‹ Histoire de l'Agenais (volume 2)Chapitre 16 sur 18 · L'AGENAIS AU XVI0 SIÈCLE · texte numérisé non relu

L'AGENAIS AU XVI0 SIÈCLE

aussi qu'il composa à la louange de Lucrèce de Gonzague les Canti XI imprimés en 1545 et qui furent une des premières impressions agenaises connues1.

Bandello se démit néanmoins de son siège en 1555 en faveur de Janus Frégose, fils cadet de César ; mais il resta à Bazens, où il mourut en 1561.

Janus Frégose était abbé de Fontfroide, près de Narbonne. Il chargea Etienne de Cunolio2, chanoine de Saint-Etienne, de prendre possession en son nom. Il ne vint lui-même à Agen et ne fit son entrée solennelle que le 8 octobre 1558. C'est sous son épiscopat que la première guerre de religion éclata en Agenais.

Ainsi qu'on Ta fort judicieusement constaté3, si Bandello s'était montré aussi insouciant que possible dans l'administration de son diocèse, Janus Frégose, qui siégea de 1555 à 1586, c'est-à-dire durant une période exceptionnellement difficile, ne se montra guère non plus à la hauteur de sa tâche, quoi qu'en aient dit Scaliger et Monluc, quelque éloge qu'en aient fait Labénazie et l'abbé Barrère4. Les Cahiers du Tiers

1 Canti XI composti del Bandello de le lodi de la S. Lucretla Gonzaga di Gazuolo, etc. (Agen, A. Reboul, 1545, in-8°). Une pièce de ce recueil : Le III Parche, fut, dit-on, réimprimée à part (Agen, 1552, in-8°).

Ce volume de Bandello a été longtemps considéré comme la première impression agenaise. J'ai rectifié cette erreur en signalant une impression de 1542 (Michaeli Verini Disticha de Moribus, in-8°), et mieux encore la quasi-certitude d'une impression de 1540 : La Francoyse Chrestienne, révélée par un Index de 1540 de Vidal de Bécanis, inquisiteur général de Toulouse.

V. mon Histoire de l'Imprimerie en Agenais depuis l'origine jusqu'à nos jours (Paris et Agen, 1886, in-8°), et la Bibliographie générale de V Agenais, art. Bandello, t. i; Vérin, t. n, et Imprimerie, t. i et m.

2 Etienne de Cunolio, sieur des Palais, d'une famille du Piémont, venu à Agen sous l'épiscopat du cardinal de La Kovère. Nous retrouverons cette famille en 1635, lors de la grave émeute de cette époque.

:i Georges Tholin, La Ville d' Agen pendant les Guerres de religion du xvic siècle. Etude très fouillée et très remarquable déjà citée, à laquelle j'aurai à faire de fréquents emprunts.

/( V. les Lettres Inédites de Janus Frégose, publiées par Tamizey de Larroque (Agen, 1873, in-8«).

208 HISTOIRE DE LAGENAIS

Etat d'Agenais de 1583 et 1588 témoignent, en effet, par leur dénonciation d'abus innombrables, du peu d'énergie de la gestion de ce prélat.

Une ordonnance de Charles IX ayant prescrit en 1561 la fusion des hôpitaux des villes, les consuls d'Agen, pour s'y conformer, décidèrent en 1662 que les quatre hôpitaux Saint-Antoine, Saint-Georges, Saint-Michel et Saint-Jacques seraient réunis à l'Hôpital du Martyre, réparé et agrandi en conséquence1. Cette fusion, toutefois, ne fut entièrement réalisée qu'après 1564, par suite de difficultés financières. Elle constituait comme une éviction de l'autorité diocésaine et une sorte de laïcisation précoce des établissements hospitaliers, au service desquels les Filles de la Charité ou Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul ne vinrent qu'au xviie siècle.

Dès 1560, les troubles les plus graves bouleversèrent la Guyenne.

Le dernier acte de Henri II contre les religionnaires avait été redit d'Ecouen de 1559, les vouant à la mort "sans rémission", et déjà, en cette même année, François II avait donné au roi de Navarre des ordres visant les réformés de la province.

1 Le seul travail précis sur les établissements hospitaliers d'Agen a été produit par M. Philippe Lauzun, dans le t. n de ses Couvents de la Ville d'Agen avant 1789, dernière partie : Les Hôpitaux d'Agen.

Avant la fusion prescrite par Charles IX, Agen comptait sept hôpitaux : Saint-Antoine, Saint-Georges, du Martyre, Saint-Jacques, Saint-Michel, Saint- Esprit, et la Léproserie de la Porte-du-Pin.

J'ai parlé du premier dans une note de la p. 35 ; il a été ou sera question de plusieurs autres au cours de ce récit. Le plus important, ou du moins celui qui réunit tous les autres en 1564, l'Hôpital du Martyre, était situé près de l'église Sainte-Foi, aujourd'hui démolie, dans la rue des Martyrs, vers la chapelle dite des Pénitents Gris.

En 1G85, Mascaron créa V Hôpital général des Pauvres, qui devait remplacer l'Hôpital du Martyre en 1819 et devenir l'unique maison hospitalière d'Agen sous le vocable d'Hospice Saint- Jacques. Il en sera reparlé à sa date.

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L'exaspération, dès lors, était arrivée à son comble. Ce n'était plus seulement un schisme religieux, c'était une évolution politique et sociale.

L'effacement complet de François II divisa le royaume en deux factions : d'un côté la régente et les Guises, de l'autre le roi de Navarre et son frère, le prince de Gondé1. Geux-ci, évincés et cherchant une revanche, s'unirent aux protestants que les mécontents secondèrent. L'effervescence allait devenir générale.

A Agen, dès 1559, la chasse aux huguenots était acharnée; on emprisonnait les suspects. Un consul trop zélé, Martial de Nort2, s'aidant du cordelier Melchior Flavin3, entretenait une excitation furieuse. Un pauvre serrurier de Penne fut pendu.

En février 1560, La Renaudie4 souleva Monségur, qui chassa les commissaires envoyés par le Parlement de Bordeaux et se mit en pleine révolte. Le Parlement, alors, appela aux armes les seigneurs de Caumont-Lauzun, de Duras5 et autres, et chargea le sire

1 Henri II de Bourbon, fils de Louis de Bourbon, prince de Condé, né en 1552, mort en 1588. Il fut l'aïeul du Grand Condé.

2 Martial de Nort, conseiller au Présidial, appartenait à une famille de la haute bourgeoisie agenaise qui donna plusieurs consuls et un juge mage à Agen au xvie siècle, etc.

3 Ce Melchior Flavin, emprisonné à Bordeaux, dut sa liberté au cardinal de Lorraine.

V. Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, par A. de Ruble, pp. 246-249.

4 Godefroy de Barri, sieur de La Renaudie, âme damnée de Condé et artisan de la conjuration d'Amboise. Il fut tué le 18 mars 1560 dans un combat près d'Amboise, par suite de la trahison d'un ami, Pierre des Avenelles, chez lequel il logeait.

5 Gabriel-Nompar de Caumont, comte de Lauzun, marquis de Puyguilhem, etc., né en 1535, marié en 1560 avec Charlotte d'Estissac.

Symphorien de Durfort, vicomte de Duras. Il devint le chef des religionnaires de Guyenne. Nous le retrouverons bientôt

Caumont et Durfort tinrent peu après au Passage des conférences qui préoc-

de Montpezat1 de marcher aussitôt contre les rebelles. Antoine de Bourbon, gouverneur de Guyenne, écrivit de son côté le 14 du même mois aux consuls d'Agen et de Gondom pour les mettre en garde contre l'exemple de Monségur.

Après l'avortement de la conjuration d'Amboise, Gondé s'était réfugié à Nérac. Le roi de Navarre s'attachait surtout à sauver au mieux les apparences. Bien qu'il eût fait disperser une troupe de 2.000 réformés qui voulait s'emparer d'Agen, il favorisait plus ou moins les menées de Gondé, devenu dans notre pays le chef reconnu des religionnaires.

De plus en plus suspects, les deux frères furent mandés à la cour, et, pendant qu'ils s'y rendaient, le duc de Guise2 fit saisir Gondé à Orléans et garder à vue le roi de Navarre. La disparition soudaine de François II, le 5 décembre 1560, les sauva l'un et l'autre d'une mort à peu près certaine.

occupèrent fort Monluc, lequel essaya vainement de les surprendre (V. les Mémoires de Condé).

1 François de Montpezat, premier du nom, seigneur de Laugnac, le père du Montpezat, baron de Laugnac, qui fut capitaine des Quarante-Cinq, la Garde prétorienne de Henri III. Il était fils de Jean Ier de Montpezat, seigneur de Laugnac, et de Marguerite de Roquefeuil. 11 épousa Nicole de Livron et mourut après 1578 (V. le Nobiliaire de Guyenne et de Gascogne, généalogie des Montpezat, t. iv).

François de Montpezat fut nommé gouverneur d'Agen en 1569 par le comte de Damville. C'est en cette même année qu'il défendit vaillamment Puymirol contre les huguenots (V. Documents inédits relatifs à l'Histoire de l'Aqcnais, p. 127).

Son rôle dans les guerres du temps fut très actif et lui valut de laÇart de Charles IX, de Henri III et de Catherine de Médicis des lettres de félicitations qu'à publiées M. Tamizey de Larroque, dans les t. vu et vin des Archives Historiques de la Gironde.

2 François de Lorraine, second duc de Guise, duc d'Aumale, marquis de Mayenne, prince de Joinville, etc., fils aîné de Claude, premier duc de Guise (U96-1550), né en 1519, assassiné devant Orléans en 1563. Nous avons vu qu'il reprit Calais aux Anglais en 1558. — Son fils aîné fut Henri Ier de Lorraine, troisième duc de Guise, dit le Balafré.

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Cette solution imprévue fut comme le signal des pires désordres.

Le successeur de François II, Charles IX, deuxième fils de Henri II, n'était âgé que de dix ans. La reinemère, conseillée par l'Hospital, reprit le pouvoir et nomma le roi de Navarre lieutenant général du royaume. C'était une fiction : les Guises ne tardèrent pas, en effet, à reprendre toute leur influence.

A Agen, deux prédicants obscurs, Jean Voisin et Jacques Lafontaine, multipliaient les conciliabules dangereux et mettaient presque aux prises les consuls et le Présidial. Biaise de Monluc1, commandant en Guyenne pour le gouverneur absent, accourut aussitôt de son château d'Estillac2. Les réformés épouvantés

1 Biaise de Monluc, ou mieux : Biaise de Massencome, seigneur de Monluc, fut trop mêlé à l'Histoire de l'Agenais de la seconde moitié du xvie siècle pour ne pas exiger ici quelques lignes.

Né en Agenais ou en Gascogne vers 1502, ce célèbre capitaine, d'abord page du duc de Lorraine, servit sous le maréchal de Lautrec en Italie, devint capitaine en Béarn et fut fait prisonnier à Pavie en 1521. Il prit part à l'expédition de Naples, combattit vaillamment en Piémont en 1528, se couvrit de gloire à Cérisolles en 1542 et fut nommé mestre de camp et commandant de Montcaliéri.

Après les campagnes de 1550 en Picardie et en Piémont, il gagna le grade de colonel général de l'infanterie à Vienne en 1551, et passa encore en Picardie avec le duc de Guise, après l'affaire de Saint-Quentin. — Charles IX nomma Monluc son lieutenant général en Guyenne.

On sait le zèle effréné que ce capitaine déploya durant les guerres de religion dans cette province. Nous verrons que Henri III le fit maréchal de France en 1574.

Monluc a été très diversement apprécié. Ses cruautés envers les huguenots lui valurent le surnom de Bouche?' royaliste. Il fut surtout ardent catholique et serviteur aveuglément dévoué du trône. Ses Commentaires, dont la jactance gascone ne détruit pas la haute valeur historique, furent d'abord publiés par Florimond de Baymond (Bordeaux, 1592, in-8°). La meilleure édition est celle de M. Alphonse de Buble (Paris, 1864-72, 5 vol. in-8°).

V. la Bibliographie générale de V Agenais, art. Moulue, t. n.

2 Le château d'Estillac, à 7 kil. d'Agen, belle construction des XVe et xvie siècles, était venu à Monluc par sa mère Françoise, fille de Jean de Montaigu de Mondenard, seigneur d'Estillac, et de Marguerite de Galard-Brassac, mariée à François de Massencome, seigneur de Monluc. Françoise de Montaigu devait hériter de son neveu Pierre de Mondenard, seigneur d'Estillac, mort sans postérité avant 1544, et dont l'aïeul avait acquis cette seigneurie en 1447 de la maison de Galard.

s'enfuirent, et Voisin et Lafontaine furent arrêtés. Le premier parvint à s'évader, mais le second fut remis aux consuls et fort maltraité.

Quelques jours après, pendant que, par ordre de Monluc, la Jurade et plusieurs officiers du roi délibéraient sur le sort du prisonnier, on apprit que les rebelles, réunis en grand nombre sur la rive gauche de la Garonne, projetaient un coup de main. Monluc eut aisément raison de cette tentative, mais il admit avec les consuls l'opportunité d'un message au roi1.

Bernard d'Aspremont2, lieutenant particulier, fut chargé de cette mission, qui valut aux Agenais les félicitations de la cour et du duc de Guise, mais durant laquelle éclatèrent de nouveaux troubles plus sérieux encore.

Le dernier seigneur d'Estillac fut François-Louis, comte de Brondeau d'Urtières, maréchal de camp. Il avait acheté cette terre en 1787 aux Montaudon de La Rabastelière, qui la tenaient depuis 1753 en paiement de dettes contractées par Jean-Joseph de Marans, comte de Pressigny, baron d'Estillac et seigneur de Lécussan. Estillac est encore possédé aujourd'hui par un petit-fils du comte de Brondeau (V. Notes sur des Monuments féodaux ou religieux du Département de Lot-et-Garonne, par J. de Laffore, p. 6).

1 Bien qu'une Jurade eût décidé de prendre les précautions les plus minutieuses, Lafontaine ne fut pas moins délivré. Le 14 octobre 1560, il était libre et se réfugiait à Gontaud.

2 Ce d'Aspremont, magistrat brouillon, fut en lutte fréquente avec les consuls. V. La Ville d'Agen pendant les Guerres de religion du xvie siècle, ch. xm.

Il descendait de Jehan d'Aspremont, seigneur et baron de Roquecor et co-seigneur de Clermont-Dessus en 1470. Un autre Jehan d'Aspremont, baron de Roquecor, mort en 1586, fut l'aïeul maternel de Marc-Antoine de Gourgue, premier président du Parlement de Bordeaux de 1616 à 1628.

On a supposé que les d'Aspremont d'Agenais étaient parents avec les d'Aspremont des Landes, auxquels appartenait le célèbre Adrien d'Aspremont, vicomte d'Orthe, gouverneur de Bayonne en 1572.

Roquecor, aujourd'hui du département de Tarn-et-Garonne, dépendait de l'Agenais. Un Aramon d'Aspremont, baron de Roquecor, figure parmi les seigneurs de l'Agenais qui, le 7 août 1243, jurèrent de conserver la paix entre le roi de France et le comte de Toulouse (Trésor des Chartes, p. 304). V. Moulenq, Documents historiques sur le Tarn-et- Garonne, t. in, p. 286.

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Un ex-franciscain espagnol, Jean Barrelles1, prêcha publiquement avec un grand succès, d'abord chez un conseiller au Présidial, puis chez les Dominicains et dans l'église Saint-Phébade2.

Les scènes de désordre se multipliaient, d'ailleurs, un peu partout, à Glairac, Tonneins, Monflanquin, Sainte- Livrade, etc. Les curés étaient arrachés de leurs paroisses rurales. A Villeneuve, à Penne, à Nérac, les Gordeliers étaient chassés et le nouveau culte s'établissait dans leurs monastères ; à Sainte-Foy-la- Grande, les églises étaient mises à sac et les religieux massacrés. Les seigneurs de Laugnac et de Fumel3, usant de représailles, expulsaient les réformés de Libos, de Tournon et de Laplume.

Les Etats de l'Agenais jouèrent un rôle important dans ces graves circonstances et restèrent acquis à la cause catholique4. Le Parlement de Bordeaux, dont les premiers actes contre les religionnaires dataient

1 Jean Cormery, dit Barrelles, devint ministre réformé au synode de Sainte- Foy et épousa la veuve d'un apothicaire d'Agen. Il fut plus tard brûlé vif sur arrêt du Parlement de Toulouse.

V. Histoire du Département de Lot-et-Garonne, par Saint-Amans, t. n, p. 339 ; Histoire de la Naissance , Progrez, et Décadence de VHéréùe de ce siècle, par FI. de Raymond, éd. de 1618, p. 933, et aussi : Histoire Ecclésiastique..., de Th. de Bèze, etc.

M. Tamizey de Larroque a publié une lettre de Barrelles à Burie, du 26 août 1507, où est racontée une échauffourée sanglante entre protestants et catholiques à Tournon-d'Agenais [Documents inédits relatifs à l'Histoire de l'Agenais, p. 86).

2 Cette église Saint-Phébade, dont il ne reste plus aucune trace, était située entre le moulin de Saint-Caprais et l'église Sainte-Foi représentée aujourd'hui par son clocher moderne et une chapelle de secours.

3 François, baron de Fumel, seigneur de La Caussade, gentilhomme de la Chambre du roi, ambassadeur à Constantinople et gouverneur de Mariembourg. (V. le Nobiliaire île Guyenne et de Gascogne, t. i.)

4 V. Des Tailles et des Impositions au pays d'Agenais durant le XVIe siècle, jusqu'aux réformes de Sully, par Georges Tholin (Agen, 187.\ in-X°), et surtout, du môme auteur : Aperçus généraux sur le Régime municipal de la Ville d'Agen au xvie siècle (Agen, 1877, in-8°).

de 1556, était mieux secondé, du reste, par les consuls d'Agen, vivant en antagonistes avec le Présidial, que par ce dernier où se montrait une certaine opposition et dont plusieurs conseillers furent acquis à la Réforme1.

Les Etats généraux convoqués à Orléans pour le 10 décembre avaient été remis au 13 du même mois à cause de la mort du roi. Ces Etats, qui siégèrent du 13 décembre 1560 au 31 janvier suivant, eurent des résultats sérieux, attestés par l'ordonnance de Moulins de 1566, dans laquelle le chancelier Michel de l'Hospital introduisit d'excellentes réformes dérivant des vœux de cette Assemblée.

Les députés de l'Agenais aux Etats de 1560 furent François de Belagier, abbé d'Eysses, et Bernard de La Combe, abbé de Blasimont, pour le Clergé ; Michel de Boissonnade2 et Pierre Rodier (?) pour le Tiers Etat. Les députés de la Noblesse ne sont pas connus, bien qu'ils aient sûrement siégé 3.

1 Nous verrons un de ces conseillers, Jehan Claret, exécuté par le prévôt de Monluc en 1562.

2 Michel de Boissonnade, licencié en droit, avocat au Présidial d'Agen. Consul de cette ville en 1559, il le fut encore en 1566, 1567, 1575, 1582, 1589 et 1594.

Un membre de la même famille, Antoine de Boissonnade, seigneur d'Orty. fut lieutenant aux Gardes françaises en 1647 ; un autre, Guillaume, fut évêque de Bazas de 1668 à 1682.

3 V. Les Députés de Lot-et-Garonne aux anciens Etats généraux et aux Assemblées modernes, par Philippe Lauzun .

Une curieuse lettre de Bernard de Lacombe, grand archidiadre et aussi abbé de Blasimont, datée du 15 février 1580 et adressée à Henri III sur la situation du diocèse d'Agen, a été publiée par M. Tamizey de Larroque, dans ses Documents inédits relatifs à /' Histoire de l'Agenais , p. 143.

De la note accompagnant cette lettre, il résulte que le Bernard de Lacombe de 1560 est le Bernardus III, aumônier et conseiller du roi, mentionné par le Gallia Christia?ia (t. h, col. 1.217) et cité par Monluc (Commentaires, t. m, p. 355). Le Bernard de Lacombe signataire de la lettre de 1580 était probablement Bernard IV, neveu du précédent, aumônier et conseiller de la reine, prieur de Saint-Caprais et abbé commendataire de Blasimont dès 1580.

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Mais la guerre civile allait entrer dans une phase plus active.

Pendant que le roi de France préparait les Etats d'Orléans, avait eu lieu à Clairac le 19 novembre 1560 un synode auquel assistaient trente ministres, où fut établie une division de la Guyenne en sept colloques et où furent prises des résolutions importantes1.

En vue des Etats généraux annoncés pour le 1er mai 1561 à Melun, une Assemblée des trois ordres se réunit à Agen le 12 mars. Monluc y assista, dirigea la séance et rendit compte des décisions à la régente et au roi de Navarre, alors en faveur.

Un édit de tolérance du 19 avril fut mal accueilli des réformés, qui accentuèrent leurs entreprises à tel point que le 26 du même mois les Agenais durent députer encore vers le roi, pour lui porter leurs doléances, le consul Philippe Bérard, qu'ils envoyèrent aussi à Bordeaux auprès de Burie2 en août suivant. La lettre écrite à ce dernier le 27 août était signée : Sevin, juge mage ; Tholon, lieutenant criminel ; Redon, lieutenant principal, et de Las, procureur du roi 3.

1 Le procès-verbal de ce synode se trouve aux Archiv. connn. d'Agen, GG. 201. — Cf. La Réforme a Nérac, par G. Bourgeon.

Une lettre au cardinal de Lorraine, écrite de Bordeaux le A décembre 1560 par Fronton de Bérault, président au Parlement de cette ville, est curieuse à consulter et à comparer à celle de l'évêque Janus Frégose au même cardinal, du 3 novembre précédent. Janus Frégose se montre tout le temps d'une insuffisance notoire. — V. Archives Historiques de la Gironde, t. xm, p. 143, et Lettres inédites de Janus Fréqose, publiées par Tamizey de Larroque.

2 Charles de Coucy, seigneur de Burie. Il avait été nommé lieutenant général en Guyenne en 1559. — Des lettres de Burie ont été publiées par M. Tamizey de Larroque dans les Archives Historiques de la Gironde.

3 Nous retrouverons de Sevin.

Antoine de Tholon, sieur de Guiral, lieutenant criminel de la sénéchaussée d'Agenais, mourut avant 1585.

L'essai de pacification par le Colloque de Poissy, annoncé à Agen le 8 août, n'eut aucun succès. Les sourdes hostilités se multiplièrent. A Tournon, Frégimont, Monclar, Sainte-Livrade, il y eut effusion de sang. Les réformés étaient maîtres en Agenais; ils prêchaient publiquement dans les églises d'Agen et visaient Bordeaux, où Burie cependant restait inactif1.

En septembre, Charles IX ordonna enfin formellement à ce lieutenant de se rendre en forces à Agen pour faire justice des violences commises par les rebelles, et en même temps il invita les consuls à lui prêter leur concours. Burie arriva le 3 octobre, après un voyage fait par petites étapes, pendant lequel il avait conféré avec de nombreux délégués des deux partis, encourageant les uns et félicitant les autres, complimenté, sollicité, adulé, circonvenu, l'esprit peuplé d'opinions flottantes.

Il tint aussitôt à l'évêché2 de grandes assises con-

Pierre de Redon, sieur du Limport, était lieutenant principal depuis 1542 et avait été premier consul d'Agen en 1546. Son fils, Florimond de Redon, fut aussi lieutenant principal en 1571 et chef du Conseil de la reine Marguerite en 1591.

Martin de Las, seigneur d'Espalais, premier consul d'Agen en 1561, mort en 1563. Il était fils de Jean-Bernard de Las, procureur du roi et premier consul en 1498, et d'Isabeau de Massencome, issue d'Amanieu, grand-père de Moulue.

V. dans les Documents inédits relatifs à l'Histoire de l' Agenais, p. 92, une note de M. Tamizey de Larroque complétant précisément la reproduction de la requête adressée d'Agen à Burie le 27 août 1561.

1 M. Georges Tholin a constaté que ce fut peut-être à la vigilance des consuls d'Agen que Bordeaux dut alors sa préservation (La Ville d'Agen pendant les Guerres de religion du xvie siècle, chap. m).

2 L'ancien évôché d'Agen, sorte de forteresse flanquée de grosses tours, avait été habité pour la première fois par Elie de Castillon, au xne siècle. Il était situé près de la Cathédrale Saint-Etienne, au sud du chœur, angle sud-est de la place du Marché-Couvert actuel. — La Gabio ou prison en occupait l'extrémité orientale.

L'évêché d'Agen servait de logis aux grands personnages en mission officielle.

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voquées d'avance, qui n'aboutirent qu'à démontrer les divisions du pays et sa faiblesse. Il parvint à rétablir les Frères Prêcheurs dans leur église ; mais il dut livrer aux réformés celle de Saint-Phébade, en décidant que les deux cultes y seraient célébrés alternativement !

La création d'un Conseil mi-partie de vingt-quatre membres, qui avait été convenue en principe, ne put être réalisée. Malgré les efforts du sénéchal François de Raffin1, Burie n'obtint aucune satisfaction sérieuse. Dès janvier 1561, il avait été, du reste, définitivement avéré que dans Agen l'autorité était impuissante. Le capitaine Mesmy2 s'y était introduit; un rassemble-

Je parlerai plus tard de la chute de sa façade en 1773, et de son transfert à la Porte-Neuve en 1783.

V. La Place de la Halle à Agen. Edifices qui ont existé sur son emplacement, etc., par Ad. Magen et G. Tholin, cité p. 44.

1 François de Raffin, seigneur de Puycalvary, en Agenais, et d'Azay-le-Rideau, né à Casseneuil. Il avait remplacé comme sénéchal en 1553 son père Antoine de Raffin, dit Poton, successeur de René de Puyguyon en 1520.

François de Raffin fit son entrée dans Agen le 14 mai 1553 et mourut en 1572. J'ai déjà dit que sa veuve, Nicole Le Roy, fille de Guyon, seigneur du Chillou, vice-amiral, se remaria avec Arthus de Cossé, comte de Secondigny et seigneur de Gonnor, grand pannetier, maréchal de France, etc. (1512-1582). Sa fille et héritière, Antoinette de Raffin, épousa Guy de Lusignan de Saint-Gelais, sieur de Lansac, et lui apporta le fief de Puycalvary (V. Histoire généalogique du P. Anselme, t. vu et ix).

Ce Guy de Lusignan de Saint-Gelais, gouverneur de Rlaye, fut un moment sénéchal d'Agenais le 23 septembre 1572, après la mort de François de Raffin (Archives commun. d'Agen, CC. 42). Il fut remplacé très peu après par François de Durfort, baron de Bajamont (1572).

Les Lusignan de Saint-Gelais représentaient une branche des Lusignan du Poitou. Le rameau de Lansac, en Agenais, avait eu pour auteur Alexandre, fils de Pierre de Lusignan de Saint-Gelais et de Philiberte de Fontenay (1455).

Guy de Lusignan de Saint-Gelais, seigneur de Lansac et de Puycalvary, fut plus tard gouverneur de Brouage, ambassadeur en Pologne pour négocier l'élection de Henri de Valois, duc d'Anjou, puis ministre de France en Espagne. Il mourut en 1522.

V. Les Lusignan du Poitou et de V Agenais, par .1. de Lafibre, p. 00 et suiv.

2 Denis Daytz, seigneur de Mesmy, dit aussi seigneur de Lisle, un des plus actifs réformés du Périgord. Il fut fait prisonnier en Béarn, condamné par le Parlement de Bordeaux et exécuté.

ment de 800 réformés n'avait pas pu être dispersé1.

La situation même de Bordeaux était assez critique2. Les Etats de Guyenne furent réunis à Agen vers le milieu du mois de septembre ; mais ce ne fut là qu'une simple session d'affaires, où les questions politiques et religieuses n'intervinrent point, circonstance étrange alors que la province entière était en pleine effervescence et que l'anarchie la plus complète régnait en divers lieux, surtout à Montauban3.

Le 16 novembre 1561, les catholiques de Cahors font un horrible massacre des protestants4. Le 22 du même mois, les réformés de Fumel, Condat, Montayral, Monsempron, Tournon, Penne, etc. font le siège du château de Fumel, et le 24 s'emparent du seigneur de ce lieu auquel ils infligent mille tortures5. A Marmande, les Franciscains ont le même sort et leur couvent est incendié ; à Saint-Mézard, près d'Estillac, le seigneur, Jean de Rouillac6, est bloqué dans

1 Parmi les nouveaux prédicants se trouvait un fils de Martial de Nort, Odet, instruit à Genève et ayant déjà prêché à Castelmoron. Son père le dénonça luimême.

2 V. Antoine de Noailles à Bordeaux, par Tamizey de Larroque (Bordeaux, 1878, in-8°), p. 78-.

3 Deux curieuses lettres de Burie au roi de Navarre, des 30 mai et 10 juin 1561, relatives aux nombreux excès des protestants à Monségur, Agen, Bazas, Périgueux, Bordeaux, etc., ont été imprimées dans les Archives Historiques de la Gironde, t. x, pp. 56 et 60.

4 Histoire générale de la Province de Quercy, par G. Lacoste, t. iv, p. 136 et suiv.

5 M. Tamizey de Larroque a fourni à cet égard des indications bibliographiques et publié une lettre de la veuve du baron, Gabrielle de Verdun, relative à l'assassinat de son mari, du 18 décembre 1561 (Documents inédits relatifs à l'Histoire de VAgenais, p. 96).

Le baron de Fumel était profondément détesté de ses vassaux et accablait les religionnaires de la contrée. Le 21 novembre 1561, il s'était permis d'entrer à cheval dans le temple des réformés de Condat.

V. les Annales de Villeneuve-sur-Lot, par Cassany-Mazet, p. 193.

6 Jean de Goût, seigneur de Bouillac. Il avait épousé Wl 542 Catherine de Monlf»zun.

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son château et n'échappe qu'à grand'peine ; à Astaffort succombent les seigneurs de Cuq et de La Montjoie1. Partout on signale des victimes.

Agen se trouve livré au plus complet désordre.' Les huguenots, maîtres de la ville, y commettent de nombreux excès; le monastère des Augustins est livré aux flammes; la terreur est au comble. Pour surcroît de malheur, la peste éclate le 3 décembre. La ville est ruinée, sans commerce possible, et toute rentrée d'impôts doit être ajournée.

Le 31 décembre, les consuls aux abois députent encore Philippe Bérard au roi pour implorer son secours, et sont obligés de mettre en gage des objets précieux pour couvrir les frais de cet envoi de doléances2. La réponse de Charles IX, datée de Saint- Gerrnain, 27 janvier 1562, confirma simplement les attributions précédemment données à Burie et à Monluc.

En même temps, l'instruction sur les massacres de Gahors suivait son cours. Les commissaires étaient dans cette ville, où Monluc, malgré leur appel, ne consentit à se rendre qu'en mars, après avoir fait justice à Saint-Mézard le 27 janvier et liquidé lui-même l'affaire de l^umel. Il rejoignit Burie à Clairac; puis, dès le 6 mars, il assista à Fumel aux séances du tribunal présidé par le lieutenant criminel Antoine de Tholon et composé de six conseillers du Présidial d'Agen. Le jugement, rendu le 1er avril, atteignit environ 200 accusés. Une quinzaine de coupables

1 Commentaires de Monluc, éd. de Ruble, t. n, p. 361. La Montjoie appartenait à la maison de Marin.

La seigneurie de Cuq fut donnée à Jean de Secondât par Jeanne d'Albret. — Un seigneur de Cuq, Jean-Pierre de Béon, fut tué le 30 juin 1577.

2 Histoire relig. et monum. du Diocèse d'Agen, par l'abbe Uarrère, t. n, p. 291.

furent roués, écartelés ou pendus; Fumel eut une partie de ses maisons rasées, ses portes et ses murailles abattues, perdit tous ses privilèges et dut payer une indemnité de 320.000 livres *.

L'insurrection du reste, s'organisait plus sérieusement et devenait générale sous la direction du prince de Gondé, en dépit des concessions accordées par le célèbre édit du 19 janvier 1562. Cet édit était même assez mal exécuté à Agen, par suite d'un conflit entre le sénéchal et les consuls. La Noblesse embrassait en masse la ligue protestante.

1 Essai sur les Antiquités du Département de Lot-et-Garonne, par Saint- Amans, 10e notice, p. 275 ; Annales de Villeneuve-sur- Lot, par Cassany- Mazet, p. 196.

La sentence rendue par les Commissaires royaux le 1er avril 1562 a été imprimée dans le t. vin, p. 207 des Archives Historiques de la Gironde.

Une lettre de Burie du 13 mars suivant, racontant au roi de Navarre la justice faite des meurtriers, se trouve reproduite au t. x, p. 47 du même recueil.

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