‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 95 sur 174 · REPRISE D*ORAN PAR I.KS ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

REPRISE D*ORAN PAR I.KS ESPAGNOLS

trahison des Beni-Amer contribua-t-elle à rendre leur position critique.

Bientôt, en effet, la retraite commence, et en peu de temps se change en débandade. Le commandant accourt, et cherche à arrêter ce mouvement ; il est bousculé, renversé et finalement tué. Au moment où la situation était le plus critique, les régiments de Vitoria et Aragon accoururent et permirent à ces gens démoralisés de se reformer et de rentrer derrière les remparts. Cette malheureuse journée avait coûté aux Espagnols 1,500 hommes tués ou faits prisonniers. Le surlendemain, 23, le général don B. Ladron, qui avait pris le commandement, effectua, avec 10 compagnies et 500 pionniers, une nouvelle sortie, qui fut menée avec autant de prudence que de vigueur et vengea, en partie, l'échec précédent.

Les progrès du siège avaient été arrêtés par ces deux sorties ; cependant l'investissement de la ville continua et les assiégeants resserrèrent peu à peu leurs lignes. En 1733, le marquis de Villadarias, nommé gouverneur, vint prendre le commandement de la place, bien résolu à contraindre les indigènes à lever le siège. Il opéra d'abord quelques sorties heureuses ; encouragé par ces succès, il s'avança, le 10 juin, à la tête de forces imposantes, culbuta tout devant lui et se laissa entraîner beaucoup trop loin, sans se méfier de la tactique habituelle des musulmans. Lorsqu'il fut bien engagé, ceux-ci revinrent sur ses derrières et lui coupèrent la retraite. Ce ne fut qu'au prix des plus grands efforts qu'il parvint à rentrer à Oran, en laissant 400 hommes aux mains de l'ennemi.

Tandis que le marquis de Villadarias était mis en jugement, comme coupable d'impérilie, le général don J. Vallcjo vint prendre le commandement d'Oran ; par sa prudence et son habileté il ne tarda pas à réduire le siège d'Oran à un blocus incomplet. Du reste, la discorde, ainsi qu'on devait s'y attendre, s'était mise parmi les assiégeants. Le fils du dey Ibrahim, qui commandait le corps algérien, ne pouvait s'entendre avec le vieux Hou-Chlar'em, auquel il alla jusqu'à reprocher d'avoir livré Oran aux Espagnols. « S'il en est ainsi, lui répondit le bey plein de colère, reprenez vous-même cette ville î » et aussitôt il congédia ses auxiliaires et rentra à Mostaganem. Demeurés seuls, les Algériens reçurent l'ordre de revenir à Alger et, ainsi, Oran se trouva débloqué. Mais les hostilités continuèrent, pour ainsi dire, sans interruption, car les chroniques nous apprennent que, le 10 juin 1733, il y eut. sous les murs de la ville, un grand combat, dans lequel le colonel de Miromesnil fut blessé mortellement. Le gouverneur D. Vallejo s'appliqua, du reste, à renforcer et compléter les défenses d'Oran.

C'était un véritable administrateur et nous lui devons la liste exacte des indigènes soumis à l'Espagne. Leur nombre n'excéda jamais MO douars ; quant à la redevance qu'ils fournissaient, elle était de 16,000 fanègues (de 62 litres environ) d'orge et autant de blé, dont le produit servait à indemniser et gratifier les cheikhs et autres agents indigènes1.

Maroc. Tyrannie du sultan Mollaï-Abd-Allaii. Il est déposé. Moulaï-Ali le remplace. — Pendant que la province d'Oran était le théâtre de ces événements, le Maroc, qui devait rester si longtemps en proie aux fantaisies sanguinaires de Moulaï-Abd-Allah. retombait dans l'état de barbarie et d'anarchie dont Ismaïl l'avait tiré. En 1733, après son retour d'une expédition dans le Sous, le sultan ordonna la destruction de la ville d'Er-Rïad « la parure et la joie de Meknès »>, toute remplie d'habitations de plaisance et centre d'un commerce important. En même temps, il s'amusait à faire périr en masse et sans autre raison que son plaisir, tantôt des soldats revenant d'expédition, tantôt de ces braves, volontaires de la guerre sainte, venus auprès de lui dans l'espoir d'amener une entente avec les chefs révoltés qui reconnaissaient, dans le nord, l'autorité de son frère El-Moustadi. Plus tard, ce furent les Beni-Hassen, dont 200, de la fraction des Hedjaoua, furent mis à mort comme coupables de brigandage. Enfin les Abid eux-mêmes, irrités par le supplice de plusieurs de leurs chefs, se mirent en état de révolte et, pour les calmer, il fallut les combler de présents et les envoyer en expédition contre les Aït-Malou.

Mais c'était surtout contre Fès que sa fureur et son irritation ne pouvaient être calmées. En 1734, il envoya dans cette ville un certain Mohammcd-Zemmouri avec les instructions suivantes: « Prends l'argent de ces gens-là ;...ne leur laisse rien... Ce n'est qu'à cause de leur richesse que les gens de Fès sont arrogants et méprisent l'autorité royale. » Voilà cette fois, les griefs bien définis: les habitants de Fès étaient trop riches et le nouveau gouverneur ne négligea rien pour les ruiner. Personne ne fut épargné, car après les riches on s'en prit aux gens de fortune moyenne, puis

1. Djoumani (Gorguos). Revue afric. t. II, p. 36, 37. — Général de Sandoval, Inscriptions d'Oran (loc' cit.). p. 98, 99 et n° 93. p. 189 et auiv. — De Grammont, Hist. d'Alger, p. 289 et auiv. — Le même, Correspondance des consuls d'Alger (Revue afric, n° 189, p. 235 et auiv.). — Léon Fey, Hist. d'Oran, p. 146 et auiv. — Walain Estcrkazy, Domination Turque, p. 174.

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