‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 86 sur 174 · PEBTE DORAN PAR LES ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

PEBTE DORAN PAR LES ESPAGNOLS

Prise d'Oran bt de Mbrs-bl-Kbmr par les Musulmans. — Cependant, la ville proprement dite, la Kasba et le château-neuf tenaient encore. Hassan fit donner un assaut contre la muraille du front nord ; mais ses hommes pris en écharpe par le feu des assiégés, éprouvèrent des pertes considérables. Il fallait, à tout prix, éviter un échec dont l'elTct eût été déplorable sur l'armée musulmane. Se jetant donc au plus fort de la mêlée, sous le feu croisé de l'artillerie espagnole, l'intrépide Khalifa ramena ses yoldachs au combat et, par son exemple, entraîna un mouvement irrésistible à la suite duquel les assaillants se rendirent maitresde la ville. Les artilleurs furent tués sur leurs pièces et les vainqueurs se répandirent dans la ville, massacrant tout ce qu'ils trouvèrent, violant les femmes, pillant les maisons, profanant les églises, en un mot se livrant à tous les excès habituels dans une place prise d'assaut (20 janvier 1708).

Le lendemain, la garnison de Bordj-el-Ahmar (château-neufjt après avoir épuisé toutes ses munitions, se rendit à discrétion. 11 y restait 540 hommes qui furent réduits en esclavage. Les derniers débris des Espagnols s'étaient réfugiés à Mers-el-Kebir et cette place se trouvait défendue par un vaillant soldat don B. de Villalba, rappelant le glorieux type des anciens officiers de la guerre africaine. La place était forte et des ordres avaient été donnés en Espagne pour l'envoi de renforts importants, car la chute d'Oran y avait produit la plus douloureuse émotion. Des milices, des volontaires de Murcie s'étaient embarqués à Karthagène, sur un navire français, le Saint-Louis ; mais le feu des batteries musulmanes de la côte l'empêcha de s'approcher du fort de Mers-el-Kebir. Deux autres navires qui devaient aussi porter des secours en vivres, munitions et espèces àOran, avaient été retenus par le grand-amiral Santa-Gruz, qui préféra passer dans le parti de l'archiduc en lui apportant les ressources destinées aux assiégés.

Ainsi, le fort de Mers-el-Kebir demeura exposé a toutes les attaques des musulmans qui l'investirent par terre et par mer ; mais il leur fallut plus de trois mois pour s'en rendre maîtres. Enfin, le 6 avril, la muraille étant ouverte par la sape et la mine, la garnison manquant de vivres et de munitions, le gouverneur se décida à capituler après avoir obtenu la promesse de la liberté pour tous. Mais, aussitôt, les assiégeants se précipitèrent dans la place et massacrèrent une partie de ces vaillants défenseurs ; le reste fut réduit en esclavage. Le gouverneur, qui se trouvait dans ce dernier cas, succomba, peu de temps après, à son chagrin et à ses souffrances 1 .

t. Gorguo», El-Ualfaouï (loc. cit.). — L. Fey, Hist. d'Oran, p. 126

Bou Chlar'em, bey d'Oran. Révolte a Algbr. Baktachb et Ozen-IIassan sont massacrés. Ali-Chaouch dky d'Alger. La Porte renonce a y envoyer un pacha. — Ainsi la dernière place restée aux Espagnols, en Algérie, leur était arrachée. Le bey Bou- Chlar'em, qui avait tant contribué au succès, non seulement en le préparant dans le cours des années précédentes, mais encore en combattant avec courage au premier rang, prit, comme bey de l'Ouest, le commandement de la ville d'Oran et y transporta le siège de son beylik. Il s'établit dans la Kasba et s'occupa, avec son activité habituelle, de l'organisation de son gouvernement. La ville d'Oran, encombrée de ruines, reprit, dans certains quartiers, l'aspect d'une cité musulmane ; aucun édifice ne fut relevé ; quant au magnifique port de Mers-el-Kebir, il servit, de nouveau, de repaire aux pirates, qui sillonnèrent cette région où dominait naguère le drapeau espagnol et dont les vaisseaux chrétiens durent s'éloigner avec la plus grande crainte.

Hassan rentra triomphalement à Alger, traînant à sa suite plus de 2,000 captifs chrétiens, parmi lesquels 200 officiers ou personnages de marque. Quelques Français et plusieurs chevaliers de Malte, qui étaient allés prendre part à la défense d'Oran, étaient également prisonniers. Le butin de cette campagne était considérable. Les Algériens célébrèrent leur victoire par de grandes fêtes, auxquelles le consul anglais crut devoir s'associer ; puis, le dey expédia â Constantinople les clefs d'Oran avec divers autres trophées et profita de l'occasion pour demander que le titre de pacha fût donné à Ozen-Hassan. Mais il semble que la victoire des armes turques en Berbérie n'ait pas été appréciée comme elle le méritait par le Khakan, car la demande du dey fut péremptoirement repoussée.

Du reste, Mohammed-Baktache eut bientôt à faire face à d'autres dfficultés. La province de l'Est était toujours en effervescence ; les beys s'y succédaient sans pouvoir rétablir la régularité dans la marche de l'administration, ni percevoir les impôts ; et il en résultait que le denouche ne venait plus remplir les caisses de l'Odjak. Les Yoldachs, n'étant pas payés, murmuraient ; les reîs

et suit. — Et-Tohfnt-el-Mardia, trad. Rousseau, passim. — Général de Sandoval, Inscriptions d'Oran (loc. cit., p. 66, 67). — Walsin Esterbazy, Domination Turque, p. 172. — De Grammont, Jfist. d'Alger, p. 273 et suiv. — Péllissier, Mémoires historiques et géographiques (exploration scientifique). — Cheikh Bou-Ras (trad. Arnaud), Revue afric, u° 152, p. 121 et suiv., n° 154. p. 272 et suir. — Rosseuw Saiat-Hilairc, Hist. d'Espagne, t. II, p. 533 et suiv.

PERTE n'OHAN PAR LES ESPAONOLS PUISSANCE DU MAROC (1711) 337

soulevaient des difficultés de toute sorte. Seul, le bey d'Oran envoyait régulièrement le produit des impôts de sa province, tout en refusant de les apporter en personne, selon la règle.

Au commencement de l'année 1710, le bey de l'Est Hosseïn- Chaouch, qui était enfin parvenu à recouver une somme importante sur les impôts de l'année précédente, prit la fuite en emportant ces fonds, et, tandis qu'à Alger on les attendait pour la paie des Yoldachs, le bruit de cette soustraction se répandit dans la ville. Aussitôt, la révolte, qui couvait depuis longtemps, éclate (22 mars). Les janissaires se portent en foule vers le palais et massacrent le dey. Ozen-Hassan, le vainqueur d'Oran, qui essaye de s'opposer à leur mouvement, subit le même sort. Leur meurtrier, un soudard du nom de Dali-Brahim, se fait proclamer dey et, pendant cinq mois, Alger demeure en proie à l'anarchie. Le nouveau dey donne lui-même l'exemple du désordre et, bientôt, c'est contre lui qu'on conspire ; mais, trois fois de suite, les complots sont découverts et des flots de sang les expient.

Cette situation ne pouvait durer et l'excès même du mal amena sa fin. Dali-Brahim ayant voulu forcer la femme d'un janissaire à se donner à lui, celle-ci appela des esclaves qui firent feu sur le dey et le blesssèrent. Poursuivi dans la rue par la femme outragée, il parvint à se réfugier dans le palais de la Djenina et se barricada dans une chambre. Mais les Yoldachs s'étaient ameutés ; ne pouvant se rendre maîtres de lui, ils finirent par le tuer en lui lançant des grenades depuis les terrasses. Si le tyran était mort, ses suppôts remplissaient la ville. Mais le nouveau dey, Ali-Chaouch, était un homme énergique ; il rechercha tous ces malandrins, et quiconque d'entre eux fut pris eut la tête coupée. Grâce à ces mesures, Alger recouvra enfin sa tranquillité. Sur ces entrefaites, arriva d'Orient un pacha du nom de Charkan-Ibrahim. 11 apparaissait, on doit en convenir, dans un moment fort inopportun. Depuis plusieurs années on était sans pacha et le besoin ne s'en faisait nullement sentir ; sa présence, au contraire, ne pouvait qu'être un prétexte à de nouveaux troubles. Aussi, le dey ji'hésita-t-il pas à lui interdire l'entrée du port. Malgré ses instances, le malheureux pacha dut remettre à la voile, suivant mélancoliquement la côte de ce pays où on ne lui permettait pas de mettre pied. Il alla ainsi vers l'est jusqu'à Collo, où il se fit débarquer, à moins que la tempête ne l'y eût jeté ; peu après il y mourut de maladie et y fut enterré (1711).

Ce pacha devait être le dernier ; car, à partir de cette époque, la Porte, cédant aux instances du dey Ali-Chaouch, renonça à envoyer à Alger un représentant de si triste figure et auquel trop t. m. 22

souvent on ne permettait même pas de débarquer. Ainsi le pays, tout en restant tributaire de la Turquie, cessait d'être administré sous sa surveillance, en droit comme en fait. L'Algérie, de même que la Tunisie, reprenait son autonomie ; l'autorité s'y trouvait concentrée entre les mains du dey, devenu tout-puissant, au détriment du diwan, qui avait été si longtemps l'organe des Yoldach» ; mais le mode d'élection des deys, l'incertitude de leur avenir enlevèrent à cette institution la force que l'hérédité donnait, à Tunis, aux beys de la famille de Hosseïn *.

Grands tremblements db tbrrb d'Alger. — Le dey d'Alger, Ali-Chaouch, donna d'abord ses soins au développement de la course, car il fallait, avant tout, éviter la gêne, cause des révoltes des dernières années. C'était l'application logique d'un principe qui peut se formuler ainsi : quand la course va, tout va. Aussi refusa-l-il les tentatives d'arrangement qui furent faites par différentes puissances jalouses d'obtenir, à prix d'argent, ce que la France avait imposé par ses armes. Les Voldachs, sentant leur pouvoir diminuer, tentèrent, le 23 juin 1713, d'assassiner le dey '. mais celui-ci fut à peine blessé et les conjurés se retranchèrent dans une maison qu'il fallut faire sauter pour se rendre maître de leurs personnes. Ils furent tous étranglés.

Au commencement de l'année 1715, Alger eut à supporter un fléau dont elle avait déjà souffert en 1364. Le lundi 3 février, un violent tremblement de terre renversa de nombreux édifices et répandit la terreur parmi les habitants, qui allèrent, malgré une pluie diluvienne, s'établir dans les cimetières ou les jardins des environs. Aussitôt des bandes de voleurs se mirent à piller les maisons en ruines ou abandonnées, malgré la surveillance active du dey, qui poursuivait les voleurs, à la tête de ses chaouchs, et faisait décapiter, séance tenante, ceux que l'on saisissait. Durant vingt-quatre jours, des secousses, plus ou moins fortes, ébranlèrent la terre. Dans la nuit du 25 au 26 février, les violentes secousses recommencèrent et la population, qui était en partie rentrée, sortit de nouveau dans la campagne. Malgré nos recherches, nous n'avons pu savoir si cette série de tremblements de terre avait causé la mort d'un grand nombre de personnes.

1. De Grammont, Hist. d'Alger, p. 274 et suiv. — Le même, Correspondance des consuls d'Alger, loc. cit., p. 460 et suiv. — Fey, Hist. d'Oran, p. 139 et suiv. — Vayssettes, Histoire des beys de Constantine (loc. cit., p. 286 et suiv.). — Walbled, Pachas et pachas-deys (Revue ifric, n«> 102).— Bcrbrugger. Epitaphe d'Ozoun-Hasscn (Revue «fric, n« 50)

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