‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 54 sur 174 · W'ISSANCR DES MARABOUTS AU MAROC · texte numérisé non relu

W'ISSANCR DES MARABOUTS AU MAROC

mourait à 1 âge de 80 ans el sa dernière recommandation, adressée à toute sa famille réunie, fut de l'engager à s'abstenir de toute participation aux affaires politiques. Mais ses nombreux enfants ne l'entendaient pas ainsi. Comment, du reste, résister a la pression extérieure qui semblait leur forcer la main ? Mohammcd-el-Hadj, le lils aîné, devenu chef de la Zaouïa, était un homme instruit, énergique et ambitieux dont les visées ne tardèrent pas à se manifester.

Le sultan, Mohammed-Cheikh II, voyant ses dispositions, lui envoya un message dans lequel il lui rappelait que son père avait reconnu l'autorité d'El-Oualid, et l'invitait à l'imiter. Après la prière il passa à la menace ; et rien n'est curieux à lire comme les lettres échangées à ce sujet entre le cherif et la Zaouïa, lettres reproduites in-extenso dans le Nozhet-el-Iladi ; après cela, la parole ne pouvait être qu'aux armes. Mohammed-el-Hadj se mit en devoir d étendre ses conquêtes. Il s'empara successivement de Fès, de Meknès, ainsi que des campagnes environnantes et, enfin, de tout le territoire de Tcdla, et reçut la soumission des Berbères de la Moulouïa. Le sultan de Maroc s'élant décidé à marcher contre lui, la rencontre eut lieu à lîou-Agba, sur l'Ouadcl-Abid, et se termina par la défaite du cherif. Reconnaissant alors la popularité dont jouissait le marabout de Delà, parmi les indigènes du Mag'reb, Mohammed-Cheikh rentra à Maroc et renonça à s'occuper de ce qui se passait au delà de l'Ouad-el-Abid. Ainsi Mohammed-el-Hadj resta maître de la région septentrionale, avec Fès comme capitale (1040).

Nous avons vu plus haut que le marabout El-Aïachi, dans ses luttes contre les Espagnols, avait accusé les Maures de Salé de l'avoir trahi au profit des chrétiens. Il consulta les légistes les plus célèbres pour savoir quel genre de punition ces prévarieacatcurs de l'Islam méritaient, et obtint des fetoua proclamant qu'ils devaient être frappés de mort. Le marabout se rendit à Salé et livra, pendant trois jours, les Andalous à la fureur de ses fanatiques adhérents. In grand nombre de Maures périrent dans celte boucherie. Salé avait en effet recueilli les derniers expulsés d'Espagne et ils y avaient formé une colonie de 5 à 6,000 réfugiés, gens industrieux, braves et marins hardis.

Cependant quelques groupes parvinrent à se réfugier chez les chrétiens ; d'autres gagnèrent Alger, d'autres allèrent à Maroc ; enfin, plusieurs d'entre eux purent atteindre Fès et demander justice au marabout de Delà. Mohammed-el-Hadj, comme tous les marabouts, n'aimait pas ses rivaux et, depuis longtemps, la notoriété dont jouissait El-Aïachi, sa renommée de vaillance, lui portaient ombrage. Mais il fallait un prétexte pour rompre ; il essaya

HISTOIRE HE I.'aFHIqUK

d'abord de s'interposer dans l'intérêt des Andalous. Kl-Aïachi repoussa dédaigneusement sa requête. C elait la rupture : aussitôt les marabouts de Delà, ayant réuni leurs contingents, marchèrent contre lui ; mais El-Aïachi les mit en déroute ; puis il détacha des Espagnols, les Arabes à eux soumis, et alla faire une démonstration contre Tanger.

A son retour de cette campagne, Kl-Aïachi rencontra les marabouts de Delà, appuyés par leurs fidèles Berbères qui l'attendaient sur la limite du canton d'Azr'ar et dut accepter le combat. Cette fois, la victoire se tourna contre lui: un grand nombre de ses adhérents furent massacrés et lui-même, ayant eu son cheval tué, n'eut d'autre ressource que de se réfugier chez les Arabes Kholt. Mais ses hôtes, pour lesquels la perfidie était de tradition, l'assassinèrent et, lui ayant coupé la tête, l'envoyèrent à Salé (mars 1GU). La mort d'EI-Aïaehi fut accueillie avec un soupir de soulagement par les Espagnols. Les chroniques rapportent même qu'ils en célébrèrent la nouvelle par trois jours de fêles. Les Maures de Salé étaient vengés : enfin, Mohammed-el-IIadj était débarrassé d'un dangereux compétiteur. Ainsi, dans cette époque troublée, il se trouva bien peu de musulmans pour rendre hommage à ce brave champion, qui avait tant de fois exposé sa vie en luttant contre <* V infidèle dont la présence souillait le sol de l Islam »

MoULAÏ-CUERIF A SlDJITMASSA. Il EST FAIT PRISONNIER PAR AbOU- HaSSOUN, MARABOl'T DU Soi'S. SoN FII.S, MoULAÏ-M'lIAMMEÛ s'eMI'AHE

de l'autorité a Sidjii. massa. Ses conquêtes. — Revenons à Sidjilmassa où nous avons laissé un aulrc marabout, Moulaï-Cherif, étendant sa prépondérance dans ces régions sahariennes. Seuls, les gens de Tabouaçamte, oasis fortifiée (Kçar), à environ 20 kilomètres au sud de Tatilala, s'étaient déclarés ses ennemis et avaient appelé à leur aide les marabouts de Delà, tandis que Cherif requérait l'assistance d'Abou-l'Hacen-Semlouli. dit Abou-IIassoun, son ami, maître du Sous. Les hommes d'armes de la Zaouïa et ceux d' Abou-IIassoun se trouvèrent réunis dans l'oasis et faillirent en venir aux mains. Cependant, grâce à une lettre de Mohammedcl-Hadj, conjurant les musulmans de ne pas détruire leurs forces dans des luttes fratricides, on finit, de part et d'autre, par terminer la querelle au moyen d'une transaction (1G33).

Mais il est des cas où les réconciliations sont impossibles et de-

1. Nozhct-el-lladi, p. 2oi et suiv., 2*0 et suiv. du texte arabe, 449 cl suiv. de la trad. — Abbé Godard, Maroc, p. 485 et suiv.

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