CHAPITRE VI
L'Agenais au xive siècle — Les Anglais — Querelles de Charles le Bel et d'Edouard II, de Philippe VI et d'Edouard 111 — Guerre de Cent ans
hilippe le Bel et Edouard Ier conclurent un traité de paix le 20 mai 1303. Philippe rendit la Guyenne et l'Agenais au roi d'Angleterre sous simple réserve d'hommage * .
Deux ans plus tard, l'archevêque de Bordeaux Bertrand II de Goth fut nommé pape sous le nom de Clément V.
Bertrand de Goth, qui avait visité en mai et juin
1 Une réunion des trois Etats de France fut tenue à Paris en avril 1302. Les villes du Nord y envoyèrent leurs èchevins, et celles du Midi leurs consuls. Ce fut en quelque sorte l'inauguration des Etats généraux (V. Essai sur l'Histoire de la formation et des progrès du Tiers Etat, par Aug. Thierry (Paris,1853, in-8°, et éd. nombreuses).
Quelle part l'Agenais prit-il à cette Assemblée ? Nos Archives, muettes à cet égard, ne fournissent pas d'indications antérieures aux Etats de 157G dont il sera parlé à leur date.
1304 divers prieurés de l'Agenais (Marmande, Virazeil, Gontaud, Lévignac, Casseneuil, etc.)1, passa par Agen en 1306, en allant à Lyon recevoir la tiare, et y repassa encore en 1308, en se rendant à Toulouse. On sait que ce fut le premier pape siégeant à Avignon. Il était, ai-je dit, le neveu de l'évèque d'Agen Bertrand de Goth, dont l'épiscopat ne prit fin qu'en 1313, et à qui le sénéchal d'Agenais pour le roi d'Angleterre, Guillaume de Deen, adressa en août 1308 une lettre définissant ses droits de justice2.
Clément V était né près de Villandraut, en Bazadais. C'est donc gratuitement qu'un de nos annalistes lui attribue une origine agenaise3.
En 1306, Raymond de Galard''., abbé de Condom, fit cession de la seigneurie de Nérac à Amanieu VII d'Albret, second fils d'Amanieu VI. Le roi d'Angleterre, co-seigneur de Condom, voulut s'opposer à cette vente
1 Archives Historiques de la Gironde, t xxm, p. 306.
2 Une copie de cette curieuse lettre du sénéchal anglais se trouve aux Archives départementales de Lot-et-Garonne, dans le Recueil ms. de Pièces justificatives réunies par Argenton et Labrunie, p. 103.
3 Bernard Labénazie, Chronique Agenoise, ou Annales d'Agen (Agen et Paris, 1886, gr. in-8°), p. 60.
Bertrand de Goth était fils de Béraud, seigneur de Goth, Rouillac et Villandraut. Il était archevêque de Bordeaux depuis 1300, fut élu pape le 5 juin 1305 et mourut en 1314.
Son neveu Raymond de Goth, tils d'Arnaud-Garcie de Goth, vicomte de Lomagne et d'Auvillars, fut nommé cardinal en 1305.
Sur Villandraut, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Bazas (Gironde), V. une excellente notice de Léo Drouyn, au t. il, pp. 36-47 de la Guyenne Militaire.
4 Raymond de Galard, dernier abhé et premier évèque de Condom, avait remplacé en 1306 Arnaud de Lomagne, étant prieur de La Graulet. Il promulgua en 1313 les Coutumes de Condom, de concert avec le roi d'Angleterre, et mourut à Paris en 1340. Pierre de Galard lui succéda.
Toute la durée de son épiscopat fut agitée par des dissentiments et des luttes avec les habitants de Condom, et Edouard II dut fréquemment intervenir. — V. la Biographie de l'Arrondissement de Nérac, par Samazeuilh (Nérac, 1857, in-16), art. Albret.
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et chargea son sénéchal d'A gênais, Jean de F arrières, de se saisir de la ville de Nérac. Ce sénéchal dévasta les domaines du sire d'Albret avec un corps de 4,000 hommes; mais Philippe le Bel, intervenant comme suzerain des deux parties, condamna Edouard à une indemnité de 20.000 livres tournois et bannit les seigneurs gascons qui avaient participé à l'expédition1.
C'est en 1311 qu'eut lieu le célèbre concile de Vienne qui, sur une information inique, abolit l'ordre des Templiers dont la puissance portait ombrage et dont les immenses richesses étaient vivement convoitées. On sait que le grand maitre, Jacques de iVIolay, et le commandeur d'Aquitaine, Gui d'Auvergne, frère de Robert IV, dauphin d'Auvergne, furent brûlés vifs à Paris le 18 mars 13142. Cinquante exécutions pareilles avaient déjà eu lieu.
Dans notre région, les Commanderies de cet ordre étaient assez nombreuses. Il en existait, notamment, à Agen, Auvillars, Argentens, Casteljaloux, Cours, Cuzorn, Dominipech, Golfech, Le Temple de Brulhes (aujourd'hui Le Temple-sur-Lot), Mérens, Nomdieu, Port-Sainte-Marie, Sauvagnas, etc., etc:{. Le petit chà-
1 L'acte de cession de 1306 a été reproduit par M. J. Nouions, au t. iv, p. 47 et suiv. des Documents historiques sur la Maison de Galard (Paris, 1871-76, 4 vol. gr. in-8").
2 V. Michelet, Procès des Templiers (Documents inédits sur l'Histoire de France. Paris, 1841-51, 2 vol. in-4°).
3 Les Templiers furent remplacés en 1312 dans la plupart de leurs possessions par les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, ou chevaliers de Malte, ordre fondé en 11 13.
Les Templiers s'étaient établis dans Agen vers le milieu du XH8 siècle, avant ll.r)5,sous l'épiscopat d'Elie de Castillon. Leur Commanderie l'ut probablement située dans l'enclos de Sainte-Quitterie, entre les rues du Temple (aujourd'hui La Fayette), Saint-Martial (Joscph-Barra) el de l'Ecole-Vieille. Elle s'appelait Commanderie de Sainte-Quitterie et dépendait du Temple de Brulhes, entre Castelmoron et Sainte-Livrade.
L'église Sainte-Quitterie n'a laissé aucune trace Sur l'emplacement de la
teau du Bédat, au nord d'Agen, peut aussi être cité. Les usurpations toujours croissantes des seigneurs voisins conduisirent en 1315 les habitants d'Agen à adresser des doléances au roi d'Angleterre, qui désigna comme bailli Bernard Lespinasse, homme énergique et dévoué, et lui donna des instructions spéciales. Lespinasse obtint la restitution de divers territoires ; mais il fut bientôt destitué par le sénéchal de Guyenne, Amalric de Créon4, et le trésorier d'Agen, comme le constate une seconde plainte du 19 juillet 1317, visant sans doute les audacieuses entreprises d'Amanieu II du Fossat, continuées par son fils Amanieu III, sires de Madaillan2.
Commander ie et de ses dépendances fut établie en 1755 une Maison de Refuge. Le Collège y fut transféré en 1806, puis l'Ecole Normale. La partie méridionale des bâtiments fut attribuée en 1839 aux Frères de la Doctrine Chrétienne, auxquels a été substituée en 1881 une Ecole laïque communale. — V. Les Couvents de la Ville d'Agen avant 1789, par Ph. Lauzun, t. i (Couvents d'Hommes), p. 27 et suiv.
En 1501, le commandeur du Temple d'Agen était Bertrand d'Esparbès de Lussan, seigneur de La Fitte et de Lussan (en Armagnac), chevalier de Malte depuis 1489. Il avait été receveur du Grand-Prieuré de Toulouse jusqu'en 1499. J'ai signalé un autre chevalier de la même famille, Pierre d'Esparbès de Lussan, commandeur de Colfech en 1579 (V. p. 96, note l).
1 La commission de sénéchal de Gascogne à Amalric (ou Alméric) de Créon fut délivrée par le roi d'Angleterre, son parent, le 17 juillet 1315 (Rymer, t. H, pars i, p. 84). Il l'avait été déjà en 1302 et le fut encore en 1321 (Ibid., ri, H, p. 37). Un Bertrand de Créon l'était en 1279, et un Maurice de Créon en 1291 (Ibid., î, ni, 87). Amalric avait été aussi sénéchal de Guyenne en 1313, et avait prêté serment le 23 septembre aux consuls de Condom (Documents sur la Maison de Galant, t. i, p. 190). — Il succédait, je pense, en 1315 à Etienne de Ferréol, co-seigneur de Tonneins, dont j'ai signalé la nomination du 28 octobre 1312.
Amalric fonda la bastide de Créon, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Bordeaux. V. la Guyenne Militaire, de Léo Drouyn, t. n, p. 396.
Guillaume de Montaigu l'avait remplacé comme sénéchal anglais de Guyenne en 1313, puis vint Antoine Pessaigne de Janua (1319), qui avait été sénéchal de Gascogne en 1317 (Rymer, t. i, pars i, p. 137).
Alors et depuis 1311, Géraud de Castis était sénéchal d'Agenais pour le roi de France (Archiv. comm. d'Agen, AA. 5), après Raoul des Fontaines (1303).
- Amanieu III du Fossat, seigneur de Madaillan depuis 1307. Favori d'Edouard II, il fut maire de Bordeaux en 1311, sénéchal d'Agenais en 1313,
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L'année 1316 fut aussi marquée par des contestations entre les consuls d'Agen et les forains de la juridiction, auxquels on voulait imposer des contributions exagérées, et encore par des règlements nouveaux et précis sur la monnaie Arnaldèse.
Des transactions eurent lieu. Les forains ne furent imposés comme les citadins que pour les biens possédés sur le territoire de la ville, le reste étant exonéré de moitié.
Quant à la monnaie Arnaldèse, elle devait être blanche et du poids de 20 sous 10 deniers. Sa fabrication n'était pas, du reste, absolument à l'abri du contrôle consulaire4.
Jean XXII, successeur de Clément V, érigea l'évêché de Condom en 1317, par un démembrement de Févêché d'Agen, auquel fut enlevé le territoire situé sur la rive gauche de la Garonne , notamment le Bruilhois. La bulle pontificale est du 13 août. L'abbé de Condom, Raymond de Galard, fut le premier évêque du nou-
et un moment sénéchal de Guyenne en 1319, pendant un voyage en Angleterre d'Antoine Pessaigne. Il mourut après 1350, âgé d'environ 80 ans. Il avait tenu pour les Anglais Port-Sainte-Marie, Castelmoron, Clairac, etc. (Archives comm. d'Agen, AA. 8.)
Son père, Amanieu II du Fossat, s'était emparé en 1301 des paroisses de Fraysses et de Gardounet, juridiction d'Agen. — Sa sœur avait épousé Bernard de Montpezat.
Amanieu III fut un grand capitaine, très activement mêlé aux premiers événements de la guerre de Cent ans. 11 continua les usurpations paternelles, et parvint à sauver de la destruction son château de Madaillan qui, d'après le traité du 31 mars 1327, devait être rasé comme bien appartenant à l'un des onze barons les plus compromis et exceptés de l'amnistie générale. Il trahit tour à tour le roi de France et le roi d'Angleterre.
En 1319 et 1320, il terrorisa Monclar, dont les habitants se plaignirent à Edouard II, alors à Bordeaux. Par lettres des 28 avril et 22 novembre 1320, Edouard, déclarant sa sollicitude pour cette ville, lui envoya un autre gouverneur. Une enquête qui eut lieu en 1320 sur les usurpations d'Amanieu du Fossat à Madaillan et en d'autres lieux a été produite dans le t. xxiii, p. 272 et suiv. des Archives Historiques de la Gironde.
1 Histoire reliy.ct monum, du Diocèse d'Agen , par l'abbé Barrère,t. u, p. 91.
veau diocèse, pour les revenus duquel assignation fut faite sur celui d'Agen.
Pendant cette première période du xiv° siècle, le trouble, la confusion, l'anarchie religieuse et civile régnaient un peu partout. La force primait tous les droits; la tyrannie des puissants était sans bornes. L'évoque ne disposait plus d'aucune autorité sérieuse ; il ne pouvait même pourvoir une paroisse de pasteur sans l'agrément du seigneur, qui ne reculait, au besoin, devant aucun procédé d'intimidation, pas même devant la violence. En 1319, l'évèque Amanieu de Fargis, qui avait succédé à Bertrand de Goth en 1313, se plaignit vivement au roi de France, alors Philippe V, le Long. Celui-ci donna des instructions sévères à son sénéchal Robert pour la répression de ces abus J .
Mais, sans parler des désordres dus aux Pastoureaux de ce temps, de plus graves événements se préparaient.
Le 7 avril 1306, Edouard Ier avait fait cession de l'Agenais à son fils Edouard II-, qui devait régner de
1 On n'a aucun renseignement sur ce Robert, sénéchal d'Agenais pour le roi de France. Il avait remplacé en 1319 Pierre de Mirande (1316), successeur de Géraud de Castis. Jehan de Falcona vint après lui, en 1 3*23 (V. Sceaux Gascons du moyen âge).
Alors, de 1316 à 1323, Pierre de Marmaude était sénéchal du même pays pour le roi d'Angleterre, succédant à Amanieu duFossat, seigneur de Madaillan (1313) dont l'administration avait été odieuse. C'est de ce Pierre de Marmaude que venait le nom de la tour de ville située à l'extrémité de la rue Saint-Martial (aujourd'hui Joseph- Barra), tour longtemps affectée en notre siècle au logement de l'exécuteur des arrêts criminels, et maintenant en ruines.
Les sénéchaux anglais en Agenais, entre Bertrand-Raymond de Campagne, dernier cité (1287-1294), et. Amanieu du Fossat, avaient été les suivants : Othon de Cazeneuve (1303-1305) ; Guillaume de Deen (1305-1308) ; Jean de Havering (1308), un nom peut être altéré, déjà rencontré en 12-11 parmi les sénéchaux de Gascogne ; Arnaud de Caupène (1308) ; Arnaud-Guillaume de Marsan (1309- 1311); Géraud de Tastes (1311-1313); Rodolphe Salvatge (1316). V. Archives Municipales d'Aycn Charles, pp. 240, 247, 271, 288, etc. ; Archives Ilistoriq. de la Gironde, t. vin, pp. 267, 275, 279 ; Rymer, t. i, pars îv, p. 100 : Th. Carte, t. i, pp. 35 et 40, etc.
2 V. Rymer, Fœdera, Conventiones, etc., t. i, pars îv, p. 50.
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1307 à 1327. Le traité de 1303 n'avait fait qu'assoupir, pour ainsi dire, les querelles royales anglo-françaises, procédant de causes trop multiples et trop complexes. La vassalité n'était supportée qu'impatiemment parle roi d'Angleterre dans ses domaines de Guyenne, où les limites de chacun manquaient d'ailleurs de précision. Les plaintes étaient incessantes de part et d'autre ; les griefs réciproques s'accroissaient chaque jour.
Charles IV le Bel succéda à Philippe le Long en 1322. En septembre 1323, il réclama l'hommage que lui devait Edouard II comme duc de Guyenne, et somma son vassal de se présenter à cet effet à Amiens, entre la Chandeleur et Pâques. Par une lettre du 17 octobre suivant, Edouard avisa le roi de France que, n'étant pas alors à portée d'assembler son Conseil pour en délibérer, il remettait sa réponse à une époque prochaine. Le 16 novembre, il envoya, en effet, auprès de Charles trois ambassadeurs pour lui exposer que la situation ne lui permettait pas encore de s'éloigner d'Angleterre, et en même temps le prier de réprimer les entreprises faites à son préjudice, notamment en Agenais, et spécialement à Saint-Sardos, où se construisait, au mépris de ses droits, une bastide ou forteresse1.
Saint-Sardos, à 18 kil. d'Agen, enclave dans les possessions anglaises, dépendait du monastère de Sarlat. Cette dépendance avait été confirmée encore par
1 En 1323, Jehan de Falcona, chevalier, sénéchal'd'Agenais pour le roi de France, sur invitation de Foulque Lestrange, sénéchal d'Aquitaine (Kymcr, t. il, pars n, p. 45), commit Simon de Montherton, chevalier, bailli de Puymirol et châtelain de Tournon après Rainfroid de Durfort, pour opérer la saisie féodale des terres de Bernard-Jourdain de l'isle, qui n'avait pas fait hommage. — V. Sceaux Gascons du moyen <Ujc, par Paul La Plagne Barris p. 412.
C'est, je crois, Gérard Quiéret, sénéchal d'Agenais et de Gascogne, qui succéda à Jehan de Falcona. On le rencontre en 1325-26 (V. Archives communales d'Agen, AA. 3).
ie pape Eugène III en 1153. Or, l'abbé de Sarlat et ses religieux ayant donné en 1289 le temporel en paréage au roi de France, celui-ci était, dès lors, co-seigneur du territoire de Saint-Sardos, et avait ainsi le droit d'y établir une bastide.
Cependant, un arrêt fut d'abord bénévolement rendu en faveur du roi d'Angleterre ; mais quatre autres arrêts ayant consacré les droits irrécusables du roi de France, ce dernier prit possession officielle, et les travaux, un moment suspendus, furent aussitôt repris.
Sur de nouvelles réclamations d'Edouard II, Charles le Bel fit encore arrêter les ouvrages le 5 mai 1324, en espérant que la difficulté soulevée s'applanirait promptement ; mais, peu de jours après, les Anglais envahissaient et détruisaient la bastide, et faisaient pendre le procureur du roi de France près du poteau supportant les armes royales. Le butin enlevé était transporté au château de Montpezat, dont le seigneur avait participé à l'expédition1.
Cette nouvelle provoqua à la cour de France une profonde et bien légitime indignation. Charles le Bel fit citer les coupables devant le Parlement de Toulouse. Un grand nombre de seigneurs se soumirent ; les autres s'étant enfermés par bravade dans leurs châteaux furent condamnés et bannis de Guyenne, et leurs biens furent confisqués. Pierre de Galard, seigneur de Limeuil et grand maître des Arbalétriers 2, reçut l'ordre d'occuper le château de Montpezat.
1 Hugues de Montpezat, fils de Rainfroid Ier et petit-fils d'Amanieu Ier, auteur des Coutumes de Montpezat en 1279.
Le fils de Hugues, Rainfroy II, fut du parti français.
2 Pierre de Galard, chevalier, seigneur de Limeuil, grand maître des Arba-
l'agenais AU XIVe SIÈCLE 113
Pierre de Galard , opérant avec peu de forces, fut arrêté par le sénéchal d'Angleterre en Agenais et dut fournir caution pour recouvrer sa liberté.
Il semblait bien que tous ces faits regrettables se fussent accomplis à l'insu d'Edouard II , qui , le 7 décembre , adressait une lettre d'excuses à Charles le Bel ; mais autant celui-ci mettait de correction et de bonne foi dans ses procédés , autant le roi d'Angleterre autorisait des soupçons de perfidie. Charles, qui était alors en route pour Toulouse, avait encore répondu de Limoges , le 29 décembre, à la lettre d'Edouard avec la plus parfaite modération.
Aussi mal conseillé que possible , Edouard II prit le plus mauvais parti. Il prétendit couvrir son sénéchal Raoul Basset de Drayton , l'insulteur du roi de France. Charles résolut alors de recourir aux armes. Il prescrivit à son sénéchal de Périgord et de Quercy d'assembler des troupes à Lauzerte pour le 17 mars suivant, et de commencer les opérations militaires par l'attaque du château de Montpezat.
Edouard, inquiet, songea surtout à gagner du temps. Il sacrifia son sénéchal et envoya plusieurs
létriers depuis 1318, mort vers 1338. Il avait été capitaine et gouverneur des Flandres en 1313, ei fut le négociateur militaire et politique de trois rois.
Il avait épousé Talèse de Caumont, fille de Guillaume, seigneur de Caumont, morte en 1333.
Le Père Anselme le fait mourir en 1331. Il mourut seulement en 1337 ou 1338, et eut pour successeur dans la charge de grand maître des Arbalétriers Etienne de la Baume, dit le Galois.
Cf. Histoire généalogique et chronologique du P. Anselme, t. vm, pp. 3-6, et Docum. historiq. sur la Maison de Galard, par J. Noulens, t. i, pp. 303-407.
Samazeuilh et Saint-Amans ont transformé le nom de Pierre de Galard en celui de Pierre Gai ar don. Galardon est un simple surnom désignant un petit lief, qui fut porté par le quatrième fils de Barthélémy de Montesquiou, seigneur de Marsan, et d'Anne de Galard, Jean, dit Galardon, seigneur de Gelas, etc., mort après 1524.
HISTOIRE Dli l/AGENAIS, T. I. 8
ambassades chargées de louvoyer, d'ergoter sur des points de droit tendant à établir que Montpezat était de sa mouvance et tenue seulement en commission par Raymond-Bernard ; il rappela les traités de paix et les projets de croisade, etc. La principale ambassade fut reçue à Vincennes le 30 avril 4325. Charles répondit avec fermeté , réclamant résolument les satisfactions qui lui étaient dues. Les ambassadeurs sollicitèrent alors un sursis de vingt jours pour consulter leur maître; quatre jours seulement leur furent accordés, et finalement ils durent admettre leur intervention pour l'abandon du château de Montpezat, la remise des seigneurs condamnés et la poursuite des autres coupables.
Alarmé de ces nouvelles, Edouard en référa au pape le 18 mai suivant ; mais, malgré tous ses efforts , une soumission tardive et une dernière ambassade chargée de pleins pouvoirs pour traiter au gré de Charles, ce dernier refusa de prolonger un tel débat et donna l'ordre à ses troupes d'ouvrir la campagne.
Edouard nomma son frère , le comte de Kent , lieutenant général en Guyenne, et s'organisa aussitôt. Charles le Bel avait déjà chargé son oncle, le comte Charles de Valois1, de saisir cette province et le Ponthieu.
L'armée française, entrée en Agenais le 3 août 1324, prit Lafox et somma la ville d'Agen de se rendre. Les
1 Charles, comte de Valois, second fils de Philippe III. Son fils aîné lui succéda en décembre 1325, et devint roi de France en 1328, sous le nom de Philippe VI.
Charles de Valois, étant lieutenant du roi en Languedoc, confirma de La Réole, en 1324, les Coutumes et privilèges d'Agen, acte ratifié à Châteaudun par Charles le Bel la même année, et encore à Toulouse, en janvier 1336, par Philippe VI (Archiv comm. d'Agen, AA. 5).
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nabitants déclarèrent, le 10 et le 15 de ce mois, qu'ils attendaient une réponse du comte de Kent et demandèrent que leur fut accordé le temps utile; mais ils durent capituler.
Le frère d'Edouard, en effet, n'était guère en situation de secourir Agen, puisque, loin de pouvoir faire face au comte de Valois, il avait été obligé de s'enfermer dans La Réole. Celui-ci l'y assiégea pendant que ses lieutenants opéraient contre les autres places de la Guyenne.
Le château de Montpezat fut rasé, et plusieurs villes se soumirent en août. Puymirol, défendu par Amanieu III du Fossat, Penne et quelques autres places résistèrent ; mais Port-Sainte-Marie, Tonneins, Marmande, Sainte-Foy, Sainte-Bazeille , etc., ouvrirent leurs portes.
Le comte de Valois prit La Réole le 22 septembre et conclut une trêve avec son adversaire jusqu'au 14 avril 1325, sauf adhésion d'Edouard.
Cependant les renforts attendus impatiemment des Anglais n'arrivaient pas ; les embarras d'Edouard allaient toujours en augmentant et de nouvelles négociations s'ouvrirent. La reine d'Angleterre ellemême, Isabelle de France, sœur de Charles le Bel, y fut mêlée. Enfin, un traité très laborieusement préparé fut signé le 31 mai 1325 pour une suspension d'armes de deux mois.
Pendant ce temps , une horde de vagabonds se désignant sous le nom de Bâtards du Pays exerçaient mille dépradations en Agenais, où ils s'emparaient du château de Lafox1.
1 Les troubles incessants avaient laissé libre carrière aux audacieux. Une foule d'aventuriers, bâtards de noblesse gasconne, l'erducas d'Albret, les bâtards de Lesparre, de Caupène, de Périgord, de Mauléon, etc., multiplièrent
116 HISTOIRK DE l/AGENAlS
Henry de Sully ^ nommé sénéchal de Guyenne par Charles le Bel, fut aussi agréé par Edouard. Mais ce dernier lit naître bientôt des difficultés de toutes sortes, et au commencement de juillet 1326 les hostilités recommencèrent. Des représailles furent exercées par chacun des deux rois.
Le comte de Valois étant mort en décembre 4325, Alphonse d'Espagne fut désigné pour le remplacer. On a peu de renseignements sur la campagne conduite par Alphonse. En juin 4326, il reprit Lafox; en août, il s'empara de Tonneins, et en septembre de Puyguilhem. Marmande, en pleine révolte, lui ouvrit ses portes-, et pendant ce temps, les seigneurs de Pins3 molestaient le Condomois et le Mézinais.
leurs entreprises, surtout après 1350.11s furent secondés par le captai deBuch, le soudan de la Trau, Ogier de Montaut, les Montferrant, Rozan,etc. — V. H. Ribadieu, Histoire de la Conquête de ta Guyenne par les Français, de ses antécédents et de ses suites (Bordeaux, 1866, in-8°), liv. il, p. 37 et suiv. Y. aussi Les Guerres des Anglais en Guyenne . Etude d'Histoire locale, par Ch. Deloncle (Toulouse, 1868, gr. in-8°). '
1 Henri IV, sire de Sully. Il avait été nommé grand bouteiller de France en 1317, et devint gouverneur de Navarre en 1320.
2 Alphonse d'Espagne dut résigner son commandement pour cause de maladie vers la fin de cette campagne et mourut peu après.
Le 8 octobre 1327, il accorda rémission à Arnaud de Marmande pour sa rébellion, rémission confirmée par le roi en décembre suivant (Archives Historiques de la Gironde, t. xm, p. 44).
3 Sans-Aner de Piis ou de Pins, seigneur de Taillebourg, Monheurt, Moncrabeau, Calignac, etc., avait déclaré la guerre aux habitants de Caumont et de Mézin. Avec son fils Anissans, il se livra en 1336 à des entreprises violentes sur les territoires de ces deux villes. Des lettres de rémission lui furent délivrées.
Il avait épousé Brunissande de Comminges et était le quatrième fils de Guillaume-Raymond de Piis.
La maison de Piis, qui fournit deux évoques à Bazas (Arnaud, 1220-1226, et Guillaume, 1266-1270), se fondit dans celle d'Albret, par le mariage de Régine de Piis, fille unique de Barthélémy et de Talèse d'Albret, avec un d'Albret- Vcrteuil.
Le contrat de mariage de Barthélémy de Piis, seigneur de Calignac, et de Thalèse d'Albret, du 3 mars 1362, a été publié dans le t. XXVI des Archives Historiques de la Gironde.
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On sait ce qu'il advint d'Edouard IL La reine d'Angleterre, ayant avec elle son jeune fils Edouard et accompagnée du comte de Kent et de son favori Mortimer, débarqua en Angleterre avec des troupes à la fin de septembre 1326. L'impopularité du roi la servit puissamment; on l'accueillit comme une libératrice. Forcé de fuir, Edouard fut arrêté le 20 novembre, déposé en janvier suivant, et enfermé au château de Berkley où il fut assassiné peu après1.
L'avènement d'Edouard III mit fin provisoirement aux différends anglo-français. Le nouveau roi ratifia le dernier traité intervenu. Le 13 janvier 1327, des plénipotentiaires furent désignés, et l'accord définitif se signa à Paris le 31 mars 1327.
La Guyenne fut rendue au roi d'Angleterre, qui s'engagea à payer au roi de France 50.000 marcs sterlings de dédommagement. Une amnistie générale fut même accordée, sauf pour les seigneurs gascons condamnés, parmi lesquels figurait Amanieu III de Madaillan. La vie leur fut laissée sous condition d'obéir à leur ban et de voir raser leurs châteaux à la diligence du roi d'Angleterre.
Le maréchal de France Robert-Bertrand de Blïquebec^ fut envoyé en mai pour presser la démolition du château de Madaillan ; mais Amanieu négociait dans les deux camps et obtenait l'appui des deux reines de France et d'Angleterre. Edouard III devait naturellement soutenir ses partisans : il trouvait, d'ailleurs, plus avantageux, la confiscation étant
1 En cette même année 1326, nn accord intervint entre les consuls d'Agen et le bailli de l'évêque de Condom au sujet du Passage-d'Agen.
2 Le baron de Briquebec défendit Tournai en 1348 et mourut la même année.
en sa faveur, de rendre leurs possessions aux intéressés.
Au surplus, Charles le Bel étant mort le 1er février 1328, son successeur, Philippe VI de Valois, se laissa convaincre, rapporta l'ordre de démolition en 1331, et accorda même le rappel des bannis.
Le seigneur de Madaillan conserva ainsi son château et put reprendre la série des empiétements audacieux qui devaient être pour Agen une source d'ennuis pendant plusieurs siècles. Les Agenais protestèrent si vivement que les deux rois convoquèrent des assises à Langon en 1334. Ce tribunal reconnut la légitimité des réclamations relatives aux paroisses indûment occupées, qu'il rétablit dans la juridiction d'Agen. La sentence frappant du Fossat atteignait aussi Raihfroid de Durfort, seigneur de Baj amont; mais le sénéchal d' Agenais ne put la faire exécuter. La prochaine guerre devait, du reste, servir au mieux la résistance des deux barons.
La querelle de Charles le Bel et d'Edouard II, quelle qu'en eût été la gravité, allait paraître de peu d'importance, comparée à celle qui agita les règnes de Philippe VI et d'Edouard III *.
En 1329, Edouard, invité à rendre hommage au roi de France, répondit d'une manière arrogante. Philippe saisit aussitôt ses revenus et réunit une armée à Bergerac. Alors Edouard se ravisa et rendit son hommage à Amiens, le 6 juin de la même année. Néanmoins, ce jeune prince, qui se trouvait humilié
1 Snr cette grande querelle des rois de France et d'Angleterre, infidèlement racontée par nos historiens, V. le très curieux mémoire de Bréquigny, inséré dans le t. xu des Mémoires de Littérature tirés des registres de V Académie royale des Inscriptions et Belles- Lettres, année 1780.
Ce mémoire a été reproduit en 1885-86 dans la Revue de V Agenais (t. xu et xin).
L'AGENMS AU XIVe SIÈCLE 119
disait-il , de la vassalité d'un fils de roi envers un fils de comte1, affectait toujours des prétentions à la couronne de France, bien que ces prétentions eussent été catégoriquement écartées en 1328. Dès 1336, la situation s'assombrit, et la guerre devint bientôt inévitable2.
Philippe VI commit Pierre de Galard, grand maître des Arbalétriers, et Pierre-Raymond de Rabasteins, sénéchal d'Agenais3, pour contenir les Anglais en Guyenne et s'assurer du concours de Gaston II, comte de Foix*. Ce fut le prélude de la guerre de Cent ans. Sans déclaration officielle, les hostilités commencèrent.
En mai 1337, des commissaires furent chargés de saisir la Gascogne, et le 20 de ce mois, le comte de Foix fut convoqué pour la fin de juin à Marmande.
Le connétable Raoul de Brienne5, mis à la tête
1 Edouard III, né en 1312, était fils du roi Edouard II et d'Isabelle de France, fille de Philippe le Bel, par conséquent petit-fils de ce dernier.
Philippe VI, né en 1293, était fils du comte Charles de Valois (troisième enfant de Philippe le Hardi) et de Marguerite de Sicile.
2 En janvier 1335, Philippe VI confirma les privilèges d'Agen, où, le 23 mars de la même année, il établit son Parlement.
3 Pierre-Raymond de Rabasteins, seigneur de Gampagnac, mort en 1380.
Il fut successivement sénéchal d'Agenais et Gascogne (1332, 1334, 1337 et 1350-1354), de Beaucaire et de Nîmes (1362), de Toulouse (1368), lieutenant général en Languedoc (1369), et revint encore en Agenais. Il était le petitneveu du cardinal Pilfort de Rabasteins, du xiif siècle.
Il avait succédé dans le sénéchalat d'Agenais ;'i Jean de Bléville, qui avait probablement remplacé lui-même Gérard Quiéret en 1329 (V. Documents historiques sur la Maison de Galard, t. i ; Sceaux Gascons du moyen à (je, p. 442, etc.).
Le fils de Pierre-Raymond, Guillaume de Rabasteins, embrassa le parti des Anglais et fut condamné en 1381 â 500 livres d'amende (Sceaux Gascons du moyen âge, p. 471).
Les sénécbaux anglais en Agenais avaient été pendant ce temps, après Pierre de Marmande : Raoul Rasset de Drayton (1325), Fortanier d'Engarranaque (1334), Tristan de Montrateris (1343), et Arnaud-Garcies du Fossat (1354-1357). — V. Archives comm. d'Agen, FF. 136, BB. 16; Rymer, t. m, pars i, pp. 96 et 135.
'• Gaston II, fils de Gaston Ier de Foix et père de Gaston-Phébus, mort en 1343
'' Raoul Ior, comte de Brienne et de Guines, mort en 1341. Son trisaïeul, Jean de Brienne, avait, été roi de Jérusalem en 1209
d'une armée, s'empara de Villeneuve-d'Agen le 10 juillet 1337, et le 20 du même mois, il invita le comte de Foix à le rejoindre à Aiguillon le lendemain pour se concerter sur la marche des opérations. Aiguillon leur ouvrit ses portes.
La campagne, du reste, n'eut pas une grande importance. Le connétable, qui, le 30 juillet, se trouvait devant Saint-Macaire , se disposant à marcher sur Bordeaux, dut se replier de Podensac vers La Réole, et fut remplacé par le sire d'Erquery1 et le maître des Arbalétriers Etienne de La Baume2, qualifiés de " capitaines généraux en Agenois, Gascogne et autres parties par delà ".En janvier 1338, ceux-ci, rejoints par Gaston de Foix avec 150 hommes d'armes et 1.500 fantassins, mirent le siège devant Madaillan, qui capitula le 16 mars3 ; puis ils se portèrent devant Penne dont l'investissement se transforma en blocus et traîna en longueur.
Le sire d'Erquery fut tué, et le roi nomma à sa place les comtes de Foix et d'Armagnac K Edouard
1 Simon de Provigni, sire d'Erquery, conseiller du roi et maître des requêtes de son hôtel.
2 Etienne de La Baume, dit le GaJois, chevalier, lieutenant général et gouverneur en Languedoc et Saintonge, grand maître des Arbalétriers de France après Pierre de Galard, de 1337 ou 1338 à 1348. Il fut gouverneur de Penne en 1339.
Il était fils de Pierre de La Baume, seigneur de Valuzin.
3 Amanieu du Fossat, qui probablement défendait lui-même son château, fut fait prisonnier, à la grande joie des Agenais.
Après quatre ans de captivité, il se déclara pour la France, et Philippe de Valois lui rendit, avec la liberté, son château de Madaillan, les deux paroisses contestées, et même quatre autres qui dépendaient de la juridiction d'Agen : Doulougnac, Saint-Denis, Cayssac et Saint-Julien. Des enquêtes prescrites sur les protestations des Agenais allaient peut-être aboutir, quand Amanieu oubliant ses serments, se redonna aux Anglais en mars 1350, et fit ainsi révoquer toutes les concessions antérieures.
4 Jean Ier, comte d'Armagnac, de Fezensac et de Bodez, vicomte de Lomagne et d'Auvillars, fils aîné de Bernard VI et de Cécile de Bodez, mort en
L'AGENAIS AU XIVe SIÈCLE 121
s'était assuré à beaux deniers le concours du sire d'Albret1.
Cependant, Philippe VI visait obstinément la place de Penne, dont l'importance devait être réelle. Craignant d'abord une descente sérieuse des Anglais en Flandre, il avait appelé Gaston auprès de lui; puis, le danger s'éloignant, il l'avait renvoyé en Gascogne pour un mois, avec de pleins pouvoirs pour s'emparer de Penne. Plus encore : très peu après, il nommait Jean, roi de Bohême2, son lieutenant en Languedoc, avec une mission semblable pour la même place.
Penne se rendit en janvier 1339 à Gaston, qui bientôt quitta la Guyenne avec La Baume et fut remplacé par Pierre de La Palu3, sénéchal de Toulouse. — Jean de Bohême, établi en observation à Marmande, surveillait les mouvements de l'armée anglaise. Guillaume de Flavacourt4, archevêque d'Auch, fut chargé de ramener l'ordre en Agenais et s'établit à Agen en 1340.
Dans cette grande lutte des deux puissances, je n'ai
1 Bernard-Esi, sire d'Albret et vicomte de Tartas, fils d'Amanieu VI, mort en 1358. Il avait épousé Mathe d'Armagnac. — V. la Biographie de l'Arrondissement de Nérac, par Samazeuilh, art. Albret.
Bernard-Esi II d'Albret fut lieutenant du roi d'Angleterre en Gascogne en 13-40 (Rymer, t. Il, pars iv, p. 6).
2 Jean de Luxembourg, roi de Bohême après Henri de Carinthie, en 1310. Il fut le père de Charles IV, qui lui succéda en 1346, et de Bonne de Luxembourg, mariée en 1332 à Jean, duc de Normandie.
3 Pierre de La Palu, chevalier, seigneur de Varambon, sénéchal de Carcassonneet de Béziers en 1337, puis de Toulouse et d'Albi, gouverneur et lieutenant du roi en Languedoc, fils d'Aymé, Ier du nom, seigneur de Varambon et de Bouligneux.
4 Guillaume de Flavacourt, archevêque d'Auch en 1324, passa à Reims en 135G. J'ai déjà dit qu'en 1341, étant lieutenant du roi en Languedoc, il confirma, avec le sénéchal de Toulouse Pierre de La Palu, les Coutumes données en 1 182 à la ville de Marmande par Richard Cœur de Lion, et aussi, le l"r octobre 1340, les privilèges d'Agen, confirmation ratifiée en janvier 1341 par Philippe de Valois (Arch. coinin d'Agen, AA. 6)
122 HISTOIRE DE LAGENAIS
à retenir ici que les faits relevant de l'Histoire de l'Agenais.
Pierre de La Palu, parti de Marmande avec son armée, assiège Puyguilhem en 1339. En même temps, Philippe VI nomme Jean de Marigny1, évêque de Beauvais, son lieutenant en Gascogne et en Languedoc. Ce prélat se rend à Marmande, convoque le comte de Foix à La Réole, et, ralliant l'armée, prend part aux réductions des villes du Bordelais, Blaye, Bourg, etc. Dans cette dernière place, le sire d'Albret et le seigneur de Caumont2 furent faits prisonniers.
En juin 1340, le roi d'Angleterre écrivit aux consuls d'Agen et aux villes et barons de l'Agenais pour les rallier à sa cause ; puis ses troupes prirent Vianne
1 Jean de Marigny, évéque de Beauvais en 1313, mort en 1347.
2 Alexandre de Caumont, seigneur de Sainte-Bazeille, etc. Le comte d'Armagnac le fit prisonnier dans son château de Sainte-Bazeille et le força à reconnaître la suzeraineté du roi de France.
Il commandait les Anglais assiégés dans Auberoche en 1345 et délivrés par Derby le 22 octobre. Nous verrons qu'il fut pris encore à l'assaut du pont d'Aiguillon, en avril 1346. Il mourut en 1357.
Sa fille, Hélène de Caumont, porta la seigneurie de Sainte-Bazeille dans la maison d'Albret, par son mariage en 1357 avec Bérard d'Albret, fils de Bernard-Esy.
Alexandre de Caumont eut de très vifs démêlés avec Bernard-Jourdain de l'Isle, seigneur de Cazaubon, etc., condamné à mort et pendu à Paris en 1323, second fils de Jourdain V, baron de l'Isle-Jourdain et de Guillemette de Durfort, dame de Clermont-Dessus. Jourdain était baron de Sainte-Bazeille et de Landerron par la donation que lui avait faite en 1315 Bernard de Padern et qu'avait confirmée le roi d'Angleterre. Il avait épousé à Agen, en 1299, Catherine de Grailly, dame de Gurson et de Fleix, fille de Pierre Ier de Grailly, vicomte de Benauges et de Castillon, issu de Jean Ier de Grailly. Celle-ci fut héritière, avec son frère Pierre, de son oncle, autre Jean de Grailly, seigneur de Langon, et reçut transmission de son mari des seigneuries de Sainte- Bazeille et de Landerron. Catherine de Grailly se remaria en 1326 avec Arnaud de Durfort, et n'ayant pas eu d'enfant de ses deux unions, elle institua pour ses héritiers, en 1333, son frère Pierre II de Grailly, vicomte de Benauges et de Castillon, et son neveu Jean de Grailly, captai de Buch. — V. Histoire (jénéalogiquc du P. Anselme, t. m.
Jourdain de l'Isle avait brûlé le château d'Alexandre de Caumont et avait été condamné pour ce fait, en 1319, à 3.000 livres d'amende
l'agenatr AU XIVe SIÈCLE 123
etMézin, et en août suivant assiégèrent Condorn. Elles durent échouer devant cette dernière place, puisqu'au mois d'octobre Philippe VI accordait de nombreux privilèges à ses habitants, en récompense de leur belle défense. Vianne fut repris par les Français en 1342.
Quelques autres faits d'armes se produisirent encore en divers lieux de Guyenne, à Langon1, notamment, et peut-être aussi à Sainte-Bazeille2.
Une trêve entre les deux rois fut signée le 25 septembre. A son expiration, en 1343, Jean de Marigny partit de Marmande au mois d'août et marcha sur Damazan, qu'il prit en quelques jours ; puis, le 23, il assiégea Sainte-Bazeille qui se rendit le 14 octobre. Les opérations militaires étaient dirigées par Robert de Marigny, frère de l'évêque de Beau vais et maréchal du roi en Languedoc et en Saintonge. 3
Survint alors une nouvelle trêve, rompue en 1345. La guerre en Guyenne allait prendre désormais une allure plus vive.4
En juin 1345, les Anglais s'emparèrent du château de Monrevel, aux portes d'Agen, presque à l'insu des
1 V. la notice sur Langon, au t. il, pp. 38-68 de la Guyenne Militaire, de Léo Drouyn, et au t. i, 2e partie de la Guyenne Histor. et Monum., d'Alex. Ducourneau.
2 Les Chroniques de France, de Froissart (éd. Siméon Luce, Paris, 1824-26, 15 vol. in-8°, et 1835, 3 vol. gr. in-8°) mentionnent une prise de Sainte- Bazeille à cette date de 1342. S'agit-il de la prise sur les Anglais du 14 octobre 1343?
V. Etude sur les Chroniques de Froissart. Guerre de Guyenne (1345-1346), par L. Bertrandy (Paris, 1870, gr. in-8°). V. aussi Histoire de la Ville et de la Baronnie de Sainte-Bazeille, par l'abbé Alis (Agen, 1892, gr. in-8°), p. 73.
3 En l'année 1344, Philippe de Valois fit acheter moyennant 5.000 livres le premier couvent des Cordeliers d'Agen pour y élever une forteresse destinée à défendre la ville contre les Anglais, projet qui ne. reçut pas d'exécution.
4 En octobre 1345, Philippe VI confirma aux habitants d'Agen le privilège de commercer par tout le royaume sans payer d'impôt (Trésor des Charles, 1.75, reg. f°217). — V Ville libre el Barons, de (i. Tholin, note G.
124 HISTOIRE DE i/AGENAIS
habitants de cette ville. Ce fut le début des hostilités. Henri de Lancastre, comte de Derby, débarqua à Bayonne en juillet avec de nouveaux renforts et se rendit à Bordeaux, où il fut reçu en grande pompe. En août, il soumit Bergerac, prit ensuite divers châteaux et villes du Périgord et de la Haute-Gascogne : Beaumont-de-Lomagne, l'Isle-Jourdain, etc. ; puis Villeréal, Castelmoron1, Saint-Barthélémy2, Bonneval, Pellegrue, Auberoche et Libourne3, et rentra à Bordeaux. Saint-Maurin avait été pillé au passage par ses soldats; mais Gancon avait résisté4, ainsi que Gastillonnès et Villeneuve, défendus par les comtes d'Armagnac et de risle5. En même temps, les Anglais ou
1 V. Notice historique sur la Ville de Castelmoron-sur-Lot, par l'abbé Cabannes (Agen, 1886, gr. in-8°), et le t. i, 2e partie, pp. 32- 36 de la Guyenne Historique et Monumentale.
2 V. Notice sur la Commune de Saint-Barthélémy, par Béchade-Labarthe (Villeneuve-sur-Lot, 1872, gr. in-8°).
3 Sur Pellegrue, Auberoche et Libourne, V. la Guyenne Militaire, de Léo Drouyn, t. u ; Histoire de Libourne et des autres Villes et Bourgs de son Arrondissement, etc., par R. Guinodie (Bordeaux, 1845, 3 vol. gr. in-8°) ; Guyenne Historiq. et Monum., t. il, 2e partie, pp. 25-50, etc.
* V. Histoire de la Ville et des Seigneurs de Gancon, en Agenais, par L. Massip, p. 103.
Le baron de Gancon était alors Amanieu de Madaillan, fils d'Amaury, seigneur de Madaillan, en Bazadais, et de Cécile de Durfort, et neveu d'Amanieu II de Madaillan, baron de Cancon.
On raconte que le baron étant absent quand se présentèrent les Anglais, sa femme, Jeanne de Lambertie, revêtit une armure et combattit héroïquement à la tête de ses serviteurs. Elle ranima le courage de la garnison décimée par deux assauts meurtriers et força l'ennemi à la retraite.
Les Madaillan de Cancon étaient une branche collatérale des Madaillan de Lesparre. Le fait d'armes de 1315 valut à Amanieu, de la part du duc de Normandie, la seigneurie de Montviel, saisie d'autorité royale sur le sire de Lesparre pour cause de rébellion.
5 Bertrand Ier, comte de l'tsle-Jourdain, lieutenant du roi en Gascogne, successivement capitaine de Sainte-Foy, de Condomois, du Mas-d'Agenais, de Sainte-Bazeille, etc. Il fut blessé grièvement au siège de Bergerac en 1345, et mourut en 1349. — C'est en sa faveur que la baronnie de l'Isle-Jourdain avait été érigée eu comté par Philippe VI.
Bertrand Ier était fils de Bernard IV, baron de l'Isle-Jourdain, mort en 1340,
LAGENAIS AU XIVe SIÈCLE 125
leurs partisans faisaient des courses fréquentes aux environs d'Agen. Ils étaient servis par de nombreuses intelligences, surtout au Passage, où, comme représailles, les consuls firent raser la plupart, des maisons.
Le comte de l'Isle, qui, sous les ordres de Jean, duc de Normandie1, commandait pour le roi de France en Limousin , Périgord et Saintonge , était resté dans La Réole. Il fit sur Auberoche une manifestation malheureuse. Derby accourut le 23 octobre, mit les Français en déroute, faisant prisonniers le comte et plus de 200 chevaliers, et prit ensuite ses quartiers d'hiver à Bordeaux.
Au printemps de 1346, l'armée anglaise passa par Bergerac, vint à Sainte-Bazeille qui se soumit, prit le château de Laroche-Millon (Meilhan)2, assiégea vainement Monségur1*, et vers le 10 avril se porta sur Aiguillon, dont le gouverneur, traître à son pays, lui ouvrit les portes le 20 août. Le nom de ce lâche mandataire du roi de France n'est pas connu. On sait seulement qu'il fut pendu haut et court à Toulouse la même année. Alexandre de Caumont, seigneur de Sainte-Bazeille, fut fait prisonnier.
En juin 1346, le sénéchal d'Agenais Robert de Hou-
aîne des enfants de Jourdain V, seigneur de Cazaubon, de Dunes, de Puymirol, etc. Son frère puîné, Bernard-Jourdain, avait été pendu à Paris en 1323 (V. une note de la p. 122).
1 Jean, duc de Normandie, fils aîné de Philippe de Valois et son successeur en 1350 sous le nom de Jean le P>on (1310-1364). Il épousa successivement Bonne de Luxembourg' (1334), puis Jeanne d'Auvergne (1350).
2 Meilhan appartenait alors à la maison d'Albret (V. Archives Historiq. de
la Gironde, t. xxv).
3 Sur Monségur (Gironde), V. la notice de Léo Drouyn, au t. Il, pp. 378- 380 de la Guyenne Militaire.
detot1, successeur de Pierre-Raymond de Rabasteins (1341), très préoccupé de l'hostilité des places voisines d'Agen, assiégea Bajamont, qui fit une résistance des plus énergiques. Les consuls d'Agen, désireux d'en finir, amenèrent eux-mêmes des renforts ; mais ils furent battus le 28 juillet et firent de grandes pertes. Le sénéchal et deux d'entre eux restèrent aux mains de l'ennemi, qui n'exigea pas moins de 10.000 écus d'or de rançon, payés par les Agenais.
Avant le siège d'Aiguillon, les Anglais avaient pris d'assaut Castelsagrat, dont la garnison n'obtint aucun merci , et s'étaient emparés de nombreuses places : Beauville, Montagnac, Moncaut, etc. Ils se présentèrent ensuite devant La Réole.
Défendue par Agout des Baux2, sénéchal de Toulouse, cette ville fit une vaillante résistance. Malgré la vigueur du siège et la sévérité du blocus, les opérations durèrent plus de deux mois. Quant les Anglais eurent fait aux remparts une brèche praticable, les habitants voulurent capituler ; mais Agout des Baux s'y refusa énergïquement et s'enferma dans le château dont le siège, plus difficile encore, exigeait la mine. Ce ne fut qu'à la dernière extrémité que l'héroïque gouverneur se rendit enfin, obtenant de sortir sauf et en armes, lui et les siens.
Après le siège de La Réole, Derby prit Montpezat par escalade, surprit Castelmoron par une feinte,
1 Robert de Houdetot, chevalier du bailliage de Caux, capitaine général du duché de Normandie. Il fut sénéchal d'Agenais de 1346 à 1350, grand maître des Arbalétriers à cette dernière date, et mourut en 1358.
Il fut remplacé par Raras de Castelnau en 1350 (V. Archives communales d'Agen, RR. 16).
2 Agout des Raux, seigneur de Rrantes (en Vaucluse) et de Plaisian (Drôme), sénéchal de Toulouse et capitaine général en Languedoc.
Son fils, Aymé des Raux, fut sénéchal de Reaucaire et de Nîmes en 1377.
l'agenais AU XIVe SIÈCLE 127
enleva d'assaut Villefranche-d'Agenais, eut raison de Miramont, près Lagarrigue , après quatre jours de siège, et s'empara de Monheurt, de Damazan et de Tonneins.
L'armée française était alors en Languedoc, ayant à sa tète le duc de Normandie, qui avait visité Agen l'année précédente et devait y revenir le 4 avril 1346. Pierre de Bourbon1, lieutenant général en Languedoc et Gascogne, commandait cette armée purement défensive et faisait d'Agen sa résidence presque constante. Le sénéchal d'Agenais Robert de Houdetot, placé sous ses ordres, avait demandé des renforts de toute sorte en juin 1345 au comte de Foix et aux sénéchaux de Toulouse et de Carcassonne. Hommes et machines de guerre affluèrent de tous côtés, si bien qu'en février 1346, à son départ de Toulouse, l'armée du duc de Normandie comptait plus de cent mille combattants, marchant sous deux maréchaux, Montmorency et Saint-Venant2.
Miramont et Villefranche furent emportés d'assaut. Cette dernière place fut brûlée et sa garnison massacrée ; mais le château, qu'on abandonna, fut réoccupé presque aussitôt par ordre de Derby. On mit ensuite le siège devant Angoulême que les Anglais occupaient depuis peu, et un corps détaché s'empara de Saint- Jean-d'Angély. Le duc de Normandie se laissa naïvement jouer par le gouverneur d'Angoulême, qui put avec ses hommes aller renforcer la garnison d'Aiguillon.
1 Pierre Ier, duc de Bourbon, comte de Cilermont,tué à la bataille de Poitiers en 1356.
2 Charles de Montmorency, seigneur d'Ecouen, de Damville, etc., chambellan de Philippe VI, grand pannetier et maréchal de France, mort en 1381.
Robert de Waurin, chevalier, sire de Saint-Venant, maréchal de France, mort en 13CU
128 HISTOIRE DE LAGENAIS
Gastelsagrat fut pris4; Damazan tint quinze jours ; Tonneins fut occupé ensuite, puis Port-Sainte-Marie qui ne résista guère, et l'armée se dirigea sur Aiguillon, qui soutint victorieusement un siège de cinq mois conduit cependant avec la plus grande vigueur. Tous les efforts tentés devant cette place furent vains. L'armée, très éprouvée , fut obligée, malgré tout, de se retirer le 20 août 13462. Le comte Philippe de Bourgogne :i, tué dans une sortie, fut porté le 8 août à Agen où de grands honneurs lui furent rendus.
La désastreuse bataille de Créey, qui livrait le cœur de la France aux Anglais, venait d'avoir lieu. Le duc de Normandie dut accourir en toute hâte au secours de son père, perdant ainsi le fruit de ses divers succès en Guyenne, où Derby le supplanta aisément et reprit bientôt ses conquêtes4.
Sur ces entrefaites, en mai 1347, le sénéchal de Houdetot prenait sur le château de Sainte-Foy-de-
1 L. Bertrandy, Guerre de Guyenne, p. 156.
Castelsagrat fut repris aussitôt, puisqu'en juin 1346 Jean, duc de Normandie, l'attribua à Jean de l'Isle {Trésor des Chartes, reg\ 76, 213, f° 132). Les Anglais le prirent encore en 1348, et Edouard III le donna alors à Gailhard de Durfort, seigneur de Blanquefort et de Duras (Th. Carte, 1. 1, p. 146 ; Collection Bréquigny, xxvm, f° 207).
- Aiguillon était défendu par Gaultier de Mauny, qui, peu après, concourut à la prise de Calais et fit appel à la clémence d'Edouard III en faveur d'Eustache de Saint-Pierre et des autres otages (V. les Chroniques de Froissart, t. mj.
3 Philippe, fils du duc de Bourgogne Eudes IV, comte d'Auvergne et de Boulogne par son mariage avec Jeanne d'Auvergne, fille et héritière de Guillaume XIII. Jeanne se remaria en février 1350 avec Jean de Normandie, fils aîné de Philippe VI et bientôt Jean le Bon, veuf, ai-je dit, de Bonne de Luxembourg.
4 V. Les Campagnes du comte Derby en Guyenne, par H. Bibadieu (Paris, 1864, in-8°) ; Histoire de la Conquête de la Guyenne par les Français, du même auteur, et Etude sur les Chroniques de Froissart. Guerre de Guyenne, par L Bertrandy, déjà citées (pp. 116 et 123), etc.
l'agenais AU XIVe SIÈCLE 129
Jérusalem (ou Sainte-Foy-du-Temple), bâti par les Templiers près d'Agen, une revanche de son échec de Bajamont. C'est alors que dut être détruit ce château de Sainte-Foy, dont il ne reste plus la moindre trace1.
Le comte d'Armagnac, revenu un moment à Agen, avait été forcé de rallier l'armée du roi avec le comte de Foix, en 1347 2. Calais était pris. Une trêve qui devait durer jusqu'à la Saint-Jean de l'année suivante fut conclue entre les deux rois le 28 septembre ; puis, pour divers motifs, parmi lesquels doit être comptée la terrible peste qui sévit en France en 1348 et 1349, cette trêve fut prorogée à plusieurs reprises jusqu'au 1er août 1351.
La peste de 1348 pro\uqua une panique générale. Les villes furent désertées. La reine de France , Jeanne de Bourgogne, fut une des innombrables victimes du fléau, qui fit en Agenais d'épouvantables ravages.
Amanieu III du Fossat s'étant allié aux Anglais en 1350, le roi confisqua ses domaines, à la grande satisfaction des consuls d'Agen avec lesquels ce turbulent seigneur était toujours en guerre.
Philippe VI mourut le 22 août 1350, laissant à son fils, le duc de Normandie, Jean II, appelé Jean le Bon, une bien lourde succession.
La trêve était peu respectée. Avant son expiration, les hostilités recommencèrent. Le roi Jean partit de Poitiers avec son armée et se dirigea vers la Saintonge. Il investit Saint-Jean-d'Angely que les Anglo-
1 V. la mention de ce château à la p. 103.
2 II fut un moment remplacé dans le commandement de l'Agenais,en 1347, par Aimé de Chabrillant.
Gascons , conduits par les sires de Beauchamps * et d'Albret, tentèrent en vain de délivrer.
Charles de Navarre2, lieutenant du roi en Agenais, forma une armée à Gondom. Il assiégea et prit le château de Montréal3 en juillet 4351 , pendant que les Anglais marchaient sur Toulouse, et que le lieutenant du roi en Languedoc, Amaury de Graon4, chargeait Arnaud de Lomagne5 de la garde de Marmande et Thibaut de Barbazan6 de la défense de Condom.
1 Raoul, seigneur de Beauchamps, mort vers 1371. Il avait épousé Clémence Duguesclin, une nièce du connétable.
2 Charles II, dit le Mauvais, comte d'Evreux et roi de Navarre (1332-1387). Il était fils de Philippe d'Evreux, mort en 1343, devenu roi de Navarre par son mariage avec Jeanne de France, fille de Louis X le Hutin, morte en 1349.
Pendant ce temps et depuis 1349, Jacques de Bourbon, comte de la Marche, était capitaine souverain en Guyenne et Languedoc.
3 J'ai constaté au chap. v (p. 102) que ce château de Montréal, situé près de Saint-Cirq, aux portes d'Agen, n'a laissé aucune trace.
4 Amaury IV, seigneur de Craon (en Anjou), de Sainte-Maure, de Sablé, etc. Il fut pris à Poitiers en 1351 et mourut en 1371.
Il avait été capitaine souverain en Saintonge, Poitou, Anjou, etc., lieutenant du roi dans ces pays et en Limousin, Angoumois et Périgord en 1351, puis en Languedoc.
Il était fils de Maurice VII, sire de Craon et de Sablé, et de Marguerite de Mello. Un de ses oncles, Guillaume de Craon, seigneur de la Ferté-Bernard et de Sainte-Maure, favori du duc d'Anjou, issu d'Amaury III, était au siège d'Aiguillon de 1346. C'est le second fils de ce dernier, Pierre de Craon, qui assassina à Paris, le 14 juin 1392, le connétable Olivier de Clisson.
1 Arnaud de Lomagne, chevalier, baron de Gimat et du Gimadois, fils d'Yspan de Lomagne, seigneur du Gimadois, héritier des biens de la maison de Faudoas en 1313 et 1317.
Son fils, Gaston de Lomagne, dernier baron du Gimadois, mourut sans postérité. De ses deux filles, l'ainée, Marquèse de Lomagne, mariée en 1364 à Philippe de Lautrec, n'eut pas de descendance, la seconde, Indie, unie à Arnaud de Sédillac, seigneur de Saint-Léonard, recueillit toute la succession paternelle.
V. Abrégé de la Généalogie des vicomtes de Lomagne, divisée en trois races, avec une Dissertation sur la branche de Candalle de la maison de Foix (par Louis Chazot de Nantigny). (Paris, 1757, pet. in-12.)
6 Thibaut de Barbazan, chevalier, seigneur de Marceillan et du Tauzia. Il fut capitaine et gouverneur de Bazas en 1340 et sénéchal de Carcassonnc en 1378.
L'AGENAIS AU XIVe SIÈCLE 131
En mars 1352, les Anglais investissaient Agen. Charles de Navarre réunit à Moissac des renforts considérables pour se porter au secours de cette ville, qui dut résister, puisque peu après le sire de Mortemart1, capitaine du roi, en confia la garde à Pierre-Raymond de Rabasteins, sénéchal d'Agenais et de Gascogne2, avec 100 hommes d'armes et 100 sergents à cheval de sa suite 3.
Divers faits d'armes s'accomplirent alors aux environs d'Agen. Raymond de La Salle4, lieutenant du sénéchal de Toulouse, fit le siège de Reauville. Lusignan avait été pris. Madaillan était vainement assiégé en juillet 1352 par Amaury de Craon, qui fut obligé de s'éloigner à l'arrivée de l'armée anglaise. Marmande dut être occupé aussi vers cette époque.
Le comte Jean d'Armagnac reçut une commission nouvelle pour l'Agenais en novembre 1352, et en février suivant, il entreprit le siège de Saint- Antonin, qu'une nouvelle trêve, conclue le 1er mars,
Avec son frère Manaud de Barbazan, seigneur de Castelnavet, et après une mutinerie contre le roi de France en 1328, il servit fidèlement ce dernier sous les ordres du comte Jean d'Armagnac (V. Monlezun, Histoire de la Gascogne, t. m, p. 216). — Cf. une autre note sur les Barbazan à la date de 1421.
1 Eymery Ier, baron de Mortemart. sénéchal de Toulouse et d'Albigeois.
2 II avait été sénéchal d'Agenais en 1332, 1334, 1337, et remplaça encore Baras de Castelnau, un moment sénéchal en 1350, après Robert de Houdetot. Il revint en 1350, et encore en 1370-1371.
Le sénéchal des Anglais était alors Arnaud-Garcies du Fossat, sire de Thouars, nommé en 1354 et remplacé en 1357. Il était fils peut-être d'Amanieu du Fossat, capitaine des Gascons avec le captai de Buch, et, dans ce cas, cousin du côté maternel d'Amanieu III, seigneur de Madaillan.
3 C'est vers ce temps que fut pris aux environs d'Agen Jean, bâtard d'Anna, gnac, surnommé la Guerre, fils naturel de Bernard VI, comte d'Armagnac. Il obtint rémission, quitta les armes et devint patriarche d'Alexandrie, puis évoque de Rodez en 1376.
4 Pierre-Baymond de La Salle, sergent d'armes (1352), capitaine de Moissac (1355-1356). (1 fut employé en Agenais en 1351 et 1352. — V. Sceaux Gascons du moyen âge, p. 330.
132 HISTOIRE DE LAGENAIS
le força de lever. Puis le temps se passa en escarmouches et en préparatifs de part et d'autre.
En 1353 encore, le même lieutenant s'empara du château de Monbalen occupé par les Anglais, et en mai 1354, il prit Beauville, Frespech et Saint-Antonin ; mais il échoua devant Aiguillon et fut battu en juin devant Madaillan, malgré les sacrifices que s'étaient imposés les Agenais pour assurer le succès de l'entreprise. Cependant, ce n'est que l'année suivante, en 1355, que les opérations militaires prirent un sérieux caractère.
Edouard de Galles, surnommé le Prince Noir, qui s'était rendu célèbre à Crécy, débarqua à Bordeaux avec une petite armée que les seigneurs gascons renforcèrent aussitôt, et commença par ravager le Juillac et l'Armagnac. Villes et châteaux furent détruits. Mauléon fut rasé ; Plaisance devint la proie des flammes ; puis, tandis que cet ouragan pénétrait dans le Comminges, le comte d'Armagnac plaçait Lorc de Caumont i à Lectoure, et accourait vers Agen pour défendre le passage de la Garonne qu'une sécheresse extraordinaire rendait précisément guéable.
Les Anglais traversèrent la Garonne à Portet, à une lieue de Toulouse, et dévastèrent le Languedoc.
L'armée française de Guyenne était alors vers Sauveterre et Lombez, en Gascogne, abritée par la Save dont les ponts avaient été rompus. Le Prince Noir passa, ne faisant qu'une démonstration vague sur Gimont, et rentra à Bordeaux en décembre, tandis que ses troupes, morcelées en plusieurs corps, se répan-
1 Lorc de Caumont, seigneur de la Chapelle et de Sempesserre, sénéchal de Lomagne et d'Auvillars. Son fils Bertrand épousa Jeanne de Monlezun, héritière d'Arnaud-Guillaume, seigneur de Monlezun, dont il prit le nom et les armes.
l'agenais AU XIVe SIÈCLE 133
dirent de divers côtés pour continuer leurs ravages.
Le parti commandé par le comte de Warwick1 opéra en Agenais, prit Port Sainte-Marie, Glairac et Tonneins, et se dirigea sur Marmande. Un autre corps, sous les ordres de Jean Chandos2, connétable d'Angleterre, opéra dans le Haut-Agenais et le Quercy, emporta d'assaut Castelsagrat et Brassac3.
Agen fut aussi menacé. Les Anglais brûlèrent les moulins, détruisirent les ponts et occupèrent un château voisin; mais ils n'osèrent pas attaquer la ville, près de laquelle était campé le comte d'Armagnac, chargé encore de la défense de l' Agenais.
Du reste, dans ce pays, l'initiative de quelques seigneurs rendait aux Anglais la situation plus ou moins difficile. Dés 1341, par exemple, Hugues, sire de Pujols4, opérant en partisan, leur faisait subir des per-
1 N. de Beauchamp, comte de Warwick. Il fut, je crois, l'aïeul du Richard de Beauchamp, comte de Warwick, favori de Henri V et précepteur de Henri VI, qui se montra si odieusement acharné contre Jeanne d'Arc.
2 Jean Chandos, vicomte de Saint-Sauveur, connétable du prince de Galles, tué au combat de Lussac, près de Poitiers, en 1369.
Il prit deux fois Duguesclin : à Auray, en 1364, et lui lit payer 40.000 fr. d'or de rançon, et à Navarette, en 1367. Il avait été sénéchal de Gascogne en 1361.
3 Brassac (Quercy), aujourd'hui du déparlement de ïarn-et-Garonne, à 40 kil. d'Agen, dépendait du diocèse de Cahors.
Castelsagrat avait été repris par les Français en 1349. Edouard, prince de Galles, l'attribua en juin 1360 à Gausbert de Beauville, à qui il était encore en 1366 (Th. Carte, t. i, p. 146; Collection générale des Documents français qui se trouvent en Angleterre, par Jules Delpit, t. i [Paris, 1847, in-4"|, p. 132, etc).
4 Hugues, seigneur de Blanquefort et sire de Pujols, capitaine de Sauveterre en 1352, mort vers 1390. Il avait épousé Catherine de Madaillan de Lesparre, dame de Pujols et de Bauzan, en Bazadais.
Le fils de Hugues, Jean de Blanquefort, entra dans la vieille maison Je Boquefeuil (Languedoc et Bouergue), par son mariage en 1383 avec Catherine de Boquefeuil. Son petit-fils, Jean de Boquefeuil-Blanquefort, qualifié le premier de seigneur de Bonaguil, commença la construction du château de ce nom, que termina son propre fils Bérenger avant 1483.
Cf. Essai historiq. sur la Baronnie de Pujols, en Aliénais, par l'abbé Gerbeau ; Sceaux Gascons du moyen âge,]}. 462; Le Château de Bonaguil, en Age nais, par Ph. Lauzun, etc.
13'i HISTOIRE DE L'AGENAIS
tes constantes, et en 1354, avec quelques autres Agenais déterminés, notamment Jean de La Barthe, comte d'Aure1, et deux Guillaume de La Barthe2, il fournit une intéressante campagne.
N'ayant pas à suivre les faits étrangers à l'histoire de la région, je ne parlerai ici ni de la situation financière de la France, ni de l'appel royal de 1355 aux Etats généraux, sur lesquels n'existe, d'ailleurs, pour l'Agenais aucune indication précise.
Le prince de Galles, reprenant ses opérations en 1356, débuta très habilement. Il parut d'abord viser le Midi; puis faisant volte-face à La Réole, il se dirigea sur le Rouergue, l'Auvergne, le Berry et le Poitou, semant sur son passage la dévastation et la ruine, et couronna sa campagne, le 9 septembre, par la victoire de Maupertuis, près de Poitiers, où le roi de France fut fait prisonnier.
Jean le Bon signa une trêve de deux ans à Bordeaux le 23 mars 1357, et fut emmené en Angleterre. Son fils, le dauphin Charles, régit le royaume pendant sa captivité. On sait ce que fut la France durant cette néfaste période. Tout n'était qu'anarchie et confusion. Des bandes de vagabonds et de routiers rançon-
1 Jean de La Barthe, Ier du nom, écuyer, comte d'Aure et de Magnoac, baron de Cancon, etc., capitaine de Villeneuve en 1363-1365, mort en 1398. Il était fils de Géraud de La Barthe-Fumel, vicomte d'Aure et de Magnoac mort en 1352, et de Brunissande de Lautrec, et neveu de Hugues de Blanquefort. 11 épousa d'abord Marguerite de Madaillan, fille aînée d'Amanieu III de Madaillan, baron de Cancon et de Montviel, puis Jeanne d'Albret, veuve d'Anissant de Caumont.
Mean de La Barthe fut un des premiers seigneurs agenais qui se soulevèrent contre les Anglais, à la suite de l'impôt du fouage établi par le Prince Noir.
2 Guillaume, bâtard de La Barthe, appelé Guillaume Bourc de La Barthe, écuyer, capitaine de Villeneuve en 1349, oncle de Jean.
Autre Guillaume de La Barthe, chevalier, parent du précédent, capitaine de Monsempron et de Saint-Pastour en 1352 (V. flist. de la Ville et des Seigneurs de Cancon en Agenais, par L. Massip, pp. 105-109).
l'agenais AU XIVe SIÈCLE 135
nant les provinces ; le dualisme s'accentuant entre la royauté et la nation; le triomphe d'Etienne Marcel1 et la guerre civile ; la tyrannie des seigneurs, les atrocités de la Jacquerie^ : tout concourait à plonger le pays dans le plus affreux désordre et la plus profonde détresse.
Cependant, le roi prisonnier négociait avec ses ennemis, admettant la cession des conquêtes faites sur les Plantagenets, avec Calais, Boulogne et 4.000.000 d'écus d'or ; mais ces clauses préliminaires, soumisses aux Etats, furent rejetées, et Edouard, déclarant la trêve rompue, débarqua en forces à Calais en 1360. I] traversa la Picardie, la Champagne, la Bourgogne, l'Ile-de-France, et arriva jusque sous les murs de Paris. Le dauphin n'osa pas se montrer. Heureusement que les Anglais, épuisés et sans vivres, durent s'arrêter, et Edouard consentit assigner, le 6 mai 1360, le funeste traité de Brétigny, par lequel il renonçait à ses prétentions sur la couronne de France, mais qui lui attribuait le Poitou, l'Aunis, l'Angoumois, la Saintonge, le Limousin, le Périgord, l'A gênais, le Quercy, etc., et aussi le Ponthieu, Calais, Guînes, etc. La rançon du roi Jean était fixée à 3.000.000 d'écus payables en six ans. Toutefois, par traité du 24 octobre étaient abandonnés "la cité et le chastel d'Agen, et les terres et pays d'Agenois"3.
1 Etienne Marcel, né à Paris, prévôt des marchands en 1355, député aux Etats généraux de 1356 et 1357, où il joua un rôle des plus importants. Il fut tué par Jean Maillard le 31 juillet 1358, au moment où il allait livrer Paris à Charles le Mauvais, roi de Navarre.
2 Nom appliqué au terrible soulèvement des paysans de l'Ile-de-France contre la Noblesse, le 21 mai 1358. Français et Anglais décimèrent ces révoltés. Le 9 juin 1358, le comte de Foix et le captai de Buch en firent égorger plus de 7.000 dans Meaux où ils s'étaient réfugiés et qui fut livré aux flammes. Charles de Navarre en extermina 3.000 autres peu après à Clermont-en-Beauvoisis. — V Histoire de la Jacquerie, par Siméon Luce (Paris, 1859, in-8°).
3 Rymer, t. m, pars n, p. 12
Les compagnies d'aventuriers, que la paix multipliait encore, continuaient leurs excès de toutes sortes dans un pays ruiné et aux abois1,
La garde d'Agen était alors confiée au vicomte de Fezensaguet2, établi par Jean de France, comte de Poitiers3, en 1359., avec 2 chevaliers, 41 écuyers et 45 sergents, à qui succéda en 1361 Bernard d'Armagnac4, comme sénéchal d'Agenais.
Un désaccord sur certaines clauses du traité de Brétigny engagea le roi Jean à entreprendre en 1364 le voyage de Londres, où il passa l'hiver à la cour d'Edouard. Il mourut presque subitement, laissant le royaume au dauphin, devenu Charles V et surnommé le Sage.
Après le traité de Brétigny , Edouard III avait donné à son fils aîné Edouard de Galles le duché de Guyenne, par lettres du 19 juillet 1362. C'est en 1364 que, dans l'église de Moissac, l'évêque d'Agen
1 En 1361, à Brignais, les Bâtards du Pays, sous la conduite de Seguin de Badefol, cadet de la maison de Gontaud-Biron, achevèrent la destruction de l'armée royale commandée par le comte de Tancarville (V. Bibadieu, la Conquête de la Guyenne par les Français, liv. n, et Chronique de Froissart).
2 Jean d'Armagnac, chevalier banneret, vicomte de Fezensaguet, baron de Boquefeuil, etc., fils de Géraud II d'Armagnac, vicomte de Fezensaguet, et de Jeanne de Comminges, mort en 1390. — Nous rencontrerons son fils comme gouverneur d'Agenais en 1379.
3 Jean de France, alors comte de Poitiers, puis duc de Berry (1340-1416), troisième fils du roi Jean II. Il fut gouverneur de Languedoc et de Guyenne. Dans le Languedoc, dont il avait l'apanage et où nous le verrons s'établir, il commit toutes sortes d'exactions. Il fut un des otages du traité de Brétigny, et épousa en 1360 Jeanne d'Armagnac, fille de Jean Ier d'Armagnac et de Béatrix de Clermont, petite fille de saint Louis.
4 Bernard, comte d'Armagnac, chevalier. Il fut confirmé dans cette charge de sénéchal d'Agenais par le duc d'Anjou en 1369, 1370 et 1372, alternant avec l'ierre-Baymond de Babasteins.
Il était le second fils de Jean Ier d'Armagnac, vicomte de Lomagne, etc., et de Béatrix de Clermont. J'ai dit que sa sœur, Jeanne d'Armagnac, avait épousé Jean de France, duc de Berry.
l'agenais AU XIVe SIÈCLE 137
Raymond de Salg, nouvellement élu, fit hommage à ce prince pour la moitié de la justice, la monnaie et ses autres droits. Il l'accompagna dans cette ville, où ils firent ensemble une entrée solennelle des plus brillantes le 26 septembre.
Les délégués de l'Agenais et Amanieu IV du Fossat, baron de Madaillan, fils d'Amanieu III, avaient prêté serment à Bordeaux. La querelle entre la ville d'Agen et le baron n'était guère apaisée. Le Prince Noir, déférant aux plaintes des Agenais, avait prescrit une enquête sur les usurpations dont ceux-ci accusaient Madaillan. La comparution d'Amanieu devant le juge d'Agen n'eut point de résultat ; il fatigua ses adversaires par des sursis successifs, et finalement une transaction portant partage intervint en 1369 ; mais cette transaction, approuvée par le prince, n'eut pas plus d'effet que les précédentes. En fait, le procès entre les consuls d'Agen et les Madaillan ou les Montpezat dura jusqu'en 17364.
La campagne de Castille, en apportant quelque gloire militaire au Prince Noir, lui créa des embarras nombreux. Ses compagnies d'Espagne désolèrent la Guyenne, qu'il s'aliéna par de nouvelles taxes destinées à satisfaire à ses prodigalités. L'impôt dit du fouage^, notamment, exaspéra le pays. Les anciens
1 Je ne saurais m'attarder à ce gigantesque procès toujours renaissant et dont j'ai déjà parlé plusieurs fois. Les Montpezat succédèrent aux Madaillan. Une nouvelle évocation eut lieu de 1462 à 1470. Elle aboutit à une délimitation officielle du 31 juillet 1470, puis... tout recommença bientôt pour ne finir qu'au xviii8 siècle.
J'ai dit que les diverses phases de ce procès entre la ville d'Agen et les Madaillan (Du Fossat ou Montpezat) ont été remarquablement exposées par M. Georges Tholin, dans Ville libre et Barons. On peut aussi consulter à ce sujet : Le Château de Madaillan, près d'Agen, par le moine auteur.
2 Le fouage, impôt par feu ou famille, d'origine féodale, devint la taille. Le Prince Noir l'avait exagéré maladroitement ; mais Charles V lui-même l'avait
partisans du prince, barons et prélats, en appelèrent au roi de France, auprès duquel ils portèrent leurs doléances. Charles V accueillit les mécontents avec la plus vive sollicitude et s'efforça de se les attacher par des avantages nombreux. Au comte d'Armagnac, entre tous, il alloua une forte pension et attribua de nombreux domaines en Guyenne, villes, châteaux et juridictions, sous condition qu'ils seraient repris aux Anglais. Parmi ces places figuraient Montréal, Mézin, Francescas, Astaffort, Lavardac, Feugarolles, Vianne, Mas-d'Agenais, etc. Il le chargea aussi de traiter en son nom avec les autres seigneurs de Guyenne.
Charles V invita, du reste, le Prince Noir à répondre devant la Cour des pairs aux accusations des barons le 25 janvier 1368 (1369), et prescrivit au sénéchal de Toulouse de lui faire les dernières sommations. Le prince répondit avec la plus superbe arrogance; il ordonna même à son sénéchal d'Agenais, Guillaume Le Moyne1, d'appréhender au corps les deux délégués de Toulouse, le chevalier Lancelot de Chaponval et Bernard Pâlot, juge criminel, lesquels, à leur retour et sous un prétexte frivole, furent emprisonnés à Penne2.
Les seigneurs, indignés, usèrent cle représailles. Ils
accru, le portant, dès 1370, à 6 livres pour les villes et à 2 pour les campagnes. Ce roi l'abolit avant 1379, mais on ne tarda guère à le rétablir après sa mort.
1 Guillaume Le Moyne, seigneur de Révélée (1367-1369), avait dû succéder, comme sénéchal anglais en Agenais, à Richard de Contenshon, venu après Amanieu II de Montpezat, seigneur de Lusignan, second fils de Hugues de Montpezat, sénéchal en 1362-1363. Celui-ci avait remplacé Arnaud-Garcies du Fossat. (Archiv. comm. d'Agen, CC. 40 et 41 ; GG. 218).
Le Gallia Christiana (t. n, p. 947) cite en 1364 un Guillaume Morgue ('!).
2 Le chevalier de Chaponval, dont le nom a été dénaturé par nos annalistes, et Bernard Pâlot étaient encore prisonniers en mai 1361), comme le constate un
l'agenais AU XIVe SIÈCLE 139
attaquèrent en armes, près de Montauban, le sénéchal de Rouergue allant de Villeneuve-d'Agen à Rodez et lui tuèrent beaucoup de gens. Pour se venger, Edouard donna aux siens des instructions violentes. Le Périgord fut maltraité par Pembrok ; l'Armagnac et l'Albret furent saccagés par Hue de Caurelée , pendant que, de Montauban, Jean Ghandos menaçait Toulouse et le Quercy.
Le duc d'Anjou, frère du roi1, commandait en Languedoc. Charles V ayant prescrit au comte d'Armagnac de courir sus aux Anglais, en lui promettant son appui , les opérations recommencèrent. Un grand nombre de places étaient déjà gagnées à la cause française, tant dans le Quercy que dans l'Agenais et la Gascogne. Gahors, Montauban, Villeneuve-d'Agen, Astaffort, La Sauvetat, etc. avaient donné leur adhésion.
Dès 1369, Condom avait chassé ou massacré sa garnison anglaise, dont les survivants s'étaient réfugiés à Mézin. Le duc d'Anjou avait fait un voyage en Agenais et confirmé au nom du roi les Coutumes d'Agen2. Après la main de sa sœur, Marguerite de Bourbon (1368), Charles V avait donné la ville et le château de Marmande à Arnault-Amanieu d'Albret, qui venait de s'en emparer.
acte royal du 21-25 de ce mois (V. l'Histoire générale de Languedoc, t. ix). Lancelot de Chaponval, appelé d'abord Jean par les historiens, fut envoyé au duc d'Anjou en mars 1370 (1371) à Roquemaure, pour lui donner des nouvelles du Languedoc.
1 Louis 1er de France, comte de Provence, duc d'Anjou et du Maine, frère de Charles V, second fils de Jean II (le Bon) et de Bonne de Luxembourg (1339- 1384). Il s'était enfui l'un des premiers à Poitiers, et, donné comme otage après le traité de Brétigny, il s'échappa en 1303, malgré son serment. L'aîné des deux fils qu'il eut de Marie de Blois, Louis II d'Anjou (1377-1417), fut roi de Naples, de Sicile et de Jérusalem en 1389 et détrôné en 1399. La fille de ce dernier, Marie d'Anjou, épousa Charles VIL
2 Cette confirmation fut encore renouvelée eu 1371.
En 1370 et 1371, le duc d'Anjou reprit Agen, que les Anglais avaient occupé un moment, et y mit pour commandant le sénéchal Pierre-Raymond de Rabasteins. Il s'empara de Port-Sainte-Marie, de Montpezat, de Tonneins, et même d'Aiguillon, qui ne résista que quatre jours. Talleyrand de Périgord1 était alors commandant général en Guyenne.
Du reste, les hostilités éclatèrent sur tous les points en 1372, année où se produisit, en mars, une désastreuse inondation du Lot. Olivier de Mauny2, chambellan du duc d'Anjou, fut chargé de commander à Villeneuve, dont il renforça la garnison ; puis le duc repassa par Agen en septembre pour aller assiéger Penne, qu'il ne prit qu'en 1373, à son retour d'un voyage dans le nord de la France. Les troupes d'Edouard III , en évacuant cette place, s'étaient dirigées sur Tournon, d'où, rebroussant chemin à la nouvelle du départ du duc d'Anjou pour Bordeaux, elles vinrent aussitôt la reprendre. Mais le duc accourut encore, cette fois avec une armée importante comptant trois généraux célèbres, Bertrand Duguesclin3, Olivier de Mauny et le duc de Bourbon4, et l'ennemi se hâta de fuir. Malheureusement, le duc et
1 Talleyrand de Périgord, que le roi qualifiait de cousin, était fils puîné de Roger-Bernard, comte de Périgord. Il mourut à Cahors, alors menacé par les Anglais, le 30 juillet 1372.
2 Olivier de Mauny, seigneur de Thorigny. Sa fille épousa Jean Goyon, sire de Matignon, chambellan du duc de Bretagne.
Il succédait à Villeneuve à Jean de La Barthe, seigneur de Cancon, dont il est parlé dans une note précédente.
3 Bertrand Duguesclin, né vers 1315, connétable de France en 1370, mort en 1380. — V. Chronique de Duguesclin, par Cuvelier (Paris, 1830, 2 vol. iu-l°).
4 Louis II, dit le Bon, duc de Bourbon, fils de Pierre Ier de Bourbon, né en 1337, mort en 1410. Il fut un des otages fournis à l'Angleterre comme caution de la rançon du roi Jean (1360-1368) et un des quatre tuteurs de Charles VI en 1380.
l'agenais AU XIVe SIÈCLE 141
ses généraux ayant été rappelés subitement pour faire face aux Anglais qui venaient de débarquer à Calais, la garnison française ne put tenir contre un retour offensif et dut se replier sur Agen.
L'année suivante (1374), le duc revint en Guyenne à la tête de 45.000 hommes et avec Duguesclin. Il prit sans coup férir La Réole, Condom, Fleurance, Tonneins et autres villes, et reprit encore Penne en trois jours. La garnison anglaise de cette place si éprouvée fut toute passée au fil de l'épée.
Une trêve d'une année entre les rois de France et d'Angleterre fut signée à Bruges le 27 juin 1375. L'année suivante, le 17 juillet, mourut le Prince Noir, que le roi Edouard III suivit dans la tombe le 21 juin 1377, laissant la couronne à son petit-fils Richard II, âgé seulement de onze ans1. Une nouvelle trêve fut conclue alors pour le 22 juillet en Agenais2.
La minorité de Richard amena des troubles dont sut profiter le duc d'Anjou, qu'avait rejoint Duguesclin, pour faire de grands progrès en Guyenne. Il se présenta d'abord devant Bergerac, une des principales places des Anglais, qu'il occupa le 3 septembre 1377 ; il prit ensuite Sainte-Foy, Sauveterre-de-Guyenne3, le château de Castillon, La Réole, Monségur, Saint- Macaire, Gaudrot, Sainte-Bazeille, Duras, Condom etc. ; puis il se retira à Toulouse. Duras, occupé le 18 octobre, avait soutenu un siège de dix jours4.
1 Ce Richard, fils du Prince Noir, était dit aussi Richard de Bordeaux, parce qu'il était né dans cette ville. Il y avait été baptisé en 1367, tenu par Richard, évêque d'Agen, qui lui avait donné son nom.
2 Rymer, t. m, pars m, p. 43.
3 V. sur Sauveterre-de-Guyenne (Gironde), une notice de Léo Drouyn, au t. I, pp. 49-57 de la Guyenne Militaire.
4 Le seigneur de Duras était alors Gailhard II de Durfort, dont le père
142 HISTOIRE DE LAGENAIS
Le duc reprit la campagne en juillet 1378, ne visant rien moins que Bordeaux ; mais il dut rentrer à Toulouse le 6 octobre, et l'année suivante, sur les plaintes nombreuses provoquées par ses exactions dans la province, il fat relevé de ses fonctions par le roi. Il avait nommé le vicomte de Fezensaguet, comte de Pardiac, gouverneur du comté d'Agen1.
Duguesclin fut tué le 13 juillet 1380 devant Châteauneuf-de-Randon, et Charles V mourut le 16 septembre suivant, laissant pour successeur son fils Charles VI, âgé de douze ans.
De 1370 à 1390, la situation de l'Agenais fut des plus pénibles. L'état de guerre se maintenait sourdement avec toutes ses désastreuses conséquences. Les seigneurs arrondissaient leurs domaines ; les Tuchins 2 commettaient mille déprédations, et des capitaines isolés opéraient à l'aventure et pour leur compte, s'emparant audacieusement des places et des châteaux, dont ils exigeaient ensuite le rachat. L'un d'eux, le Bâtard d'Armagnac3, surprit ainsi le château de Cas-
Gailhard Ier de Durfort, baron de Duras et seigneur de Blanquefort, d'abord du parti anglais, était revenu au service du roi de France en 1352 et avait été tué à Poitiers en 1356.
V. Précis historique sur la Famille de Durfort-Duras, par Jean Favre (Marmande, 1858, in-8°, pi.).
1 Géraud III d'Armagnac, vicomte de Fezensaguet, fils de Jean II d'Armagnac et gouverneur de Condom.
Il devint comte de Pardiac par son mariage, en 1379, avec Anne de Monlezun, comtesse de Pardiac, fille d'Arnaud-Guilhem de Monlezun et de la comtesse de Durfort. Anne, dont le contrat de mariage lui attribuait le comté de Pardiac, hérita de son frère en 1380.
Géraud mourut en 1403, par suite des mauvais traitements du comte d'Armagnac qui, convoitant ses biens, l'avait assiégé et pris dans Monlezun, puis enfermé dans une citerne du château de Rodelle, en Rouergue.
2 Les Tuchins étaient des paysans révoltés et des aventuriers transformés en brigands, qui ravagèrent les pays au sud de la Loire de 1382 à 1390. C'était comme une résurrection des Pastoureaux. Ils furent battus à plusieurs reprises par le sénéchal de Carcassonne que le duc de Berry avait envoyé contre eux.
3 Bertrand, fils naturel de Jean II, comte d'Armagnac.
l'agenais AU XIVe SIÈCLE 143
telculier, pour la remise duquel il fallut un impôt spécial de 16 sols par feu sur la contrée jusqu'en 1394.
Les Anglais, du reste, avaient perdu presque toute la Guyenne, où il ne leur restait guère que Bayonne et Bordeaux ; mais ils faisaient des courses incessantes dans la province.
Le duc de Berry, gouverneur de Guyenne et Languedoc et habitant Toulouse, semblait s'attacher à se rendre impopulaire. En l'absence du comte d'Armagnac, alors occupé à la formation de l'armée qui se préparait, le comte de Pardiac commandait nominalement en Agenais, où Charles VI vint en 1390 et reçut le plus sympathique accueil.
Une trêve fut signée entre les deux rois en 1395 ; mais on a vu combien ces traités donnaient peu de garantie et de sécurité au pays.
En Agenais, notamment, les Anglais ne désarmaient pas. Le 5 août 1398, Bérard d'Albret, Pons de Gastillon, Bertrand de Galard * et autres seigneurs prirent et saccagèrent le bourg de Saint-Pierre-de-Tonneins. Un débat soulevé à ce sujet par Nompar de Gaumont2 fut réglé par le sénéchal d' Agenais Arnaud de Merle,
1 Bérard d'Albret, seigneur de Sainte-Bazeille, capitaine de Lavardac, etc., quatrième fils de Bernard-Esi d'Albret et de Mathe d'Armagnac, ou peut-être Bérard d'Albret, écuyer, sénéchal de Bazadais (V. la Biographie de l'Arrondissement de Nérac, par Samazeuilh, art. Albret).
Pons VI de Castillon, seigneur de Madaillan, issu de la maison de Lesparre. Nous verrons qu'il passa aux Anglais et que Henri VI le nomma sénéchal d'Agenais en 1425. — Il délivra Bertrand de La Mothe, seigneur de Bruch, que Jean de Ferréol, seigneur de Tonneins, avait fait prisonnier et tenait enfermé depuis sept ans dans son propre château. En reconnaissance de ce service, Bertrand de La Mothe légua le château de Bruch â Pons de Castillon en 1407.
Ce Pons de Castillon est le dernier sénéchal d'Agcnais pour le roi d'Angleterre dont j'aie rencontré le nom et la date.
Bertrand de Galard, seigneur de l'Isle-Bozon, etc., fils de Bertrand. Il fut grand maître des Eaux et Forêts d'Aquitaine.
2 Nompar Ier, seigneur de Caumont. Il racheta les seigneuries de Samazan, de Montpouillan et de Gontaud.
que les deux souverains désignèrent comme arbitre1.
J'ai laissé passer l'année 4381 sans relater un fait important de l'Histoire d'Agen, qui cependant ne saurait être omis.
A cette date, en effet, le pont légendaire des Agenais, construit d'abord en vertu de la charte de Richard Cœur de Lion de 1189 et plusieurs fois détruit et rétabli, fut encore renversé par une forte crue de la Garonne.
Sa dernière reconstruction remontait au commencement du siècle. Il avait été exécuté alors par un entrepreneur de Cahors, Bernard Tichander, qui avait traité moyennant 20.000 sols Arnaudins ; puis cet entrepreneur, se déclarant lésé de plus de moitié, avait obtenu en cours d'exécution, en 1308, un supplément de 200 livres Arnaldèses et un droit de péage de deux années2. Malheureusement l'ouvrage, plus ou moins bien établi, était bientôt emporté par les eaux.
Le duc d'Anjou l'avait placé en 1380 sous les ordres du sire d'Albret qu'il s'était substitué dans le gouvernement de Guyenne. Il fut nommé sénéchal d'Agenais le 6 novembre 1399, remplaçant, je pense, Arnaud de Merle, et mourut après 1400. Arnaud-Guillaume de Barbazan lui succéda. (V. Thomas Carte, Rolles Gascons, etc., t. i, p. 182).
1 Arnaud de Merle sénéchal d'Agenais pour le roi de France, n'est guère connu que par le procès-verbal d'arbitrage de 1398. (V. Noulens, Documents historiq. sur la Maison de Galard, t. n, pp. 190-193).
2 V. à ce sujet au curieux travail de Léon Lacroix, dans le t. vu (1880) de la Revue de VAgenais, p. 356 : Le Prix de construction d'un Pont sur la Garonne à Agen, au xme siècle (sic).
Les calculs de l'auteur le conduisent à évaluer le prix de ce pont, rapporté à la valeur actuelle de l'argent, à 279.150 fr. environ, somme qui paraîtrait dérisoire, si on ne tenait pas compte de cette valeur au commencement du xme siècle.
L'auteur de ce travail, en disant xme siècle, a suivi une erreur de Labrunie, qui, dans son Abrégé chronologique des Antiquités d'Ageny fixe l'entreprise de Jean Tichander à 1208, au lieu de 1308.
Cette erreur a été déjà rectifiée par M. Georges Tholin, dans son annotation de la dissertation de Labrunie, publiée en 1878.
LAGENAIS AU XIVe SIÈCLE 145
En principe, ce pont avait été projeté tout en maçonnerie, et probablement avec des tours défensives ; mais, vu sans doute l'insuffisance des ressources, on avait dû se contenter d'un ouvrage en bois sur piles maçonnées.
En 1319, Edouard II avait prescrit la perception d'un droit spécial de passage pendant dix ans pour son rétablissement. En 1324, Charles le Bel avait accordé dans le même but des lettres imposant quatre parisis sur nobles et roturiers de l'Agenais, et Philippe de Valois avait créé en 1330, 1334, et encore en 1339 une taxe de bannage ou d'entrée aux portes d'Agen.
Qu'en était-il résulté? Le pont, malgré tout, était incomplet ou démoli encore en 1347, année où survint un nouveau traité d'entreprise de Philippe Darchas, charpentier d'Agen, pour sa reconstruction, qui n'était pas terminée en 1352. Philippe Darchas, mort pendant les travaux, avait été remplacé par son associé Jean Destradens, charpentier de Toulouse.
Sur une requête des consuls, le 25 octobre 1362, le sénéchal anglais d'Aquitaine, Jean de Chyverston, imposait pour dix ans les vins et poissons salés passant sur la Garonne devant Agen, impôt que probablement les crues du fleuve rendirent insuffisant.
Quoi qu'il en soit, à la date où nous sommes arrivés, en 1381, les consuls traitèrent avec un bourgeois et marchand d'Agen, Jean de Léglise, pour la réfection de leur pont, moyennant 10.000 deniers d'or appelés francs, divers droits et privilèges. Ce nouvel entrepreneur prit dix ans pour exécuter l'ouvrage, en s'engageant toutefois à assurer le passage des piétons dans un délai de trois années.
Jean de Léglise reconstruisit le pont en bois sur trois piles en maçonnerie, dont l'une, celle de rive gauche, est encore visible aujourd'hui et se découvre à la cote de 0m 30 au-dessus de l'étiage actuel d'Agen.
L'ouvrage fut parfait et livré dans les délais convenus ; mais combien de temps dura-t-il1?
Je n'ai pas exactement suivi, durant ce dernier siècle, la succession des évêques d'Agen dont le rôle, en ces temps de guerre permanente, perdait de son importance. Les événements militaires m'ont imposé ainsi une lacune que je vais combler en terminant ce chapitre.
A Bertrand II de Goth, oncle du pape Clément V, avait succédé en 1306 Bernard de Fargis, neveu du même pontife, qui, transféré à Rouen, fut remplacé en 1313 par Amanieu de Fargis.
Amanieu de Fargis, appartenant évidemment à la famille de Bernard, siégea jusqu'à sa mort, survenue en 1357. Il eut à soutenir de durs assauts de la part des seigneurs, et c'est, comme on l'a vu, sous son épiscopat que fut créé l'évéché de Gondom, en 1317.
Déodat de Rodbald, évêque d'Agen de 1357 à 1366, eut à traverser une des périodes les plus agitées de l'histoire de notre région. Les Anglais dominaient en Agenais et la guerre y était constante.
1 Pour épuiser le sujet, j'ajoute, dès maintenant, que, sûrement renversé par une des deux inondations de 1430 ou 1435, le malheureux pont fut encore reconstruit en 1516 par un parisien nommé Roux, grâce à l'intervention de Clément de La Rovère, évêque de Mende, neveu du cardinal de même nom, évoque d'Agen.
Du reste, ce nouvel ouvrage, probablement imparfait, n'existait déjà plus, comme nous le verrons, en 1564, ni en 1589, ni même en 1613. A cette dernière date, en effet, les consuls d'Agen étaient toujours en instance pour arriver à rétablir leur pont fantastique.
V. la dissertation citée de Labrunie : Les Ponts sur la Garonne, annotée par M. G. Tholin.
l'agenais AU XIVe SIÈCLE 147
Ce prélat s'étant démis en 1366, un délégué spécial nommé par le Saint-Siège dès 1364, Raymond de Salg, patriarche d'Antioche, administra le diocèse, même après la nomination de Richard par le Prince Noir en 1367. J'ai eu l'occasion de citer ces deux derniers évêques.
Jean II Belveti occupa le siège de 1375 à 1378. Il fut remplacé par Jean III, attaché à la cour du duc d'Anjou et chargé de diverses missions spéciales. Le cardinal Simon de Gramaux succéda à Jean III en 1382, mais ne garda le siège qu'une année. Il venait de Poitiers et passa à Béziers en 1383, puis à Carcassonne, à Avignon, et devint archevêque de Reims.
Jean IV fut élu en 1383, mourut en 1395 et eut pour successeur, en 1397, Bernard III, que remplaça bientôt (1398) Imbert de Saint-Laurent dont l'épiscopat devait durer jusqu'en 1438.