BOMBARDEMENTS DALGER ET DE TRIPOLI
sèment» de La Calle, plus de 400 Français, qui échappèrent ainsi à un massacre inévitable.
Combien il aurait été plus profitable de suivre les conseils pacifiques du père Le Vacher et de Dussault ! On parut le reconnaître, car ce dernier fut envoyé à Alger pour tenter de traiter; il y trouva les esprits tout préparés, à la condition, toutefois, qu'on n'envoyât pas Duquesne comme chargé de pouvoirs. Cette mission fut conliée à Tourvillc, qui arriva, le 2 avril 1684, avec une flotte nombreuse, accompagnée d'un capidji de la Porte. Il fut reçu avec de grands honneurs et signa le traité dont Dussault avait habilement préparé les bases. La paix était conclue entre les deux nations pour cent aux ; tous les captifs devaient être rendus, de part et d'autre, les contestations réglées et, à l'avenir, les consuls ne seraient plus rendus responsables des dettes de leurs nationaux. Tels sont les principaux traits de cette nouvelle convention, qui ne devait pas être plus durable que les autres. Enfin, un envoyé spécial, Hadj-Djàfer-Ag'a, alla en France porter au roi les excuses des Algériens et protester de son désir d'entretenir de bonnes relations. Le Bastion avait été réoccupé dès la cessation des hostilités.
Il est incontestable que les bombardements avaient influé sur ces résultats ; mais rien ne dit qu'ils n'auraient pas été obtenus à moins de frais et en évitant les atrocités dont le bombardement avait provoqué l'explosion. Nous verrons, du reste, que leurs avantages furent bien éphémères
Tunisie. Luttbs d'Ali-Bev contre son frère Mohammed. Intervention dbs Algériens. Triomphe d'Ali-Bey. — Nous avons laissé, en Tunisie, Ali-Bey, encore une fois vainqueur, conduisant son armée dans le Djerid, alors en état de révolte, tandis que Tabak-Dey commandait pour lui à Tunis (1677). Bientôt Mohammed-Bey, profitant de l'éloignement de son frère, se rapprocha de la capitale, où ses partisans fomentèrent une rébellion, dans laquelle un certain Hassein-Sakseli fut proclamé dey (février 1678). A cette occasion, les consuls de France et d'Angleterre furent maltraités et traînés au camp de Mohammed-Bey. qui les menaça de mort et exigea d'eux une somme d'argent considérable. Il fallut que leurs
t. De Grammuut. Hist. d'Alger, p. 2î9 et suiv. — Le même, Documents, etc., et Lettres de Le Vacher à Seignrlay (Revue afric., n»» 169, 170, 171. — Ez-Zohrat-cn-Naïra (trad. Rousseau), p. tît et »uiv. — Cheikh Bou-Iias (trad Arnaud), Revue .nfric. n° 150. p 472 et suiv. — Gazette de France, 1682-83
HISTOIRE DE l'aFRIQI'E
nationaux se cotisassent pour leur fournir le moyen d'acquitter cette amende. Dans la ville, des scènes de désordre et de pillage avaient répandu la terreur ; mais, en apprenant ces nouvelles, Ali- Bey revint à marches forcées, tandis que son frère, réunissant toutes ses forces disponibles, se portait contre lui. Tabak-Dey, qui était assiégé, depuis trois semaines, dans la Kasba, rentra alors en possession de la ville; Sakseli et les personnages les plus compromis furent exécutés (fin février 1678). Les deux frères en vinrent aux mains, le canon tonna, et Ali-Bey, abandonné par une partie de ses adhérents arabes, faillit perdre la bataille; mais, par son courage et sa vigueur, il sut rétablir ses affaires et transformer sa défaite en victoire. Il sévit rigoureusement contre les traîtres, notamment les gens de Kaïrouan.
La situation fut alors aggravée par le retour de son oncle, El- Hafsi, venant d'Orient, avec le titre de pacha. « Il fut reçu en sultan dans la ville de Tunis, dit El-Kaïrouani ; mais il put se convaincre que Tabak-Dey était absolument dévoué à son neveu Ali-Bey et qu'il ne gagnerait rien avec lui. » Ce dernier ne tarda pas, du reste, â retourner dans le sud, afin de réduire Monastir, Sfaks, Djerba et autres régions, toujours en état de révolte, et lutter contre son frère Mohammed, qui se montrait tantôt sur un point, tantôt sur un autre. Toute Tannée 1679 se passa ainsi pour Ali-Bey, et les succès qu'il obtint augmentèrent son prestige. Dans le mois de mars 1680, il marcha contre le Kef et inlligea plusieurs défaites à son frère ; mais il fut battu, à son tour, malgré les renforts qu'il avait reçus, et dut rentrer à Tunis.
Apprenant alors qu'une armée algérienne, commandée par Baba- Hassen, avait franchi la frontière et était campée au lieu dit Sers, il se porta dans cette direction et sut des Algériens qu'ils étaient venus dans un but pacifique, avec l'espoir de mettre fin à la lutte qui désolait depuis trop longtemps la Tunisie. Mais, il est inutile d'ajouter qu'ils ne réussirent pas dans leur démarche, dont le but réel n'est pas clairement défini. Sur ces entrefaites, c'est-à-dire vers le mois de juin 1680, le pacha El-IIafsi, las du rôle secondaire auquel il était réduit, sortit de Tunis et se rendit vers Kaïrouan, où il fut rejoint par les contingents des Oulad-Saïd et autres Arabes, ainsi que par son neveu Mohammed-Bey, avec lequel il avait secrètement contracté alliance. Ali-Bey, infatigable, marcha contre eux à la tète de la Zemala et des troupes régulières. La bataille eut lieu le 6 septembre, et se termina par la défaite du pacha, qui fut recueilli par les gens de Kaïrouan, tandis que Mohammed et les Arabes se réfugiaient à Monastir. Après avoir essayé de réduire cette place, Ali-Bey alla s'établir près de