LUTTES DBS TURCS CONTRE LES CHRETIENS
peuple, du diwan et du nouveau dey El-Hadj-Mohammed-Bechara. Cependant Ali-Bey ne voulait pas se rendre à Tunis avant d'avoir détruit la puissance de son frère. Il marcha donc sur le Kef, mais ce fut pour essuyer à son tour une défaite qui le contraignit à chercher un refuse dans le Djerid.
La route de Tunis était ouverte : Mohammed rentra en maître dans cette ville (avril 1677). Le dey Rcchara fut destitue et mis à mort; El-Hadj-Mani-Djemal reprit alors la fonction dont il avait été précédemment dépouillé. Mais il était dit que les succès alternatifs des deux frères seraient éphémères. Ayant entrepris une nouvelle campagne contre le Djebel-Ouslat, où se trouvait Ali-Bey avec des forces importantes, Mohammed fut à son tour mis en déroute et réduit à la fuite.
Ali-Bey restait, encore une fois, le maître, bien que son frère ne fût pas vaincu, et Tunis, las de ces luttes, se tenait sur la défensive. Il obtint alors, pour un de ses favoris, nommé Mohammed- Tabak, la charge de dey. C'était un homme énergique qui commença par se former une garde de 4<>0 janissaires dévoués, installés auprès de lui, et qu'on appela les Jlanba ; Mami-Djemal fut exécuté. Représenté à Tunis par un dey à sa dévotion, Ali-Bey alla guerroyer dans le Djerid1.
Ainsi, la Tunisie, qui avait joui de quelques années de calme, se trouvait de nouveau en proie aux maux de la guerre et de l'anarchie.
Nouveaux bxcés des corsaires algériens. Rupture avec la France. — La révolte de Messine, en 1674, avait amené la France à tenter, une fois encore d'occuper la Sicile. Vivonne, secondé par des lieutenants tels que Tourville et Duquesne, tenailla mer avec toutes nos forces maritimes, ce qui obligeait les corsaires à reporter leurs efforts sur un autre objectif. Les amiraux français triomphèrent alors des flottes combinées de Hollande et d'Espagne et le manque de troupes de débarquement empêcha seul les vainqueurs de conquérir toute la Sicile (1675-76). En résumé, cette entreprise, mal soutenue par le gouvernement, finit d'une façon lamentable, surtout pour ceux qui avaient cru à la protection de la France. Les Algériens employèrent donc la plus grande partie de leurs forces, en 1675 et 1676, à des expéditions contre le littoral portugais et y commirent de grands dégâts, malgré les efforts de l'amiral Magellanez pour les repousser.
Dans le mois de juin de l'année 1675, le gouverneur espagnol
1. El-Kaïrouani, p. 368 et suiv., 416 et s. — Rousseau, Annales Tunisiennes, p. 59 et suiT. — Fcraud, Les Harars, loc. cit., p. 205 et suît.
HISTOIRE DE L AFlllQL'E
d'Oran, dou Inigo de Toledo, essaya de surprendre Tlemcen, mais il fut repousse et forcé de se retrancher derrière ses murailles, où il se vit bientôt assiégé par les indigènes. Le dey, Baba-Hassen envoya quelques renforts avec de l'artillerie aux musulmans, qui ne purent néanmoins se rendre maîtres de la ville et se contentèrent de la bloquer étroitement. En juillet, une flotte de secours arriva de Carthagène et les assiégeants durent lever le siège; cependant les hostilités continuèrent aux environs, interrompues par les sorties des chrétiens. Celle de janvier 1678, poussée jusqu'à la plaine de Meléta, fournit aux Espagnols l'occasion de faire un véritable massacre de leurs ennemis et de ramener, en outre, huit cents prisonniers. Néanmoins le blocus continua et, comme Oran était ravitaillé par mer, les galères des reïs vinrent bloquer le port ; mais elles n'y restèrent pas longtemps, car il fallut voler au secours d'Alger qui venait d'être canonné par l'escadre anglaise, sous le commandement de lord Malborough (1678).
Oran était alors décimé parla peste. Les indigènes, commandés par un certain Hen-Zamar, en profitèrent pour resserrer l'investissement ; mais dans une sortie opérée le V2 novembre, la garnison les repoussa après leur avoir tué beaucoup de monde et leur prit 200 prisonniers.
L'affreuse maladie ravageait, avec une intensité inouïe, toute l'Afrique septentrionale et s'était propagée dans les ports de commerce européens. Alger continuait à être livré aux factions locales et aux intrigues des puissances étrangères pour y obtenir la suprématie sur leurs rivales. De plus, les nations qui avaient des traités étaient constamment en réclamations contre les violations dont ils étaient l'objet. On doit reconnaître, du reste, que les représailles infligées aux Algériens leur fournissaient des prétextes pour opposer réclamations à réclamations. La cour de France semblait disposée à ne plus vouloir employer que la violence à l'égard des Barbaresques ; le père Le Vacher, consul à Alger, et Dussault, directeur des établissements, prêchaient au contraire les moyens de conciliation, mais ne réussissaient qu'à se rendre suspects aux amiraux chargés d'exiger satisfaction.
En 1079, Tourville vint à Alger, au nom du roi de France, et obtint du dey et du diwan tout ce qu'il lui plut d'exiger, notamment une modification aux traités antérieurs, disposant, qu'en aucun cas, les Français ne pourraient être retenus prisonniers. Ces promesses manquaient malheureusement de sanction ; aussi les rapts et les vols recommencèrent-ils de plus belle. Les Hollandais, las de supporter des pertes énormes, démoralisés par la mort de Ruyter, tué devant Messine en 1676, et par leurs défaites
LE MAGREB SOCS MOLLAÏ-ISMAÏL (1681) 287
dans la Méditerranée, se soumirent alors, à accepter un humiliant traité par lequel ils s'obligeaient à fournir aux reïs, non seulement des mâts et des cordages, mais encore de la poudre et des canons, ce qui provoqua les protestations des autres puissances.
L'année suivante, Duquesne, et en 1681, deux autres envoyés vinrent à Alger dans le même but et conclurent un arrangement qui stipulait la restitution réciproque des esclaves. Malheureusement il arriva, soit à dessein, soit par erreur, que les captifs musulmans dont on attendait le retour à Alger avaient été expédiés avec l'escadre, dans le Levant. Il en résulta une grave émeute, suivie d'un ultimatum injurieux, repoussé par le roi, et d'une déclaration de guerre votée à l'unanimité par le diwan (18 octobre 1681) ; et aussitôt les corsaires de courir sus aux navires français, si bien que, dans l'espace d'un mois, ils capturèrent29 bâtiments et 300 esclaves. A ce moment, les Anglais venaient de se décider à accepter, comme les Hollandais, une paix humiliante. Il est vrai qu'ils avaient perdu, dans les quatorze dernières années, 350 navires et 6,000 prisonniers, malgré le9 croisières et les bombardements de leurs amiraux.
La France allait essayer, seule, de dompter les Algériens. Déjà l'amiral Duquesne était allé, dans le mois de juillet 1681, poursuivre les pirates de Tripoli jusque dans le port de Chio, où il avait brûlé six de leurs meilleurs vaisseaux. Les ordres formels reçus d'Orient avaient alors amené le représentant de la Porte à signer un traité stipulant la mise en liberté des esclaves français. Mais les Tripolitains mirent à mort leur amiral et refusèrent de ratifier le traité l.
Maroc ; organisation des colonies nègres (Adid) par Moulaï- Ismaïl. La milice dite de Sidi-el-Bockiiari. — Avant de continuer le récit des faits dont Alger va être le théâtre, il convient de jeter un coup d'œil sur les événements du Mag'reb où nous avons laissé le sultan Ismaïl à peu près maître de l'autorité.
Tout en s'occupant des constructions et embellissements de Meknès, sa ville de prédilection, le sultan, qui avait trop souvent éprouvé la versatilité de ses sujets, conçut un projet destiné à lui permettre de se passer de leur concours militaire et sut le réaliser avec une vraie intelligence de la situation. Il fit acheter ou attira
1. De Grammont, Relations entre la France (Revue afric, n<> 168, p. 459 et suiv. — Le même, Hist. d'Alger, p. 2i5 et suiv. — De Sandoval. Inscriptions d'Oran (Revue afric, n<> 91, p. 57, 58. — Féraud, Annales Tripolitaines, loc. cit., p. 213 et suiv.
une quantité considérable de nègres résidant en Mag'reb, et en forma de vastes colonies agricoles, dont les principales furent établies aux environs de Maroc, à Mechra-er-Remel sur TOuad- Felfela, aflluent de l'Ouad-Beht. Ces nègres, auxquels on donna des compagnes, reçurent de grands avantages ; mais tous leurs enfants appartinrent à l'Etal et furent, dès leur jeune âge, préparés par une éducation spéciale, les garçons pour l'armée, les filles pour la domesticité des palais. Les mâles, placés sous la protection d'un saint de l'Islam, Sidi-el-Boukhari, formèrent cette garde noire, entièrement dévouée au sultan et sans aucun lien avec la population indigène, arabe ou berbère, qui a constitué pour les souverains du Maroc une grande force. L'analogie de cette institution avec celle des mamlouks d'Egypte est frappante; mais les nègres de Sidi-cl-Roukhari donnèrent à leurs princes un concours plus aveuglément dévoué.
A la fin du long règne d Ismaïl, il avait, paraît-il, 150, CKX) soldats nègres inscrits sur ses contrôles, dont 70,000 de Mechra-er- Remel et '25,<00 d'Oudjeh-el-Arous. C'est à l'âge de dix ans que les enfants de ces nègres étaient amenés au sultan ; la plupart d'entre eux, — dit Et-Tordjeman, auquel nous empruntons ces détails, — apprirent alors le métier de maçon (afin qu'ils pussent servir plus tard à la construction des forteresses qu'Ismaïl voulait élever) ; à d'autres, on enseignait l'art du charpentier et du menuisier. Puis ils apprenaient les soins et la conduite des chevaux et mulets, et l'équitation d'abord sur des coursiers nus ; ensuite, ils mettaient toutes les pièces de harnachement et prenaient l'habitude de faire feu sans descendre. A l'âge de seize ans, ils étaient inscrits sur les contrôles de l'armée ; puis on les mariait « avec de jeunes négresses qui avaient été réparties dans les palais du souverain, où elles avaient appris la cuisine, le ménage et le savonnage. Quant à celles qui étaient jolies, on les confiait à des maîtresses qui leur enseignaient la musique ; leur éducation terminée, on leur donna un costume et une dot ; puis chacune d'elles fut conduite à son mari. » 11 est inutile d'ajouter que cette institution ne commença à donner tous ses résultats que vers la fin du siècle.
Pour compléter l'organisation militaire du Mag'rcb, le sultan fit élever sur toutes les roules et aux points stratégiques des forteresses, où il plaça des garnisons et autour desquelles se formèrent de petites colonies, nègres pour la plupart. De cette façon, le pays se trouva enserré dans un vaste réseau de postes reliés entre eux et aboutissant aux mains du sultan. La population indigène fut, par ce moyen, fractionnée, surveillée de près, et mise dans
i.b mao'reh sous moulaï-ismaïl (1678) "289
l'impossibilité de préparer ces révoltes que l'éloignement et la difficulté du terrain rendaient si faciles.
C'était, en quelque sorte, l'appropriation au Maroc du système des Zemala et des postes entourés de colonies militaires que les Turcs avaient mis en pratique en Algérie et en Tunisie. Mais Ismaïl. en l'appliquant au Magreb, le perfectionna avec un véritable génie, car les diflicultés étaient plus grandes pour lui. Dans tous les cas, les uns et les autres résolurent le problême consistant à utiliser, pour asseoir leur domination, les forces locales afin de se passer des tribus indigènes, sur lesquelles on ne pouvait jamais compter, et du concours dispendieux et peu sûr des renégats, des mercenaires et des levantins'.
Expédition de Moulaï-Ismaïl dans le sud-est, jusqu'au Chelif ;
IL EST ABANDONNÉ PAR LES ARABES ET RENTRE EN Mag'hEB. Le
Maroc ne fut pas épargné par la peste ; Moulaï-ismaïl conduisit néanmoins, en 1678, ses troupes dans le Sous. Il parcourut cette province, la pacifia et revint vers l'ouest par la vallée de l'Ouad- Deràa, recevant la soumission des tribus arabes mûkilicnnes ou arabisées de ces contrées: Mâafra, Oulad-Delim, Chebanale, Berabech, Djerrar, Motha et Ouddi. Le cheikh Bekkar, qui exerçait le commandement suprême sur ces tribus, s'allia à Ismaïl en lui donnant une de ses filles en mariage. Un grand nombre de nègres furent ramenés de cette campagne.
L'année suivante, Moulaï-ismaïl se transporta dans les régions sahariennes du Haut-Moulouïa. Là, ayant réuni les contingents des tribus de Segouna, Douï-Menia, Dekhiça, Hameïane, Amour, Oulad-Djerir, et même des Beni-Amer, Harar et Ilachem de la province d'Oran, il s'avança vers l'est, guidé par eux dans les routes sahariennes jusqu'au Djebel-Amour. Mais, une colonne turque partie, soit de Maskara, soit d'Alger, avec de l'artillerie, avait suivi son mouvement et s'était établie sur la rive droite du Chelif, pour lui disputer le passage au lieu dit Gouïaa. Lorsque les deux armées se trouvèrent en présence, elles s'observèrent d'abord, mais, dès que la nuit fut venue, les Turcs, avec un grand renfort de cris, et en frappant les tambours, ouvrirent le feu de leur artillerie sur le camp du cherif. Ces détonations répandirent la terreur parmi les Arabes qui connaissaient à peine le mousquet, et ils prirent la fuite en abandonnant le sultan du Maroc.
t. Et-Tordjcman , p. 16 et suiv. du texte, 29 et suiv. de la Irad. —
Casluunct des Fosses, Dynastie des cherifs Filrli, /oc. cit., p. i04 et suiv. — Abbé Godard, Maroc, p. 515.
Le lendemain, une députation turque vint modestement au camp d'Ismaïl, qui n'avait plus autour de lui que ses troupes régulières, lui rappeler le texte des précédents traites, signés avec Moulaï- Rachid, et dans lesquels la limite respective du territoire turc et marocain avait été fixée à la Tafna. Le sultan se rendit à ces raisons et, ayant confirmé les précédentes conventions avec les Turcs, reprit la route de l'ouest. La défection des Arabes avait causé l'échec de son expédition ; aussi jura-t-il de ne jamais compter sur eux à l'avenir et de leur faire payer chèrement leur trahison1.
Révoltes des frères d'Ismaïl dans le Sahara. Il les disperse. Désastre de l'armée dans l'Atlas. Le sultan dompte les Beni- Iznacene et établit des postes depuis la plaine d'Ancade jusqu'à Fis. — A son arrivée à Fès, Moulaï-lsmaïl reçut la nouvelle que trois de ses frères: Fl-Harrane, Ilâchem et Ahmed, accompagnés de plusieurs de leurs parents, s'étaient de nouveau lancés dans la révolte avec l'appui des tribus berbères du Sahara et menaçaient les oasis. Il partit aussitôt vers le sud, concentra à Sidjilmassa toutes ses forces et alla attaquer les rebelles qu'il parvint à rejeter vers la montagne de Sag'rou, dans la région de l'Ouad-Derâa. Une dernière grande bataille, livrée à cet endroit, acheva la défaite des frères du sultan et les contraignit à chercher un refuge dans les profondeurs du désert, mais les pertes d'Ismaïl avaient été considérables et ce prince ordonna la retraite. On était alors au cœur de l'hiver et, en traversant les montagnes du Grand-Atlas, l'armée fut assaillie, au col de Thenïet-cl-Ciuellaoui, par une épouvantable tempête de neige, dans laquelle un grand nombre de soldats et presque tout le matériel et les bagages furent engloutis. Les débris de l'armée, en débandade, sortirent enfin de ces défilés; les hommes, à moitié morts de froid et de faim, arrivés à Sidi- Rahhal, se jetèrent sur les troupeaux et les vivres des gens de cette région, ce qui amena des réclamations de la part des propriétaires. Or le sullan n'entendait pas raillerie sur ce point en temps ordinaire, et la situation d'esprit où il se trouvait n'était pas pour l'apaiser : il fil fusiller quiconque était rencontré hors du camp et condamna le vizir Kl-Matr'ari, comme coupable de négligence, à être traîné, attaché à la queue d'un cheval.
Dans les premiers mois de l'année suivante (1679), Moulaïlsmaïl voulant, à tout prix, dompter les Beni-lznacene, partisans des Turcs, toujours en état d'hostilité, et punir les Chcbanate et
1. Et-Tordjeman, p. 17 et suiv. du texle arabe, 31 et suiv. delà trad — .\'uzhel-Ll-lladi, p. J03 ol suiv. du texte arabe, 505 de la trad.
LK mag'reb sous moulaï-ismaïl (1679)
Ûulad-Zerara, dont l'esprit d'indiscipline causait d'incessantes difficultés dans la région située à l'ouest de Maroc, lit transporter ces deux tribus aux environs d'Oudjda, sur la frontière orientale. Il leur donna pour chef le caïd El-Aïachi et les chargea d'inquiéter sans cesse les Beni-Iznacene et de les empêcher de venir dans la plaine des Angade, conduire leurs troupeaux et faire leurs cultures. 11 prescrivit, en outre, la construction de trois forts dans ces régions. En 1680, le sultan envahit la montagne de ces indomptables guerriers, dévasta leurs jardins et leurs cultures et les contraignit à demander l'aman, mais ne le leur accorda que moyennant de dures conditions, notamment la remise de leurs armes et de leurs chevaux.
Cela fait, Moulaï-ismaïl se transporta dans la plaine des Angade, où il soumit les Segouna, Mehaïael Ahlaf, aux mêmes obligations. Puis il reprit la route de l'ouest, en ayant soin de faire bâtir, à chaque étape, un fort, dans lequel il plaça une garnison de ses nègres (Abid). Il imposa aux populations voisines la charge de fournir, pour leur entretien, la dime (Achour) des produits de la terre. Ainsi toutes ces régions furent reliées par des postes dont le chef fut responsable de ce qui se passait sur son territoire, et eut même l'obligation de rembourser toute perte éprouvée par les voyageurs dévalisés chez lui. Le caïd El-Mansour-Er-Rami, chargé de la surveillance de tous ces postes, fut placé à Taza, avec une colonie de 2,500 nègres. Dans cette même année 1680, Ahmed, neveu du sultan, gouverneur du Derâa, fit par son ordre une expédition dans le sud et s'avança en vainqueur jusqu'au Soudan . Il en ramena un grand nombre d'esclaves et, dit-on, cinquante chameaux chargés de richesses, principalement de poudre d'or l.
Siège des postes occupés par les chrétiens en Mag'reb. Prise d'El-Mbhdïa (la Mamoure), par Ismaïl. Révolte du Sous. — Ces soins divers n'avaient pas empêché Moulaï-ismaïl de s'occuper de la guerre contre les chrétiens tenant encore des postes sur le littoral. Il paraît même être allé, en 1679, sous les murs de Tanger, et avoir donné un assaut infructueux qui lui coûta bon nombre de soldats. Le caïd d'El-Kçar, Amor-ben-Haddou, fut chargé par lui de continuer le blocus de cette ville et d'entreprendre le siège d'El-Mehdïa. Un grand nombre de musulmans, portant le nom de guerriers de la foi, combattaient contre les chrétiens et les tenaient
1. Et-Tordjeman et Nozhel-El-Hadi , pass. — Castonuct des Fosses, Dynastie des cherifs Fileli (/oc. cit., p. 404, 405). — Abbé Godard, Maroc, p. 516.
HISTOIHH DE 1." AFRIQUE
sans cesse en haleine. Au printemps de l'année 1681, le sultan se disposait à entreprendre une expédition dans le Sous, contre son neveu Ahmcd-bcn-Mahrez, qui était de nouveau en révolte, lorsqu'il reçut un message du caïd Bcn-IIaddou, lui annonçant la chute imminente d'El-Mehdïa (La Mamoure) et l'invitant à venir y assister. Le 3 mai, on donna l'assaut en présence d'Ismaïl, qui eut la satisfaction de voir ses soldats s'emparer de la ville. Le commandant chrétien et 30î> hommes, faits prisonniers, reçurent du sultan leur liberté. Peu après, le caïd Amor ayant succombé à la peste était remplacé par son frère Ahmed ; tous les efforts des combattants pour la foi se reportèrent contre Tanger et El-Araïch.
En 1082, Moulaï-Ismaïl, qui avait posé les bases d'un traité avec la France, à la suite du blocus de Salé par le chef d'escadre de Château-Renaud, dans le cours des deux années précédentes, envoya à Versailles un ambassadeur, du nom d'El-Hadj-Temim. Il fut fort bien reçu à la cour et y obtint du succès ; le traité fut signé le 21) janvier â Saint-Germain.
Au printemps de celte même année, le sultan, ayant trouvé l'occasion de surprendre les Beni-Amerde la province d'Oran, effectua sur eux une razia dans laquelle il leur enleva leurs troupeaux. A peine de retour à Fès, il reçut la nouvelle qu'une armée turque était venue opérer dans la région des Beni-Iznacene et que son neveu Ben-Mahrez, comptant sur cette diversion, menaçait les régions du sud. Il envoya aussitôt au gouverneur du Marocl'ordre de contenir le rebelle avec toutes ses forces, puis se porta, à marches forcées, vers l'est ; mais, parvenu à Oudjda, il apprit que les Turcs avaient été rappelés à Alger par l'attaque de la flotte française sous le commandement de Duquesne et il prit la route de Maroc afin d'aller écraser la révolte du Sous (juillet 1082) !.
1. Et-Tordjeman, p. 19 et suiv. du texte arabe, 35 et suiv. de latrad. — - Nozhet-El-ffadi, p. 306 du texte arabe, 506 de la trad. — Castonnet des Fosses, Dynastie des cherifs Fileli(loc. cit., p. i06 et suiv.). — Elie de la Primaudaic, Villes maritimes du Maroc (Revue afric.. n» 95, p. 388 et suiv.). — Bcrbrtigger, Occupation anglaise de Tanger (Joe. cit. , p. 348). — Abbé Godard, Maroc, p. 517 et suiv.