‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 91 sur 174 · ANARCHIE EN TUNISIE ET AU MAROC · texte numérisé non relu

ANARCHIE EN TUNISIE ET AU MAROC

De là, l'escadre française fit voile pour Tripoli où des satisfactions de même nature devaient être exigées. Mais les moyens de douceur ne purent aboutir et l'amiral se décida à ouvrir le feu le 20 juillet. Le bombardement dura jusqu'au 30 et détruisit la moitié de la ville. Les Tripolitains se résignèrent alors à accepter toutes les conditions exigées et envoyèrent des ambassadeurs à Versailles pour implorer leur pardon.

De nouvelles difficultés ne tardèrent pas à surgir entre la Tunisie et la France pour l'exécution des clauses, fort dures, du traité de 1728, et il en résulta qu'une escadre, sous le commandement de Dugay-Trouin, vint en 1731, se présenter devant Tunis, où lebey se décida, non sans regret, à accéder à toutes les exigences des Français ; dès lors, les bonnes relations ne furent pas troublées, tant que Hosseîn vécut.

Nous avons vu, dans le chapitre précédent, que le neveu du bey, nommé Ali, désigné d'abord comme héritier présomptif, avait vu sa fortune éventuelle détruite par la naissance des enfants de Hosseîn ; on lui avait donné, comme consolation, le titre de pacha; mais Ali n'avait pas renoncé à une haute fortune ; il attendit son heure, et au mois de février 1728, ayant quitté subrepticement Tunis, il gagna le Djebel-Ouslate, refuge de tous les prétendants. De là, il entra en relations avec les tribus de l'Ouest, et s'assura leur appui. Le cheikh Bou-Aziz-ben-Nacer, des Henanecha, devait se mettre à la tête du mouvement.

Après avoir, en vain, essayé de faire rentrer Ali-Pacha dans le devoir, Hosseïn-Bcy se mit à la tête de ses troupes et alla bloquer la montagne d'Ouslate ; il avait déjà livré à son compétiteur quelques combats heureux, lorsqu'il reçut la nouvelle que, sur son flanc droit, Bou-Aziz-ben-Nacer, à la tête de nombreux contingents, avait franchi ses limites et s'était emparé de la ville du Kef. En même temps, Ali-Pacha abandonnait la montagne et allait rejoindre son allié, vers l'ouest. Force fut donc au bey d'évacuer le Djebel-Ouslate et de se porter sur le quartier général de ses ennemis. A son approche, les cavaliers indigènes perdirent de leur assurance. Des fractions, puis des tribus entières, vinrent humblement lui offrir leur soumission. Bou-Aziz et ses adhérents, se voyant seuls, prirent la fuite ; Ahmed-Sréir-ben-Soultan, chef de la branche des Menacer, des Henanecha, entra au Kef, après la fuite de son parent Bou-Aziz, ou peut-être l'en chassa, et mit cette ville au pillage. Bientôt tout le pays fut pacifié ; quelques exécutions des personnages les plus compromis complétèrent le succès du bey.

Sur ces entrefaites, Bou-Kemïa, bey de Constantine, se trouvant

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auprès de la frontière tunisienne, il fut convenu qu'une entrevue aurait lieu entre lui et Hosseïn-Bey, pour régler diverses difficultés relatives aux régions limitrophes, et les deux beys se rencontrèrent, à cet effet, dans la plaine de Djabcr. Il est probable que ce fut dans une entrevue que Hosseïn obtint, de Bou-Kemïa, l'investiture des Henanecha pour Ahmed-Sr'eïr, au détriment de Bou-Aziz. Après avoir ainsi tout fait rentrer dans l'ordre, Hosseïn licencia ses auxiliaires et renvoya les soldats à Tunis, en demandant de nouvelles troupes alin de combattre Ali-Pacha, qui était rentré dans le Djebel-Ouslate.

Ayant reçu des troupes fraîches, il vint prendre position à Kenatria, en avant de Kaïrouan. On lui apprit, alors, que le cheikh des Oulad-Yakoub avait manifesté de la sympathie pour son adversaire et il voulut le faire arrêter. Mais celui-ci, prévenu à temps, se réfugia auprès d'Ahmed-Sr'éïr, chef des Henanecha et de son frère Soultan, qu'il parvint à détacher du parti du bey. Malgré les sommations de celui-ci, les cheikhs des Henanecha, alliés aux Oulad- Yakoub et aux Oulad-Yahia-ben-Taleb, de la région de Tebessa, envahirent la frontière tunisienne. Mais Hosseïn fit marcher contre eux un premier corps d'armée qui obtint quelque succès ; puis il arriva en personne, et Bou-Aziz en profita pour rentrer en grâce auprès de lui et obtenir le commandement des Henanecha. Tous ensemble se mirent alors à la poursuite des Harar-Menacer campés sur l'Ouad-Chabrou, et qui, à leur approche, se retranchèrent dans la montagne escarpée d'Ouks. Malgré les difficultés du terrain, le bey fit donner l'assaut, et ses troupes, aidées puissamment par Bou-Aziz, s'emparèrent de la montagne et en expulsèrent leurs ennemis (avril 1729).

Cependant, les fuyards, ayant rejoint Ali-Pacha, le ramenèrent avec eux vers l'ouest afin de se jeter sur le bey alors en retraite vers Tunis. Mais celui-ci avait pris ses mesures et il reçut ses ennemis en bon ordre de bataille, aux environs de Mermadjenna. On lutta, de part et d'autre, avec le plus grand acharnement, sans résultat décisif. Cependant, Ali-Pacha, ne se jugeant pas en état de combattre encore, prit la fuite pendant la nuit, tandis que les Harar-Menacer, ayant avec eux son fils Younès, gagnaient le Sahara.

Ali-Pacha s'était porté rapidement sur Kaïrouan, espérant surprendre cette ville. Mais il en fut repoussé et essaya néanmoins de tenir la campagne. Après un dernier échec dans le Sahel, il passa successivement à El-Hamma, puis à Gafça et enfin rejoignit les Harar-Menacer, dans le Sahara. Il y épousa une fille de Soultan, puis se rendit dans le Zab méridional, afin de requérir l'assistance

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