CHAPITRE XIV
LUTTES DES COKSAIRES RAHRARESQUES CONTRE LES PUISSANCES CHRÉTIENNES. - ANARCHIE AU MAROC
Extinction de la puissance de Ben-el-Kadi de Koukou. Confédérations des tribus kabiles. — Expédition de Youssof-l'acha dans l'Est. Il est renversé. — Révoltes à Alger. Mort d'Ali-Rilchnine, grand amiral. — Le Consulat d'Alger entre les mains des Lazaristes. Défaites maritimes des Algériens. -— Rétablissement de l'autorité turque à Conslantine. — Puissance de Hammoudn-Hey en Tunisie. Ses victoires sur les indigènes. — Maroc: le cherif Moulaï-M'hammed est défait par les marabouts de Delà, puis il traite avec eux. — Moulaï-M'hammed, soutenu par les Arabes, s'empare d'Oudjda et fait des expéditions fructueuses dans la province d'Oran; puis il conclut la paix avec les Turcs.— Révolte de Fès Ses habitants appellent Moulaï-M'hammed. Il est défait par Mohammed-el-Hadj et se confine à Sidjilmassa. — Luttes des corsaires barbaresques contre les puissances chrétiennes. Etal de l'Europe vers 1619. — Croisière de Robert Blake dans la Méditerranée. Les corsaires sont châtiés par les Vénitiens, les Français et les Hollandais.
Extinction de la puissance db Ben-el-Kadi de Koukou. Confédérations des minus kauiles. — Depuis l'établissement des Turcs en Berbérie, nous les avons vus tâehant sans cesse de s'assurer le concours des indigènes de la Grande-Kabilie, par des traités ou des alliances, ou cherchant à les réduire par la force. Malheureusement pour les uns, comme pour les autres, la puissance de Benel-Kadi, roi de Koukou, n'avait cessé de décroître et, depuis une trentaine d'années, les luttes intestines des descendants de cette famille achevaient de lui enlever son reste de force. Les Kabiles, cédant aux instincts et aux traditions de leur race, en profitèrent pour former de nouvelles confédérations, notamment celle des Guechtoula, composée des tribus établies aux environs de Bordj- Bou-R'eni, à l'extrémité occidentale de la grande chaîne du Djerdjera. L'n chef indépendant, le cheikh Gasscm, commandait cette confédération vers le milieu du xvii" siècle et la tradition de ses luttes contre les Turcs et de la puissance qu'il avait acquise subsiste encore dans le pays, mais sans aucun détail historique précis.
Vers 1633, un fils posthume de cet Ammar (ou Amor), roi de
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Koukou, dont nous avons relaté l'assassinat, arriva des régions de l'est, où sa mère, exilée, l'avait mis au monde. Il se nommait Ahmed-Tounsi et était appuyé par un groupe nombreux de partisans. Il parvint, selon la tradition, à reconquérir la puissance, mais renonça à la résidence de Koukou, pour s'établir à Aourir chez les Beni-R'obri. Cette famille ne tarda pas à se fractionner et on désigna généralement ses membres sous le nom d'Oulad- Bou-Khettouche Un de leurs groupes, établi dans la région d'Akbou, et qui, plus tard, émigra en partie à Batna, a conservé le vocable traditionnel de Ben-el-Kadi, jusqu'à nos jours. Tels sont les renseignements que les souvenirs conservés sur place fournissent. Quant aux documents chrétiens de l'époque, c'est-à-dire les livres du père Dan et les récits des esclaves, ils parlent toujours d'un « Ben-Ali » roi de Couque, adversaire des Turcs. Mais nous ne craignons pas d'avancer, qu'à partir de la période comprise entre 1630 et 1010, les rois de Koukou disparurent, et que les luttes incessantes des Kabiles contre les Turcs furent provoquées par des confédérations telles que les Guechtoula dont nous avons parlé. Enfin nous n'hésitons pas à reconnaître dans ce « Ben-Ali >» le daouadi Ben-Sakheri, descendant de Ben- Ali, et dont la famille était appelée pour cela « Aloui » ou « Ahl-ben-Ali »*.
Expédition db Youssof- Pacha dans l'est. Il est renversé. — En 10 11, la Kabilic étant de nouveau en état de révolte;, le diwan décida qu'une expédition y serait faite. Le pacha Youssof, s'excusant sur son grand âge et ses infirmités, essaya, mais en vain, de se soustraire au périlleux honneur de la conduire. Bon gré, mal gré, il dut partir et obtint seulement la faveur de faire le voyage par mer, suivi d'une galère chargée de le surveiller pour qu'il ne prît pas la fuite, tandis que l'armée prenait la route de terre ; nous ignorons les détails de cette campagne ; mais il est probable qu'elle fut peu fructueuse, car, à son retour, l'année suivante, le malheureux pacha vit les Yoldachs se révolter contre lui et le jeter en prison au fort de Moulaï-Hassen.
Selon M. Yayssetles1 l'expédition du pacha Youssof, en 1041,
1 Ils ont encore des descendants à Tamda, Djama-es-Sahridj et Souama.
2. Guin, Notice sur le cheikh Gassem des Guechtoula (Revue afric. no 28, p. 308 et suiv.). — Robin, Organisation militaire des Turcs dans la Grande Kabylie (Revue afric., n° 78. p. 135 et suiv.). — Bcrbmggcr, Notes sur la révolte de Ben-Sakheri (loc. cit., p. 347 et suiv.). — Féraud, Les Ben-Djellab (loc. cit.).
3. Dans son llist. des beys de Constantinc (loc. cit., p. 339 et suir.).