‹ Histoire de l'Agenais (volume 2)Chapitre 14 sur 18 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

L'Agenais au XVe siècle — Fin de la guerre de Cent ans La Guyenne reconquise — La Renaissance

(uoi-1500;

a trêve conclue entre les rois de France et d'Angleterre expira en 1403. Les Français reprirent alors leurs opérations et enlevèrent à Bernard de Lesparre1 le château de Marmande, qu'il tenait pour les Anglais depuis vingt ans.

Jean, comte de Glermont2, prit en 1404 de nombreuses places en Limousin et vers les Pyrénées ;

1 Bernard de Lesparre, seigneur de La Barde, avait été chargé de la garde du château de Marmande en 1383. Après la reprise de cette ville par les Anglais, en 1436, le gouverneur fut Bérard de Monferrand, seigneur de Gassac.

Bernard de Lesparre avait été nommé sénéchal d'Agenais par le roi d'Angleterre en 1401, après Jean Guitard, seigneur de Lugagnac (1372-1382), Merverin (1389) et Neuville (1392). — V. Thomas Carte, t. i, p. 185, etc.

2 Jean Ier de Bourbon, comte de Clermont, né en 1382, fils de Louis II, duc de Bourbon. Il fut nommé en 1404 capitaine général « es partie de Languedoc et du duché de Guyenne ». Fait prisonnier à Azincourt, il mourut à Londres en 1434. Il avait épousé en 1400 Marie, fille de Jean, duc de Berry, qui lui apporta le duché d'Auvergne et le comté de Montpensier.

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puis, l'année suivante, aidé du comte d'Armagnac1, il poursuivit ses succès et menaça Bordeaux qui dut se racheter. Les Anglais se montraient peu rassurés. Uni au connétable Charles d'Albret2, le comte d'Armagnac obtint encore de grands avantages en 1405 ; mais peu après, avec le duc d'Orléans3, il fit presque en pure perte une expédition nouvelle dans le Bordelais, où Blaye et Bourg résistèrent. Néanmoins, le duc fut nommé gouverneur de Guyenne, ayant pour sénéchal Gailhard de Durfort4.

Le 7 décembre 1407, une trêve de trois mois fut conclue à partir du 15 janvier suivant ; puis les hostilités reprirent sans qu'aucun événement important se produisît. Bordeaux était aux abois. Une nouvelle trêve survint en juillet 1410.

Le duc de Bourgogne 5 avait profité de la maladie de Charles VI pour s'emparer du pouvoir. Il eut alors pour compétiteur le comte d'Armagnac, beau-père du duc d'Orléans qui venait d'être assassiné. Cette faction, trop faible, fit alors appel aux Anglais ; mais je n'ai pas à rappeler ici les tristes phases de ces luttes de partis qui relèvent uniquement de l'Histoire générale de la France.

1 Bernard VII, comte d'Armagnac, frère et successeur de Jean III de Comminges (1391). Créé connétable de France en 1415, il fut tué à Paris, à la Révolution de 1418.

2 Charles Ier d'Albret, comte de Dreux, connétable de France en 1403, tué le 25 octobre 1415 à Azincourt où il commandait l'avant-garde de l'armée française. — Il fut l'arrière-grand-père d'Alain le Grand, sire d'Albret.

3 Louis de France, duc d'Orléans (1372-1407), célèbre surtout par ses relations avec Isabcau de Bavière. Jean sans Peur le fit assassiner en 1407.

4 Gailhard III de Durfort, sénéchal anglais de Guyenne de 1309 à 1410, fils de Gailhard II de Durfort, précédemment cité, et d'Eléonore de Périgord. Il fit rebâtir le château de Duras rasé en 138") et donné alors au seigneur d'Albret (V. Rymer, t. iv, pars II, p. 12G).

5 Jean sans Peur, duc de Bourgogne, fils aîné de Philippe le Hardi et aïeul de Charles le Téméraire, mort en 1410.

Le maréchal de Boucicaut1 commandait en Guyenne. Il lui fut adjoint en 1412 le comte de Foix2 comme capitaine général, et ensemble ils harcelèrent le comte d'Armagnac, qui demanda une suspension d'armes, suivie bientôt d'un traité de paix conclu à Bourges le 24 janvier 1413 s.

La même année, Henri IV d'Angleterre envoya le duc de Clarence4 en Guyenne avec une armée. La partie eût été belle alors pour les Anglais, qui heureusement furent arrêtés par la mort de leur roi, survenue le 20 mars 1413. Henri V, son successeur, négocia aussitôt une trêve, qui fut ensuite prolongée jusqu'au 14 juillet 1415.

Vers ce temps, une espèce d'émeute eut lieu à Agen. L'évêque Imbert de Saint-Laurent ayant fait saisir et emprisonner le curé de Sainte-Foi, les habitants de cette paroisse se révoltèrent et osèrent se rendre en troupes à l'évêché pour réclamer la mise en liberté du prisonnier. L'affaire s'arrangea cependant, et Charles VI accorda le 6 janvier 1413 (1414) des lettres de grâce aux émeutiers5.

L'anarchie et le désordre n'affligeaient pas moins l'Angleterre que la France. Le schisme compromettait

1 Jean Le Maingre, dit Boucicaut (1364-1421), maréchal de France en 1391, fils de Jean Le Maingre, maréchal de Boucicaut, mort vers 1370, un des négociateurs du traité de Brétigny. Il fut gouverneur de la Bépublique de Gênes de 1401 à 1409. Fait prisonnier à Azincourt, il fut emmené en Angleterre.

2 Jean, comte de Foix et de Bigorre, vicomte de Béarn et de Villemur, gouverneur du Dauphiné en 1416 et de Languedoc en 1434, mort en 1436.

Il épousa d'abord, en 1407, Jeanne de Navarre, fille de Charles III, dit le Noble, morte en 1420 ; puis Jeanne d'Albret, fille de Charles Ier, sire d'Albret et connétable de France en 1422.

3 Byiner, t. îv, pars H, p. 64.

4 Thomas, comte d'Albemarle, duc de Clarence, grand maître et connétable d'Angleterre, fils du roi Henri IV, tué en 1421 à la bataille de Baugé.

r> Archives communales d'Agen, FF. 225.

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l'Eglise. Trois papes siégeaient à la fois, un à Rome et deux à Avignon. Le concile de Constance (1414-1418) brûlait Jean Huss et Jérôme de Prague1, mais n'aboutissait guère aux réformes nécessaires.

Le dauphin de France, Jean d'Angoulême, maître du pouvoir, s'avilissait dans la débauche. Henri V, désireux surtout de faire diversion aux troubles intérieurs de l'Angleterre, résolut de raviver la guerre de France. Les trêves expiraient ; il fit pour des propositions de paix des conditions inacceptables, et une rupture eut lieu.

Pendant que le dauphin se préparait et que des masses françaises se rassemblaient à Rouen, le roi d'Angleterre débarqua avec ses troupes près de Harfleur qu'il prit et saccagea. Les deux armées se rencontrèrent à Azincourt le 27 octobre 1415, et quoique beaucoup plus nombreux, les Français, placés sur des terrains marécageux, sans commandement et sans ordre, furent complètement défaits. Les ducs d'Orléans et de Bourbon, les maréchaux de Boucicaut et de Créquy2 et plusieurs princes du sang étaient parmi les prisonniers.

Cet événement plongea le royaume dans la consternation.

On sait ce qui suivit. Le dauphin Jean meurt d'é-

1 Le fameux hérésiarque Jean Huss était né en Bohème en 1373, avait été recteur de l'Université de Prague en 1409 et confesseur de Sophie de Bavière. Sa mort provoqua la révolte des Hussites en Bohème (V. Jean Huss et le Concile de Constance, par E. de Bonnechose [Paris, 2« éd., 1846, 2 vol. in-12]).

Son disciple, Jérôme de Prague, le défendit avec habileté au Concile de Constance.

Leur supplice est de 1415 et 1416.

2 Jacques de Créquy, seigneur de Hailly, dit le Maréchal de Guyenne, lieutenant général dans cette province.

Pris une premier*' fois par les Anglais, il avait pu leur échapper ; mais, repris à Azincourt, il fut mis à mort en 1415

152 HISTOIRE DE LAGENAÏS

puisement le 5 avril 1416 ; le connétable d'Armagnac devient tout-puissant ; Charles, le troisième fils du roi, est proclamé dauphin, et sous l'influence des d'Orléans forme un second gouvernement dans l'Etat. Puis les Bourguignons dominent Paris (1418) et le sang coule à flots.

Cependant, les Anglais poursuivaient la conquête de la Normandie, prenaient Rouen en 1419 après la plus vive résistance, s'emparaient de Pontoise et menaçaient Paris.

L'assassinat de Jean sans Peur sur le pont de Montereau, le 10 septembre de la même année, servit encore la cause de- Henri V. En proie à la plus affreuse misère, le peuple en arrivait à préférer les Anglais aux Armagnacs ! La reine Isabeau, toute aux Bourguignons, traita avec le roi d'Angleterre, et une paix honteuse fut signée à Troyes le 21 mai 1420. Par ce traité, Henri V, époux de Catherine de France, fille de Charles VI, devait succéder à ce dernier et, en attendant, gouverner le royaume.

Les Etats généraux, avides de paix, ratifièrent ces clauses désolantes ; mais le sentiment national, violemment révolté, ne les sanctionna point. Le Nord refusa tout serment à l'ennemi de la France, et le Midi, loin de se soumettre et de désarmer, se prépara pour une nouvelle lutte.

Cette analyse succincte de tant de tristesses nous a éloignés de la Guyenne. Nous devons revenir un peu sur nos pas pour reprendre le récit des événements sur lesquels se porte principalement notre intérêt.

En 1416, les Anglais s'étaient emparé de La Réole. Le fils du connétable, Jean d'Armagnac, reprit cette ville en 1417, ainsi que le château. Il en fut de même de Domme, en Péri go rd. L'année suivante, l'ennemi

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occupa Montaigut1, et une trahison lui livra Laroque- Timbaut2 ; mais les Agenais, sous la conduite du sire de Montpezat3, reprirent bientôt cette dernière place, et s'emparèrent aussi de Prayssas, de Monbran et de Sainte-Livrade détenus par Pons de Castillon, alors du parti anglais.

Le 10 novembre de cette même année 1418, le dauphin fit cession par traité au roi d'Angleterre d'Agen et de l'Agenais4, circonstance qui n'eut, d'ailleurs, aucune influence sur les opérations militaires.

Sainte-Livrade ayant été occupée encore par les Anglais en 1420, Montpezat la surprit de nuit, et reprit aussi Dolmayrac, Frégimont et Frespech, où Pons

1 Montaigut, aujourd'hui chef-lieu de canton de Tarn-et-Garonne, dépendait de l'Agenais et de l'archiprêtré de Tournon. Ses Coutumes avaient été rédigées en 1316 par Guillaume Cazes, juge d'Agenais, sur l'ordre du seigneur de Clermont-Dessus.

En 1418, le château de Montaigut appartenait à Jean de Lomagne, seigneur de Montaigut et co-seigneur d'Astaffort.

Armoise de Lomagne de Montaigut, petite-fille et héritière de Louis, baron de Montaigut, épousa d'abord Antoine de Narbonne, avec lequel elle ratifia en 1566 les Coutumes de 1316. Elle se remaria en 1578 à François de Fumel, dont elle eut François de Fumel, baron de Montaigut, à la descendance duquel resta cette baronnie jusqu'en 1789.

Cette même Armoise de Lomagne épousa en troisièmes noces, le 5 avril 1587, Balthazar de Thoiras, seigneur de Cauzac, que nous rencontrerons à sa date.

Y. sur Montaigut les Documents historiques sur le Tarn-et-Garonne, de Fr. Moulcnq, t. m, p. 276 et suiv.

2 D'après Darnalt (Antiquités d'Agen), cette place aurait été livrée par un certain Bernard Serran, qui fut pris et pendu.

3 Amanieu III de Montpezat, chevalier banneret, baron de Montpezat, de Madaillan et de La Graulet. Il devint sénéchal d'Agenais pour le roi de France en 1426, après Béraud de Faudoas de Barbazan, successeur en 1425 d'Arnaud- Guillaume de Barbazan, et tint cette charge jusqu'en 1435.

Alors, dès 1419, et encore en 1427, Jean Badclyf était sénéchal de Guyenne (Archives Historiques de la Gironde, t. xvi, p. 96). Il avait remplacé William Cliffard.

Pour la succession des sénéchaux anglais de Guyenne, dont je n'ai pas à m'occuper ici spécialement, V. la liste produite par M. l'Abbé Tauzin, en Appendice à son étude citée p. 87.

4 Rymer, t. iv, pars m, p, 71

de Castillon, traqué par le seigneur de Lustrac1, s'était réfugié au sortir de Sainte-Livrade, dans une retraite désordonnée par La Sauvetat, Saint-Maurice, Gancon et Penne. Peu après, ce même Pons, qui avait pu s'échapper de Frespech, occupa Meilhan, et les Bordelais, pour plaire au roi d'Angleterre, s'emparèrent de Budos, de Montravel2? de Rions et de Saint- Macaire.

Le comte de Clermont3, désigné en 1421 comme capitaine général "au pays de Languedoc et duché de Guyenne" vint à Agen à la tête d'un corps d'armée dont les opérations furent de peu d'importance. Thibaut d'Espagne4 fut chargé de défendre Mar-

1 Arnaud, dit Naudonnet de Lustrac, fils de Bertrand, vaillant capitaine redouté des Anglais, auxquels il fit subir de grandes pertes. Il défendit Àgen et mourut en 1456.

V. une curieuse notice sur ce Naudonnet de Lustrac, par Paul La Plagne Barris, dans le t. xvin (1877) de la Revue de Gascogne, pp. 297-306.

Avec le baron de Beauville, en 1439, il se livrait à des voies de fait constantes pour forcer les Agenais à solder une obligation extorquée de 1.000 écus. On a lieu de croire que le sénéchal de Barbazan ne fut pas étranger aux agissements de ces deux seigneurs, agissements que réprima une ordonnance du dauphin Louis, plus tard Louis XI, datée de Toulouse (Arch. comm. d'Agen, FF. 7, et Revue de Gascogne, t. xvm, p. 496).

Naudonnet de Lustrac obtint des lettres de grâce de Charles VII.

2 Sur les châteaux de Budos et de Montravel, V. le t. n de la Guyenne Militaire, de Léo Drouyn.

3 Charles Ier de Bourbon, comte de Clermont, fils aîné de Jean Ier. né en 1401. — Il avait embrassé le parti du dauphin, fut battu en 1429 à la Journée des Harengs, et conspira deux fois contre le roi, en 1440 et 1442. Il mourut en 1456.

4 Thibaut d'Espagne, seigneur de Montbrun, fils de Charles d'Espagne et petit-fils de Bertrand le Boiteux, lieutenant de Quercy en 1352. Il avait été un précieux auxiliaire de Jean de Bourbon, comte de Clermont, dans la campagne de Guyenne et de Languedoc de 1405.

Il fut nommé capitaine de Marmande en 1421, aux gages de 306 livres par au (Sceaux Gascons du moyen âge, p. 281).

La maison d'Espagne dérivait de celle de Comminges (V. le P. Anselme, t. m). Elle a fourni des sénéchaux de Quercy, d« Périgord, de Toulouse, de Carcassonne, de Béziers, etc.

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mande. Le sénéchal d'Agenais et de Gascogne, Arnaud-Guillaume de Barbazan * , avait été nommé lieutenant général de ces deux provinces par le dauphin qui , le 30 octobre de cette même année , remplaça son père sous le nom de Charles VII. Henri V d'Angleterre était mort aussi le 30 août. Son jeune fils Henri VI lui succéda sous la tutelle du duc de Bedford2.

I Arnaud-Guillaume (Guilhem) de Barbazan, célèbre général de deux rois (Charles VI et Charles Vil) et vaillant compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, né en Bigorre vers 1380, était fils' de Manaud de Barbazan déjà cité. Il avait épousé Sibille de Montaut.

II fut un des témoins de l'assassinat de Jean sans Peur en 1419, mais Monstrelet constate son indignation contre ce meurtre.

En 1420, défendant Melun, il fut fait prisonnier après capitulation, conduit àChâteau-Gonthier et enfermé dans une cage de fer. La Hire le délivra en 1430, et le roi le nomma gouverneur de Champagne. 11 reprit aussitôt le cours de ses exploits militaires, gagna la même année la célèbre bataille de la Croizette, et fut tué le 2 juillet 1431 à la bataille de Belleville, près de Nancy.

Cf. Chronique de Monstrelet (1400-1453), éd. Douet d'Arcq (Paris, 1857-62, 6 vol. in-8°) ; Chronique de Charles VI, de Juvénal des Ursius (1624, in-4°) ; Histoire de Charles VI, de Denis Godefroy (Paris, 1653, in-f°, et Coll. diver. ses) ; Histoire de la Gascogne, de Monlezun ; Histoire générale de Languedoc ; Dictionnaire de la Noblesse, de La Chesnaye des Bois ; Dictionnaire Historique, de Moréri, etc., etc. V. spécialement : Châteaux Gascons de la /in du xme siècle. Le Château du Tauùa, par Ph. Lauzun (Revue de Gascogne, t. xxxm, 1892, p. 554etsuiv.).

Arnaud-Guillaume de Barbazan, surnommé le chevalier sans reproche, fut inhumé à Saint-Denis avec le cérémonial usité pour les rots de France.

Il avait été nommé sénéchal d'Agenais en 1409. — Son successeur fut, je crois, vers 1425, Béraud III de Faudoas, seigneur de Barbazan, chambellan de Charles VII, qui épousa en 1413 Jacquette de Pardaillan, fille de Bertrand de Pardaillan, vicomte de Juillac, et d'Angline d'Antin.

Béraud de Faudoas fut sénéchal d'Agenais et d'Armagnac en 1425-26, et encore en 1439.

Il était fils de Louis de Faudoas et d'Oudine de Barbazan, nièce d'Arnaud- Guillaume. Douce de Faudoas, sa fille, fut mariée en 1438 à Aysinus, baron de Montesquiou et d'Angles, aussi chambellan de Charles VII à cette date de 1438 (V. Y Histoire généalogique du P. Anselme, t. vu, p. 266).

La sœur d'Arnaud-Guillaume de Barbazan, Jeanne de Barbazan, avait épousé Arnaud-Baymond IV de Castelbajac, sénéchal de Bigorre en 1373, puis sénéchal de Périgord.

3 Jean Plantagenet, duc de Bedford, frère de Henri V (1389-1435). 11 épousa la sœur du duc de Bourgogne et vit la fortune s'enfuir en 1429, à l'apparition de Jeanne d'Arc

156 HISTOIRE DE i/aGENATS

Mais Charles VII, surnommé par dérision le Roi de Bourges, ne possédait guère plus d'un quart de la France et avait, dès lors, à reconquérir son royaume. Sa lutte contre Bedford, régent de France pour les Anglais, et ses démêlés avec le duc de Bourgogne l'absorbèrent entièrement.

Toutefois, quelques menus événements s'accomplirent encore en Guyenne,

Bazas fut pris par les Anglais en 1422 , ainsi que plusieurs forts des environs. Les Français reprirent cette ville par escalade ; mais ils durent l'abandonner ensuite au captai de Buch, Gaston de Foix1, qui s'empara de Sainte-Bazeille le 1er juillet 1424 et échoua devant Marmande. Le Mas-d'Agenais fut occupé et le château de Duras enlevé d'assaut, ainsi que celui de Laduguie, entre Tournon et Fumel, par le capitaine anglais Lancelot de La Barthe; mais bientôt Arnaud de Lustrac reprit Laduguie.

Sainte-Bazeille ayant été promptement recouvrée, Gaston de Foix s'en empara encore, et le 27 mars 1425 reçut commission spéciale du sénéchal de Guyenne Jean Radclyf pour la garde de cette place2.

Le comte Jean de Foix3 fut nommé gouverneur de Guyenne et de Languedoc en 1425, et le 3 septembre de la même année, Henri VI désigna Pons de Castillon

1 Gaston de Foix, Ier du nom, captai de Buch, comte de Benauges et de Longueville, seigneur de Gurson, etc., second fils d'Archambaud de Grailly et d'Isabelle de Foix. Il fut toute sa vie attaché au parti anglais et mourut à Meilles, en Aragon, après 1455. Il avait épousé au nom de Henri V Catherine de France, fille de Charles VI, et était sénéchal d'Agenais et Gascogne pour le roi d'Angleterre dès 1413.

Il épousa lui-môme Marguerite d'Albret, fille d'Arnaud-Amanieu, sire d'Albret, et de Marguerite de Bourbon, belle-sœur de Charles V, et fut l'auteur de la branche des comtes de Candalle (V. le P. Anselme, t. m).

2 Archives Historiques de la Gironde, t. xvi, p. 102.

3 Jean de Grailly, comte de Foix et de Bigorre (1415), fils aîné d'Archambaud

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pour son sénéchal d'Agenais1. Le capitaine Beauchamps2 conduisait les troupes anglaises en Basse- Guyenne.

L'année suivante, le seigneur de Caumont3, à la solde de l'Angleterre, voulant surprendre le seigneur de Lustrac, tomba lui-même dans une embuscade où il fut blessé et fait prisonnier. Il mourut de ses blessures au château de Lustrac, sur la rive droite du Lot4.

En 1427, Charles VII dédommagea par des lettres d'honneur l'évêque d'Agen, Imbert de Saint-Laurent, des outrages que lui avaient infligés les Anglais. On raconte que ceux-ci avaient poussé la cruauté jusqu'à attacher à la queue d'un cheval l'archidiacre de son église.

En cette même année 1427 , Castelmoron fut saccagé, Meilhan fut pris, et une trahison livra Marmande, que les sires d'Albret5 et de Montpezat ne

de Grailly et d'Isabelle de Foix. — Il avait été gouverneur du Dauphiné en 1416 et mourut en 1436.

Il épousa successivement Jeanne de Navarre (1443), fille de Charles II et d'Eléonore de Castille ; Jeanne d'Albret (1422), fille du connétable et de Marie de Sully, et enfin Jeanne d'Aragon (1436), fille de Jacques, comte d'Urgel.

1 Archives Historiques de la Gironde, t. xvi, p. 152.

2 Ce capitaine Beauchamps était, je crois, le petit-fils de Raoul, seigneur de Beauchamps, cité à la date de 1351.

3 Probablement Guillaume-Raymond de Caumont, seigneur de Castelnau et de Samazan, fils de Nompar Ier de Caumont, précédemment mentionné.

4 Le château de Lustrac, situé dans la commune de Trentels, était un moulin fortifié remontant aux premières années du xiv° siècle. Il est appelé fort dans nos livres consulaires et soutint plusieurs sièges. Il avait été construit en 1305 par Foulque de Lustrac, aïeul de Bertrand. — V. Notes sur deux Seigneurs de Lustrac, par G. Tholin (Heuue de Gascogne, t. xvm [1877], p. 493).

5 Charles II, sire d'Albret, comte de Dreux et de Gaure, vicomte de Tartas et captai de Buch (1462), fils de Charles Ier d'Albret et grand-père d'Alain le Grand. II mourut en 1471.

Vers 1425, Charles VII lui avait fait don de la ville de Fleurance et du comté de Gaure pour le dédommager des places que lui avaient enlevées les Anglais.

tardèrent pas à reprendre au comte de Salisbury. Ce dernier brûla Villeton en 1428.

Agen et Villeneuve obtinrent alors cession pour 800 livres Arnaldèses du château de Tombebouc, près de Sainte-Livrade, où des brigands qui désolaient la contrée avaient établi leur repaire. Les consuls des deux villes procédèrent aussitôt à la démolition de ce château, qui fut rebâti au xvie siècle.

La ville de Marmande fut encore reprise en 1428. Aiguillon, naguère recouvré, fut occupé de nouveau en 1430 par les Anglais ou les aventuriers qui le pillèrent après avoir vainement tenté de s'emparer du château. Gastelmoron, une fois de plus, et Sainte- Livrade eurent le même sort. Le comte de Foix envoya alors en Agenais le baron de Bazillac1, avec 60 hommes d'armes et 20 hommes de trait.

Cette guerre de brigandages et de rapines semblait vouloir s'éterniser. L' Agenais voyait s'accroître sans cesse ses épreuves, et cependant l'heure du répit n'était pas près de sonner encore.

Le baron de Frespech2, partisan des Anglais, ayant tenté de surprendre le château de Baj amont en 1432, Amanieu de Montpezat, sénéchal d' Agenais,

1 Rayrnond-Aymeric, baron de Bazillac (en Bigorre), sénéchal de Carcassonne, fils de Vital, baron de Bazillac. Il mourut après 1451. — En novembre 1430, sa compagnie était cantonnée à Clermont-Dessus (V. Monlezun, Histoire de la Gascogne).

2 Peut-être Bertrand de Montferrand, baron de Langoiran et de Frespech, soudan de la Trau, seigneur de Rions, Landiras, Podensac, etc., mort en 1446, ou plutôt son petit-fils Bertrand IV, mort en 1474, fils de Jean Ier, tué au siège de Langon en 1441 ?

V. Essai généalogique sur les Montferrand de Guyenne, par A. Communay (Bordeaux, 1889, in-4°), et Nobiliaire de Guyenne et de Gascogne, par 0. Gilvy et J. de Bourrousse de Laffore (Paris, 1858-1883, 4 vol. in-4°), généalogie des Montpezat, t. iv.

Le château de Frespech, à 22 kil. d'Agen (canton de Penne), remontait probablement au xme siècle. Il en subsiste encore des restes considérables.

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lui tendit une embuscade où sa troupe fut taillée en pièces. Il essaya ensuite sans succès de prendre le château de Lafox dont s'étaient emparé Naudonet de Lustrac et le baron de Beauville, qui réussirent même à se saisir de Castelculier, appartenant à Nompar II de Caumont, du fort de Sauveterre et du château de Monségur, près Fumel.

Le fils d'Amanieu de Montpezat, Raymond-Bernard *, passé aux Anglais, prit une double revanche en enlevant le château de Lusignan en 1434, et en 1435 la tour de Castelmoron-sur-Lot, qu'il démolit, pendant que d'autres partisans pillaient un château près de Sos 2.

En 1437, de nouvelles courses de routiers affligèrent encore l'Agenais. Clermont-Dessus tomba en leur pouvoir et dut être racheté.

Charles VII envoya son premier écuyer, Poton de Xaintrailles3, en Guyenne avec un corps d'armée en

1 Raymond-Bernard de Montpezat, baron de Madaillan, d'Aiguillon, de Sainte- Livrade, etc. (1425), mort après 1480 : Il avait épousé d'abord, en 1405, Jeanne de Bécarn, fille et héritière de Simon et de Jeanne du Fossat, dame de Madaillan. Il se remaria avec Catherine de Caumont.

L'aîné de ses fils, Amanieu IV de Montpezat, fut tué à la reddition de Bordeaux, et le second, Charles de Montpezat, seigneur de Madaillan, continua la descendance. Un autre, Bérard de Montpezat, fut prieur de Sainte- Livrade en 1478.

2 Dans ses Antiquités de la Ville d'Agen, etc., Damait mentionne aux dates de 1430 et 1435 deux très importants débordements de la Garonne. Au dernier, les eaux se géraient élevées au-dessus du pont et auraient complètement noyé les murs d'Agen à l'ouest.

3 Poton de Xaintrailles (ou Saintrailles), seigneur de Villeton, de Tonneins et de Saint-Macaire, grand écuyer et maréchal de France, bailli du Berry, sénéchal du Bordelais et du Limousin et un des plus célèbres capitaines du xve siècle, fut le dernier représentant d'une race antique de notre région.

Il était fils de Fort-Sanche de Xaintrailles et d'Edie de Roqueys, et naquit au château de Xaintrailles vers la fin du xive siècle. Il mourut à Bordeaux, au Château Trompette, le 7 octobre 1461, après avoir été destitué par Louis XI.

V. Etude sur le Château de Xaintrailles, canton de Damazan, arrondissement de Nérac (Lot-et-Garonne), par Philippe Lauzun (Agen, 1871, gr. in-8°, pi.).

1438. Aidé d'un aventurier espagnol nommé Rodrigo de Villandrando, il reprit le Médoc aux Anglais. Toutefois, il semble que ce même Rodrigo, opérant au gré de ses caprices, tint chez nous Tannée suivante une singulière conduite, s'emparant de Fumel et de Monségur, de Lauzun, de Laparade, de La Sauvetat-du-Dropt, de Fauillet et de Tonneins1.

Mézin fut repris par le sire d'Albret en 1439 ; mais la même année Port-Sainte-Marie fut occupé par les seigneurs de Caumont2 et de Tonneins3 pour le

Le testament de Poton de Xaintrailles a été publié, d'après un vidimus du 22 mars 1508, par les Archives Historiques de la Gironde (t. vi, p. 125).

Avec Etienne de Vignoles, surnommé La Hire, et Dunois, le Bâtard d'Orléans, Poton fut un des plus fidèles soutiens de l'indolent Charles VII aux heures lamentables de son règne.

A Orléans et à Patay, en 1429, Poton et La Hire firent des prodiges de valeur. Ce dernier tenta même, en 1431, de délivrer Jeanne d'Arc à Rouen ; mais il tomba aux mains des Anglais.

La Hire, qu'on croit originaire des environs de Francescas, mourut à Montauban en 1442. On sait qu*il personnifie le valet de cœur du jeu de cartes. Son frère, Amador de Vignoles, servit avec lui et fut tué en défendant Creil, en 1434.

1 Saint-Amans, Histoire du Département de Lot-et-Garonne, t. i, p. 253. Cet aventurier espagnol, type curieux d'un chef de bande du xve siècle, fit

construire plus tard à Valladolid un monastère de la Merci, dans lequel il s'enferma en expiation de ses crimes. V. l'étude que lui a consacrée J. Quicherat : Rodrigue de Villandrando (Paris, 187(J, in-8°).

Rodrigue épousa en 1436 Marguerite de Bourbon, fille naturelle de Jean Ier, duc de Bourbon. Il était depuis longtemps au service de Charles Vil comme chef de routiers. En 1428, opérant en Agenais, il avait capturé un autre aventurier, André de Ribes, dit Bâtard d'Armagnac, qui, à la tête d'une troupe indisciplinée, ravageait la vallée du Lot. Livré aux troupes royales par Rodrigue, André de Ribes fut pendu à Toulouse la même année.

2 François Nompar II de Caumont, seigneur de Castelnau, de Castelculier, etc., fils de Guilhem-Raymond II de Caumont, né à Caumont en 1391, mort en Angleterre en 1446. Il fut du parti anglais et vit ses biens confisqués et ses châteaux rasés.

Il laissa deux ouvrages : Le Livre Caumont, publié en 1845 par le docteur Galy, de Périgueux (Paris, in-8°), et Voyaige d'Oultremer en Jherusalem, publié en 1858 par le marquis de Lagrange (Ibid., gr. in-8°). — V. l'art. Caumont, au t. i de la Bibliographie générale de V Agenais.

3 Jean de Ferréol (ou Ferriol), surnommé le Baron Anglais, fils de Guil-

l'agenais AU XVe SIÈCLE 161

compte des Anglais. J'ajoute que cette ville resta peu de temps à ces derniers, car bientôt elle fut reconquise par le comte d'Astarac1, lieutenant du sénéchal d'Agenais, qui vint ensuite camper à la Salève, près d'Agen, avec le marquis de Fimarcon 2.

Agen refusa d'ouvrir ses portes et fut pris la nuit, par escalade.

Deux de nos annalistes parlent vaguement d'un complot ourdi alors par les seigneurs de Beauville et de Lusignan et le juge ordinaire d'Agen, en vue d'une occupation anglaise de cette ville, complot qui fut découvert et amena un conflit sanglant3.

C'est encore en 1439 que Charles VII envoya son fils, le dauphin Louis, dans le Languedoc, et que le comte de Hottington, débarquant à Bordeaux avec une armée de 15.000 hommes, prit le Mas, Clairac, Lavardac, Francescas, etc. De son côté, le captai de

laume, chevalier, seigneur de Tonneins-Dessous. Il ne s'était allié aux Anglais qu'en 1421. Sa fille Isabelle vendit cette seigneurie au baron Amanieu de Madaillan, dont, après confiscation et procès, les héritiers la cédèrent à Poton de Xaintrailles en 1452.

1 Bertrand d'Astarac, seigneur de Sauvelerre, Gaujac, La Barthe, etc., fils de Pierre-Raymond II d'Astarac, mort après 1487. Il avait épousé en 1444 Jeanne de Montesquiou, dame de La Barthe, en Astarac.

2 Odet de Lomagne, IIe du nom, marquis de Fimarcon, seigneur de Donzenac et de Montagnae, baron des Angles et de Terride, vicomte de Couserans et de Gimois, sénéchal d'Agenais de 1449 à 1460. Il avait épousé en 1427 Mathe- Rogère de Comminges, et mourut après 1478.

Son fils, Jacques de Lomagne, épousa Anne de La Tour, fille du vicomte de Turenne et d'Anne de Beaufort, auteurs des ducs de Bouillon. Il en eut Anne de Lomagne, qui porta la terrre de Fimarcon dans la maison de Narbonne, par son mariage avec Aimeri de Narbonne, baron de Talîeyrand, d'où elle passa aux Cassagnet-Tilladet. — V. la Généalogie des Vicomtes de Lomagne déjà citée p. 130.

Le marquis de Fimarcon avait remplacé comme sénéchal d'Agenais Odon, seigneur de Montaut, qu'on rencontre en 1441. Cet Odon de Montaut descendait d'autre Odon, baron de Montaut, châtelain de Penne en 1346.

3 Damait, Antiquités de la Ville d'Agen et Pays d'Ayenois ; Samazeuilh, Histoire de l'Atjenais, t. i, p. 464.

HISTOIRE DE L'AiJENAIS, T. I. 11

Buch s'emparait de Goudourville1, bientôt repris par les gens d'Auvillars, ainsi que Clermont-Dessus.

Des mesures furent arrêtées aussitôt. Le sénéchal de Toulouse reçut l'ordre de réunir ses milices et de les conduire à Albi dans la quinzaine ; des instructions furent aussi adressées au comte de Foix et aux autres capitaines dans le même sens ; mais cette campagne, qui ne paraît pas avoir eu d'importance, dut se terminer hors de notre région2.

Ces menus faits d'armes, où toutes les passions se donnaient carrière, ces sièges rapides et ces surprises constantes qui harassaient le pays d'Agenais étaient, certes, de bien peu d'importance à côté des graves événements qui se déroulaient alors sur divers points de la France.

La guerre, la famine et la peste avaient mis le pays aux abois. En 1429, il ne restait plus rien au roi de France au sud de la Loire, et les Anglais mettaient le siège devant Orléans. Tout semblait être perdu. Charles VII berçait son indolence dans sa fastueuse retraite de Ghinon, et songeait à se réfugier en Espagne. Une dernière armée péniblement formée se fit battre encore, et Orléans était sur le point de se rendre. Un miracle seul pouvait sauver le royaume ; ce miracle s'accomplit.

Une jeune inspirée de Domrémy, une héroïque vierge lorraine, Jeanne d'Arc, surgit tout à coup. Malgré toutes les railleries et les injures, malgré les moqueries de la cour licencieuse du roi, elle parvient à convaincre les plus rebelles de sa mission providen-

1 Sur Goudourville, V. une note spéciale à la date de 1580.

2 L'histoire de la guerre de Cent ans en Guyenne est encore pleine d'indécisions et offre bien des lacunes. Les Archives de Londres pourraient seules permettre d'établir une relation plus précise.

l'agenais AU XVe SIÈCLE 163

tielle. Une armée de 12.000 hommes, ressource suprême, lui est confiée, et, selon sa promesse, elle délivre Orléans et conduit Charles VII à Reims, en reprenant sur son passage aux Anglais terrifiés Auxerre, Troyes, Châlons, Soissons et autres places.

On sait bien la fin lamentable de cette épopée merveilleuse. La Pucelle d'Orléans, qui, voyant sa mission remplie, voulait reprendre le chemin de son village, fut retenue par le roi. Elle était dans Gompiègne qu'assiégeaient les Anglo-Bourguignons. Dans une sortie, le 24 mai 1430, elle fut prise, puis conduite au château de Beaurevoir et ignominieusement vendue aux Anglais pour 10.000 livres tournois.

Ceux-ci l'enfermèrent au château de Rouen. Son procès constitue une des plus hideuses infamies qu'ait enregistrées l'Histoire. Accusée de sorcellerie, d'hérésie, de crimes imaginaires, et d'ailleurs condamnée d'avance, elle fut brûlée vive sur la place du Vieux- Marché de Rouen le 20 mai 1431, sans que Charles VII, qui lui devait sa couronne, songeât, à la délivrer d'abord ou à la venger ensuite.

Le sentiment d'horreur que souleva ce crime monstrueux servit puissamment la cause royale. Un élan irrésistible acheva l'œuvre de la sainte martyre. Le traité d'Arras, signé en 1435 entre Charles VII et le duc de Bourgogne, finit de ruiner à jamais les espérances des Anglais, qui, en quatre ans, furent chassés de l'Ile-de-France et de la Champagne.

Revenons à l'Agenais, sans nous attarder aux Etats généraux tenus à Orléans en 1439 J, ni même aux

1 II n'existe aucun document relatif à la participation de l'Agenais aux Etats généraux de 1439. Ces Etats eurent cependant une certaine importance. Ils conduisirent, notamment, à la célèbre ordonnance d'Orléans du 2 novembre 1439 sur les gens de guerre, cause première ou prétexte de la révolte des seigneurs appelée Praguerie.

H1STOUŒ DE LAGENAIS

troubles très promptement réprimés de la Praguerie*.

En dépit des faits immenses qui s'accomplissaient sur d'autres points du royaume, l'état de guerre s'était maintenu en Guyenne, où se livraient maints combats, où se succédaient les escarmouches, les coups de main et les surprises.

En 1439, Naudonnet de Lustrac chassa les Anglais de Monségur et de Sauveterre. En 1440, l'aventurier Rodrigo reparut et surprit le même Monségur et Fumel, pendant que le baron de Puypardin2 s'emparait de Caumont; mais bientôt Raymond-Bernard de Montpezat reprenait Monségur et pénétrait dans Glairac par escalade. Fumel fut aussi reconquis dans le même temps.

L'année suivante (1441), les Anglais, commandés par le captai de Buch et le sénéchal de Bordeaux, assiégèrent Tartas que défendait Charles d'Albret. Le siège dura jusqu'en 1442. Charles d'Albret remit la ville aux seigneurs de Saint-Per et de Cognac pour être livrée à l'ennemi le 24 juin, si une armée de secours ne se présentait pas avant cette date.

A Nom s'inspirant des troubles fréquents dont Prague était alors le théâtre. On le donna à la révolte contre Charles VII du dauphin Louis et des ducs de Bourbon et d'Àlençon, secondés par une foule de seigneurs. Cette révolte, survenue en mars 1440 et dont j'ai rappelé ci-dessus l'origine, fut rapidement réduite. Dès le 24 juillet, la paix était rétablie.

2 N. Du Chemin, baron de Lauraët et de Puypardin, en Condomois.

Il commandait une troupe d'indisciplinés qu'on appelait Libertins, c'est-â-dire indépendants, un nom qui devait être célèbre au siècle suivant, appliqué aux adversaires de Calvin (V. Antiquités de la Ville d'Agen, de Darnalt).

Le château de Puypardin, près de Condom, d'abord aux du Puy, ou du Pouy, passa aux d'Albret, qui le possédèrent pendant un siècle.

Un Géraud du Puy, seigneur de Puypardin et de Saint-Amant, fit hommage en 1286 (Archives Historiq. de la Gironde, t. i, p. 23) ; il épousa Hunalda de Marestang, mourut après 1301, et sa petite-fille, Catherine du Puy, s'unit en 1400 à Michel d'Albret.

Un Giraut du Puy, chevalier, était capitaine de Condom en 1358 (Sceaux Gascons du moyen âge, p. 467).

l'agenais af xvf siècle 165

Charles VII avait alors son quartier général à Toulouse. Il partit de cette ville à la tête d'une brillante armée où se trouvaient le dauphin, le gouverneur de Languedoc, le connétable de Richemont1 et de nombreux bannerets. Il se présenta devant Tartas ainsi délivré le 23 juin, marcha sur Saint-Sever, qui fut pris, et ensuite sur Dax, qui capitula, mais fut repris peu après par le gouverneur de Bayonne.

Dans la vallée de la Garonne, Charles VII reçut la soumission de plusieurs villes, y compris Marmande, dont les clefs lui furent remises à Agen. La Réole, qui dut être assiégé en avril, ne tint que trois jours2; puis le roi divisa son armée et se retira à Montauban, en passant par Aiguillon.

Le vicomte de Lomagne, marquis de Fimarcon, fut chargé d'opérer en Agenais. De fin août à lin septembre 1442, il s'empara de Meilhan , Caumont, Sainte-Bazeille , Tonneins, Mauvezin, Monclar, Montastruc, Gontaud et autres places3. Clermont-Dessus fut aussi repris sur les hommes du captai de Buch qui s'en étaient emparé par escalade en 1439.

Charles VII, repassant par Agen, vint à Marmande, où il séjourna du 24 septembre au 1er décembre. On

1 Arthur III de Bretagne et de Touraine, comte de Richemont, de Dreux, d'Etampes, etc. (1394-1458). Il avait été nommé connétable en 1425.

2 V. Archives Historiques de la Gironde, t vu, p. 347.

Le château tint six semaines. Charles VII faillit périr durant ce siège au milieu des flammes.

3 Bordeaux fut puissamment servi et protégé par son archevêque Pey-Berland (Pierre III Berland), tout dévoué aux rois d'Angleterre. Ce prélat, né vers 1380 près Castclnau-de-iMédoc, avait été élu en 1430, après David de Montferrand. Son influence fut considérante et son rôle ne manqua pas do grandeur. Il se démit en 145G et mourut en 1458 (V. Ribadieu, Histoire de la Conquête de la Guyenne par les Français, liv. m et v).

Pey-Berland obtint du pape Eugène III l'érection de l'Université de Bordeaux dont il dressa les statuts et fut le premier chancelier.

a prétendu gratuitement qu'il avait alors érigé cette ville en évêché, mais que, sur les protestations de l'archevêque d'Auch, l'élection avait été abandonnée1. De Montauban, en janvier 1442 (1443), le même roi confirma les privilèges d'Agen2.

En 1443 fut rétabli le Parlement de Toulouse, dans le ressort duquel était encore l'Agenais, et l'année suivante de nouveaux désordres éclatèrent, dus surtout à un retour offensif des compagnies de mercenaires et d'aventuriers qui reprirent La Réole. Une bande opérant pour les Anglais s'était retranchée dans Tournon-d'Agenais, d'où elle fut délogée par les troupes de cette ville3.

Une trêve de deux ans intervint le 20 mai 1444 et fut prolongée plus tard jusqu'en 1449. Les Anglais recommencèrent alors les hostilités; mais ils perdirent bientôt la Normandie, et en août 1450 une armée conduite par Jean de Penthièvre4 fut envoyée en Guyenne. Dans une seule campagne, cette armée chassa l'ennemi du Périgord et fit des progrès consi-

1 La Guyenne Historique et Monumentale, par Alex. Ducourneau, t. i, p. 89. Réfutation de cette assertion est faite dans la Notice sur la Ville de Mar-

mande, par Tamizey de Larroque, p. 65.

2 Les lettres patentes de Charles VII rappellent l'origine des privilèges conlirmés, lesquels avaient été accordés par Raymond VII de Toulouse, en 1221 ; par Philippe de Valois, en janvier 1341 (1342) ; par le duc d'Anjou, en février 1370 (1371), et par Charles V, en mai de la même année (Archiv. comm. d'Agen, AA. 12).

Cette confirmation des privilèges d'Agen fut encore ratifiée par Louis XI, en 1463; par Charles VIII, en mars 1483 (1484) et en janvier 1487 (1488); par Louis XII, en avril 1499 (1450) ; par François Ier, en janvier 1514 (1515); par François II, en février 1559 (1560), etc. (Ibid., AA. 14-16).

3 La baronnie de Tournon appartenait alors et depuis 1428 aux Armagnacs, qui la tenaient du duc d'Anjou et la possédèrent jusqu'en 1503. A cette époque, elle passa dans la maison d'Albret.

* Jean de Blois, dit de Bretagne, comte de Penthièvre et de Périgord, mort en 1450.

l'agenais AU XVe SIÈCLE 167

dérables. Après Bergerac, Sainte-Foy fut prise, et malgré l'hiver, les opérations se poursuivirent avec un constant succès. Le sire d'Orval1, qui, dès 1447, tenait Bazas pour le roi de France, poussa même ses courses jusqu'aux portes de Bordeaux, secondé par Etienne de Vignoles et autres gentilshommes2.

Nous touchons, du reste, aux dernières phases de cette lutte séculaire.

En 1451, Dunois, le Bâtard d'Orléans3, à la tête de 20.000 hommes, rejoignit Jean de Penthièvre devant Blaye, en passant par Montguyon, en Saintonge. Ils prirent ensemble cette ville défendue par Montferrand, et entrèrent à Bourg le 29 mai4.

Le sire d'Albret assiégeait Dax, qui se rendit bientôt. Libourne était prise ; Gastillon capitula ; Saint- Emilion ouvrit ses portes; Fronsac5 fut emporté, et Bordeaux dut enfin se soumettre le 12 juin, sous réserve qu'aucun secours anglais ne lui viendrait avant

1 Arnaud-Amanieu d'Albret, seigneur d'Orval, troisième fils de Charles II d'Albret. Il fut le chef de la branche des seigneurs d'Orval.

Charles VII lui fit don en 1450 de la baronnie de Lesparre.

Sur Lesparre, V. la Guyenne Militaire, de Léo Drouyn, t. il, p. 337 et suiv.

2 V. Archives Historiques de la Gironde, t. xv, p. 50.

3 Jean Dunois, comte de Longueville, dit le Bâtard d'Orléans, un des meilleurs capitaines du xve siècle (1403-1468). Il était fils naturel de Louis, duc d'Orléans, frère de Charles VI, et de Mariette de Cany. Charles VII le déclara prince du sang légitime. Il fut l'auteur des seigneurs de Longueville.

4 C'est Pierre de Montferrand, Soudan de La Trau, qui commandait à Blaye dont il était gouverneur.

A Bourg commandait son neveu, Bertrand IV de Montferrand, baron de Montferrand et de Langoiran, etc., déjà cité.

Pierre de Montferrand, aîné du second mariage de Bertrand IV de Montferrand, échappé au désastre de Castillon en 1453 et banni de son pays, se réfugia à Londres. Il tenta une escalade de Lesparre en 1451, fut arrêté, condamné à Poitiers et exécuté en juillet de la même année.

V. Essai yénêaloyique sur les Montferrand de Guyenne, par A. Communay.

r> Sur Fronsac, V. la Guyenne Historique et Monumentale , t. I, 2e partie, pp. 224-232.

le 23. Au jour dit, les Français, ayant Dunois à leur tête, entrèrent dans cette ville et reçurent la soumission de toutes les places de Guyenne.

Bayonne tenait toujours ; mais le comte de Foix y fit son entrée le 21 août.

La Guyenne entière était alors reconquise.

Cependant tout n'était pas fini encore. Les exactions des vainqueurs exaspérèrent la contrée par trop surmenée ; le roi resta sourd aux doléances sans nombre qui lui furent soumises, et le mécontentement public fut habilement exploité par les partisans de l'Angleterre.

Le 21 octobre 1452, Talbot1 débarqua avec de nouvelles troupes. A la tête de 6.000 hommes, il parvint en quelques jours à rétablir les affaires anglaises jusqu'en Agenais. Bordeaux l'avait accueilli dès le 23 octobre, et bientôt, de toutes les places de la région, seule La Réole resta fidèle à la France. Les Anglais pénétrèrent en Périgord et détruisirent la ville et le château de Biron2.

Evidemment, si l'habile capitaine anglais eût été mieux servi et eût reçu des renforts convenables, la guerre pouvait se prolonger longtemps encore ; mais il n'en fut pas ainsi. Pendant qu'il demandait en vain des secours, Charles VII déployait une activité toujours plus grande. Une armée nouvelle partit de Lyon pour la Guyenne, où prenant l'offensive dès le printemps de 1453, elle enleva d'assaut plusieurs places.

1 Jean, sire de Talbot et de Fournival, comte de Shrewsbury (1373-1453), surnommé Y Achille de i Angleterre . Il fut fait maréchal de France par le roi d'Angleterre le 10 novembre 1438.

*Eu 1452, Jean II de Bourbon, fils aîné de Charles Ier de Bourbon, comte de Clermont, nommé lieutenant général en Guyenne, fit une entrée solennelle à Agen par la porte Saint-Antoine, venant d'Aiguillon (Damait, Antiquités d'Agen, p. 105).

l'amenais AU XVe SIÈCLE 169

Le 14 juillet, elle vint camper devant Castillon, en Périgord, et, retranchée dans son parc d'artillerie, attendit les Anglais qui accouraient. Le 17 juillet, la bataille fut vive. Les Anglais perdirent plus de 4.000 hommes, et Talbot et un de ses fils furent tués. Castillon capitula le lendemain, entraînant la soumission de Castelnau, Blanquefort, Villandraut, Langon, Saint-Macaire, etc. Charles VII, qui était à Angoulême, vint à Libourne recevoir la capitulation de Fronsac et assista à la prise de Cadillac.

Bordeaux se rendit le 12 octobre ; le roi y fit son entrée le 19 du même mois, et les Anglais disparurent définitivement de la Guyenne, après une occupation de plusieurs siècles. Calais seul leur restait en France.

Une période de paix allait succéder enfin pour l'Agenais aux longues années de trouble qu'il avait traversées1.

Charles VII mourut le 26 juillet 1461. Il fut remplacé par Louis XI, à qui succéda Charles VIII le 30 août 1483 ; puis vint Louis XII de 1498 à 1515.

J'ai peu à dire maintenant de la fin de ce siècle.

Vers 1454 avait débuté la lutte entre Charles VII et le comte Jean V d'Armagnac2, un des libérateurs

1 En 1460, Bertrand de Mercadier, dit Santon, au service du connétable d'Armagnac, ancien compagnon d'armes de Xaintrailles et de La Hire, fut nommé capitaine de la ville et châtellenie d'Agen, aux gages de 300 livres par an (Archives nationales, K. 69, n° 4).

Alors, ai-je dit, et depuis 1449, Odet de Lomagne était sénéchal d'Agenais et Gascogne.

2 Jean V, comte d'Armagnac, de Fezensac. de Rodez, etc., vicomte de Lomagne, fils de Jean IV d'Armagnac et d'Isabelle de Navarre, né vers 1405.

Servi par de fausses lettres de dispenses délivrées par Ambroise de Cambray, référendaire de Rome et plus tard évoque d'Alet, il était parvenu à épouser en 1461 sa propre sœur Isabelle d'Armagnac, dont la beauté était remarquable et de laquelle il eut deux enfants. Charles VII fut indigné, et le pape, désavouant son mandataire, fulmina une excommunication dont l'incestueux sut néanmoins

170 HISTOIRE DE LAGENAIS

de la Guyenne. A propos de la nomination de Philippe III de Lévis au siège archiépiscopal d'Auch1, une armée de 24.000 hommes, commandée par le comte de Clermont, avec les maréchaux de Lohéac2 et Xaintrailles, avait été envoyée en Gascogne contre le comte, alors réfugié en Aragon, et après l'occupation de Lectoure3, un arrêt du Parlement de Paris du 14 mai 1460 confisquait ses biens, que lui rendait bientôt Louis XI, en 1464 4.

Mais Jean V, turbulent et de mœurs pitoyables, ne pouvait pas vivre en repos. Malgré la bienveillance extrême de Louis XI à son égard, il participa contre ce roi à la Ligue du Bien public dès 1464 ; puis, après son pardon, épousa la cause des ducs de Bourgogne et de Bretagne. Il invita même les Anglais à opérer une autre descente en Guyenne, où Antoine de Chabannes5fut alors envoyé comme lieutenant général.

se faire absoudre. En 1404, Isabelle prit le voile au monastère de Mont-Sion, à Barcelone, et Jean V se remaria en 1468 avec Jeanne de Foix.

1 Philippe II de Lévis, archevêque d'Auch en 1415, s'était démis en 1454 en faveur de Philippe III de Lévis, patronné par le roi de France. Jean V avait alors fait élire par le Chapitre Jean, bâtard d'Armagnac, mort en 1483, qui n'occupa le siège qu'en 1462, et dont le frère Jean, bâtard d'Armagnac, dit de Lescun, fils d'Arnaud-Guilhem de Lescun et d'Anne d'Armagnac, légitimé en 1453, mort en 1473, fut comte de Comminges, gouverneur du Dauphiné, lieutenant général en Guyenne et maréchal de France.

2 André de Montfort de Laval de Lohéac (1411-1486), maréchal de France en 1439. Il s'était distingué à Orléans et en Normandie, et défendit Beauvais contre Charles le Téméraire en 1472. — Louis XI l'écarta de 1461 à 1465.

3 Sur Lectoure, V. la Guyenne Historique et Monumentale, t. i, 2e partie, p. 316 et suiv.

4 Je mentionne ici pour mémoire une épidémie qui, d'après nos annalistes, sévit en Agenais en 1463. Je n'ai pas de données précises sur cet événement. On dit seulement que les Cours de Justice et les Chapitres se réfugièrent à Villeneuve.

5 Antoine de Chabannes, comte de Dammarlin (1411-1488). Il eut une existence très agitée, combattit sous Jeanne d'Arc et fut gouverneur de Paris pour Charles VIIL

L'AGENAIS AU XVe SIECLE

Jean V, menacé, s'enfuit encore, et ses biens furent de nouveau confisqués par arrêt du 7 septembre 1470.

Dès l'année 1468, le roi avait attribué le duché de Guyenne à son frère Charles de Valois, comte de Saintonge et seigneur de la Rochelle1. Le Parlement de Bordeaux, établi par le traité du 20 juin 1451 et érigé par un édit du 10 juin 1462, fut transféré alors à Poitiers, d'où il ne revint qu'après la mort de Charles, en 1472 2.

Déjà, une enquête avait été prescrite sur les droits des évêques d'Agen3, et par lettres patentes du

Sa vie et celle de son frère Jacques de Chabannes, seigneur de La Palice, lieutenant général en Guyenne, tué à Castillon en 14-53, ont été écrites par Du Plessis (Paris, 1617, in-12). Gabriel, le second fils de Jacques, fut grand sénéchal de Guyenne.

C'est un de leurs descendants, Jacques II de Chabannes, seigneur de La Palice, maréchal de France, tué à Pavie en 1525, qui est le héros de la célèbre chanson populaire dont l'origine n'a pas été parfaitement expliquée.

1 La prise de possession du duché de Guyenne au nom de Charles de Valois par Jean de Lescun eut lieu le 5 juin 1468. V. Archives Historiques de la Gironde, t. xn, p. 17.

2 Le Parlement de Bordeaux eut dès l'origine dans sa juridiction le Bordelais, l'Agenais, les Lannes, le Condomois, le Bazadais, la Saintonge, le Périgord et partie de l'Angoumois.

Le Parlement de Toulouse, créé en 1302, supprimé en 1312 et rétabli en 1429, avait eu l'Agenais dans son ressort avant l'érection du Parlement de Bordeaux, et l'eut encore pendant le transfert de ce dernier à Poitiers.

Au xvme siècle, la juridiction de Bordeaux comprenait vingt-deux sénéchaussées de diverses provinces : Guyenne, Gascogne, Périgord, Limousin et Saintonge.

V. sur l'histoire du Parlement de Bordeaux : Origines du Parlement de Bordeaux {1370-1462), par Brives-Cazes, déjà cité p. 86. —Histoire du Parlement de Bordeaux depuis sa création jusqu'à sa suppression {1462-17 90), par C.-B.-F. Boscheron des Portes (Bordeaux, 1877, 2 vol. in-8°). — Essai historique sur le Parlement de Bordeaux, par E. de Brézetz (Ibid., 1856, in-8°). — Les Dernières années du Parlement de Bordeaux {1775-1790), par E. de Larouverade (Ibid., 1867, in-8°). — Le Parlement de Bordeaux sous Louis AT, par Guillaumin (Ibid., 1878, in-8°). — Le Parlement de Bordeaux. Notes biographiques sur ses principaux Officiers, par A. Communay (Ibid., 1886, gr. in-8°), etc.

3 L'ordonnance des commissaires chargés de cette enquête, du 8 mars 1469, a été publiée dans le t. vin, p. 349 des Archives Historiques de la Gironde.

7 octobre 1469, le nouveau duc avait donné mission à son trésorier général Pierre Marin, à son maître des comptes Jacques Berzian et au lieutenant du sénéchal d'Agenais et Gascogne Bernard de Gots de rechercher les usurpations commises par divers sur les terres, places, seigneuries, etc. du domaine de Guyenne. Naturellement, ces commissaires avaient une rude besogne. De Lectoure, ils subrogèrent à leurs droits le receveur ordinaire de la sénéchaussée d'Agenais, Jean de Montravel, écuyer, à qui Robert de Balzac ' délivra des lettres de pareatis. Ce receveur opéra très activement durant toute Tannée 1470, et obtint même d'importants résultats, notamment dans la juridiction de Marmande 2.

Artisan d'intrigues, Charles avait appelé le comte d'Armagnac auprès de lui, à Bordeaux, en 1471, l'avait rétabli dans ses domaines et fait son lieutenant général. C'était comme une bravade.

Associé au comte de Foix3, Jean V s'était emparé d'une partie de la Gascogne ; mais une armée commandée par les sénéchaux de Beaucaire et de Toulouse, dans laquelle se trouvaient les sénéchaux d'Agenais, de Quercy et de Rouergue avec leurs troupes, opéra contre lui, soumit l'Agenais, le Quercy, le Roussillon, l'Armagnac, etc., et assiégea le comte dans Lectoure où il s'était enfermé.

1 Robert de Balzac (ou Balsac) d'Entragues, seigneur de Rieumartin, etc., sénéchal d'Agenais de 1467 à 1469 et capitaine de Tournon, de Penne et de Castelculier, second fils de Jean de Balzac, seigneur d'Entragues, et de Jeanne de Chabannes. — Il avait succédé à Pierre de Ramond, seigneur de Folmont, de Caze et d'Auterive, sénéchal d'Agenais et Quercy de 1462 à 1467. Son frère puîné, Robert II de Balzac, le remplaça.

i Divers procès-verbaux de réintégration de terres usurpées ont été imprimés dans le t. v des Archives Historiques de la Gironde.

3 V. une note de la page 185.

l'agenais AU XVe SIÈCLE 173

La mort du duc Charles, mort attribuée à un empoisonnement, survint alors (28 mai 1472). Louis XI réunissant aussitôt la Guyenne à la couronne en nomma gouverneur Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu1, qui se dirigea immédiatement sur Lectoure. Jean V capitula en juin. Moyennant l'abandon de ses biens, il obtint une pension de 12.000 livres ; mais quatre mois s'étaient à peine écoulés qu'il reparaissait à Lectoure, et, avec l'aide du sire de Sainte-Bazeille2, s'emparait de Pierre de Bourbon qu'il faisait enfermer.

En janvier suivant, Louis XI le fit assiéger encore par le cardinal d'Albi3, le seigneur du Lude4, le sénéchal d'Agenais Robert de Balzac5 et le sénéchal de

1 Pierre II de Bourbon, d'abord sire de Beaujeu (1439-1503). Il épousa en 1474 Anne de France, fille aînée de Louis XI, régente pendant la minorité de Charles VIII.

Il avait pour lieutenant général en Guyenne en 1487, Gaston de Foix, comte de Candalle et de Benauges, captai de Buch, fils de Jean de Foix, mort en 1500, dont la sœur épousa Charles d'Armagnac.

2 Charles d'Albret, seigneur de Sainte-Bazeille, quatrième fils de Charles II d'Albret. Il fut décapité à Poitiers le 7 avril 1473 pour cette même affaire de Lectoure.

3 Jean de Jouffroy (1412-1473), évêque d'Arras en 1453, cardinal en 1461, évêque d'Albi en 1462 et aumônier du roi, surnommé le Diable d'Arras (V. Le Cardinal Jean Jouffroy . Etude historique, par Charles Fierville. — Paris, 1874, in-8<>).

4 Jean de Daillon, seigneur du Lude, chambellan de Louis XI, gouverneur du Dauphiné et de l'Anjou, mort en 1480.

Son petit- fils Jean, comte du Lude, fils de Jacques, chambellan de Louis XII et de François 1er, fut lieutenant général en Guyenne et mourut à Bordeaux en 1557. L'évêque d'Agen Gaspard de Daillon du Lude (1631-1635) appartenait à cette famille.

5 Bobert II de Balzac d'Entragues , seigneur de Dunes, de Clermont- Dessus, etc., sénéchal d'Agenais et Gascogne en 1469, après son frère aîné Bobert Ier de Balzac, seigneur de Bieumartin.

Bobert II de Balzac fut sénéchal d'Agenais et capitaine de Penne, Tournon, Castelculier et Puymirol jusqu'en 1492. 11 fut remplacé alors par Guy de Montpezat, et reprit cette charge en 1499, après sa campagne d'Italie et la mort de Charles VIII. On le rencontre jusqu'en 1501, époque vers laquelle lui fut donné pour successeur Antoine de Lestrange. Il mourut vers 1503 (V. Col-

Languedoc. La défense du comte fut des plus énergiques. Sur des promesses cauteleuses, il se rendit le 5 mars, et le lendemain il fut poignardé par un francarcher nommé Pierre Gorgias, que conduisaient PtObert de Balzac et Guillaume de Montfaucon, lieutenant de Ruffec de Balzac, sénéchal de Beaucaire et de Nîmes, frère du sénéchal d'Agenais1. Sa femme, Jeanne de Foix2, fut emprisonnée au château de Buzet,

lection de Bastard d'Estant) à la Bibliothèque nationale. Catalogue de M. Léopold Delisle [Paris, 1885, gr. in-8°], n°* 978 et 983).

Robert II de Balzac épousa d'abord à Agen, en 1474, Antoinette de Castelnau de Bretenoux, et en secondes noces, en Italie, Lancie Fabri, fille du gonfalonier de Florence. Il fut un moment gouverneur de Pise pour Charles VIII (V. Archives du Château d'Auge. Généalogie des Maisons de Fabri et d'Ayrenx, par J. de Laffore. — Bordeaux, 1884, in-8°, p. 54).

Son fils aîné, Pierre de Balzac d'Entragues, né à Agen (?) en 1479, fut pourvu à quinze ans, par lettres de Charles VIII datées de Lyon, 10 avril (1494), de la survivance de son père dans le sénéchalat d'Agenais et les capitaineries de Penne, du Tournon et de Castelculier (Archives communales d'Agen, CC. 45), office dont il ne fut, je crois, jamais titulaire. Il devint dans la suite capitaine de Corbeil et de Fontainebleau, et épousa Anne Malet, darne de Montagu, fille de Louis Malet de Graville, amiral de France (V. le P. Anselme, t. n).

Dans la confiscation des biens de Jean d'Armagnac, en 1470, Robert de Balzac avait eu pour sa part des dépouilles les terres de Dunes, de Malauze, et de Tournon, et une portion de la seigneurie d'Astaffort, attributions que Jean lui avait reprises par les armes. Clermont-Dessus lui avait été donné par Charles, duc de Guyenne, en 1463 (V. Documents historiques sur le Tarn-et- Garonne, par Fr. Moulenq, t. i, p. 121).

Il laissa deux curieux écrits que Symphorien Champier publia à Lyon en 1503 : La Nef des Princes et des Batailles de Noblesse..., et Le Chemin de Lospital (in-4° goth.) . — M. Tamizey de Larroque a donné en 1887 une nouvelle édition savamment annotée du Chemin de Lospital (Montpellier, in-8°). — V. la Bibliographie générale de l'Agenais, art. Balzac, t. i.

En 1478, un lieutenant de Robert II de Balzac, Florimond du Monteil, fut délégué avec Jean Lombard, trésorier d'Agenais, pour recevoir à Sainte-Foy les déclarations et hommages des feudataires. V. Archives Historiques de la Gironde, t. xm, p. 104. — Ce recueil qualifie Florimond du Monteil de Sénéchal d'Agenais; mais l'acte reproduit dit exactement: «... FI. du Monteil, locumtenente generali magnifici et potentis viri domini senescali Agennensis et Vasconie. »

1 Ruffec de Balzac, seigneur de Glissenove, Bensac, Rieumartin, etc., sénéchal de Beaucaire et de Nîmes, gouverneur de Pont-Saint-Esprit et chambellan de Louis XI, fils aîné de Jean de Balzac d'Entragues. Il mourut en 1473.

2 Jeanne de Foix, fille de Gaston IV, comte de Foix, et d'Eléonore, reine de

LAGENA1S AU XVe SIÈCLE 175

près de Lectoure, et la ville fut horriblement saccagée.

Or, tandis que tombait ainsi la puissante maison d'Armagnac, une autre, celle d'Albret, prenait une extension immense. Les biens des Armagnacs, confisqués définitivement sur le dernier représentant de cette lignée, Charles1, frère puîné de Jean V, furent attribués en 1473 au sire Alain d'Albret, surnommé le Grand2.

Ce Charles d'Armagnac, qui ne devait mourir qu'en 1497, mais dont quinze années de captivité avaient affaibli l'esprit, fut fait prisonnier par Alain en 1483 à Tournon-d'Agenais et enfermé au château de Casteljaloux. Il y était fort durement traité et tenu au se-

Navarre. J'ai dit (page 170) qu'elle avait épousé Jean V d'Armagnac en 1468. Les uns ont cru que Jeanne de Foix avait été empoisonnée au château de Buzet ; d'autres ont accusé le beau-frère de Robert de Balzac, Jean de Castelnau, de ce méfait, qui alors eût été commis au château de Castelnau-de- Bretenoux, en Quercy. Jeanne de Foix mourut tout simplement à Pau de mort naturelle (V. Histoire générale de Languedoc, t. xi, et Histoire de la Gascogne, de Montlezun, t. iv, p. 375, etc.).

1 Charles, comte d'Armagnac, de Fezensac, de Rodez, etc., frère de Jean V, après la mort duquel il fut emprisonné et retenu pendant quinze ans à la Bastille. Il avait épousé en 1468 Catherine de Foix, fille de Jean de Foix, comte de Candalle et de Benauges, captai de Buch, dont il n'eut pas de descendance. Il reconnut un enfant naturel, Pierre, né de Marguerite de Clam sa maîtresse. Ce Pierre devint comte de l'Isle-Jourdain et vicomte de Gimois, et son fils Georges d'Armagnac, né en 1501, évêque de Rodez en 1529, nommé cardinal pendant une ambassade à Rome en 1546, fut archevêque de Toulouse en 1562, passa à Avignon en 1576, et mourut en 1585.

2 L'Armagnac, dérivant du Fezensac, présente son premier comte, Bernard Ier le Louche, dès 960.

Le berceau de la famille d'Albret fut le château de ce nom, commune de Labrit, en pleines Landes de Gascogne, et nous avons vu ses représentants figurer en A gênais au commencement du XIe siècle.

Sur les maisons d'Armagnac et d'Albret, et sur Alain le Grand, sire d'Albret, vicomte de Tartas, captai de Buch, etc., fils de Jean d'Albret, mort en 1522, V. Histoire des Comtes d'Armagnac, par Samazeuilh (Agen 1839, in-8°), ouvrage inachevé; Histoire de IWgenais, t. i, et Dictionnaire et Biographie de V Arrondissement de Nérac, par le même ; — Notice sur les Origines de la Maison d'Albret (972-1270), par A. Luchaire (Paris, 1870 et 1874, in-8°) ; Alain le Grand, sire d'Albret. L'Administration roi/aie et la Féodalité du Midi {1440-1562), par le même (Ibid., 1877, in-8»), etc.

cret, séparé de sa femme Catherine de Foix et de tous ses serviteurs.

Sur commandement du roi, en 1484, un conseiller du Parlement de Bordeaux, Jean Raphaël, sieur de La Salle et d'Artigue, fut chargé d'intimer au sire d'Albret l'ordre de mettre son prisonnier en liberté. Mais la mission de ce conseiller ne fut pas de facile accomplissement. Il arriva à Agen le 6 décembre 1484 et ajourna Alain, à Montignac-le-Comte d'abord, puis à Nérac et à Gasteljaloux, à comparaître devant lui. Il n'eut que la visite, le 9 décembre, de Catherine de Foix, et toutes ses sommations restèrent sans effet. 11 poussa néanmoins le zèle jusqu'à se présenter luimême et par deux fois, les 19 et 22 décembre, à Gasteljaloux, où il fut accueilli hors des murs par des quolibets et des menaces1.

Au surplus, le sire d'Albret tira profit de ses violences, bien que Charles d'Armagnac eût fait donation de ses terres à son neveu le duc d'Alençon le 18 juin 1497.

Alain le Grand fit entrer dans ses vastes domaines les comtés de Foix et de Bigorre, le Béarn et le royaume de Navarre. Il prétendit même un moment au duché de Bretagne, que visait aussi Charles VIII. Les incidents nés de cette compétition en 1487 et 1488 n'intéressent point l'Agenais. La guerre fomentée par le duc d'Orléans, plus tard Louis XII, était en cours. L'armée française envahit la Bretagne ; le peu d'entente des dissidents facilita sa tâche, et le duc de Bretagne, qui mourut d'ailleurs peu après, traita de la paix après la sanglante affaire de Saint-Aubin-du-Cor-

1 Le procès-verbal dressé par Jean Raphaël a été spirituellement analysé par M. Tamizey de Larroque : Les Infortunes d'un Commissaire du xve siècle (Agen, 1887, in 16).

i/AGENAIS AV XV SIECLE 177

mier, le 27 juillet 1488. Le roi épousa Anne de Bretagne, tille et héritière du duc, en 1491 4.

Du reste, les événements les plus importants des règnes de Louis XI, Charles VIII et Louis XII furent à peu près étrangers à notre région, alors à peu près paisible. Les luttes contre les grands vassaux et les guerres d'Italie n'eurent chez nous que de faibles retentissements.

Nous devons arriver aux troubles religieux du xvic siècle pour retomber dans l'agitation et le tumulte.

Je dois signaler toutefois, sous Louis XI, en août 1481, un conflit assez grave survenu à Agen, à propos d'une injuste répartition des impôts écrasants que la plèbe était presque seule à supporter et dont le Clergé, les nobles et les gros bourgeois s'exonéraient plus ou moins.

A la suite d'exactions commises par la compagnie de Comminges, des plaintes très vives s'élevèrent, et sur une requête présentée par les opprimés, le Parlement de Bordeaux chargea le conseiller lai Pierre de Champeaux d'informer à ce sujet.

Le Consulat agenais était aristocratique. Les protestataires réclamaient dans sa composition deux artisans et deux laboureurs. Toute transaction étant reconnue impossible, les consuls sollicitèrent euxmêmes l'intervention directe du Parlement. Le roi commit alors le premier président de Bordeaux pour examiner les propositions faites aux dissidents et, au besoin, poursuivre les coupables. Dans deux jurades du 24 août 1482, des idées de conciliation furent émi-

1 V. Alain le Grand et la Succession de Bretagne, par Clément Simon (Paris, 1874, in-8°).

HISTOIRE DE L'AÛENAIS, T. J. 12

ses, et même l'admission au Consulat de trois représentants du peuple fut proposée. Malheureusement, les Archives d'Agen ne disent pas comment se termina cette affaire, ni ce que décida le commissaire royal1.

En 1472, et encore en 1483, le sénéchal, gouverneur et amiral de Guyenne était Odet d'Aydie2, qui fit une entrée solennelle à Agen, convoqua les Etats et s'occupa surtout activement des choses militaires. Il mit, notamment, des garnisons à Agen, Marmande et Villeneuve, et purgea le pays des bandes qui le ravageaient.

Du 14 janvier au 14 mars 1484, des Etats généraux avaient été tenus à Blois. Les députés de la sénéchaussée d'Agenais avaient été messire Christophe, vicaire de l'évêque d'Agen, pour le Clergé ; Charles de Montpezat3 pour la Noblesse et Jehan de Gailleto pour le Tiers Etat4. Ces Etats généraux obtinrent quelques

1 Cf. Troubles démocratiques à Agen au xve siècle, par E. Crozet (Agen, 1861, in-8°). — Un Essai démocratique dans la ville d'Agen en 1481, par Ad. Magen (Agen, 1877, in-8°).

2 Odet d'Aydie, comte de Comminges, seigneur de Lescun, de Castillon Coutras et Lesparre. Il épousa Marie de Lescun, et maria sa fille à Jean de Foix, vicomte de Lautrec et de Villemur, gouverneur du Dauphiné.

Charles VII, qui s'était mis en possession du Comrninges en 1453, après la mort de Mathieu de Foix, avait fait don de ce comté à Jean, bâtard d'Armagnac, dit de Lescun, en le nommant maréchal de France, en 1461. Jean étant mort en 1472 sans postérité mâle, le comté fut donné alors à Odet d'Aydie, seigneur de Lescun. 11 lit retour à la couronne à la mort de ce dernier, en 1498.

Le successeur d'Odel d'Aydie comme gouverneur de Guyenne, en 1499, fut Mathieu, bâtard de Bourbon (Arcliives Historiques de la Gironde, t. x, p. 153). Charles, comte d'Angoulême, le remplaça la même année (Ibid., t. xv, p. 53).

3 Charles Ier de Montpezat, seigneur de Madaillan, fils de Raymond-Bernard. Il avait épousé en 1466 Jeanne de Roquefeuil et mourut en 1484.

4 Condom avait envoyé Simon de Imperibus pour le Clergé, Jehan de Saiges pour la Noblesse, et Pierre de Porteria pour le Tiers Etat.

V. Les Députés de Lot-et-Garonne aux anciens Etats généraux et aux Assemblées modernes (1484-1871), par Philippe Lauzun (Agen, 1876, gr. in-8°).

i/agenais AU XVe SIÈCLE 179

concessions royales et une foule de promesses qui n'eurent pas d'autre suite.

En 4492, Jean, bâtard d'Armagnac1, s'étant emparé du château de Cancon appartenant alors aux héritiers mineurs de Jean de Verdun2, y tenait sous ses ordres une troupe dangereuse. Sur mandement de Charles VIII, le comte d'Angoulême, alors lieutenant général et gouverneur en Guyenne 3, donna mission à son chambellan Jean de Saint-Gelais 4 de s'emparer de ce château. Une armée, que rejoignit le sénéchal d'Agenais5, se présenta, en effet, devant la place qui

1 Je suppose que ce Jean, bâtard d'Armagnac, était un frère de Pierre, bâtard d'Armagnac, comte de l'Isle-Jourdain, vicomte de Gimois, baron de Caussade, qui fut légitimé en 1503 par Charles, comte d'Armagnac, et mourut après 1515. Pierre cite ce frère Jean, que les généalogies ne mentionnent pas spécialement, et lui attribue « deux courtaulx avec un habit de deuil », dans son testament du 10 septembre 1514 en faveur de sa femme, loland de La Haye, dame de Passavant, veuve de Jean d'Armagnac, duc de Nemours.

2 Jean de Laperche, dit de Verdun, seigneur de Laperche et de Hautesvignes, capitaine de Bourg (V. Archives Historiq. de la Gironde, t. ix), mort en 1483. Il était venu après Jean de Verdun (du Périgord ou de l'Agenais), pendant que les sires d'Armagnac et de Caumont se disputaient la possession de la baronnie de Cancon.

Son fils, Jean III de Verdun, seigneur de Cancon, lui succéda et épousa Agnès de Caumont. De ses trois filles, l'aînée, Marie, fut donnée à Charles de Montferrand, vicomte de Castelmoron et de Foncaude ; la seconde, Françoise, à Antoine de Montpezat, seigneur de Laugnac, et la troisième, Gabrielle, à François de Fumel. Nous retrouverons bientôt ces divers noms.

3 Charles d'Orléans, comte d'Angoulême, le père de François 1er.

4 Jean de Saint-Gelais, baron de Montlieu, seigneur de Saint-Aulay (eu Saintonge), fils de Pierre de Saint-Gelais. 11 avait épousé Marguerite de Durfort- Duras. Sa fille unique, Jeanne de Saint-Gelais, fut mariée à Charles Chabot, baron de Jarnac, gouverneur de La Rochelle, maire perpétuel de Bordeaux, etc.

5 Guy de Montpezat, sénéchal d'Agenais en 1492, après un premier exercice de Robert II de Balzac qui reprit cette charge en 1499. Il mourut après 1520.

Guy de Montpezat, baron de Montpezat, de Madaillan, Aiguillon, Fraysses, Dolmayrac, Sainte-Livrade, Saint-Sardos, etc., était fils de Charles de Montpezat et de Jeanne de Roquefeuil. Il épousa Jeanne de Mareul de Villebois, et sa fille Françoise s'unit à Alain de Foix, vicomte de Castillon, issu de Gaston de Foix, comte de Candalle et de Benauges, captai de Buch, lieutenant général en Guyenne en 1487, et d'Isabelle d'Albrct, sreur de Jean d'Albret, roi de Navarre.

fut presque entièrement détruite. Les aventuriers qu'elle abritait furent exterminés et leur capitaine disparut1.

Les évoques d'Agen eurent pendant le xvc siècle une situation souvent très difficile.

Il a été parlé d'Imbert de Saint-Laurent, dont l'épiscopat commencé en 1398 ne prit fin qu'en 1438. Ce prélat, qui reçut une nouvelle confirmation de plusieurs privilèges, donna tous ses soins, toute sa sollicitude aux intérêts de son diocèse. Il eut pour successeur, en 1438, Jean V de Borgia, nommé par le pape Eugène IV au lendemain de la pragmatique sanction du 7 juillet de la même année.

Jean de Borgia eut de graves démêlés avec les consuls d'Agen, qui parvinrent à le dépouiller de ce droit de justice objet d'éternelles querelles. Il se démit en 1460 en faveur de Pierre Bérard, dont le père, d'une noble famille de Touraine, possédait les châteaux de Lafox et de Monteils2. Le nouveau titulaire complétait alors ses études et ne fut d'abord

La fille d'Alain de Foix, Jeanne de Fc-ix, apporta en 1540 les fiefs de Castillon, de Montpezat, de Madaillan, d'Aiguillon et de Sainte-Livrade à Honorât de Savoie, marquis de Villars, dont la fille unique, Henriette de Savoie, épousa : 1° en 1560, Melchior des Prez, seigneur de Montpezat en Quercy ; 2° en 1570, Charles de Lorraine, duc de Mayenne, frère du duc de Guise. C'est en faveur du fils de ce second lit, Henri de Lorraine, duc de Mayenne, que fut créé en 1599 le duché-pairie d'Aiguillon dont il sera question à cette date.

V. la généalogie des Montpezat, au t. îv du Nobiliaire de Guyenne et de Gascogne.

1 V. Histoire de la Ville et des Seigneurs de Cancon, par L. Massip, pp. 120-126.

2 Pierre Bérard, fils de Pierre, seigneur de Bleré et de Chissé, et de Jeanne de Chanta. Un de ses frères, Jean de Bérard, fut premier président du Parlement de Bordeaux (1471-1483), et un autre, chanoine d'Agen.

La succession de Pierre Bérard donna lieu à un procès relatif à ces châteaux, légués par l'évêque au Chapitre de Saint-Etienne. Le Chapitre fut débouté et les châteaux furent vendus à Arnaud deDurfort. V. à ce sujet l' Histoire religet monum. du Diocèse d'Agen, par l'abbé Barrère, t. n, p. 140.

l'agenais AU XV" SIÈCLE 181

qu'administrateur nominal du diocèse, dorît la gérance resta provisoirement aux mains de Jean V.

Pierre Bérard fit son entrée dans Agen en 1466, assista aux Etats de Tours en 1467 et mourut le 21 juillet 1477.

Il revendiqua hautement les droits dont les consuls d'Agen avaient dépouillé le siège. Charles, duc de Guyenne, ordonna une enquête dont le résultat ne fut probablement pas très favorable au réclamant et servit plutôt de sanction aux empiétements consommés. C'est alors que, comme compensation sans doute des prérogatives perdues, ce prélat prit le titre de Comte $ Agen, formule anodiue qui se perpétua chez ses successeurs jusqu'en 1789.

La mort de Pierre Bérard amena quelques troubles dans l'Eglise d'Agen. Les Chapitres tentèrent de ressaisir un privilège archaïque et élurent euxmêmes, en 1477, Pierre Dubois, chanoine et chantre de Bordeaux, dont l'élection fut annulée par Sixte IV. Louis XI nomma, de son côté, et fit agréer par le pape Jean de Monchenu. Mais celui-ci fut transféré à Viviers avant de prendre possession du siège, et sur la présentation du roi, Sixte IV désigna son petitneveu Galéas de La Rovère le 3 juillet 1478.

Or, Pierre Dubois, qui en novembre 1477, s'inclinant devant le veto pontifical, avait renoncé à son élection en faveur de Jean de Monchenu, retira alors sa renonciation et fut soutenu par les Chapitres.

Ce conflit étrange ne dura pas moins de dix années. Il se dénoua seulement le c25 janvier 1487 par une transaction attribuant à Pierre Dubois une rente annuelle de 400 livres.

Galéas de La Rovère mourut en 14871. Son succes-

1 M. l'abbé Combes (Les Evêques d'Agen, p. 166) dit que Galéas de La

seur fut Léonard de La Rovère, neveu du futur pape Jules II1. Il n'était âgé que de quatorze ans le 9 décembre 1487, au moment de son institution par Innocent VIII, qui le nomma d'abord administrateur du siège, en attendant sa vingt-septième année.

Léonard de La Rovère fit néanmoins une entrée solennelle dans Agen le 28 octobre 1492 et obtint patson mérite le titre d'évêque avant l'âge canonique. Il se désigne ainsi, en effet, sur les statuts publiés dans un synode général du 23 avril 1493 2.

Ce prélat bâtit en partie le château de Hautefage3 , près de Penne, non loin duquel il se plaisait à habiter. Il restaura la cathédrale et la collégiale, fut nommé cardinal en 1506, puis grand pénitencier, et se démit en 1518 en faveur de son neveu Antoine de La Rovère, mais en conservant l'administration du diocèse jusqu'à sa mort, survenue en 1520. Son épiscopat fut des plus remarquables pour l'Eglise d'Agen.

En quittant le xve siècle, faut-il rappeler les grandes conquêtes qui font de cette époque, si voisine

Rovère mourut « sans avoir jamais vu son diocèse ». Or, l'abbé Barrère (Hist. relig. et monum. du Diocèse d'Agen, t. n, p. 151) fait venir ce prélat à Agen et prêter serment aux consuls en 1479. Il constate, en outre, que le même évoque modifia ou restaura son palais épiscopal, et qu'il reçut en 1482 et 1483 l'hommage du seigneur de Beauville.

1 L'abbé Barrère fait naître Léonard de La Rovère à Savone, d'une sœur de Sixte IV (Histoire relig. et monum. du Diocèse d'Agen, t. il, p. 154).

2 Ces statuts particulièrement intéressants ont été reproduits in extenso par l'abbé Barrère, dans son Histoire relig . et monum. du Diocèse d'Agen, t. n, pp. 154-158.

3 La Tour ou Château de Hautefage, construite par Léonard et complétée par son successeur Antoine de La Rovère, est située à la jonction de deux coteaux, dans un site très pittoresque. Ce monument a été décrit par Georges Tholin : Monuments Historiques de Lot-et-Garonne. La Tour de Hautefage (Revue de l'Agenais, t. ix, 1882, p. 258). V. aussi Y Histoire religieuse et monumentale du Diocèse d'Agen, par l'abbé Barrère, t. n, p. 192 ; la Guyenne Historique et Monumentale, par A. Ducourneau, t. i, lre partie, p. 151, etc.

l'agenais AU XVe SIÈCLE 183

encore de la barbarie, comme l'aurore des temps modernes ?

La découverte de l'Amérique, l'invention de la poudre à canon, de la boussole, du papier de linge, de la peinture à l'huile, et surtout de l'Imprimerie annoncent une période de création et de progrès.

L'unité nationale se dessine. Le patriotisme est né avec la sainte bergère lorraine. Le pouvoir royal, foulant aux pieds la féodalité, s'affirme, grandit, se développe, et crée les trois grands facteurs du gouvernement: l'armée permanente, l'impôt régulier, la Justice.

La fin de l'empire romain d'Orient, la prise de Constantinople par Mahomet II en 1453 conduit les émules de l'ancienne Grèce, les artistes et les savants byzantins, vers l'Italie, puis vers la France. Le moyen âge a vécu. Les sciences et les lettres reviennent enfin vers cet Occident déshérité depuis la chute de Rome. Le siècle de Léon X est proche. On assiste, en quelque sorte, à l'éclosion d'un esprit nouveau : ce sont les préludes de la Renaissance.

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