V., en outre, sur cette monnaie agonaise
Labrunie, Abrégé Chronologique des Antiquités d'Agen, édition M.-O. Fallières (Agen, 1892, gr. in-8°). — C. de Saint-Amans, De la Monnaie dite «.Arnaldèse» des Evêques d'Agen (Recueil des Travaux de la Soc. d'Agen, lre série, t. vu). — L. Lacroix, La Monnaie des Evêques d'Agen (Revue de l'Agenais, t. vu, 1880). — Alph. Lagarde, Note sur la Monnaie Arnaldèse (Ibid., p. 359), etc.
La monnaie Arnaldèse ne consistait qu'en deniers ou oboles ; elle était inférieure à la monnaie tournoise d'un cinquième. Douze deniers Arnaudins valaient dix deniers tournois.
En 1233, l'évêque Raoul de Peyrincs déclarait aux bourgeois d'Agen et aux barons de l'Agenais qu'il maintiendrait rigoureusement le titre de sa monnaie.
2 Guillaume VII, dit le Jeune, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, fils de Guillaume VI et son successeur depuis 1087. Il mourut en 1127.
successeur direct, le comté revint alors aux ducs de Gascogne.
Jusqu'à ce moment, l'Histoire d'Agen et de l'Agenais a eu peu d'autonomie. Pour suivre les événements dont notre pays fut le théâtre durant cette période lointaine, j'ai dû m'attacher à l'évolution des provinces voisines, de la Gascogne surtout, qui eut alors avec l'Agenais des relations étroites et presque une vie commune.
L'heure est proche où notre part historique sera plus précise, plus abondante, et offrira un intérêt propre mieux défini.
Traversons donc encore à la hâte ce xie siècle si obscur,qu'on fait se dégager d'une sorte de terreur universelle. L'an 1000 ayant été annoncé comme devant être le dernier du monde, dans toutes les conditions sociales, a-t-on dit, les hommes, en proie à la frayeur, n'avaient guère plus d'autre but que d'assurer leur salut1. Le concours des fidèles vers les lieux saints atteignit à cette époque des proportions inimaginables, et bientôt l'Agenais, comme toutes les autres provinces, se couvrit d'églises nouvelles et de fondations pieuses.
En 1009, le temple de Jérusalem fut complètement détruit sur l'ordre du calife de Babylone, à l'instigation des Juifs qui avaient exploité auprès de ce prince l'affluence toujours croissante des pèlerins chrétiens. La nouvelle de cet événement provoqua en France une explosion de colère contre les Juifs, qui furent bannis du royaume. Agen expulsa les siens, démolit leur synagogue, et ne garda guère que le souvenir de
1 On a considérablement exagéré les terreurs de Van mille. Les historiens modernes tendent à atténuer cette légende d'un trouble immense et universel, que l'Ecole des Chartes n'admet qu'avec réserves.
L AGENAIS AUX XIe ET XIIe SIÈCLES 31
leur séjour par le nom de la rue qu'ils avaient habitée. A la mort de Sanche-Guillaume, en 1032, le duché de Gascogne échut au comte Bérenger, probablement fils d'Alduin II, comte d'Angoulême, et d'Alausie, fille de Sanche-Guillaume. Bérenger étant mort sans postérité en 1036, son successeur fut Eudes, comte de Poitiers et fils deBrisce, la sœur de Sanche-Guillaume1. Or ce même Eudes étant devenu duc d'Aquitaine du chef de son père Guillaume III, dit le Grand2, la maison de Poitiers se trouva ainsi posséder les deux provinces, qu'elle conserva jusque vers 1137 3. A cette époque, le duc Guillaume VIII4, n'ayant pas d'enfant mâle, les attribua à sa fille Eléonore, qui devait épouser Louis le Jeune, fils de Louis le Gros, roi de France.
On était en pleine féodalité . Partout régnaient la confusion et le désordre, en dehors des maisons religieuses où pouvait se goûter encore quelque repos et qui se multipliaient sans cesse.
Gombaud avait restauré en 977, avec son frère Guillaume-Sanche, le monastère de Squirs, qui allait prendre le nom de Régula (La Réole) après la réforme de l'abbé de Fleury5. Son fils Hugues releva l'abbaye de Gondom qu'un incendie avait détruite. Le monastère
1 Eudes ou Odon, frère et successeur de Guillaume IV, dit le Gras, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine après Guillaume III, de 1029 à 1038.
2 Guillaume III, dit le Grand, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, fils de Guillaume II, dit Fier-à-Bras, et son successeur en 990. Il mourut en 1029.
3 V. J. Besly, Histoire des Comtes de Poictou et Ducs de Guyenne... (Paris, 1647, in-f°) ; J. Guerinière, Histoire générale du Poitou (Ibid., 1838-40, 2 vol. in-8°), etc.
* Guillaume VIII, fils de Guillaume VII, dit le Jeune. Son avènement est de 1127. Il mourut en 1137.
r> Abbon, abbé de Fleury-sur-Loire depuis 970. J'ai dit qu'il fut tué par les habitants de La Béole en 1004. — V. une note de la p. 20.
de Moirax * fut fondé en 1049 par le seigneur du lieu ; puis vint le prieuré de Pommevic2, et en 4060 fut érigée l'abbaye de Saint-Maurin3 par Otger, son premier abbé. Un vicomte de Bruilhois4, Hunaud, alors abbé
1 V. Le Doyenné de Moirax au xie siècle. Etude historique, par Amédée Moullié (Revue de l'Agenais, t. h [1875], p. 545 et suiv.). — Monographie de l'Eglise de Moirax, ancien Prieuré des Bénédictins, Diocèse d'Agen, monument classé du xie siècle (1049), par l'abbé E.-G. Serret (Tonneins, 1889, in-8°, avec 2 pi.). — Histoire relig. et monum. du Diocèse d'Agen, par l'abbé Barrère, t. i, p. 254- et suiv.
Une église existait déjà en ce lieu. La donation relative à l'érection de 1049 fut faite par Guillaume-Arnaud de Moirax. — Une bastide se forma autour du prieuré dans le cours du xne siècle.
Moirax était traversé par la voie romaine de Saint-Bertrand-de-Comminges à Agen, appelée la Peyrigne.
2 Pommevic, autrefois du diocèse d'Agen vers son extrémité orientale, fait aujourd'hui partie du diocèse de Montauban. Il dépendait de l'archiprètré de Férussac (Agenais). — V. Documents historiques sur le Tarn-et-Garonne. Diocèse, Abbayes, Chapitres, Commanderies, etc., par F. Moulenq (Montauban, 1881-1885, 3 vol. in-8°), t. m, p. 325. V. aussi l'Histoire relig. et monum. du Diocèse d'Agen, t. i, p. 257.
3 L'abbaye de Saint-Maurin est attribuée aux seigneurs de Clermont-Dessus V. Histoire relig. et monum. du Diocèse d'Agen, t. i, p. 275. — Il en sera reparlé.
4 La vicomte de Bruilhois était circonscrite entre la Garonne, le Gers, les petites rivières de l'Auvignon et de l'Auroue et deux modestes ruisseaux. Elle s'étendait donc de Donzac à Sérignac et Montesquieu ; de Layrac au Pergain et à Beaulens, et d'Agen au Saumont. Sa capitale était Laplume, dont le bailli connaissait des appels aux xin° et xive siècles, et comme la vicomte d'Auvillars, elle relevait du Parlement de Toulouse, alors que les territoires environnants dépendaient du Parlement de Bordeaux. Elle se composait au XIVe siècle de 42 hautes justices, comprenant Aubiac, Brax, Bruch, Caudecoste, Laplume, Layrac, Moirax, Sérignac, etc. Cette vicomte mesurait 40 kilomètres de longueur et 20 dans sa plus grande largeur.
La plupart des Coutumes du Bruilhois étaient calquées sur celles de La Montjoie, appartenant au Condomois proprement dit ; les autres, sur celles de Layrac et d'Aubiac.
La vicomte de Bruilhois, qui passa dans l'évêché de Condom, formait un archiprêtré dans lequel comptait la vicomte d'Auvillars, appartenant à la maison de Lomagne.
Le Bruilhois fut possédé successivement par les vicomtes de Gascogne et de Lomagne (960-1040), les vicomtes de Gavarret (1040-1134), les vicomtes de Béarn (1134-1290), les comtes d'Armagnac (1290-1451), Poton de Xaintrailles (1451-1461), Catherine de Vendôme (1461-1463), Jean de Stuer de Caussade (1463-1470), les vicomtes de Bochechouart (1470-1555) et les rois de Navarre
L'AGENAIS AUX XIe ET XIIe SIÈCLES 33
de Moissac, fonda en 1071 le prieuré de Layrac1, dont l'église fut consacrée par le pape Urbain II en 1086. C'est aussi vers la même époque qu'on place la fondation du monastère de Mézin, autour duquel se forma la ville elle-même 2. Le couvent du Paravis (d'abord Paradis) est reporté à l'année 1130, ainsi que le prieuré de Fongrave 3, placés l'un et l'autre sous la règle de Fontevrault et ne recevant que des religieuses de noble extraction.
Le duc Eudes de Poitiers fut tué le 10 mars 1040 devant Maillezais dont il faisait le siège.
Bernard II , troisième comte d'Armagnac h, s'étant emparé de la Gascogne, le fils du duc Guillaume V 5, Guy-Geoffroy, marcha contre lui, le défit en bataille
(1555-1589). En 1589, l'avènement de Henri IV au trône de France fit passer le Bruilhois dans le domaine de la couronne.
V. sur ce pays : Etudes historiques sur le xve siècle, par J. de Lafifore (Recueil des Travaux de la Société des Sciences, Lettres et Arts d'Agen, lre série, t. vi). — Notes historiques sur des Monuments féodaux ou religieux du Département de Lot-et-Garonne, par le même (Agen, 1879, gr. in-8°), p. 11 et suiv. — Notice sur la Vicomte de Liezaume, le Comté de Benauges, les Vicomtes de Bruilhois et d'Auvillars, etc., par,l .-F. Bladé (Bordeaux, 1878, gr. in-8°). — V. aussi Archiprêtré de Bruilhois, dans le t. ni, p. 341 et suiv. des Documents historiques sur le Tarn-et- Garonne, par F. Moulenq, etc.
1 Sur le prieuré de Layrac, V. Histoire religieuse et monumentale du Diocèse d'Agen, par l'abbé Barrère, t. i, p. 259.
2 V. sur Mézin : Essai Historique sur Mézin, par dom Chaudon (Revue d'Aquitaine, t. i, 1857). — Dictionnaire géographique, historique et archéologique de V Arrondissement de Nèrac, par Samazeuilh (Nérac, 1862, in-16 ; éd. Faugère-Dubourg : Ibid., 1881, gr. in-8°). — Histoire relig. et monum. du Diocèse d'Agen, t. I, pp. 177, 195, 240 ; t. n, p. 46.
1 V. plus loin une note spéciale sur les couvents du Paravis et de Fongrave,
Plusieurs autres abbayes ou prieurés surgirent encore en Agenais vers le
même temps : Gondon, Monsernpron, Pérignac, Maniort, etc. De ce dernier
prieuré, situé au-dessous de Tonneins, mais sur la rive gauche de la Garonne,
devait naître Monheurt.
1 Bernard II Tumapater, successeur veis 1()20 de Géraud Ier Trencaléon. Il mourut vers 1061.
■ Guillaume V, dit le Hardi, frère de Eudes, à qui il avait succédé en 1040
rangée, et cette victoire maintint le duché de Gascogne dans la maison de Poitiers. Mais la Haute-Gascogne (Sud-Est) dépendait des comtes de Toulouse depuis la mort de Sanche-Guillaume en 1032, et dès 1079, l'Agenais et le Périgord firent aussi partie des pays soumis à l'autorité des mêmes comtes, qui alors prenaient le titre de duc d'Aquitaine donné par Louis d'Outremer aux comtes de Poitiers, après la mort de Raymond-Pons III, comte de Toulouse et duc d'Aquitaine.
C'est à propos de ce titre pris indûment que Guy- Geoffroy, devenu duc de Gascogne en 1058 sous le nom de Guillaume VI, déclara la guerre à Guillaume IV, comte de Toulouse1, en 1079. Une action eut lieu aux environs de Bordeaux, et ce dernier fut vainqueur. Guillaume VI, pour se venger, s'empara de Toulouse, que d'ailleurs il restitua aussitôt.
Nous voici parvenus à l'époque de ces expéditions épiques appelées Croisades. Parmi les seigneurs du Sud-Ouest qui y prirent part, on cite Amanieu, sire d'Albret, le vicomte de Castillon, Lamothe et Gaillard de Tantalon, du Bazadais ; de Bezolles et de Beaumont, du Condomois, etc.
Les croisades nous valurent d'abord le mal des ardents ou feu de Saint- Antoine, fléau étrange précédant la peste et dont les victimes furent innombrables 2. Au dire de nos annalistes, ce mal fit de terribles ravages; plus de 40.000 personnes périrent en Agenais, en Périgord et en Quercy. Un ordre religieux fut institué
1 Guillaume IV de Toulouse, fils de Pons et son successeur en 1060, jusqu'en
2 V. à ce sujet une curieuse et savante étude du docteur Eugène Bacquias : Recherches historiques sur les Maladies désignées sous le nom de Feu sacré, Feu de S%-Antoine, Mal des ardents, etc. (Troyes, 1865, in-8° de 16 pp.).
L'AGENAIS AUX XIe ET XIIe SIECLES 35
pour combattre cette épidémie redoutable ; des hôpitaux ou refuges spéciaux furent créés. Une maison de ce genre s'établit à Agen, vers la porte Saint-Antoine *.
Louis VI le Gros, qui était monté sur le trône de France en 1108, fut attaqué à la fois, en 4124, par les Anglais au Nord et par les Allemands à l'Est. Henri V d'Allemagne voyant l'armée formidable levée par Louis abandonna lâchement son allié, qui dut accepter un traité. Louis battit ensuite le duc d'Aquitaine Guillaume VIII, et le força de donner sa fille Eléonore, avec son duché pour dot, à l'héritier du trône, Louis, dont le mariage fut célébré à Bordeaux en 1135.
Par cette union, l'Agenais se trouvait réuni à la couronne de France avec le reste de l'Aquitaine.
Louis VII, dit le Jeune, succéda à son père en 1 136.
I C'est à l'occasion de ce fléau que fut institué l'ordre de Saint-Antoine de Vienne en 1093.
La Chapelle et l'Hôpital Saint-Antoine d'Agen durent être fondés vers 994 ; niais les religieux Bénédictins ne s'établirent dans eette ville qu'en 1093, dans un prieuré construit près de la vieille chapelle par saint Gérard, le fondateur de l'abbaye de la Grande-Sauve.
Le prieuré bénédictin de Saint-Antoine d'Agen, sécularisé en 1572, donné à la confrérie des Pénitents Blancs au commencement du XVIIIe siècle, fut vendu 9.000 fr. et démoli sous la Révolution.
II ne reste plus aujourd'hui la moindre trace; de ce couvent, pas plus que de la Chapelle et de l'Hôpital Saint-Antoine, qui se trouvaient situés entre les rues de ce nom, Béranger, Loiseau et Fon-dc-Raché, et le mur de ville.
Le seul souvenir qui subsistât encore de ce passé, le nom de la rue Saint- Antoineta. disparu lors de la création du Boulevard de la République et du démarcage de ce qui est resté de l'ancienne rue, devenue rue Voltaire. Ainsi s'effacent un à un tous les vestiges dupasse, tous les témoignages de l'Histoire.
Un Agenais célèbre, Bernard de Sérilhac, moine de Cluny et archevêque de Tolède, né à La Sauvetat-de-Savères, visita le prieuré des Bénédictins d'Agen en 1096. Un autre Agenais, Raymond, également de La Sauvetat, remplaça Bernard de Sérilhac sur le siège de Tolède.
V. Le Sceau du Prieuré de Saint-Antoine d'Agen, par Philippe Lauzun (Agen, 1878, in-8°) ; Les Couvents de la Ville d'Agen avant 17SH, par le même (Agen, 1889 et suiv., 2 vol. gr. in-8°, vign.), t. i (Couvents d'Hommes), pp. 15-26, et t. il (Couvents de Femmes et Hôpitaux d'Agen). Ce dernier ouvrage, fruit de longues recherches, doit être consulté pour tout ce qui concerne l'histoire hospitalière et celle des ordres religieux dans la capitale de l'Agenais.
Ayant été excommunié et son royaume ayant été mis à l'interdit en 1 J 41 par le pape Innocent II, Louis, qui accusait Thibaut, comte de Champagne, d'avoir excité Rome contre lui, saccagea ses terres en 4142 et lit brûler Vitry, où plus de 1.500 personnes périrent dans l'incendie de l'église 4. Puis, bientôt touché de repentir, il résolut d'entreprendre la seconde Croisade que prêchait alors saint Bernard (1145). Il partit, en effet, pour Constantinople en 1146, deux mois après Conrad, empereur d'Allemagne, à la tête de 400.000 hommes.
On connaît le triste résultat de cette entreprise, dans laquelle fut détruite l'armée coalisée, et qui se réduisit à un simple pèlerinage des deux monarques aux lieux saints. A peine si 10.000 hommes atteignirent la Palestine.
La reine Eléonore avait suivi Louis VII dans cette désastreuse expédition, au cours de laquelle le roi eut à se plaindre de sa conduite. Guillaume de Tyr 2 dit qu'elle fut " légère, imprudente, négligeant la dignité royale et oubliant jusqu'à la foi due au lit conjugal ".
Les coalisés mirent le siège devant Damas ; mais ils furent contraints de le lever après quelques combats meurtriers, et Louis, humilié, s'embarqua pour la
1 Thibaut II, comte de Blois et de Champagne, avait succédé à son oncle Hugues Ier en 1125 et. mourut en 1152. — V. Histoire des Ducs et Comtes de Champagne, par d'Arbois de Jubainville (Paris, 1859-69, 7 vol. in-8°).
Vitry fut encore brûlé par Jean de Luxembourg en 1420, puis détruit par Charles-Quint en 154-4-, et reconstruit par François Ier en 1545.
2 Guillaume, archevêque de Tyr, Histoire de la Guerre Sainte (Delli saeri Ilistoria. Bâle, 1549 et 1556, in-f°). Cet ouvrage fut continué par Hugues Plangon au xme siècle jusqu'en 1275 (Amplissima Collectio, de dom Martène), et par Jean Hérold au xiv° jusqu'en 1321. On le trouve spécialement dans le Recueil des Historiens des Croisades, public par l'Institut. Une traduction fut donnée par Gabriel du Préau en 1574- (Paris, in-f°) ; une autre forme les t. xvi à xvii] de la collection des Mémoires sur l'Histoire de France, de Guizot (1823-1835).
L'AGENAIS AUX XIe ET XIIe SIÈCLES 37
France (1149), fut pris en mer par les Grecs et délivré par les Normands de Sicile.
Peu après son retour, Eléonore, n'affectant plus que mépris pour son époux, sollicita un divorce qui fut prononcé en 1152, sous prétexte de parenté, par un concile assemblé à Beaugency et où siégea Elie de Gastillon, évoque d'Agen. Eléonore regagna aussitôt ses Etats, et, arrivée à Poitiers, agréa les recherches de Henri Plantagenet, petit-fils de Guillaume le Conquérant et successeur récent de son père, Geoffroy Plantagenet, dans la possession de l'Anjou, du Maine et de la Touraine. Malgré l'opposition de Louis VII, ce mariage s'accomplit, et Henri, nanti de l'Aquitaine *, fut dès lors un vassal redoutable, ayant en souveraineté près d'un tiers du royaume, de l'embouchure de la Somme à celle de l'Adour, sauf la Bretagne. Il devint roi d'Angleterre sous le nom de Henri II en 1155, succédant à Etienne de Blois 2.
La vieille hérésie des Manichéens, écho du nie siècle, avait reparu et s'était propagée en Agenais. Le concile de Reims de 1148 l'avait condamnée encore. A cette occasion se multiplièrent dans la région les communautés religieuses, sous l'épiscopat d'Elie de Castillon, qui avait appelé des missionnaires de l'abbaye de la Grande-Sauve. Un sectaire nommé Henri avait fait chez nous de nombreux prosélytes qu'on appelait Henriciens. Vers 1158, quelques-uns de ces fanati-
1 Le duché d'Aquitaine comprenait le Poitou, le Limousin, le Bordelais, l'Agenais et l'ancien duché de Gascogne 11 donnait, en outre, à son possesseur L'autorité suzeraine sur l'Auvergne, le Périgord, la Marche, l'Angoumois, la Saintonge, etc..
- Etienne de Blois (1105-1153), comte de Boulogne et de Mortain, duc de Normandie, (ils de Henri, comte de Rlois, et neveu de Henri Ier d'Angleterre. A la mort de ci; dernier, en 1135, il s'était emparé du royaume, au détriment de Mathilde, fille du roi défunt. Le sort des armes le conduisit en 1153 au traité de Winchester, qui attribua la couronne à Henri 11.
ques s'étaient réfugiés au château de Gavaudun, poste presque inaccessible, d'où ils s'élançaient au pillage dans toute la contrée et jusqu'en Périgord.
L'évêque de Périgueux, Jean d'Assida *, entreprit alors contre eux une Croisade, et parvint à prendre et à détruire leur repaire 2. Ces pillards se dispersèrent aussitôt.
Bientôt, Henri II, voulant faire valoir les droits d'Eléonore sur le comté de Toulouse, s'allia avec les ennemis de Raymond V 3 ; mais celui-ci, qui avait épousé une sœur de Louis VII, appela le roi de France à son aide. Louis accourut, se jeta dans Toulouse, et son vassal n'osant pas l'assiéger se dirigea sur Cahors dont il s'empara. Une trêve de quatre ans fut conclue en 1160.
Néanmoins, en 1161, Henri II reparut encore, et, malgré la trêve, pénétra en Agenais, où il prit le château de Castillou le 10 août, après sept jours de siège. Ce château, situé, ai-je dit, à deux kilomètres d'Agen et servant de citadelle à cette ville, fut alors rasé K
1 Jean Ier d'Assida, évêque de Périgueux de 1160 à 116$.
2 Le château de Gavaudun (canton de Monflanquin) fut reconstruit à la même place. Il n'en reste plus aujourd'hui qu'une tour et quelques pans de murailles, dans un des sites les plus pittoresques du pays.
V. Histoire religieuse et monumentale du Diocèse d'Agen, par l'abbé Barrère, t. i, p. :!28.
3 Raymond V, comte de Toulouse, fils d'Alphonse-Jourdain, à qui il avait succédé en 1148.
4 Castillou, mot roman signifiant pe tit château.
Le château de Castillou (ou Castillon) était alors la citadelle avancée d'Agen, comme le fut au \\° siècle le château de Castelnoubel. Il était sans doute très fort et se trouvait situé à l'est de la ville, sur le coteau qui a conservé son nom.
Son siège du xne siècle est absolument certain , mais l'époque en a été diversement indiquée.
Labénazie dit 1 l(»u2 (Histoire de la Ville d'Agen, p. 108) ; Lahrunie et l'abbé Barrère n'en parlent pas; mais Saint-Amans et Cassany-Mazet donnent la date de 1159 (Hist. du Dép. de Lol-el-Gar., t. i, p. 76; Annales de Villeneuve-sur- Lot, p. 36). — M. Georges Tholin fixe ce siège à l'année 1175 et l'attribue à
L'AGENAIS ATX KIe ET XIIe SIÈCLES 39
Dès 1164, les hostilités recommencèrent. Une armée de routiers sans foi ni loi, conduite par l'archevêque de Bordeaux, Bertrand de Montaut1, dévasta la région jusqu'aux portes de Toulouse.
L'agrandissement de ses Etats était, du reste, la préoccupation dominante de Henri II, qui parvint, malgré tous les obstacles, à s'emparer de la Bretagne et de l'Irlande ; mais sa tyrannie et ses crimes le firent exécrer, surtout après le meurtre de Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, en 1170.
La paix entre Henri II et Raymond V fut signée en 1173. Alors la famille royale d'Angleterre était en proie à des dissensions profondes. L'ainé des fils de Henri II, Henri au Court-Mantel, s'abrita auprès du roi de France; ses deux frères, Geoffroy et Richard, réfugiés en Aquitaine, allèrent le rejoindre. Leur mère Eléonore les suivit ; mais elle fut reconnue, arrêtée et enfermée au château de Salisbury, où elle resta dix ans prisonnière v2. Henri II traversa la Manche, battit
Richard Cœur de Lion, d'après le Trésor des Chartes, t. i, p. 115, etc., en faisant remarquer.que ledit Castillouest bien le Podium Castillone mentionné dans les vieux documents ( Ville libre et Barons. Essai sur les limites de la Juridiction d'Auen, etc., p. 8). Ce remarquable ouvrage de M. Tholin sera mieux indiqué plus loin, au cbap. v.
La date que j'adopte, du 10 août 1161, est donnée dans le t. xm, p. 306 du Recueil des Historiens des Gaules et de la France : « Ex lioberti abbatis de Monte Appendice ad Sigibertum. — Au. 1161.... post festum S. Johannis, Henricus rex Angîorum perrexit in Aquitaniam, et inter alia quœ strenue gessit, Castellionem supra urbem Agennum, castrum scilicet nalura et artiiicio munitum, obsedit : et infra unam scptimanam, in festivitate S. Laurentii, admirantibus et perterritis Wasconibus, cepit. »
Samazeuilh (Histoire de l'Agenais, t. i, p. 212) a seul produit cette date de 1161, en relevant la méprise de Du Pleix, qui confond notre Castillon avec Castillon-sur-Dordogne.
1 Bertrand Ier de Montaut, archevêque de Bordeaux de 1163 à 1172.
- V. L'Héritière de Ou yen ne, ou Histoire d'Eléonor, fille de Guillaume, dernier duc de Guyenne, etc., par Larrey (Rotterdam, 1691 et 1692, in-12). Plusieurs éditions. — V. aussi : Eléonore de Guyenne. Elude biographique, par L de Villepreux (Paris, 1862, in-16), el Observations sur' V Histoire
lO HISTOIRE DE L'AGENAIS
l'armée de Louis VII et obtint la soumission de ses fils.
Une révolte générale due aux exactions de Richard que Henri II avait mis à la tête de l'Aquitaine éclata bientôt dans cette province (1183). Elle avait pour héraut indomptable le célèbre troubadour Bertrand de Born1, seigneur limousin, dont les sirventes fougueux excitaient l'ardeur des champions aquitains combattant contre la domination anglaise.
Cette guerre menaçait de se prolonger. Henri au Gourt-Mantel, jaloux de voir son frère Richard posséder l'Aquitaine, s'unit aux barons révoltés, et avec Geoffroy, comte de Bretagne, réussit a s'emparer de Bordeaux -.
Henri II intervint et s'avança jusqu'à Limoges ; mais le Gourt-Mantel mourut le 11 juin 1183 à Martel (Lot), et son parti se désagrégea presque aussitôt. Néanmoins, les hostilités continuèrent, tantôt sur un point et tantôt sur un autre. Philippe Auguste, qui
d'Eléonore de Guyenne, par Tamizey de Larroque (Paris et Agen, 1864, in-8n), etc.
1 Bertrand de Born, né au château de Hautefort (Dordogne), mort avant 1212. Ses poésies ont été publiées par Baynouard {Choix des Poésies originales des Troubadours. Paris, 1816-1821, 6 vol. in-8°).
Il avait été fait prisonnier par Henri II et gracié. On suppose qu'il finit ses jours dans un monastère.
2 V. sur Bordeaux :
Histoire curieuse et remarquable de la Ville et de la Province de Bordeaux, par J.-M. de La Colonie (Bordeaux, 1757 ; Bruxelles, 1760 ; Bordeaux, 1767-70, 3 vol. in-12). — Chronique Bourdeloise, de Gabriel de Lurbe (Bordeaux, 1595, in-4° ; éd. complétée par J. Darnalt : Bordeaux, 1619-1620, in-4°). — Variétés Bordeloises, ou Essai historique et critique sur la Topographie anc. et mod. du Diocèse de Bordeaux, par l'abbé Baurein (Bordeaux, 1731, 6 vol. in-12 ; 1786 et 1875-76, 4- vol. gr. in-8°). — Etudes sur l'Histoire de Bordeaux, de l'Aquitaine et de la Guyenne... par Guilhe (Bordeaux, 1835, gr. in-8°, pi.). — Histoire complète de Bordeaux, par J.-P. O'Beilly (Bazas, 1840 ; Bordeaux et Paris, 1856-60 et 1863, 7 vol. in-8°). —Histoire de la Ville de Bordeaux, par dom Devienne (Bordeaux, 1862, 2 vol. pet. in-4"). — La Guyenne Historiq. et Monum., par A. Ducourneau, t. n, 1re partie, etc., etc.
LAGENAIS AUX XL' ET \ I T SIECLES il
avait succédé à Louis VII en 1180, s'y mêla lui-même en 1188.
Richard, dit Cœur de Lion, remplaça son père Henri II sur le trône d'Angleterre en 1189. C'est au cours de cette année, le 12 novembre, que, sur l'initiative de Févêque Bertrand de Beceyras, Richard concéda par une charte aux habitants d'Agen le droit de bâtir un pont sur la Garonne, pont qui, toujours fait et refait, restait toujours à faire, et dont il sera question plus d'une fois par la suite *.
Raymond V mourut en 1194. Son fils, Raymond VI, continua la guerre, même après le traité de paix signé le 15 janvier 1195 entre les rois de France et d'Angleterre, et il finit par obtenir de Richard l'abandon de toute prétention sur le comté de Toulouse, la restitution du Quercy et la main de sa sœur Jeanne, veuve du roi de Sicile, avec l'Agenais pour dot, sous les seules réserves de l'hommage et du concours militaire.
On sait que Richard Cœur de Lion fut tué en 1199 devant le château de Ghalus, en Limousin, et que Jean sans Terre lui succéda. Ce dernier ne posséda bientôt plus en France que la Saintonge et la Gascogne, dont il fut même un moment dépouillé en 1205 par Alphonse de Castille, qui avait épousé une fille de Henri II et d'Eléonore.
C'est au xnc siècle, en 1182, que fut fondée la ville
1 Cette charte de Kichaid Cœur de Lion, du 12 novembre 1189. est le plus ancien document possédé par les Archives communales d'Agen. Elle a été reproduite par Ad. Magen et G. ïholin, dans le volume publié sous ce titre : Archives municipales d'Agen. Charles. lre série (seule parue), 1189-1328 (Villeneuve-sur-Lot, 1876, in4°).
Ce document figure dans le recueil formé par le Ministère de l'Intérieur en 1878, sous le titre de. Musée des Archives départementales (Paris, in-111), et en fac-similé dans VAlbum qui complète cette publication, faite à l'occasion de l'Exposition universelle de 1878.
de Marmande par Richard, duc d'Aquitaine, qui la dota de Coutumes et de franchises spéciales1.
Avant de quitter ce siècle, je rappellerai la succession des évêques d'Agen :
Après Hugues de Gascogne, le premier prélat qui ait occupé sûrement le siège d'Agen fut Sanctius (1016-1020). Puis vinrent Arnaud II de Beauville (ou Bo ville) qui, nommé en 1020, se démit en 1049 ; Bernard Ier de Beauville (1049-1060) ; Guillaume Ier (1063-1069) ; Elie 1er (1069-1079) ; Donald (1080) ; Simon (1083-1101); Géraud 1er (1101-1104); Isaard ou Isarad (1105); Gausbert (1105-1118); Aldebert (1118-1128) ; Raymond-Bernard du Fossat (1128-1149); Elie II de Gastillon (1149-1182) ; Bertrand de Beceyras (1182-1209).
Il y a bien peu à dire sur la plupart de ces évêques, dont on ne connaît guère que les noms ou l'assistance à divers conciles. J'ai déjà cité Arnaud de Beauville et Simon, à propos de la monnaie Arnaldèse. J'ajoute ici une anecdote relative à Raymond du Fossat, qui concourut à la fondation du monastère du Paravis2.
1 Marmande avait débuté au Xe siècle par un château, devenu bientôt un vrai fort commandant la Garonne et autour duquel s'était bâtie une ville.
Les Coutumes de Marmande, de 1182, furent confirmées en 1341 par le sénéchal Pierre de La'Palu et Guillaume de Flavacouft, archevêque d'Auch et lieutenant général en Languedoc. Une copie de ce texte de 1341, incomplet, existe à la Bibliothèque nationale (Coll. Baluze, t. xxv) ; elle a été analysée au t. i, lre partie (pp. 76-81) de la Guyenne llislor. et Monum., et par M. Tamizey de Larroque, dans sa Notice sur la Ville de Marmande (Villeneuve sur-Lot, 1872, gr. in-8<>), p. 6 et suiv.
Les Statuts et Etablissements de la ville de Marmande, plusieurs fois confirmés, notamment à Agen, en août 1386, par Jean, duc de Normandie (Coll. Baluze, t. xxvj, ont été aussi analysés ln par Jules Delpit, au t. v, p. 360 des Archives Historiques de la Gironde, et 2° par M. Tamizey de Larroque, dans sa Notice sur la Ville de Marmande, p. 55 et suiv.
- Le couvent du Paravis (d'abord Paradis, du nom du fondateur-donataire), de l'ordre de Fontevrault, fut fondé en 1130 par Amalvin Paradis, sa femme Onors, leurs enfants Amalvin-Arnaud et Guillaume, et Raymond-Bernard du Fossat, évêque d'Agen. Ce prieuré, situé près de Feugarolles, fut longtemps
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Les évêques d'Agen et de Bazas se disputaient la possession de Casteljaloux. Cette compétition durait depuis déjà longtemps, quand l'évêque d'Agen, soutenu par Sanchez de Caumont et Bertrand de Cantiran, s'avisa tout simplement, en 1136, d'assiéger Bazas. L'assaut fut donné et la ville incendiée '. L'évêque expolié, Fort Garini (Forton Guérin), ou Fort de Pellegrue, se plaignit de ces violences à Innocent II, qui désigna comme arbitres l'archevêque de Bordeaux et l'évêque de Chartres. Mais la solution s'attarda, et le successeur de Fort Garini (1150) dut en appeler à Eugène III. Casteljaloux fut déclaré dépendance de Bazas.
Agen comptait deux Chapitres : celui de la Cathédrale Saint-Etienne 2 et celui de la Collégiale Saint-
prospère. V. Histoire relig. et monum. du Diocèse d'Agen, par l'abbé Barrère, t. i, p. 319 et suiv. ; Dictionnaire de V Arrondissement de Nérac, par Sarnazeuilh ; Notes sur des Monuments féodaux ou religieux du Département de Lot-et-Garonne, par J. de Bourrousse de Laffore, p. 153 et suiv., etc.
Les vingt premières religieuses qui habitèrent le monastère du Paravis avaient été capturées en Garonne par ordre de l'évêque, dans un bateau qui, du couvent de Bragairac, diocèse de Toulouse, les conduisait à Fontevrault sur la demande de l'abbesse de ce prieuré. Une fille de Jules-César Scaliger, Françoise de Lescale, en religion Sœur Nunciade, fut religieuse pendant 7U ans, de 1544 à 1614, au couvent du Paravis et à celui de Fongrave, du même ordre, situé entre Sainte-Livrade et Castelmoron, sur la rive droite du Lot, et fondé aussi en 1430.
En I25U, Raymond VII, comte de Toulouse, fut inhumé à Fongrave, où avait été déjà portée sa mère Jeanne d'Angleterre.
L'abbaye de Gondon, entre Monclar et Cancon, fut fondée vers 1105 par les religieux de Cadouin, en Périgord, sur un terrain appartenant aux seigneurs de Lauzun.
1 V. Archives Historiques de la Gironde, t. xv, p. 26.
2 Où fut la première Cathédrale Saint-Etienne ? Une tradition la plaçait vers la tour de la Grande-Horloge.
Quoi qu'il en soit, la cathédrale connue occupait l'emplacement du Marché- Couvert actuel. Le chœur, de trois travées, était entouré d'une double galerie et de cinq absides rayonnantes.
Régulièrement orientée et à trois nefs, cette église se trouvait en dehors de la première enceinte de la ville. File remontait probablement au xni° siècle, et peul être avait-elle même remplacé un autre monument religieux plus
il HISTOIRE DE L'AGENAIS
Caprais ', dont l'accord n'était pas toujours parfait.
Ces Chapitres jouissaient, à côté des deux autorités principales, le corps municipal et l'évêque, d'une importance considérable, que vint augmenter encore l'ordonnance rendue à Bordeaux par Louis VII en 1137, attribuant aux Eglises d'Aquitaine la faculté de choisir leurs évêques. Les Chapitres d'Agen exercèrent ce droit pour la première fois en 1149, en élisant Elie II de Castillon.
En ce moment, d'ailleurs, l'autorité épiscopale atteignait le maximum de sa puissance, qui allait s'affaiblir peu à peu sous l'influence toujours croissante des institutions politiques. Le corps consulaire, substitué de bonne heure en Agenais au municipe, ne
ancien. Elle ne fut, du reste, jamais achevée. Des restaurations eurent lieu au xvie siècle par les La Rovère, forcés par les consuls, et encore en 1771) par l'évêque d'Usson de Bonnac, qui obtint de la cour un don de 120.000 livres.
Son clocher, haute tour carrée, était isolé au nord, et à gauche de la nef se trouvaient des cloîtres. Sa longueur totale était de 70 mètres.
Vendue en 1798 pour 64.000 livres, cette cathédrale était complètement détruite en 1830. Elle lit place à une Halle, à laquelle a été substitué le Marché- Couvert en 1882. La cathédrale fut transférée à la Collégiale Saint-Caprais.
V. Etudes sur V Architecture religieuse de V Agenais du x° au xvie siècle, par Georges Tholin (Agen et Paris, 1874, in-8°, pi.), p. 189 ; La Place de la Halle à Agen. Edifices qui ont existé sur son emplacement, par Ad. Magen et G. Tholin (Revue de V Agenais, t. îx, p. 81) ; Histoire religieuse et monum. du Diocèse d'Agen, par J. Barrère, t. i, p. 223 ; Esquisse archéologique, historique et pittoresque sur Saint-Etienne, ancienne Cathédrale d'Agen, par H. Brécy (Agen, 1836, in-4°, pi.), etc.
1 L'église Saint-Caprais, ancienne collégiale, aujourd'hui cathédrale d'Agen, fut-elle élevée sur les ruines d'un ancien monument dû à saint Dulcide, comme le prétend l'abbé Barrère ? La question est bien obscure. Nous ignorons ce qu'était la Collégiale Saint-Caprais au xii° siècle.
L'église connue date du xme siècle. Elle a fait l'objet de nombreuses études et est fréquemment citée dans les ouvrages archéologiques. C'est un monument de styles multiples et disparates, restauré assez malheureusement au xixe siècle et flanqué d'une tour carrée à trois étages assortissant peu l'ensemble. La partie gothique est surtout intéressante.
V. Architecture religieuse de V Agenais, par G. Tholin, p. 30 ; Histoire relig. et monum. du Diocèse d'Agen, par l'abbé Barrère, t. i, p. 227, etc.
L'AGENAIS AUX XIe ET XIIe SIÈCLES 45
devait pas tarder à réaliser une sorte d'omnipotence *.
L'évoque Raymond-Bernard du Fossat, d'abord religieux de la Grande-Sauve , avait fondé en 1142 un prieuré de Bénédictines au sud d'Agen, dans les Champs de Renaud, vers l'Hôpital Saint-Jacques2, sur l'emplacement où s'était élevée autrefois une vieille forteresse au sujet de laquelle on n'a que des données confuses3. Ce prieuré ne survécut pas, du reste, à la décadence de la maison-mère. Les guerres des xive et xvc siècles en consommèrent la ruine.
1 II sera reparlé des privilèges des évoques d'Agcn. V. à ce sujet une excellente étude de M. André Ducom : La Commune dWtjen. Essai sur son Histoire et son Organisation depuis son origine jusqu'au traité de Brèdgnu (Paris et Agen, 1892, in-8°), pp. 9-15, 140 et suiv.
2 L'Hôpital Saint-Jacques, fondé en 1685 par Mascaron, n'acquit d'importance qu'en 1819, lors de la suppression de l'Hôpital du Martyre, situé entre les églises Saint-Caprais et Sainte-Foi, et dont il sera question autre part.
•"• Les Champs de Renaud, entre la Capelette, la Garonne et le Pont-route.
Le château de Renaud, situé vers le point où se trouve aujourd'hui l'Hôpital Saint-Jacques, avait disparu depuis longtemps au xne siècle, et son origine est inconnue. Nos vieux annalistes, Darnalt et Lahénazie, se sont faits à ce sujet lt!s échos de fables que Labrunie a combattues. — V. Une Chapelle perdue, par Philippe Lauzun (Revue de l'Agenais, t. iv, 1877, p. 1 et suiv.).