‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 60 sur 174 · LUTTES DES CORSAIRES HARHARESQUES · texte numérisé non relu

LUTTES DES CORSAIRES HARHARESQUES

çais, et n'aboutit qu'à se faire prendre par les Espagnols. Or les Guises n'avaient cessé de s'occuper de la Rcrbérie et l'on sait qu'ils étaient intéressés dans les affaires du Bastion.

Quant à l'Espagne, humiliée, démembrée, luttant depuis des années contre la révolte de Catalogne, sur son propre territoire, ayant vu le prestige de sa vieille infanterie s'évanouir définitivement à Rocroy et le Portugal se délacher et reprendre son indépendance ; ruinée, en proie à la pauvreté et ne possédant plus sa puissante marine, elle avait, depuis longtemps, renoncé à ses conquêtes en Afrique, ne pouvant même plus protéger ses colonies et ses propres rivagês. La guerre, du reste, avait recommencé en Flandre, dans les Pays-Bas, en Catalogne, en Portugal. Le dévot Philippe IV, dans cette conjoncture, allait bientôt prendre l'initiative de pourparlers avec le puritain Cromwel et solliciter l'alliance du lord-protecteur.

La situation de l'Europe fait comprendre pourquoi, en 1050, les corsaires ont le champ libre. Seuls, les chevaliers de Malte, sur les côtes d'Afrique, et les Vénitiens, dans l'Archipel, luttent avec un courage que rien n'abat contre les reïs et les Turcs. En 1521, le pacha Youssof fut remplacé à Alger par un certain Mohammed. Dans la même année, l'amiral vénitien Moncenigo battait la flotte turco-barbaresque devant Candie. Les Turcs accusèrent hautement les reïs d'Alger et de Tripoli d'avoir, par leur lâcheté, causé cet échec, et parlèrent même de leur couper la tête.

En 1052, Morosini, frère de l'amiral vénitien tué précédemment, enleva, près du cap Matapan, douze vaisseaux, que les reïs, dûment payés, conduisaient en Orient ; mais à côté de ces mauvaises journées, inévitables à la guerre, que de compensations, ou, en jugeant les choses au point de vue algérien, que de gloire !

La Hollande, lasse d'être rançonnée, avait, en 1051 ou 1052, conclu un traité avec Alger. Mais, malgré les sacrifices faits et l'humiliation acceptée, c'est à peine si les reïs avaient tenu compte des privilèges accordés par le diwan. Les Anglais, aussi, par l'intermédiaire du sieur Caron, appuyé par un navire de guerre, avaient conclu une sorte d'arrangement avec les Algériens, en lGiO ; ces conventions ne tardèrent pas à devenir lettre morte et les corsaires poussèrent l'audace jusqu'à insulter le pavillon anglais en face de Plymouth.

Croisière de Robert Bi.ake dans la Méditerranée. Les Corsaires SONT CHÂTIÉS PAR LES VÉNITIENS, LES FRANÇAIS ET LES HOLLAN- DAIS. — C'était pousser trop loin l'audace. A la fin de 1053, comme l'Angleterre venait de rompre avec l'Espagne, l'amiral

HISTOIRE DE l'aNUO.I'E

Robert Blake, le roi de lu mer, reçut du Protecteur l'ordre de conduire une magnifique escadre dans la Méditerranée et d'obtenir des satisfactions de tous ceux qui, maures ou chrétiens, avaient molesté les nationaux ; il devait aussi employer une partie de ses ses vaisseaux à poursuivre et enlever les galions revenant des Indes.

Après différentes stations sur les côtes d'Italie, où il contraignit le grand -duc de Toscane et même le Pape à lui verser des indemnités importantes, Blake jeta l'ancre le 8 février 1054 a Porto- Farina. Le bey (sans doute Ilammouda) s'empressa d'accourir sur la côte, avec toutes ses forces disponibles, plein de confiance dans la solidité des fortifications de la Goulelte. Ne jugeant pas devoir attaquer alors, l'amiral anglais leva l'ancre ; mais, le 3 avril, il reparut en rade et, le lendemain malin 4, entra audacieusement dans le port, à une demi-portée de fusil des batteries turques, puis les neuf vaisseaux s'avancèrent sous le feu terrible des canons turcs, dont les artilleurs revenus de leur surprise faisaient rage. L issue de cette entreprise paraissait encore indécise, bien que le feu des navires anglais, malgré les projectiles dont ils étaient criblés, produisit un effet considérable sur les fortifications turques, lorsque Blake, profitant de la fumée, fit mettre dans des chaloupes un certain nombre d'hommes déterminés, munis de torches, qui pénétrèrent au milieu de cinq gros vaisseaux tunisiens abrités dans le port, et les incendièrent ; les canons des navires avaient, pendant ce temps, à peu près éteint le feu des batteries de terre et l'amiral donna le signal de la retraite. Ce glorieux combat avait duré quatre heures.

Blake cingla ensuite vers Tripoli, mais le pacha de cette ville, instruit par l'exemple de Tunis, s'empressa d'éviter un sort semblable en allant au devant des Anglais et leur donnant toutes les satisfactions qu'ils pouvaient désirer: à son retour, l'amiral anglais se présenta de nouveau devant Tunis et trouva les esprits tout disposés à un arrangement. Il obtint même l'autorisation, pour son pays, d'avoir un consul dans cette ville.

L'orgueil des Algériens restait à abattre. Blake entra, sans hésitation ni pourparlers, dans le port avec son escadre et mit à terre un parlementaire chargé de son ultimatum. Alger ne songea même pas à la résistance ; bien au contraire, le pacha offrit à la flotte un troupeau de bœufs pour sa consommation et s'obligea à restituer les captifs anglais, à la condition que le prix en serait versé aux propriétaires, ce qui fut accepté. Peu après, Blake levait l'ancre. Au moment de l'appareillage, il se passa un fait assez extraordinaire : un grand nombre d'esclaves hollandais se jetèrent à la

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nage, malgré la poursuite de leurs patrons, et parvinrent, pour lu plus grande partie, à se réfugier sur les bateaux anglais. L'amiral suspendit alors le départ et, au moyen de collectes faites dans les équipages, se procura les sommes nécessaires pour désintéresser les patrons. A la fin d'avril 1655, Blake avait terminé cette belle croisière.

Dans cette même année, Morosini enlevait encore sept vaisseaux algériens devant Ténédos, et la flotte française du Levant livrait, sur les côtes de France et dans le golfe du Lion, de glorieux combats aux corsaires, qui étaient expulsés avec pertes de ces régions. Les Hollandais ne voulurent pas rester en arrière. En 1656, le grand Ruyter, rencontrant à l'entrée du détroit de Gibraltar une flotte barbaresque, prenait ou coulait dix-huit navires de guerre. Enfin, en divers lieux, les Vénitiens, les Génois et les chevaliers de Malte infligeaient aux corsaires de dures leçons

1. De Granimont. Relations de la France (loc. cit., p. 209 el auiv.). — R. L. Playfair, Relations de la Grande Bretagne (Revue afric, n» 130, p. 316 et suiv.). — Gazette de France, années 1651 ù 1657. — Russeuw Saint-liilaire, llist. d'Espagne, t. XI, pass.

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