PBRTB D*ORAN PAR LBS ESPAGNOLS PUISSANCE DO MAROC
Une nouvelle tentative d'insurrection contre le dey fut sévèrement réprimée par lui ; enfin les secousses cessèrent peu à peu ; les Algériens rentrèrent dans la ville et se mirent courageusement au travail pour réparer ou relever leurs demeures. Bientôt Alger reprit sa physionomie habituelle et, avec cette faculté propre à l'esprit de l'homme, chacun s'efforça d'oublier les maux subis, en cherchant à couvrir ses pertes, principalement au moyen de l'industrie traditionnelle : la course. Les Anglais et les Hollandais en furent particulièrement victimes.
Dans le mois de janvier 1718, le dey, Ali-Chaouch, fut emporté par une fièvre maligne et remplacé par Mohammed-ben-Hassan, appelé aussi Mohammed-Efendi 1 .
Tranquillité de la Tunisib sous lb regnb de Hossbïn-Bby. Il fixb
LES REGLES DB l'hÉrÉDITÉ DE SON BEYL1K ET CONCLUT DBS TRAITES DB
paix avec les nations chretiennbs. — Pendant qu'Alger était le théâtre de ces malheurs, la Tunisie retrouvait un peu de calme et de prospérité, sous l'autorité d'un bey qui avait trouvé le terrain déblayé par l'extinction des descendants de Mourad et qui conservait le pouvoir assez longtemps pour pratiquer une politique suivie et en assurer l'application. Ce qu'il faut avant tout, dans cet ordre de choses, c'est avoir du temps devant soi.
Dans les premiers temps de son règne, le dey, déjà d'un certain âge, et n'ayant pas d'enfant mâle, avait désigné comme héritier présomptif un de ses neveux, nommé Ali, qui avait reçu, par anticipation, le titre de bey. Mais, en 1709, une jeune fille génoise, âgée de 13 ans, amenée à Tunis par un corsaire, entra dans le harem de IIosseîn-Bey et lui donna successivement cinq enfants, parmi lesquels trois garçons : Mohammed, Ali et Mahmoud. Dès lors, le bey eut la certitude de ne pas manquer d'héritier, et il fixa les conditions de sa succession par ordre de primogéniture dans la descendance mâle; ainsi le neveu Ali-Bey, précédemment désigné, se trouva écarté du trône, et Hosseïn essaya de calmer ses regrets en lui faisant conférer par la Porte le titre platonique de pacha.
Dans le cours de l'année 1710, les bonnes relations qui existaient entre le bey et la France furent troublées, et il faut reconnaître que, cette fois encore, les torts n'étaient pas du côté des musulmans. M. de l'Aigle vint dans le mois de décembre, avec
1. Abbé Barges, Récit d'un témoin du tremblement de terre {Complément, etc., p. 554 et 555). — De Gramraont. Correspondance des consuls (Revue afric, n« 186. 187). — Le même, Ifist. d'Alger, p. 277 et suiv.
HISTOIRE DB l'aFBIQUB
une escadre, régler ces différends et réussit à obtenir un nouveau traité que Louis XIV ratifia l'année suivante.
Puis ce fut la Hollande, qui obtint, en 1712, la conclusion d'un traité depuis longtemps en discussion ; l'intervention d'un sieur Judas Cohen parait en avoir hâté l'acceptation par le bey.
En 1716, un navire français qui transportait des pèlerins tunisiens en Orient, ayant naufragé sur les côtes de Sicile, tous les passagers furent réduits en esclavage et jetés dans les bagnes. Cette fois la colère du bey fut complète. A quoi servaient les traités avec les nations européennes, si des voyageurs naviguant sous un pavillon ami pouvaient être traités de cette façon ? Il exigea du consul de France une réparation immédiate et la mise en liberté des captifs. Mais, sur le continent, les affaires n'allaient pas vite à cette époque de la Régence et, après avoir en vain attendu 18 mois, le bey signifia que sa patience était à bout et que, si dans deux mois il n'avait pas satisfaction, il romprait définitivement avec ses anciens amis. Inutile d'ajouter que la rupture eut lieu, au grand détriment des intérêts français engagés en Tunisie. La Hollande et l'Angleterre ne négligèrent rien pour en profiter.
On prit, enfin, le meilleur parti, en France, celui d'envoyer sur place un négociateur habile qui avait passé la plus grande partie de son existence en Berbérie, l'ancien consul Denis Dussault. Il aplanit toutes les difficultés et conclut, le 20 février 1720, un nouveau traité, qui devait être considéré comme non avenu si, dans un délai d'un an, les Tunisiens détenus en Sicile n'étaient pas restitués. Dussault, qui venait d'obtenir à Alger un succès aussi appréciable (23 décembre 1719), mourut le 21 mai 1721, et il n'est pas douteux que les fatigues de ce voyage, jointes à son grand âge, n'eussent contribué à hâter sa fin. Il légua un fonds de 30,000 livres, dont les revenus devaient être affectés au rachat des captifs. Pour honorer sa mémoire, le roi de France conféra la noblesse à sa famille ; le souvenir de ses services resté dans le pays était une récompense moins vaine et plus durable.
Le bey Hosscïn était certainement un homme de paix ; car, après une rupture avec l'Angleterre, il accéda à un rapprochement scellé par un nouveau traité ; enfin, dans le mois de juin 1720, il accorda au P. Francisco Ximénès, religieux trinitaire établi depuis longtemps à Tunis pour la rédemption des captifs castillans et qui y avait fondé un hôpital, une charte en 12 articles consacrant les privilèges de cet établissement de bienfaisance et réglant, dans une certaine mesure, la condition des captifs espagnols. Ce fut la première concession faite à l'Espagne par le gouvernement tunisien depuis les grandes luttes du xvie siècle.