‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 74 sur 174 · BOMBARDEMENTS DALGER ET DE TRIPOLI · texte numérisé non relu

BOMBARDEMENTS DALGER ET DE TRIPOLI

Sou ça, et y reçut la soumission, à lui adressée, par les gens de Sfaks.

Étant allé ensuite parcourir le Djebel-Ouslate, Ali-Bey y apprit que le pacha avait quitté Kaïrouan et s'était joint aux Algériens, et que ceux-ci avaient envoyé un groupe des leurs jusqu'aux environs de Tunis, tandis que les autres essayaient d'occuper par la force ou la ruse la ville du Kcf. La situation devenait critique ; mais la duplicité du rôle joué par les Algériens ouvrit les yeux de chacun. Et, tout d'abord, les gens du Kef se prononcèrent énergiquement et envoyèrent leur soumission au dey, en sollicitant l'oubli du passé. Cette nouvelle fut accueillie avec enthousiasme à Tunis ; dès lors, les Algériens se mirent en retraite et changèrent de système. Une députation, envoyée par eux au camp d'Ali-Bey, reprit le rôle pacificateur et, enfin, un arrangement fut conclu entre lui et le pacha (nov. 1680). Mohammed-Bey fut compris dans la pacification à la condition de donner son fils en otage ; il reçut le gouvernement de Kaïrouan. Le pacha rentra à Tunis et Ali-Bey conserva le commandement supérieur des troupes. Baba- Hassen reprit alors la route d'Alger avec son armée, tandis qu'Ali- Bey allait faire une tournée dans le Djcrid, puis revenait brusquement et tombait sur les Oulad-Saïd ; « ce fut une terrible matinée pour eux, dit El-Kaïrouani, leurs biens furent pillés, leurs femmes prises, leurs enfants vendus ; ils furent dispersés et accablés de plus de maux que ne l'avaient été leurs pères.... L'échec qu'ils éprouvèrent à cette occasion fit à Tunis autant de plaisir que s'il se fût agi d'infidèles. » Après avoir parcouru encore une fois toutes les régions méridionales où il était allé si souvent, il revint par Kaïrouan et s'y rencontra avec son frère : ils s'embrassèrent avec tendresse et leurs griefs réciproques parurent effacés. Ali-Bey rentra à Tunis le 22 avril 1081, et « oublia les peines passées, comme le voyageur se repose à son retour dans le pays ».

NoUVBLLB BUPTURE ENTRB LES DEUX FRERES, SUIVIE D'UNE RECONCI- LIATION. Soutenus par les Algériens, ils s'emparent de Tunis. Mort d'Ali-Bev. Mohammed-Bey reste seul maître du pouvoih. — Mais ce repos si désirable, célébré par El-Kaïrouani, auteur que nous ne citerons plus, car son ouvrage s'arrête à l'époque par nous atteinte, ne fut pas de longue durée. Tout d'abord, le pacha El-Hafsi, jugeant sa position trop amoindrie par la puissance de son neveu, et étant en conflit permanent avec le dey, alla porter ses doléances en Orient. Puis ce fut entre Ali-Bey et Tabak-Dey que la rupture se produisit. Trompé, dit-on, par les intrigues de son frère Mohammed, il oublia les grands services de Tabak et la fidélité dont il lui

HISTOIRE DE L*AFH1QI*E

avait donné des preuves si éclatantes, le fît arrêter puis étrangler à Porto- Farina (octobre 1682).

L'ag'a de la Kasba, Ahmed-Tchalabi, fut, malgré sa résistance, nommé dey. C'était un homme violent et brutal, qui ne tarda pas à faire naître conflit sur conflit, jusqu'à ce que Ali-Bey, rompant en visière, marcha sur Tunis à la tête de forces considérables (février 1683; . Retranché dans la ville, le dey appela à son aide Mohammed, qui attendait, avec impatience, l'occasion de rentrer en scène; il accourut et livra à son frère, devant Bab-el-Khadra, une bataille dont l'issue parait lui avoir été favorable, puisqu'il parvint à pénétrer dans la ville, où il fut proclamé seul bey. En même temps, Ali était déclaré déchu de ses fonctions et honneurs, et ses partisans se voyaient traqués, poursuivis et traités en ennemis publics.

Cependant Ali-Bey, toujours campé sous les murs de la ville, sentait son prestige profondément atteint. Il somma Mohammed de quitter Tunis, à défaut de quoi il mettrait à mort son fils, demeuré entre ses mains comme otage. N'ayant pas obtenu de réponse, il exécuta sa menace en faisant périr le malheureux enfant. Ce fut le signal de la reprise des hostilités ; la guerre entre les deux frères désola de nouveau la contrée ; et, comme Alger était débarrassé de l'attaque des Français, on ne tarda pas à voir revenir l'armée turque, envoyée par le dey Mezzo-Morto, sous le commandement de son lieutenant Ibrahim-Khoudja. Les intrigues alternèrent alors avec les batailles et il en résulta une rupture entre Ahmed-Tchalabi- Dey, et Mohammed-Bey, qui se réconcilia encore une fois avec son frère Ali et rendit la liberté à Mourad, fils de celui-ci et à leur troisième frère Ramdane, tous deux tombés entre ses mains. Les trois frères, alliés aux Turcs d'Alger, se partagèrent l'intérieur du pays et jurèrent de renverser le dey Tchalabi (1684).

Dans le mois de janvier de l'année suivante, Ali-Bey marcha sur Tunis et vint prendre position au sud-est de celte ville, tandis que Mohammed-Bey s'établissait au nord-ouest. Mais le dey, s'étant jeté sur le camp de Mohammed, mit son armée en déroute, tandis que les Oulad-Saïd et aulres Arabes, si durement traités par Ali- Bey, attaquaient celui-ci et remportaient une victoire décisive (février). Cette fois, le dey restait maître du pouvoir; pour le consolider et retenir les Arabes, dont le secours inespéré lui avait été si favorable, il nomma bey un de ses mamlouks, Mohammed- Manayout. Une sorte de rapprochement, causé sans doute par la lassitude, semblait sur le point de se réaliser entre le dey et les beys, lorsque la Porte envoya à Tunis un agent, pour examinerde

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