PUISSANCE DES MARABOUTS AU MA H OC
il revint avec d'autres prisonniers et adressa à Alger une nouvelle sommation dans les mêmes termes. Aussitôt le peuple «e souleva et, s'étant porté au diwan, força les Turcs à restituer les prisonniers Ct même ce qui restait des cargaisons enlevées aux Hollandais.
En 10*2*2, les Tunisiens, sans doute pour se mettre à l'abri des attaques des croiseurs, avaient signé un trailé de paix avec les Hautes-Puissances (Pays-Iiasl. Depuis 1621, la peste ravageait toute l'Afrique septentrionale. A Tunis on la nomma peste de Sidî-Belkris. Elle y fit de nombreuses victimes et s'étendit dans la province de Constantine. Le bey de l'Est, nommé Ilassen, y succomba l'ocl. 162*2). A Alger, l'épidémie ne fut pas moins meurtrière : elle enleva, parmi d'autres victimes, le consul de France, M. Cbaix. Selon une lettre de M. de Guillermy, du 1 H octobre 1623, la population d'Alger aurait perdu de la peste 50 à 60,000 personnes, chiflre évidemment exagéré1.
Guerre civile au Maroc. Révolte de Moiiammed-Zer'ouda. Il s'fmparf de Fês. Abd-Allaii lui rei'Rend cette ville. Luttes intestines a Fês. Mort d'Abd-Ai.lau. — Nous avons laissé à Fès Abd-AIlah cherchant à étendre et à affermir son autorité. Les La m ta, établis dans le quartier qui portait leur nom, ne cessaient de lui susciter des difficultés dont El-Mcrboue. leur compatriote, était le promoteur. Kn 1619, ce chef ayant été tué, le cherif frappa le quartier des La m ta d'une amende de HO, 000 pièces d'or, ce qui détermina l'émigration d'une partie d'entre eux.
Sur ces entrefaites, les gens de la province de Hebet se mirent en état de révolte et proclamèrent sultan un autre fils du cheikh, nommé Mohammed-Zer'ouda. Héunis par un certain El-Hassenben-Reisoun. autour du marabout de Sidi Abd-cs-Selam-ben-Mechiche, ils lui prêtèrent serment de fidélité, en lui imposant l'obligation de rétablir les saines pratiques de la religion. A cette nouvelle, Abd- Allah sortit de Fès et marcha contre son frère : mais il fut défait, et Mohammed Zer'ouda entra en vainqueur dans la capitale (juillet 1619 . Dans les premiers jours d'août les deux frères se mesurèrent de nouveau â Meknès et, cette fois, Abd-Allah obtint la victoire et rentra â Fès, où il proclama une amnistie générale. N'éanmoins les luttes continuèrent entre les divers quar-
i. De Grammont, ffist. d'Alger, p. lf>7 et suiv. — El-Kairouaui. p. 349. — Rousseau, Annales Tunisiennes, p. 48. 517. — Vayasettes, llist. de Constantine sous les Beys, loc. cit.. p. 131. — De Grammont, Lettre de M. de Guillermy (Revue afric. u° 134. p. 136). — Lieutenantcolonel Playfair, Episodes de l'hist, des relations de la Grande-Bretagne (Revue afric.. n« 130. p. 306.
HISTOMB DE I.'aFMQUB
tiers de la ville, jusqu'en mars 1620, époque où l'on conclut enfin la paix. Abd- Allah reprit alors les opérations contre son frère Mohammed, qu'il défit une dernière fois, à Bcht, et réduisit à la fuite.
Ainsi délivré de ce compétiteur, Abd-Allah se laissa aller aux caprices de sa nature dépravée, et la capitale gémit sous la tyrannie de ses soudards. « Tous les jours, dit le Nozha, le caïd Mami allait piller les maisons et rapportait à son maître 10,00! i pièces d'or. » En même temps, Tetouane se révoltait sous l'impulsion du Mokaddem Ahmcd-Nekcis, ce qui donne lieu de supposer que cette ville s'était précédemment soumise ; un chef, nommé Cherif Amr'ar, se déclara indépendant à Meknès ; d'autres rebelles se rendirent maîtres du Vieux-Fès, de sorte qu' Abd-Allah se trouva réduit à la possession de la nouvelle ville.
Ce dernier ne sortait pas de l'état d ivresse, si bien qu'il finit par succomber à ses excès. Il fut remplacé par son frère Abd-el- Malek (mai 1621) ; mais rien ne se trouva changé à Fès, ou plutôt la situation ne fit qu'empirer, car le nouveau sultan avait les mêmes vices que son prédécesseur.
Zidane a Maroc. Puissance des marabouts de Sai.k, de Dfxa et de Sidjii.massa. — A Maroc, Zidane continuait à régner obscurément, luttant sans cesse contre l'influence toujours croissante des marabouts. « Il n'eut pas une année de tranquillité pendant son règne — dit le i\ozha — et ses luttes contre les descendants d'El- Mansour causèrent la ruine du Mag'reb, particulièrement de Maroc. » Selon le même ouvrage, il aurait, à une époque qui n'est pas indiquée, requis l'assistance de la Porte, en adressant au sultan dix kintar d'or, par son secrétaire Abd-el-Aziz-Thàalebi. Le Khakan lui aurait alors envoyé 12,000 soldats turcs ; mais une tempête aurait fait sombrer les vaisseaux les portant, à l'exception d'un seul, chargé de quelques hommes ; il nous est impossible d'émettre une opinion sur ce fait, qui ne se trouve confirmé nulle part à notre connaissance.
L'empire des Cherifs saadiens est, on le voit, en pleine décomposition. Suivant l'exemple donné par les aïeux de ceux-ci, un siècle auparavant, des marabouts se disposent à leur arracher le pouvoir comme ils l'ont fait eux-mêmes à l'égard de la dynastie merinide. En outre de ceux dont nous avons parlé, le plus en vue de ces futurs prétendants est Sidi-Mohammed-el-Aïachi, de Salé, disciple du saint Sidi Abd-Allah -ben-IIassoun-es-Sclassi. Désigné par ses succès dans la guerre sainte contre les chrétiens établis sur le littoral, il a été nommé, par Zidane, caïd d'Azemmor et du Fehas. Avec les nouveaux moyens dont il disposait, il redoubla
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d'activité et finit par rendre la situation des Espagnols de la Mammoure intolérable, en les forçant à demeurer enfermés derrière leurs murailles. Les Andalous (Maures) de Salé, dont les contingents avaient déserté les drapeaux du sultan, furent l'objet de ses rigueurs, ce qui n'eut d'autre conséquence que de les pousser à la révolte. Le marabout El-Aïachi, qui se tenait à distance, se fit alors délivrer, par les chefs des tribus et les cadis de Tamesna et de Taza, un diplôme l'invitant à prendre la direction de la guerre sainte. Il recommença donc ses expéditions, s'attacha à presser les chrétiens établis à Merça-el-Halk (près d'El-Araïch), depuis 161 1, et acquit un grand renom.
LTn autre chef religieux dont l'influence commençait à s'étendre était Mohammed, fils d'Abou-Beker-ben-Amor, chef de la Zaouïa de Hela, dans les montagnes, et appartenant à une famille berbère, les Mcdjalc, des Sanhaga. Sa Zaouïa était un centre d'études qui attirait tous les indigènes de la contrée et, comme Mohammed y professait depuis longtemps, ses élèves, restés en relations avec lui, venaient de loin le consulter et tenaient grapd compte de ses avis. C'était un homme sage, demeurant à l'écart des choses de la politique ; mais ses fils, oubliant ses conseils, ne devaient pas imiter sa réserve. Enfin, dans le Sous, le marabout Yahïa s'était emparé de Taroudent et cherchait à réunir autour de lui un parti assez puissant pour lui permettre d'étendre son autorité. Il devait mourir en 1075, sans avoir pu réaliser le rêve de toute sa vie. Abon-riIassen-Semlali, auquel il avait enlevé Taroudent, ne cessa de lui faire de l'opposition et, lui ayant survécu, reprit dans le Sous la prépondérance qu'il avait eue autrefois.
A Sidjilmassa, les descendants du cherif El-Hassan-ben-Kassem, dont nous avons parlé au chapitre 7, s'étaient multipliés et avaient acquis une grande prospérité. L'un d'eux, Moulai- Ali, avait pris part aux guerres contre les chrétiens, puis s'était emparé du pays d'Akdedj, dans le Soudan, vers la fin du xv° siècle. II laissa deux fils, dont le premier laissa à son tour quatre fils, et le second, qui avait pris la direction de sa Zaouïa, neuf. L'un d'eux, nommé Ali, devint aussi le père de neuf enfants, parmi lesquels le plus remarquable fut Moulaï-Cherif, qui devait laisser quatorze enfants. A l'époque que nous avons atteinte, Moulaï-Cherif, chef de la Zaouïa, est le plus puissant marabout du pays ; il s'appuie sur Abou l'Hassen- Ali, du Sous, et est bien secondé par ses fils, dont l'aîné, M'hammed, a été promis, selon diverses prédictions, à de hautes destinées1.
1. Xozket-el-ffadi, p. 232 et suiv.. 260 et suiv.. 281 et suiv. — Et- Tordjcman (trad. Houdas, p. 2 et 3).