BOMBARDEMENTS DALGER KT DE TRIPOLI
Deuxième bombardement d'Alger par Duquesne. Résistancb des Algériens. Mort du consul Le Vacher. Conclusion de la paix. — Dès son retour en France, Duquesne fit subir aux galiotes les modifications que la pratique lui avait indiquées et s'appliqua à obtenir de meilleurs ingrédients pour les bombes ; enfin, il ne cessa de s'occuper des préparatifs d'une nouvelle expédition. Le G mai 1683, il sortit du port de Toulon avec une flotte nombreuse comprenant vingt vaisseaux ou frégates, sept galiotes et de moindres bâtiments; seize galères devaient, en outre, le rejoindre. Mais la tempête dispersa ses navires ; puis il dut en faire réparer quelquesuns. Enfin, il arriva à Alger le 18 juin et commença le bombardement le 26. Les Algériens essayèrent de l'éloigner en croisant tous leurs feux sur les navires français, mais ils ne purent les arrêter un instant, et le bombardement continua toute la nuit du 27, en causant de grands dégâts, notamment dans l'habitation même de Baba- Hassen, près de la porte de la Marine.
Le dey intérimaire, cédant alors à la pression des citadins, chargea le père Le Vacher de se rendre en parlementaire auprès de l'amiral. Mais Duquesne ne voulut même pas le laisser monter à bord de son vaisseau, le Saint-Esprit, et demanda un délégué ofliciel des Turcs. Lorsqu'ils en eurent envoyé un, l'amiral lui signifia qu'avant tout pourparler, il exigeait la mise en liberté des esclaves français, accordant, à cet effet, une suspension d'armes de vingtquatre heures pour qu'ils lui fussent livrés. Aussitôt les Algériens se mirent à la recherche des captifs et en livrèrent environ 550 à l'amiral dans l'espace de quelques jours.
Ayant obtenu la certitude qu'il ne restait plus de Français détenus dans la ville et les environs, Duquesne envoya à terre MM. Hayet et de Combes pour traiter ; en même temps il reçut à son bord des otages musulmans, parmi lesquels le reïs Hadj-Houssein, surnommé Mezzo-Morto, chef de la Taïffe, homme violent, que le dey tenait à éloigner. En effet, si les citadins désiraient la paix, il n'en était pasde même dcsYoldachset des reïs, qui n'avaient rien à perdre et voyaient sans regret les maux dont souffraient les Beldis. Exploitant le fanatisme musulman, ils reprochaient à Baba- Hasscn sa faiblesse et, peu à peu, tournaient les esprits contre lui. Ces sentiments commencèrent à se faire jour lorsqu'on sut que l'amiral réclamait immédiatement un million et demi d'indemnité et que l'on vit les collecteurs répandus dans la ville, afin de réunir cette somme par tous les moyens.
A des luttes et protestations isolées, succéda la révolte ouverte, ce qui n'avança guère les choses. Après avoir vu passer, de la sorte, quinze jours sans résultat, Duquesne perdit patience et eut
le tort d'écouter les promesses de Mezzo-Morto, lui assurant que, s'il était libre, « il en ferait plus en une heure que Baba-Hassen en quinze jours ». Mais, à peine eut-il mis le pied à terre, qu'il appela à lui ses reïs, se fit proclamer dey et marcha à leur tête sur la Djenina, où la horde pénétra et se saisit de Baba-Hassen, qui fut mis à mort par Ibrahim-Khoudja, l'Ame damnée de Mezzo- Morto. Puis on arbora le drapeau rouge et, aussitôt, les batteries algériennes rouvrirent le feu sur la (lotte française.
Tout était à recommencer, et les résultats obtenus, qu'il aurait fallu compléter, selon les instructions, par un débarquement immédiat, échappaient à Duquesne, dont l'énergie première avait fait place à une singulière faiblesse. La canonnade et le bombardement reprirent de plus belle, et les dégâts causés dans la ville furent assez considérables ; mais les reïs étaient les maîtres et, du reste, les assiégés s'étaient habitués à ce fracas et à ces dangers. On se figure aisément à quelle anarchie la malheureuse ville était en proie : seule la violence était maîtresse. Le 29 juillet, pendant le paroxysme du bombardement, la foule, avide de sang, se porta au consulat de France et transporta sur le rivage le père Le Vacher, dont chacun avait pu apprécier depuis si longtemps la bonté et la charité ; atteint d'une affreuse maladie qui lui enlevait, à peu près, l'usage de ses jambes, on dut le porter assis sur une chaise; puis on l'attacha à la bouche d'un canon dont le coup le mit en pièces. Une vingtaine de résidents français subirent le même sort, et l'on doit regretter que l'amiral, refusant d'employer l'intermédiaire du consul de France, ne l'eût pas tout d'abord recueilli ou même retenu de force sur son navire. La menace de cette vengeance, si l'on continuait le bombardement, avait du reste été transmise à Duquesne par M. Hayet, lors de la rupture de l'armistice ; mais il faut reconnaître aussi, qu'à ce moment, il était trop tard, et que la flotte ne pouvait céder devant une semblable pression.
Le bombardement continua, avec des alternatives diverses, jusqu'aux premiers jours d'octobre. Pour échapper aux tempêtes d'automne, Duquesne se décida alors à lever l'ancre, sans avoir obtenu de satisfactions, ni rempli la mission qui lui avait été confiée. Les dégâts, â Alger, étaient bien plus considérables que ceux de l'année précédente, mais ils portaient, pour ainsi dire, uniquement sur une classe de citoyens qui n'étaient pour rien dans la résistance ni dans les excès qui s'étaient produits ; un grand nombre de musulmans étaient morts. Cependant la situation n'était guère changée, malgré les efforts et les dépenses considérables de la France durant ces deux années. L'amiral avait eu, heureusement, la précaution de faire prendre tout le personnel des établis-