‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 49 sur 174 · CHEFS INDIGÈNES DE CONSTANTINE · texte numérisé non relu

CHEFS INDIGÈNES DE CONSTANTINE

groupe détaché des Hachem de la province d'Oran qui étaient venus se mettre au service de son aïeul Amokrane, ainsi que nous l'avons dit. Ils étaient établis dans la Medjana et devinrent les plus fermes soutiens de la famille Mokrani, dont le jeune chef, Sidi- Betteka, sut relever la puissance et causer aux Turcs de graves embarras, en s'oppoSant au passage de leurs colonnes, s'ils ne composaient pas avec lui. Il tira vengeance de la trahison des Beni-Abbès et étendit son autorité sur la Medjana, le Hodna et les régions du sud-ouest. Malgré les prières des Beni-Abbès, il ne voulut jamais retourner à la Kalàa. Un autre fils de Sidi-Nacer, nommé Mohammed, alla vers le nord, dans les montagnes qui avoisinent Djidjeli, fonder une Zaouïa qui est restée en la possession de cette branche de la famille Mokrani, jusqu'à ce jour.

L'abaissement des Oulad-Mokrane avait favorisé l'extension de la puissance des Daouaouïda, dont le chef, Ahmed-ben-Ali (bou- Aokkaz), avait accordé sa fille en mariage à Sidi-Nacer ou à un de ses frères. Le cheikh daouadi avait sa deïra, son principal campement, dans le Zab, d'où il rayonnait sur divers points de son vaste territoire ; mille cavaliers étaient toujours prêts à l'accompagner. Il mourut en 1002, et fut successivement remplacé par son fils Ali, puis par son petit-fils Ahmed, en 1610. Enfin celui-ci étant décédé en 1622, le commandement échut à son fils Sakheri, homme énergique que nous allons voir entrer en scène

Expéditions du pacha Kiiosrou contrb Tlemcem et la Grande Kabilie. Campagne contre les Tunisibns. Fixation de la frontière. — En 162 i, le pacha Khosrou, qui commandait à Alger, employa le meilleur moyen pour mettre fin aux querelles et à l'anarchie*, il fit expédition sur expédition et occupa ainsi l'activité de la milice. Il parait avoir d'abord visité la province d'Oran et s'être avancé en maître jusqu'à TIemcen. La garnison de cette ville, en butte à l'hostilité de la populution, se trouvait dans une situation assez précaire. Après y avoir rétabli le respect de l'autorité turque, il rentra à Alger et prépara une campagne contre la Kabilie. Le roi de Koukou, Ammar-ben-el-Kadi, était mort en 1618 ; son frère, qui l'avait remplacé, renouvela, parait-il, certains traités conclus précédemment entre sa famille et l'Espagne. Cette situa-

1. Féraud, Us Harars, seigneurs des Henanecha (Revue afric, n» 103. 104 et 105. — Le même, Les Ben-Djellah, sultans de Touggourt (Revue afric. n» 155. p. 360 et suiv.). — Le même. Les Mokrani, seigneurs de la Medjana (Rec. de la Soc. archéol. de Conslantine, 1871-72, p. 236 et suiv.). — El-Kairouani, pas».

tion, exploitée auprès des Turcs par un fils du précédent roi, lui avait fait obtenir un appui au moyen duquel il put s'emparer du pouvoir après s'être défait de son oncle par l'assassinat. Mais, bientôt, une rupture se produisit entre lui et ses protecteurs ; les otages kabiles furent massacrés a Alger, et l'état de guerre recommença. Khosrou entra en maître Koukou, dans cette même année 1024 ; mais nous ne possédons aucun détail précis sur sa campagne. Feu de temps après, une nouvelle révolte ayant éclaté à Tlemcen nécessita 1 envoi d'un corps de 1,200 Turcs qui y rétablirent la paix. Une sévère répression fut jugée indispensable : les personnages les plus compromis furent écorchés vifs et l'on envoya à Alger leur peau, bourrée de paille.

Ces expéditions dans l'intérieur n'empêchaient pas le pacha de protéger la course. Ce fut encore une belle période pour les Keïs, dont l'audace ne connut plus de bornes et qui, guidés par des renégats ou volontaires de tous les pays, ne se contentèrent pas du champ restreint que leur o irrail la Méditerranée : ils se lancèrent sur le vaste Océan. Mourad-Reïs alla, en 1027, avec trois vaisseaux, faire une descente en Islande. Il en ramena 400 prisonniers, avec un riche butin. Khosrou mourut de la peste à la fin de cette année 1027.

Des difficultés, qui s'étaient déjà produites pour la délimitation de la frontière, entre la province de Constantine et la Tunisie, et avaient amené une sorte de traité, en 1014, se renouvelèrent alors, par suite des empiétements des Ben-Chennouf du Kef sur le beylik Constantinois. Le nouveau pacha, nommé llousseïn, adressa au gouvernement tunisien une véritable sommation d'avoir à ne pas franchir ses bornes. Mais le dey de Tunis n'était pas homme à se laisser morigéner par le pacha d'Alger. Il repoussa son message de la même façon et, des deux côtés, on se prépara à la guerre.

Au printemps de l'année 1028, l'agha d'Alger se mit en route vers l'est, rallia, à Constantine, les forces régulières et les contingents des tribus arabes et continua sa marche sur le Kef à la tête de 300 tentes de janissaires, avec neuf canons. Le dey de Tunis avait aussi envoyé une armée, composée de 480 tentes, avec 55 pièces de canons, plus les contingents des tribus indigènes. Taïcb-ben-Chennouf, son allié, était sur la frontière ; il réussit, de concert avec le goum des Oulad-Saïd, à attirer les Algériens dans un terrain choisi, où ils leur firent éprouver de grandes pertes et les placèrent dans une situation tellement critique que ceux-ci étaient sur le point de s'en remettre à la générosité des Tunisiens. Mais cela ne faisait pas l'affaire de Ben-Chennouf et des Oulad- Saïd, qui ne tenaient nullement ù voir les Turcs tirer tout le profit

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