‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 69 sur 174 · LUTTES DES TURCS CONTHB LES CHRETIENS · texte numérisé non relu

LUTTES DES TURCS CONTHB LES CHRETIENS

à Tunis, enseignes déployées, au milieu des acclamations, apportant au bout d'une lance la tête du chef de la révolte.

Mort de Mocrad-Brv. Luttes enthe ses fils. Mohammed-Bet reste maître du Houvoiit. — Vers la fin de cette année 1675, Mourad-Bey cessa de vivre, laissant deux fils, ceux dont nous avons parlé, égaux en mérite s'il faut en croire notre auteur, et un troisième nommé Ramdane, tenu au second plan. L'aîné, Mohammed, devait lui succéder, mais, dès les premiers jours, des discussions s'élevèrent entre lui et son frère Ali, pour le partage du pouvoir Ne pouvant parvenir à s'entendre, ils s'en remirent à la décision du dey et du diwan qui, d'accord avec Ali, retirèrent à Mohammed le titre de bey, pour le donner à El-IIafsi, frère de leur père.

Mais Mohammed n'était pas homme à se laisser ainsi dépouiller ; feignant de se soumettre, il alla habiter le palais de la Marsa ; puis, un beau jour, il prit la fuite, se rendit d'une traite au Kef où il fut rejoint par le cheikh des Ilenanccha, El-Hadj-el- Merdaci, de la famille de Khaled-ben-Xacer, et par un grand nombre de partisans. Il se disposa alors à marcher sur Tunis. A celle nouvelle, le bey El-IIafsi essaya de réunir des forces pour s'opposer aux rebelles ; mais personne ne voulut lui obéir et il se vit forcé d'évacuer la place ; un bateau français qui venait d'amener d'Orient un nouveau pacha le recueillit et le conduisit à Tripoli, puis à Constantinople. En même temps, Mohamraed-Bcy, qui avait obtenu l'adhésion formelle des Tunisiens, faisait son entrée dans la capitale et recevait au Bardo les hommages du dey, du pacha, du diwan et des notables (décembre 1075). Quant à Ali, il fut relégué dans une maison de campagne.

Peu après, parut en rade une escadre turque ramenant El- Hafsi à Tunis, par Tordre du sultan. L'émotion fut si grande dans la ville que l'amiral, en présence des dispositions hostiles de la population ramena en Orient El-IIafsi, malgré ses protestations ; à peine Mohammed-Bey fut-il débarrassé de ce danger qu'il partit vers le sud, afin d'effectuer la campagne annuelle ; il reçut alors la nouvelle de la fuite de son frère qui avait trouvé asile à Gonstantine auprès du bey de l'Est *.

Luttes entre Mohammed-Bky et Ali-Bby en Tunisie. Succès

i. El-Kairouani. p. 366 el suiv.. 404 et suiv. — Rousseau, Annales Tunisiennes, p. 55 et suiv. — Kéraud. Les I/arats (Revue afric., n° 105, p. 203 et suiv.). — Le même, Annales Tripolilaines (Revue afric., u» 159, p. 213).

HISTOIRE DR I. AFRIQUE

d'Ali-Bby. — A Constantine, Redjeb-Bey avait exercé le pouvoir jusque vers 1671, époque à laquelle, s'il faut s'en rapporter au consul d'Arvieux, il fut misa mort pour le punir d'une tentative de révolte. Il avait, pendant son commandement, tenté de s'attacher les Arabes Daouaouïda en donnant une de ses filles, Oum- Hani, en mariage à El-Guidoum, frère d'Ahmed-ben-Sakheri ; il fut remplacé par un certain Kheïr-ed-Dine qui n'exerça pas longtemps le pouvoir, car, au commencement de 1670, il dut le résigner entre les mains de son successeur Abd-er-Rahmane, surnommé Duli-Bey, Turc violent et brutal qui fit tout plier sous une main de fer.

Dali accueillit assez bien le fugitif tunisien à Constantine et celuici y entra en relations avec Soultane-ben-Menacer, chef des Harars, (Ilenanceha). Il contracta avec lui une alliance scellée par son mariage avec la fille du cheikh. Puis ils organisèrent ensemble une expédition contre Tunis et, bientôt, se mirent en marche vers l'est. Mohammcd-Bev se trouvait alors dans le sud, avec l'armée, pour la campagne d'été ; il s'empressa d'accourir, à la nouvelle des premiers engagements. Mais la montagne d'Ouslat était en révolte et il dut d'abord la réduire", puis il rentra à Tunis, afin de préparer sérieusement la lutte contre son frère. A peine s'était-il éloigné qu'Ali-Bcy atteignit la montagne avec ses adhérents. Mohammed-Bcy, ignorant la présence de son frère, revint opérer dans cette région ; mais Ali-Bey parvint à surprendre son camp et à lui infliger une défaite, atténuée, le lendemain, par un retour offensif dans lequel le précédent reprit une partie de ses canons et de son matériel (fin 1076).

«< Cette affaire désastreuse, dit El-Kaïrouani, avait rendu le trou plus grand que la pièce. » Mohammed-Bcy ayant reçu du renfort, poursuivit son frère, qui avait quitté la montagne, l'atteignit près de Sbeïtla et s'empara de son camp. Mais les soldats du bey se mirent à piller, ce qui permit à Ali de rallier les fuyards et de les ramener au combat ; surpris isolément, les vainqueurs ne tardèrent pas à se transformer en vaincus, fuyant dans toutes les directions. Soultan, chef des Ilenanecha, déploya dans cette affaire la plus grande bravoure et s'empara même du campement et de la femme de son rival El-Had j-el-Merdaci, dont la puissance fut à jamais détruite.

Mohammed-Bey parvint à se réfugier au Kef où il fut rejoint par quelques adhérents dévoués, tandis que la plupart de ses officiers et de ses soldats passaient sous les drapeaux d'Ali-Bey ; l'armée du Djerid se prononça également pour celui-ci et, enfin, il reçut de Tunis une députation venant le féliciter au nom du

Page 1