ces excès. Leur réponse, du reste, fut interceptée par une galère de Toscane qui s'était emparée du navire ramenant le commissaire turc auquel elle avait été remise. Ces retards ne faisaient qu'exciter la fureur de la population. Le H août, une véritable insurrection éclata. Tous les Français furent arrachés de leurs demeures, maltraités et jetés au bagne, après avoir failli être brûlés vifs. Puis, les Heïs se lancèrent à la poursuite des vaisseaux qui naviguaient sous la foi des traités et en capturèrent un prand nombre.
Selon les renseignements fournis le 1H octobre 1628, par M. de Guillermy à M. de Peyresc, voici le relevé des prises faites par les Algériens de 1613 a 1621 :
417 navires hollandais 193 — français.
56 — allemands.
69 — anglais.
120 — espagnols.
Plus un grand nombre de barques enlevées sur les côtes d'Kspagne, de France et des îles. A ce chiffre, il faut ajouter toutes les prises coulées ou brûlées en mer, ou non amenées à Alger.
La flotte de France sortit alors, sous le commandement de
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l'amiral de Gondi, et fit éprouver quelques pertes aux corsaires, faible dédommagement de tant de désastres. Le duc de Guise en profita pour relever le Bastion ; mais à peine s'était-il retiré, que le personnel était de nouveau massacré ou réduit en esclavage. Cette destruction se fit contre la volonté des indigènes du pays qui tenaient beaucoup au comptoir, en raison des avantages qu'ils en retiraient; cela explique l'empressement de la compagnie à le relever
Croisières des Anglais et des Hollandais dans la Méditerranée. Ravages de la peste. — Cette recrudescence de la piraterie, cette fureur qui n'épargnait personne finirent cependant par secouer l'apathie des gouvernements du nord de l'Kurope. Imitant la France et les puissances maritimes de l'Italie, l'Angleterre et la Hollande se décidèrent à agir vigoureusement dans la Méditerranée. En 10'20. le roi Jacques \rr, cédant aux instances de l'ambassadeur d'Kspagne, envoya dans la Méditerranée une escadre royale, composée de six navires portant 1,">00 hommes et 23t» canons : l'amiral Mansel, qui la commandait, se présenta inopinément devant Alger, à l'elFct de traiter de la mise en liberté des captifs (décembre }. Après avoir été berné par les Turcs, l'amiral se décida à lever l'ancre, non sans envoyer quelques boulets vers la ville. Il essaya aussi, mais sans succès, de s'emparer des navires se trouvant dans le port : puis, il alla faire une descente aux environs, et y commit quelques dégâts. Le pacha Kheder, qui était alors revêtu de l'autorité, refusa, malgré ces manifestations, de traiter avec les Anglais, qui durent se retirer sans avoir rien obtenu.
Durant le cours des années suivantes, le capitaine Lambert effectua, pour les Hollandais, de nouvelles croisières dans lesquelles employant les moyens usités par les pirates barbaresques, il captura un grand nombre de leurs vaisseaux. Kn 102 i, ayant sur ses galères des prisonniers algériens retirés des navires qu'il leur avait enlevés, il se présenta devant Alger et somma le gouvernement local île lui livrer les esclaves hollandais qu'il détenait, faute de quoi il pendrait ses captifs à la vue même de la ville, ot. comme on ne tint aucun compte de sa menace, il fit attachera ses vergues tous les musulmans qu'il avait pris. Quelques jours après,
1. De Grnmioont, /fisl. d'Alger, p. 151 et suiv. — Féraud, La Catlt 1S78, Alger. — Rousseau, Annales Tunisiennes, p. 4". — De Grainmout. Relations entre In l'ranre et la régence d'Alger (Revue afric, n« 134. p 138 et suiv.