‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 48 sur 174 · CHEFS INDIGÈNES DE CONSTANTINE · texte numérisé non relu

CHEFS INDIGÈNES DE CONSTANTINE

devenu son centre, entre le Tel et le Sahara. Une famille religieuse, dont le chef, Abd-el-Hamid, s'était attiré un grand renom dans le pays, en rendant impartialement la justice aux nomades et aux telliens, provoqua par son indépendance la colère du puissant chef des Chabbïa, dont il n'avait pas voulu servir les caprices. Abd-es-Samed le fit périr ainsi que les mâles de sa famille. Un seul d'entre eux, nommé El-Mcbarek, échappa au massacre et alla se réfugier à Khenguet-Sidi-Nadji, dans l'Aourès, où il fonda la Zaouïa si renommée qui y existe encore.

Cet audacieux attentat eut pour effet de déterminer l'explosion d'une révolte générale contre les Chabbïa dont la tyrannie avait fini par excéder tout le monde. Leur surprise fut d'autant plus grande que leur pouvoir semblait moins contesté ; en un jour tout changea et, dès lors, ils n'eurent plus un instant de répit: traqués, poursuivis, trahis, ils n'évitèrent de tomber sous les coups des Ilenanecha ou des Daouaouïda que pour être pris par les Turcs. Après avoir vu périr son fils dans un rude combat contre ces derniers, au lieu dit Guiber, Abd-es-Samed se réfugia dans le Djebel-Chechar, montagne de l'Aourès méridional, où il fonda aussi une Zaouïa ; les autres membres de sa famille furent dispersés et la puissance de cette dynastie, un moment si grande, fut éteinte pour toujours.

Les conséquences de la chute des Chabbïa furent considérables. Les Dréïd, qui avaient été leurs plus fermes soutiens, se virent chassés des environs de Constantine, dispersés, et leurs débris se cantonnèrent à Ouks, auprès de Tebessa. Les Nehed et Khoumir, collecteurs d'impôts des Chabbïa dans le sud. furent réduits à se retrancher dans les montagnes situées à l'est de La Galle, d'où ils étaient peut-être originaires.

Fractionnement des Henaneciia : leurs chefs les Hahar et les Ben-Chennouf. — Le groupe de Berbères Houara et Nefzaoua, arabisés et transformés, qu'on avait désignés jusqu'alors sous le nom de Ilenanecha, vit se détacher de lui des fractions, véritables essaims qui vécurent d'une existence propre ; ce furent :

Les Nemameha, obéissant à des chefs nommés les Oulad-Rechache et qui étaient cantonnés sur les plateaux, au sud de Te bessa, où ils vivaient de l'existence semi-nomade.

Les Ilarakta, tribu de mœurs semblables, mais peut-être plus sédentaire, occupant les environs d'Aïn-Beïda. Ils obéissaient à la famille du cheikh Aïssa.

Un autre groupe se forma aux Garfa, entre Aïn-Beïda et Guclma, autour de la famille Ben-Merad.

Enfin, dan» l'Aourès, un certain Ammar-el-Amrani groupa d'autres Bédouins d'origine diverse, qui furent appelés Amamra, en souvenir de son nom.

Quant aux Henanecha proprement dits, ils formèrent deux groupes principaux, l'un, vers la Tunisie, sous l'autorité de la famille Ben-Chennouf, appuyé par un groupe des Oulad-Saoula et dominant la ville du Kef et la région qui s'étend à l'ouest ; et l'autre à Kalâat-es-Senane, à l'est de Tebcssa, forteresse naturelle, servant de capitale aux chefs, les Harar.

Les Daouaouïda et leurs chefs les Bou-Aokkaz. Les Oulad-

MoKRANE DE LA KaLAA ET DE LA MEDJAMA. — NOUS aVOnS dit plus

haut que les Oulad-Saoula, attirés, en partie, du côté du Kef par les Ben-Chennouf, affaiblis après leur longue suprématie, avaient vu leurs derniers débris repoussés dans l'extrême sud parles Chabbla. Une autre branche des Daouaouïda, descendante des Yakoub-ben- Ali1, ayant à sa tête la famille des Bou-Aokkaz., avait hérité, en partie, de leur suprématie sur Constantine, bien diminuée par l'établissement des Turcs. Us avaient reçu de ceux-ci le titre de cheikh-des-Arabes et dominaient dans le Zab et le Sahara de Biskra et jusqu'aux montagnes qui bordent la plaine des Abd-en-Nour, au sud. Le cheikh des Henanecha, à l'est, celui des Arabes, au sud-ouest, se disputaient et se partageaient la prépondérance des plateaux de la province.

Plus à l'ouest, dans la plaine de la Medjana, étaient les Mokrani, étendant leur autorité sur les Beni-Abbès, au nord, et la région de Mecila, au sud. Lors des grandes conquêtes faites par Amokranc, à la (in du siècle précédent, le domaine des Douaouïda avait été fortement entamé et il en était résulté une ardente rivalité entre les deux familles ; mais Sidi-Naeer, fils et successeur d'Amokrane, n'avait pas hérité de ses qualités guerrières. Il préférait l'étude à la gloire et s'était renfermé dans sa Zaouïa de la Kalâa. Or, les tribus du sud. qui s'étaient compromises pour son père, n'entendaient pas être abandonnées ainsi. D'autre part, les Beni- Abbès étaient mécontents de sa timidité et de sa paresse. Ils s'entendirent avec les gens du sud et, étant parvenus à l'attirer hors de la Kalâa, le massacrèrent avec son escorte. Ainsi finit la royauté de la Kalàa des Beni-Abbès. Ces faits se passèrent, sans doute, dans les premières années du xvn' siècle.

Cependant, deux fils de Sidi-Nacer avaient échappé au massacre. L'un d'eux, Sidi-Bctteka fut recueilli par les Hachem,

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