‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 53 sur 174 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

ABAISSES! KNT DE U DYNASTIE SAADIENNE. — H ISSANTE DES MARA- BOUTS Ai: MAROC. RÉVOLTE DE BEN-SAKHERI DANS L'EST

Maroc: sucrés «lu marabout El-AYachi. — Morl d'Abd-el-Malck à Fès et de Zidane à Maroc. Règne d'Abd-el-Malek-ben-/idane. — Règne d'EI-Oualid. Il est assassine. Son frère Mohammed-Cheikh, le jeune lui succède. — Prépondérance des marabouts de Delà. Le sultan de Maroc est défait par leur chef Mohammcd-el-lladj qui s'empare de l'es, de Meknèset de Tedla. Le marabout El-Aïaehi est vaincu par lui; sa morl. — Moulai Cherif à Sidjilmassa. Il est fait prisonnier par Ahou-Massoun, marabout du Sous. Son fils, Moulai-Mohammed, s'empare de l'autorité à Sidjilmassa. Ses conquêtes. — Anarchie à Alger. Révolte des Koulour'lis. Mission de M. Le Page pour la France. Son insuccès. — Démonstrations françaises devant Alger. Rupture définitive. Destruction des établissements de La Calle. — Exécution du cheikh El-Arab à Constantine. Révolte générale de la province. Ben-Sakheri dévaste les environs de la ville. — Défaite des Turcs d'Alger par Ben-Sakheri à Guédjal. — Destruction de la flotte algérienne et tunisienne par les Vénitiens à Vélune. — Nouvelle défaite des Turcs en Kabilie. Ils sont sauvés par un marabout qui leur impose l'obligation de rétablir le Bastion. — Tunisie : mort du dey Voussof. Le pacha Osla-Mourad lui succède ; sa mort. Il est remplacé par Ozen-Khoudja. Coup de main des chevaliers de Malle.

Maroc : succès nu marabout Ki.-Aïaciu. Mort d'Abd-ei.-Mat.ek a Fis et de Zidane a Maroc. Règne d'Abd-fi.-Mai.kk-ben-Zipane. — Nous avons laissé au Maroc le marabout Kl-Aïachi se disposant à reprendre la direction de la guerre, après avoir obtenu des légistes une feloua lui en reconnaissant le droit, à défaut de l'autorisation du prince. Il triompha sans difficulté de ses adversaires et s'appliqua, presque exclusivement, a harceler les chrétiens d'Kl-Araïeh, leur tendant des embuscades, s'emparant de leurs convois et ne leur laissant pas un instant de repos. Tanger et Kl-IIalk-el-Kobra furent aussi l'objet de ses attaques et de celles des gens de Fès. La garnison d'El-IIalk ayant été attirée au dehors et massacrée en grande partie, Kl-Aïachi jugea qu'il pourrait surprendre ce poste ; mais il lui fallait des échelles, il en lit demander aux Maures de Salé et comme ceux-ci avaient mis du retard â les expédier, les

Espagnols finirent par être prévenus et on accusa de cette trahison les Andalous.

Cependant, à Fès, Abd-el-Malek, qui avait succédé à son frère, mort en octobre 1021, ne régna, si toutefois on peut appeler régner la continuation de l'existence peu princiêre d'Abd-Allah, que jusqu'en 1027, année de son décès. Quelques jours plus tard, le 11 septembre 1027, Zidane terminait aussi, à Maroc, son long et triste règne. Il mourut, en laissant un grand nombre d'enfants, parmi lesquels nous citerons Abd-el-Malek, qui avait déjà été désigné par lui comme héritier présomptif, El-Oualid, Aboul'Abbas-Ahmed et Mohammed-Cheikh, le jeune. Abd-el-Malek se lit aussitôt reconnaître : c'était un débauché, incapable et indigne de régner. Ses frères Mohammed-Cheikh et Kl-Oualid se mirent, sans plus tarder, en révolte contre lui et, après plusieurs combats, furent vaincus et dépouillés, mais parvinrent à mettre en sûreté leurs personnes.

Pendant ce temps, Abou-l'Abbas-Ahmed, autre fils de Zidane, se rendait maître de Fès M novembre), s'y faisait proclamer sultan, et frappait des monnaies à son nom. Peu après, s'étant emparé traîtreusement de son cousin Mohammed-Zer'ouda, il le fit mettre à mort dans la Kasba (fin mai 1028] ; mais, deux mois plus tard, il était arrêté à son tour, et incarcéré dans le château du Nouveau- Fès (fin juillet). C'est ici qu'il faut placer la deuxième ambassade envoyée au Maroc par le roi de France. M. de Razilly, chargé de pleins pouvoirs était débarqué à Safi en 1620, dans le but d'obtenir de Zidane le redressement de différents griefs ; mais, s'étant rendu à Maroc sur la foi des promesses du sultan, il fut incarcéré et n'obtint sa liberté qu'avec la caution des négociants de Safi. Il devait protester contre les avanies infligées à nos consuls et eut à en supporter de plus grandes encore. Kn 1029, M. de Ha/illy revint au Maroc ; s'étant présenté à Salé il ne put y débarquer. Ce ne fui qu'en 1030 qu'il revint et obtint toutes les satisfactions et un traité favorable à la France.

Cependant Abd-el-Malek lui-même ne devait pas avoir un long règne. Le 10 mars 1031, il fut, étant ivre, assassiné parles renégats à Maroc

RïvtJNE b'Fl.-Ol'ALI». If. EST ASSASSINÉ. SllN FKICBK MoilAMMED-

cheikh, le jei'ne i.i i st'ccÈoE. — I.c jour même de la mort d'Abd-el- Malek, son frère, Fl-Oualid, se fit reconnaître par la population à

1. Xozhct-el-Hadi, p. 243 et suiv. du texte arabe, 403 et suiv. de la trad. — Abbé Godard, Maroc, p. 481 et suiv.

HISTOIRE DB L'AFRIQUE

Maroc. « Il se distinguait, dit le Nozha, par sa douceur et sa vertu. » Cependant, ses premiers actes consistèrent à se débarrasser successivement de ses parents : cousins, neveux et frères, qu'il fit mettre à mort sans bruit ; c'était l'application au Maroc du fameux kanoun du sultan Mahomet II. Peut-être, du reste, possédait-il, relativement aux derniers chéri fs dont nous avons vu se succéder les tristes règnes, beaucoup de vertus et même de douceur. Un de ses frères, Mohammed-Cheikh, le jeune, trouva grâce devant lui, c'est-à-dire qu'il se contenta de le tenir en prison. I£l- Oualid était passionné pour la musique et en faisait exécuter jour et nuit ; du reste, il rappelait ses parents par plus d'un défaut et n'avait rien de ce qui eût été nécessaire pour relever un empire entamé de toute part, sans force et sans honneur.

Le jeudi, 19 février 1030, Kl-Oualid fut assassiné par les renégats, à la suite d'une querelle misérable, si la version du Nozha est exacte. Ces auxiliaires ayant réclamé avec insistance leur solde, en faisant ressortir qu'ils n'avaient rien à manger, le cherif leur répondit par moquerie: « Kh bien, mangez des écorces d'oranges !» Profondément blessés par cette inepte plaisanterie, quatre renégats résolurent de s'en venger et tuèrent, par surprise, leurmuitre.

Après la mort du sultan, les gens de Maroc hésitèrent sur le choix de son successeur, puis finirent par se prononcer pour son frère, Mohammed-Cheikh, le jeune. Les caïds le retirèrent de prison et, le 1H février, il fut solennellement proclamé à Maroc. C'était un homme doux et bienveillant ; mais il lui manquait peutêtre l'énergie indispensable dans un pareil moment et, a coup sûr, les moyens matériels lui faisaient défaut. Il n'hérita guère que de la capitale et de sa banlieue ; le reste de l'empire était entre les mains des marabouts qui cherchaient à s'arracher les provinces les uns aux autres, sans même s'inquiéter du fantôme de sultan. Quant au trésor public, il était vide et l'année n'existait pour ainsi dire plus1.

Prépondérance ni; s marabouts de Delà. Le sultan de Maroc est

DÉFAIT l'AR LEUR CHEF Moil AMMED-EL- 1 I.VDJ QUI s'eMPAHE DE FtS, DE

Meknès et de Tedla. Le marauout Ij.-Aïaciii est vaincu par lui. Sa mort. — Dans les dernières années, la notoriété delà Zaouïa de Delà et de son chef Mohammed, lils d'Abou-Beker-ben-Amor, s'était encore étendue : tous les Berbères du centre avaient les yeux fixés sur elle. A la tin de l'année 1030, le vieux Mohammed

1. Xozhct-cl-IIaiii, p. 245 el suiv. du texte arabe et 4.0'» cl suiv. de la trad.

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