MISSION DE SANSON NAPOI.I.ON
en Berbérie, arriva le 11 avril 1632 au Bastion, examina tout avec le plus grand soin, contrôla les comptes, entendit les gens et reconnut que la gestion de Napollon ne donnait prise à aucun reproche et qu'il n'avait cesse d'agir dans l'intérêt bien entendu delà France. Comme conséquence, il renouvela solennellement son investiture, le 29 avril, en présence des troupes et de la garnison, dont il reçut le serment. Ce fut un grand succès et une noble vengeance pour l'homme qui avait rendu de si grands services à son pays et cette éclatante justification dut le consoler de bien des amertumes.
Mais la haine de ses ennemis en fut encore avivée et ils redoublèrent d'efforts pour lui nuire ; ils persuadèrent enfin à la cour que des modifications devaient être apportées au traité de 1028 et Napollon fut mandé à cet effet en France. Depuis longtemps, le gouverneur du Bastion méditait un projet bardi pour mettre fin à la concurrence déloyale et aux intrigues des Génois de Tabarea. Il consistait à leur enlever celte île et Napollon se décida à brusquer l'opération avant de partir. Grâce à des intelligences qu'il entretenait dans le fort par l'intermédiaire d'un boulanger, il connut l'effectif de la garnison et, sur la promesse que lui fit cet homme de lui ouvrir la porte, il partit, le soir du 11 mai 1033, avec toutes les forces qu'il put réunir et aborda, de nuit, dans l'île. Mais le traître sur lequel il comptait avait prévenu ses compatriotes les Génois ; aussi, dès que les Français approchèrent du fort, ils furent reçus par une terrible fusillade et se virent attaqués corps à corps par leurs ennemis, sortis de l'embuscade. Napollon, après avoir abattu deux Génois, fut tué d'une balle dans le front : en vain ses compagnons encore valides voulurent-ils regagner les vaisseaux ; ils périrent presque tous, et celte fatale expédition se termina par un désastre. La disparition prématurée de Sanson Napollon fut une perte irréparable pour les intérêts français en Afrique. Nul doute que, s'il avait pu conserver l'administration des établissements pendant un certain temps, il n'eût assuré la prépondérance de la France et la sécurité du commerce dans cette région. Nous allons voir quelle importance le Bastion avait acquise par les relations qu'il entretenait avec tous les indigènes de la province. Napollon représente pour nous le seul homme qui, jusqu'alors, se fût rendu un compte exact des affaires de Berbérie et de la façon de les traiter. C'est ce qui nous a décidé à donner à cet épisode un développement peut-être hors de proportion avec le cadre de ce précis1.
I. De Grammont, llist. d'Alger, p. 170 et suiv.— Le même. la mission de Sanson Napollon (Revue afric. n°* 136, LÎ7).
Situation a Tunis. Insurrection des indigènes. Victoires de IIammolda-Bev. Disparition des Bi:n-Ciiennouf. Les Oi lad Said sont anéantis. — A Tunis, la situation, sans être bonne, avait t>lê bien moins tendue avec la France, en raison des dispositions bienveillantes de Youssof, dey dont l'autorité était plus effective qu'à Alger et, aussi, de l'action de son bey, Mourad, renégat d'origine corse, l'ait esclave dans sa jeunesse, et qui, par sa bienveillance pour les chrétiens prisonniers, avait mérité des remerciements du pape Urbain VIII. Sous sa protection, de nouveaux capucins s'établirent à Tunis, avec le titre de procureurs des esclaves, et furent les véritables fondateurs de l'église catholique de cette ville.
Les passions étaient moins violentes a Tunis qu'à Alger. Aussi diverses puissances purent-elles y entretenir des relations plus ou moins suivies. La Hollande y envoya des missions en 1019, 16*20, 1621, et 1625, et y installa comme consul, de 1625 à 1629, ce Lambert Vcrhocr dont nous avons parlé, rude marin, connaissant toutes les ruses des Reïs et des Turcs.
Après la guerre de 1628, le pays était resté en état d'insurrection et, dans le cours de l'année suivante, les Arabes avaient défait une nouvelle armée turque envoyée contre eux. Le danger fut même assez pressant pour que le dey se décidât à solliciter l'appui du diwan d'Alger. Mais les Algériens avaient alors d'autres soins ; en outre la Kabilie était en révolte ; aussi la demande de Tunis fut-elle repoussée. Bientôt, même, une nouvelle rupture éclata entre les deux pachaliks, et eut pour conséquence quelques pirateries au préjudice de l'un et de l'autre.
En 1631, le principal officier du dey Youssof, nommé Ali- Thabet, qui avait le titre de pacha, bien mérité par d'importants services, mourut et fut remplacé par Mourad-Bey, que nous appellerons, à l'avenir, pacha. Le litre de bey échut alors à son fils Mohammed, connu plus généralement sous le nom de Hammouda. C'était un guerrier habile, qui s'appliqua à rétablir la paix dans la régence et sut tirer une éclatante vengeance des Ben-Chennouf et des Oulad-Saïd. Exploitant l'ambition de Ali-el- Ilannachi, chef des Hararde Kalâal-Senane, il sut le brouiller avec Taïeb-ben-Chennouf. Les hostilités commencèrent. Attaqué de deux côtés, poussé avec vigueur par le bey Hammouda bien secondé par ses collègues Hamdane et Hedjcb, Ben-Chennouf périt les armes à la main, avec la plupart des siens ; le reste de sa famille fut expulsé du Kef et perdit toute puissance. Ali-el-IIannachi, chef des Harar, resta ainsi le maître de ces tribus et de leur vaste territoire.
Mohammed-bey (Hammouda) se mit alors aux trousses des