‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 94 sur 174 · REPRISE D*OR AN PAR LES ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

REPRISE D*OR AN PAR LES ESPAGNOLS

Débarquement des Espagnols. Ils s'emparent des hauteurs. Prise d'Oran bt de Mers-el-Kebir par le duc de Montémar.

RETABLISSEMENT DE l'oCCUPATION ESPAGNOLE. Le 15 juin 1732,

l'immense armada mit à la voile ; mais, contrariée par le vent, elle dut venir s'abriter derrière le cap de Halos, d'où elle partit le 21, par une bonne brise. Le lendemain, elle était en vue d'Oran ; cependant elle ne put doubler le cap Falcon que le 28. Le même jour, à quatre heures, elle mouilla dans cette baie, sans qu'une seule voile manquât à l'appel. Le comte de Montémar prit aussitôt ses dispositions pour que le débarquement s'opérât le lendemain matin sur la plage des Aiguades. Les chaloupes furent préparées dans la nuit, les positions prises par les navires de guerre pour proléger l'opération et le terrain reconnu. Au point du jour, le débarquement commença et s'effectua sans difficultés. A mesure que les troupes avaient pris terre, elles se déployaient en avant et sur les flancs de façon à former les trois côtés d'un carré appuyé à la mer. Quelques groupes d'indigènes essayèrent, sans succès, d'escarmoucher contre les Espagnols, et furent tenus à distance par des escouades détachées.

Des masses profondes de cavaliers indigènes se tenaient sur les hauteurs, attendant on ne sait quel ordre, pour commencer le combat. Cependant, un corps d'environ 2,000 musulmans était venu occuper un petit mamelon commandant la source; à quatre heures de l'après-midi, le comte de Montémar lança contre eux des compagnies de grenadiers, soutenues par 100 cavaliers, pour les en déloger. Les indigènes ne les attendirent pas et celte première journée parait s'être bornée à des engagements sans importance.

Le lendemain 20, les Espagnols commencèrent, sous le commandement du lieutenant-général de Marcillac, la construction d'un retranchement à l'extrême-gauche, au pied du mont du Santon. Mais les musulmans se mirent à inquiéter sérieusement les travailleurs ; il fallut faire avancer des Iroupes pour les soutenir, et, peu à peu, une action étendue s engagea. liientôt les indigènes descendirent, comme une avalanche, des pentes, et le comte de Montémar, avec un véritable coup d'œil militaire, lança, sans hésiter, ses troupes à une attaque générale des hauteurs. C'était une entreprise audacieuse. Mais l'armée sentait ce vigoureux coup

Tassty). Madrid. 1733. publié par Bcrbrugger (Renie a fric, n° 43, p. 12 et suiv.). — Général de Sandoval. Inscriptions d'Oran (Revue «fric., n«92, p. 94 et suiv.). — L. Fey, Hist. d'Oran, p. 142 et suiv.— Rosscuw Saint-Hilaire, Hist. d'Espagne, t. XII, passim.

HISTOIRE DE L AFHIQUB

de collier nécessaire et elle l'exécuta avec une intrépidité admirable, malgré des pertes sensibles. Toujours au premier rang, le bey Bou-Chlar'em enflammait l'ardeur des musulmans. Le corps marocain commandé par Riperda détruisit, presque en entier, la compagnie des Jetaros mahonais. Ce fut le maréchal de camp de la Mota qui décida du succès de la journée, en enlevant, à la tète des grenadiers, appuyés par les gardes Wallones, la montagne du Santon, qui domine le fort de Mers-el-Kebir. La première ligne de crêtes était occupée par les Espagnols, qui restèrent sur les positions conquises ; quant aux indigènes, ils avaient été rejetés en arrière ; mais les chrétiens étaient trop fatigués pour songer à les poursuivre.

Procédant toujours avec une louable prudence, le comte fit commencer, le 1er juillet, au matin, une route, permettant de hisser l'artillerie du rivage au plateau de Saulon, tandis que, sur toute la ligne, les troupes se préparaient à recevoir l'attaque des indigènes, en se couvrant par des retranchements provisoires. Cependant, vers deux heures de l'après-midi, aucun burnous ne s'était montré, lorsqu'un messager, envoyé d'Oran par le consul de France, annonça que les indigènes avaient quitté la ville. Voici ce qui s'était passé : après la bataille de la veille, les auxiliaires indigènes, terrifiés de l'audace et du courage des Espagnols, avaient pris la fuite, jugeant toute résistance impossible et croyant avoir les chrétiens à leurs trousses. Les troupes régulières, se voyant seules, ou étant entraînées par les fuyards, avaient suivi le mouvement ; puis les citadins, convaincus du succès des Espagnols, s'étaient empressés de déménager, de sorte que le bey, lui-même, renonçant à les retenir, avait fait charger ses objets les plus précieux sur des chameaux et, la mort dans l'âme, s'était décidé à évacuer cette conquête, gloire de sa jeunesse, et où il commandait en maître absolu depuis '24 ans.

Sans perdre de temps, le comte de Montémar, qui avait laissé le maréchal de camp de la Mota à la garde de la position du Santon dominant le fort de Mers-el-Kebir, fit marcher la plus grande partie de l'armée par les crêtes et vint tomber sur le village d'Ifre, au-dessous du vieil Oran, sur la rive gauche de Ras-el-Aïn. Il fit occuper le fort inachevé de la marine, par le maréchal de camp don B. Ladron, et, continuant sa marche sur Oran, y entra, vers sept heures du soir, avec l'avant-garde de l'armée et prit possession des forts et des bastions. Le lendemain, on vit flotter le drapeau espagnol sur cette ville arrachée de nouveau à la barbarie musulmane.

Mers-el-Kebir, commandé par l'ag'a Ben-Debiza, avec une cen-

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laine de soldats turcs, tenait encore ; mais dominé par le corps de la Mota, entouré de toutes parts, démoralisé par la terrifiante victoire des Espagnols, le commandant du fort s'empressa de se rendre le 2, et les chrétiens en prirent possession. Le succès était complet et la réussite aussi rapide qu'inespérée. C'était une belle récompense du courage et de l'habileté du comte de Montémar, de la vaillance de son armée et de la prévoyance avec laquelle cette expédition avait été préparée. Elle coûtait aux Espagnols 58 tués et une centaine de blessés ; aucun désastre, aucune perte matérielle, n'était à regretter. Quant aux trophées, ils se composaient de 138 canons de fer et de bronze et d'une quantité considérable de munitions, de vivres, de matériel abandonnés par les indigènes dans leur fuite. Cinq brigantins et une grande galéasse servant à la course avaient en outre été laissés, par eux, sur la plage. Le général marquis de la Mina s'embarqua aussitôt pour l'Espagne, afin de porter au roi la nouvelle du succès de ses armes.

Le comte de Montémar, qui s'était logé dans la maison d'un renégat portugais, s'occupa avec activité de l'organisation de sa conquête, recevant les dépulations des indigènes autrefois soumis, qui venaient se mettre au service et sous la protection des Espagnols. Le 10 juillet, après la célébration d'un office religieux dans la cathédrale, une grande revue fut passée, au bruit des salves d'allégresse faisant retentir les échos d'alentour.

Cependant Bou-Chlar'em s'était réfugié à Mostaganem et, de là, envoyait des partis qui inquiétaient sans cesse les environs d'Oran. Quelques engagements sans grande importance eurent lieu, entre eux et des corps détaches de la garnison. Le 30 juillet, la majeure partie de l'armée et du matériel ayant été embarquée à Mers-el-Kebir, le comte de Montémar partit pour l'Espagne. Il laissait à Oran le lieutenant-général marquis de Santa-Cruz del Marcenado, avec 10 bataillons. Une inscription, gravée sur la demilune qui couvre le fort de Mers-el-Kebir, rappela le souvenir de ce glorieux fait d'armes.

A leur retour en Espagne les vainqueurs d'Oran furent accueillis avec le plus grand enthousiasme et. le 1 i août, le comte de Montémar était reçu, à Séville, par le roi Philippe V, qui lui conférait la toison d'or et, peu après, le titre de duc. De nombreuses récompenses furent décernées aux officiers et aux soldats. Toute l'Espagne célébra, avec joie, la reprise d'Oran. Vers la lin de l'année, le roi créa le corps des dragons d'Oran et un régiment d'infanterie du même nom. Malheureusement l'occupation restreinte à la place d'Oran, le départ immédiat de l'armée expéditionnaire ne

HISTOIRE DB l'aFRIQUE

pouvaient donner aux Espagnols une position tranquille et avantageuse1.

Mort du pet d'Alger Kourd-Abdi. Lebet Bou-Chlar'em, soltbnu par les Algériens, attaque infructueusement Oran. — Tandis que r Espagne était dans l'allégresse, Alger se trouvait plongé dans la stupeur ; mais le plus affligé était certainement le dey Kourd-Abdi, qui avait refusé, jusqu'au dernier moment, d'envoyer des renforts à Bou-Chlar'em ; on le lui reprochait violemment et il se le reprochait lui-même plus encore, car il ne cessa de rester plongé dans une noire mélancolie refusant de prendre tout aliment jusqu'à ce qu'il mourût (3 septembre 1732). Il était âgé de 88 ans. Son beau-frère, le Khaznadar Ibrahim, lui succéda et s'occupa aussitôt d'expédier des secours à Bou-Chlar'em, qui en réclamait pour essayer de reprendre Oran. La flotte algérienne fut même envoyée devant cette ville, afin d'empêcher tout ravitaillement par mer ; mais les navires des chevaliers de Malte la dispersèrent et donnèrent la chasse aux reïs.

Bou-Chlar'em, avons-nous dit, s'était réfugié à Mostaganem ; l'armée espagnole aurait dû l'y poursuivre, ainsi que le voulait le duc de Montémar, qui en fut empêché par un ordre précis du roi. Le bey était parfaitement placé pour y grouper toutes ses forces et rendre insupportable la situation des Espagnols. Bientôt, en effet, il prit l'offensive et, après quelques engagements, campa en vue des forts Saint-André et Saint-Philippe (13 septembre). Il avait reçu du matériel de siège et, le 37, au matin, ses batteries ayant été démasquées, il ouvrit le feu contre ces positions. La partie sud du fort de Santa-Cruz s'écroula par le fait d'une mine Les Espagnols résistaient de leur mieux, mais le nombre des assaillants augmentait sans cesse. Le commandant de la place prépara alors une grande sortie et, le 21 novembre, une dizaine de mille Espagnols se précipitèrent dans les tranchées, massacrant ce qu'ils y trouvèrent, enclouant les canons, renversant les parapets. La réussite était complète ; malheureusement ils se laissèrent entraîner à la poursuite des indigènes qui fuyaient tumultueusement et se heurtèrent au gros de l'armée assiégeante, qui arrêta d'abord leur élan et manœuvra, ensuite, de façon à les envelopper. Peut-être la

1. Clariana (/oc. cit.), p. 23 et iuiv. — Général de Sandoval, //i*criptions d'Oran, loc. cit., p. 94 et suiv. — L. Fcy. Ifist. d'Oran, p. 145 et suiv. — De Graramont. Hist. d'Alger, p. 288 et suiv. — Notice sur le bey d'Oran (Gorguos). loc. cit., p. 34 et suiv. — W. Esterhazy Domination Turque, p. 173 et suiv.

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