ANARCHIE BN TUNISIE ET AD MAROC
de Farhate, fils de Sakheri, chef des Daouaouida1, pour gagner Alger. Celui-ci le reçut avec honneur et lui fournit des cavaliers des Oulad-Mâdi qui le conduisirent jusqu'à Sour-el-R'ozlane d'où il atteignit, sans accident, Alger. 11 espérait entraîner le dey dans son parti ; mais il fut arrêté par lui pour les raisons indiquées plus loin *.
Kourd-Abdi, dey d'Alger. Il maintient l'indépendance de son commandement. — Tandis que les régions de l'Est, qui avaient joui pendant trop peu de temps d'un calme si appréciable, étaient le théâtre de ces luttes, Alger continuait à donner le triste spectacle de l'anarchie et de l'indiscipline. En 1724, le dey Mohammed avait été assassiné par les reïs, dont il avait voulu réprimer les brigandages. Les rebelles, qui avaient massacré en même temps les personnages entourant le dey, s'étaient vu repousser au moment où, profilant de la stupeur générale, ils voulaient s'emparer de la Djenina. Bien que blessé, le Khaznadar avait pu fermer à temps la porte du palais, et on avait proclamé dey l'ag'a des spahis, Kourd-Abdi. C'était un homme énergique, malgré son grand âge, et qui prétendait rester avant tout algérien. Aussi repoussa-t-il avec autant d'habileté que de ténacité les tentatives qui furent faites par di (Té rentes puissances, pour diminuer son indépendance, et par la Porte pour reprendre sa suprématie et obtenir des réparations, promises à Conslantinople, à divers ambassadeurs. Plusieurs missions ottomanes venues à Alger afin d'amener le dey et
1. Ce personnage était resté maître des tribus arabes, à la suite des événements suivants : Une fille de Redjeb, bey de Constantinc, Oum- Bani, avait épousé, ainsi que nous l'avons dit, El-Guidoum, chef des Daouaouida, puis Ahmed-ben-Sakheri, frère du précédent. Après la chute de Redjeb-bey. sa veuve et son fils vinrent chercher asile auprès de leur fille et sœur Oum-Hani; mais, pour des raisons quelconques, les Daouaouida assassinèrent ce jeune homme. Oum-Hani, dont le caractère était très ferme (on sait qu'elle était fille d'une captive espagnole) se vengea, en faisant tuer son mari, Ahmed-beu-Sakheri, avec ses parents et ses principaux partisans, près de l'oasis d'Ourlal ; puis, elle garda le commandement de sa tribu, exerçant une autorité sans conteste, du Zab à Bouçaada. Cependant. Farhate. fils d' Ahmed-ben- Sakheri, qui avait échappé au massacre d'Ourlal, finit, après de longues luttes, par vaincre Oum-Hani et reprendre le commandement de la tribu.
2. Rousseau, Annales Tunisiennes, p. 108 et suiv. — Féraud, Annales Tripolitaines (loc. cit.), p. 218. — Le même, Les Uarars (Revue afric, n« 105, p. 222 et suiv.). — Le même, Les Ben-Djellab (Revue afric, n» 155, p. 372 et suiv )
HISTOIRE PB l'aFRIQUE
le diwan, par la douceur ou la menace, à faire ce qui était réclamé, ne purent rien obtenir et, une fois, le Capidji dut entendre ces dures paroles : « Pourquoi prétendez-vous exiger de nous, ce que nous ne voulons pas faire, alors que vous nous avez laisse bombarder trois fois sans nous secourir ! »
Ainsi, l'autorité se trouvait dans une main ferme ; le Mufti et l'Ag'a ayant voulu, en 1728, provoquer un mouvement insurrectionnel contre lui, en firent durement l'épreuve. Il ordonna de les étrangler et, après s'être rendu maître de l'émeute, envoya au supplice tous ceux qui s'y étaient compromis. Sur ces entrefaites, Ali- Pacha vint, ainsi que nous l'avons dit, se réfugiera Alger. En vain le bey de Tunis sollicita Kourd-Abdi de le lui livrer, offrant en récompense une grosse somme ; ce dernier se contenta de l'incarcérer, en stipulant, de plus, que IIosseïn-Bey lui servirait une indemnité annuelle de 10,000 sequins.
L'année suivante (juin 1729), la Porte se décida à envoyer un pacha à Alger ; mais, lorsque le navire fut en rade, Kourd-Abdi lui défendit d'approcher, confirmant ainsi les résolutions antérieurement prises, de ne plus recevoir de Constantinople de fonctionnaires de cet ordre. Les Turcs essayèrent de parlementer depuis le fort Matifou où ils étaient mouillés ; mais on les força de partir, les menaçant même de faire feu sur eux, et ils durent, bon gré mal gré, remettre à la voile et rentrer en Orient*.
Règne du sultan Ahmed-bd-Dehbi au Maroc II est renversé par son frère Abd-bl-Malek. Ahmed-ed-Dehbi remonte SUR LE TRONE. Sa mort. Règne db Moula!- Abd- Allah. — Nous avons laissé, au Maroc, le nouveau sultan Ahmed-ed-Dehbi recevant à Meknès les hommages des députalions envoyées vers lui par différentes villes. Ces adhésions, malheureusement, n'éta ient pas unanimes,car la mort d'Ismaîl avait été le signal de troubles éclatant dans les grandes villes, comme chez les populations berbères, les unes et les autres victimes de si durs traitements ; presque partout les gouverneurs furent massacrés. Or, Ahmed-Dehbi n'avait aucune des qualités nécessaires pour dominer une semblable réaction et bientôt l'anarchie fut générale. Les Berbères firent leurs efforts pour se procurer des chevaux et des armes, tandis que l'élément militaire, Abid et Oudaïa, se livrait à tous les excès.
1. De Grammont, Hist. d'Alger, p. 282 et suit. — Le même, Correspondance des consuls d'Alger (Revue a fric, n» 188). — Gazette de France, pnssim.