‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 89 sur 174 · PUISSANCE DU MAROC · texte numérisé non relu

PUISSANCE DU MAROC

leurs, les agitateurs, chassés du pays, ne trouvaient asile nulle part. Tout inconnu qui passait la nuit, soit dans un douar, soit dans un bourg, était arrêté s'il ne parvenait à justifier son honorabilité. Les habitants étaient responsables de tous les vols et autres crimes ou délits commis par un inconnu qu'ils avaient laissé en liberté. >►

Ces services sont incontestables, et doivent faire placer Ismaïl parmi les hommes remarquables de l'histoire de la Berbérie. Quant à son caractère, il était naturellement violent, c'est-à-dire en conformité avec le milieu et le temps ; mais à mesure que le sultan avança en âge, sa dureté s'accentua et devint une véritable férocité. Son intelligence était secondée par une bonne instruction arabe, et, s'il faut en croire le .cheikh Bou-Ras, il était d'une grande piété. Il favorisa, dit-on, le développement de la secte des Khouan de Sidi-Abd-el-Kader-el-Djilani. Son harem était toujours très nombreux et il laissa, à son décès, un nombre considérable d'enfants. Le populaire prétendit qu'il avait eu 528 garçons et 340 filles ; la plus grande partie de cette descendance alla s'établir à Sidjilmassa, où elle occupa tout un quartier.

Il laissait un trésor, quelque peu épuisé par ses dépenses fastueuses et ses travaux à Meknès ; 25,000 captifs chrétiens et 30,000 voleurs et brigands étaient détenus dans les bagnes.

La faiblesse de ses successeurs, venant compléter la réaction inévitable après un régime de compression aussi prolongé, allait démontrer une fois de plus l'inconvénient de l'autocratie, dont la force dépend presque toujours de celui qui exerce le pouvoir, éternelle difficulté du gouvernement des hommes: le régime démocratique amène trop souvent l'affaiblissement des nations, tandis que le régime autocratique qui peut les élever, lorsque le pouvoir est entre les mains d'un homme de génie, se heurte à la difficulté de la transmission de ce pouvoir1.

t. Et-Tordjeman, loct. cit. — Clieikh Bou-Ras (trad. Arnaud), Revue afric, n° 148, p. 304. — Castonnet des Fosses, Dynastie des cherifs t'ilelis (loc. cit.. p. 422). — Abbé Godard, Maroc, p. 535 et «uit.

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