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V. l'art. Hébert, au t. m de la Bibliographie de l' Agenais

2 Urbain-Guillaume de Lamoignon de Courson, né en 1674, intendant de Rouen en 1704 et de Bordeaux en 1709. La situation que lui créa son despotisme le força à se démettre de ses fonctions.

Il était fils de Nicolas de Lamoignon de Raville (1648-1724), successivement intendant de Montauban, de Pau, de Poitiers, et eniin de Montpellier où il se fit exécrer par son intolérance. Le père de ce dernier fut Guillaume de Lamoignon, le célèbre premier président du Parlement de Paris (1617-1677).

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de Sen-Barnabè (Inondation de la Saint-Barnabe).

Ce prélat, qui mourut à Paris le 21 août 1728 et fut remplacé l'année suivante par Jean d'Yse de Saléon, déclarait n'avoir pas rencontré moins de 40.000 protestants dans son diocèse, au cours de ses visites pastorales. Les persécutions à outrance n'avaient donc pas détruit le Calvinisme.

En dépit des ordonnances, des massacres, des mesures sans nombre prises par les intendants, les réformés, en effet, avaient secrètement gardé leur foi. Ils se réunissaient dans des lieux déserts, notamment dans les montagnes du Languedoc. Le jour où l'Europe coalisée menaçait la France, ils avaient cru venue l'heure de braver les édits, de revendiquer leur part de liberté et avaient tenu ouvertement des prêches et pris les armes. Une répression sanglante exaspéra leur fanatisme. Ceux des Gévennes envahirent la plaine, brûlant les églises, massacrant les prêtres, commettant toutes sortes d'excès. Le maréchal de Montrevel1 fut aussitôt expédié en Languedoc avec 25.000 hommes; une croisade nouvelle fut prêchée; Clément XI accorda des indulgences aux traqueurs de huguenots, et les actes les plus affreux s'accomplirent. Puis l'étranger leur fournissant des secours, les révoltés, appelés Camisards, parvinrent

1 Nicolas-Auguste de La Baume, marquis de Montrevel (1646-1716), maréchal de France en 1703, alors commandant militaire en Guyenne.

Ses lieutenants généraux étaient :

1° Pour la Haute-Guyenne, Daniel-François de Gelas, marquis d'Ambres, vicomte de Lautrec, brigadier des armées du roi, à qui succéda en 1712 son fils Louis-Hector, comte de Gelas, marquis d'Ambres et de Vignoles, etc.

Leur père et grand-père, François de Gelas de Voisins, marquis de Léberon et d'Ambres, mort en 1721 à l'âge de 82 ans, avait fait démolir en 1682 les temples de Nérac et de Bergerac. Il vendit la terre de Vignoles en 1709.

2° Pour tout le reste de la Guyenne, Jean-Emmanuel de Noailles, dit le marquis de Noailles, mort en 1725, qui avait succédé en 1702 à son frère Emmanuel-Jules de Noailles, dit le comte de Noailles, nommé en 1694.

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un moment à tenir en échec les troupes royales. Alors, en 1704, Villars fut envoyé, et l'insurrection s'éteignit peu à peu par la trahison des uns et la fuite des autres.

L'A gênais n'eut aucune part à ces tristes événements. Les protestants de ce pays restèrent prudemment étrangers à la révolte, pratiquant dans l'ombre, attendant de meilleurs jours.

Louis XIV mourut le 1er septembre 1715. Après avoir ébloui le monde par une grandeur incomparable et représenté l'âme même de la France, qui déifiait jusqu'à ses faiblesses, qui s'immolait pour ses passions et ses caprices, le dieu aux pieds d'argile, pour avoir méconnu la grande politique de Henri IV et de Richelieu, laissait le royaume obéré et en détresse, épuisé d'hommes et d'argent, presque sans commerce et sans industrie.

Son arrière-petit-fils et successeur Louis XV n'avait que cinq ans. La régence fut déférée par le Parlement au duc d'Orléans1, qui devait reculer les bornes de la débauche dans ces immondes saturnales du Palais- Royal présidées par Dubois2, et d'où la contagion se répandit dans toutes les hautes classes sociales.

La débâcle financière fit bientôt recourir, le 10 mars 1761, aux expédients de Law3, fmancier interlope

1 Philippe, duc de Chartres, puis duc d'Orléans, petit-fils de Louis XIII, issu de Philippe, duc d'Orléans, mort en 1701, et de Henriette d'Angleterre, sœur de Charles II (1674-1723).

2 Guillaume Dubois (1656-1723), précepteur du duc d'Orléans, ministre d'Etat, archevêque de Cambrai en 1720 après avoir reçu en un jour tous les ordres, cardinal en 1721, membre de l'Académie française, de l'Académie des Inscriptions et de l'Académie des Sciences.

Guillaume Dubois fut un homme profondément dépravé, que la fortune aveugle combla de ses faveurs.

3 Jean Law (Edimbourg, 1671 - Venise, 1729). Sa fameuse banque gêné-

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conscient de la puissance du crédit, mais qui multiplia les ruines et s'enfuit en 1720 couvert des malédictions publiques.

Notre pays, ne pouvait pas traverser indemne cette déplorable période. En Agenais, les victimes de Law furent nombreuses, et la licence des mœurs vint rappeler les jours les plus dépravés du xvie siècle. Bientôt même, surtout dès 1726, les informations contre le libertinage et la prostitution sous toutes ses formes encombrèrent les casiers de la juridiction consulaire ; car, circonstance importante à rappeler, le 15 septembre 1717 avaient été rétablis le Consulat et la Jurade et le corps de ville s'était reconstitué sur ses anciennes bases.

En août de la même année 1717 était venu à Agen, se rendant à son château, le duc de Duras1, commandant en Agenais, et quelques mois auparavant des recherches sur la Noblesse avaient été prescrites.

Charles de Coquet2, lieutenant du sénéchal Armand de Belsunce de Castelmoron, fut chargé de dresser une liste des nobles, qu'il adressa le 17 mai à Bor-

rale, autorisée par lettres patentes du 2 mai 1716, fut transformée en Banque royale le 4 décembre 1718. Sa création de la Cie des Indes remontait à août 1717. En 1719, le chiffre des billets émis par la Banque royale n'était pas inférieur à un milliard.

Law fut nommé contrôleur général en janvier 1720 et prit pour conjurer le désastre financier qu'il prévoyait de fâcheuses mesures qui le précipitèrent : cours forcé des billets, démonétisation des espèces d'or, etc.

1 Jean-Baptiste de Durfort, duc de Duras et de Lorges, seigneur de Blanquefort, comte de Rozan, etc. (1684-1770), maréchal de France en 1741, second fils de Jacques-Henry de Durfort, duc de Duras, aussi maréchal de France, mort en 1704 (V. une note de la p. 200 de ce volume).

2 Charles de Coquet, seigneur de Gueyze, Brazalem et Feugarolles, conseiller du roi, ancien président et juge mage du Sénéchal-Présidial d'Agen, mort en 1737. Son père et son grand-père avaient rempli la même charge.

deaux au maréchal de Berwick1, alors gouverneur de Guyenne. Cette liste comprenait les nobles et les principaux bourgeois et gens vivant noblement à Agen2. Quel était le but de ce dénombrement que rien n'explique? S'agissait-il, comme on l'a supposé, de rançonner quelques vanités?

La guerre d'Espagne de 1718-19 et la mort de Madame de Maintenon ne nous touchent en rien, et nous devons passer à peu près indifférents devant les années qui suivirent, sans revenir sur la nouvelle multiplication des charges vénales en 1721, sans parler de la déclaration de majorité de Louis XV et de la mort de Dubois et du régent en 1723, etc.

Mais il convient de rappeler les épreuves subies par le pays en 1725, à la suite d'un été pluvieux qui amena des maladies épidémiques, et aussi les prouesses à Agen, en 1726, d'un chevalier d'industrie qui prétendait descendre de saint Hubert et se disait porteur de reliques guérissant toutes les maladies. Un de nos historiens3 parle assez longuement des mystifications de ce charlatan, vers qui les gens crédules affluèrent de tous les côtés, à tel point que l'église des Cordeliers, puis celle des Petits-Carmes se trouvant insuffisantes, il dut donner sur le Gravier ses ridicules séances.

J'ai dit que l'évêque François Hébert, mort en 1728,

1 Jacques Fitz-James, duc de Berwick, fils naturel de Jacques II d'Angleterre, né en 1660, naturalisé Français en 1703, maréchal de France en 1706, tué au siège de Philipsbourg en 1734.

Le duc de Berwick avait concouru à la répression de la révolte des Camisards, contre lesquels il s'était distingué par sa cruauté.

2 L'état dressé par Charles de Coquet, arrêté le 15 mai 1617 et adressé le lendemain au duc de Berwick, a été publié et annoté par Jules de Bourrousse de Laffore : Etat de la Noblesse et des Vivant noblement de la Sénéchaussée d'Agenois en 1717 (Revue de l'Agenais, t. xn à xiv, 1885-1889).

3 Abrégé Chronologique des Antiquités d' 'Agen, par Labrunie, années 1726- 1728, d'après les mss. de Malebaysse et de Charrière.

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avait eu pour successeur Jean d'Yse de Saléon. Ce prélat ne prit possession de son siège que le 22 octobre 1730. Il était animé du zèle le plus ardent pour la constitution Unigenitus, en faveur de laquelle il publia en 1731, de concert avec l'évêque de Limoges, une lettre censurée par le Parlement de Bordeaux. Il resta peu à Agen, fut transféré à Rodez le 15 octobre 1735, puis à l'archevêché de Vienne en 1746.

A son départ d'Agen, en 1735, le siège fut attribué à Joseph-Gaspard-Gilbert de Chabannes, qui, sacré le 29 janvier 1736, survint le 4 novembre suivant. L'épiscopat de celui-ci ne prit fin qu'à sa mort, le 26 juillet 1767 *.

Gilbert de Chabannes était né à Riom en 1701 et appartenait aux Chabannes de la branche de Plouzac. Avant sa nomination à l'évêché d'Agen, il était grand vicaire de M. de Rastignac, archevêque de Tours, et agent du Clergé avec M. de Brissac, qui passa à l'évêché de Condom.

Son épiscopat s'écoula sans secousses, sans incident mémorable. Il refusa l'archevêché de Besançon pour

1 Joseph Labrunie, alors curé de Monbran, a tracé de Gilbert de Chabannes un excellent portrait. Ce prélat fut évidemment un homme d'esprit, et aussi un homme de cœur.

Joseph Labrunie, un de nos meilleurs annalistes, né à Agen en 1733, mort en 1807, avait été professeur au Collège d'Agen de 1767 à 1769, époque de sa nomination à la cure de Monbran. Ayant refusé le serment constitutionnel, il fut arrêté et interné à Agen en 1793.

Héritier des papiers du chanoine Henri Argenton (Agen, 1723-1780), un chercheur actif qui avait recueilli sur l'Agenais de nombreux documents, Labrunie continua la tâche de son ami et laissa d'assez nombreux manuscrits dont quelques-uns ont été publiés. Chemin faisant, j'ai mentionné plusieurs de ses travaux, dont le plus important est assurément Y Abrégé Chronologique des Antiquités d'Agen, publié en 1884-90 dans la Revue de l'Agenais, avec tirage à part donné en 1892 par un érudit agenais, M. M.-O. Fallières (V. la Préface du présent ouvrage).

Pour le détail de la vie et des divers écrits de Joseph Labrunie, je renvoie le lecteur aux articles des t. u et m de la Bibliographie générale de l'Agenais, et spécialement à la Préface de l'édition de 1892 de l'Abrégé Chronologique.

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rester dans un pays qu'il avait pris en affection, dans ce beau château de Monbran qu'il aimait tant à habiter.

Agen lui dut la fondation d'une nouvelle Maison de Refuge1. Il publia en 1750 un écrit contre les protestants2, et en dehors des actes de son ministère laissa quelques travaux imprimés, Sermons, Panégyriques, etc3.

Son successeur sur le siège d'Agen fut Jean-Louis d'Usson de Bonnac, vicaire général de Bourges, né à Soleure en 1734, fils de Jean-Louis d'Usson, marquis de Bonnac, ambassadeur en Suisse, et de Françoise-

1 En 1746, devant la dissolution des mœurs, une Maison de Refuge fut reconnue indispensable à Agen pour l'internement des femmes de mauvaise vie. L'évêque Gilbert de Chabannes, instigateur de celte fondation, s'entendit avec M3r de Lussan, archevêque de Bordeaux, et l'intendant de Tourny. La maison agenaise devait recevoir les femmes de Bordeaux et d'Agen, internées soit par mesure de police, soit volontairement et par repentir. Des lettres d'autorisation de Louis XV survinrent en décembre 1746.

Le Refuge, dont j'ai signalé un premier essai infructueux au xvie siècle, ne fut installé qu'en 1751 dans l'ancien lîef de Sainte-Quitterie, appartenant encore aux Chevaliers de Malte, mais alors à demi-ruinéet presque abandonné, et où les Pénitents Gris s'étaient abrités de 1600 à 1632.

Le vieux donjon du Temple, la chapelle et le cloître furent démolis et remplacés par une construction nouvelle. La régularisation de l'établissement eut lieu en 1752.

L'organisation et les règlements de ce Refuge furent l'œuvre de Gilbert de Chabannes. Il était desservi par quatre Sœurs et une supérieure de l'ordre du Bon-Pasteur et ne reçut pendant dix ans, jusqu'en 1765, que des recluses volontaires ; puis les condamnées affluèrent.

La Révolution maintint d'abord cette fondation ; mais sa suppression eut lieu en 1798 et les recluses furent transférées à l'Hospice.

Affecté un moment au Collège en 1806, loué à des particuliers en 1810, cet établissement servit ensuite de premier local aux Filles de Marie de 1816 à 1820. En 1839, il reçut les Frères de la Doctrine chrétienne, qui, expulsés en 1881, ont cédé la place à une école laïque communale.

V. la monographie de ce Refuge écrite par- M. Ph. Lauzun, au t. n des Couvents de la Ville d'Agen avant 1789.

2 Lettre à M. le C. G. (Contrôleur général) contre la tolérance des Huguenots dans le Royaume (S. 1. n. d., in 4° de 8 pp.). Deux éditions.

3 V. l'énumération de ses écrits à l'art. Chabannes, t. i de la Bibliographie générale de l'Agenais.

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Madeleine de Gontaud-Biron, fille aînée du maréchal de Biron *.

Ce prélat, dont l'épiscopat devait voir se déchaîner la tempête révolutionnaire, fut nommé le 1er novembre 1767, sacré le 4 février 1768 et vint à Agen le 30 octobre suivant. Nous le retrouverons bientôt.

Les grandes victoires de Louis XIV avaient retenti en Agenais par des Te Deum et des feux de joie ; mais les événements militaires du règne de Louis XV amenèrent peu de ces réjouissances publiques.

La Prusse grandissait; la Russie devenait puissante ; l'Angleterre atteignait à la suprématie maritime, alors que, malgré le Pacte de famille, les deux guerres de Sept ans (1741-1748 et 1756-1763) eussent été absolument désastreuses pour la France sans le génie du maréchal de Saxe 2. Malgré les glorieuses victoires de Fontenoy (1745), de Raucoux (1746) et de Laufeld (1747) et la prise de Maëstricht, au traité de Paris de 1753 nous perdions Québec, Pondichéry, etc. Notre marine de guerre était presque anéantie, et le résultat total se liquidait par l'humiliation de l'Autriche et notre abaissement en Europe.

Puis les revers continuent. Nos affaires sont ruinées aux Indes ; l'Amérique est livrée à l'Angleterre, qui

1 Charles-Armand de Gontaud, duc de Biron (1663-1756), maréchal de France en 1734, petit-neveu du duc de Biron décapité en 1602.

2 Hermann-Maurice, comte de Saxe (Gotxlar, 1696 - Chambord, (1750), maréchal de France en 1744, vainqueur de Fontenoy, de Baucoux et de Laufeld, fils naturel d'Auguste II, électeur de Saxe et roi de Pologne.

Il était entré au service de la France en 1720, avec le grade de maréchal de camp. Une version le fait tuer en duel par le prince de Conti. — Je ne parlerai pas de sa liaison célèbre avec Adrienne Lecouvreur ; mais je rappelle qu'une de ses filles naturelles, Mme Dupin, fut la grand'mère de George Sand.

Maurice de Saxe écrivit un livre sur l'art militaire : Mes Rêveries (Paris, 1757, 5 vol. in-4°), et des Mélanges, extraits de ses papiers, furent publiés par Grimoard en 1794 (5 vol. in-8°). V. Maurice de Saxe, par Saint-Bené Taillandier (Paris, 1865, in-8»), etc.

l'échappe cependant à la formation des Etats-Unis en 1783, ne sauvant que le Canada, une de nos dépouilles.

La Pologne est détruite dès 1773 ; la Turquie est mise en tutelle en 1774, et la France perd ce rang de première puissance militaire qui lui avait si longtemps appartenu et qu'elle pouvait même revendiquer encore après le traité d'Aix-la-Chapelle de 1748.

A l'intérieur, ce règne qui succédait aux scandales de la Régence se compromettait aussi dans le vice. L'attentat de Damiens et la seconde expulsion des Jésuites ne furent que des incidents. Le sceptre était tenu par des favorites ; l'arbitraire ne dissimulait même plus et le gouffre du déficit s'agrandissait sans cesse.

Un travail latent, mais gigantesque, s'opérait dans les esprits. Ce n'étaient plus des questions religieuses qui passionnaient les masses, mais de vraies questions sociales. Les revendications politiques, servies par l'audace des philosophes troublant les consciences, par les échos de cette libre pensée qui enflammait la Hollande, retentissaient jusqu'aux marches du trône. La gestation formidable du monde moderne s'accomplissait, et la convulsion suprême qui devait emporter, avec les institutions du passé, une royauté tant de fois séculaire pouvait, semble-t-il, être dès lors prévue.

L'Imprimerie, ce merveilleux auxiliaire du progrès humain, était considérée comme la pire ennemie. Arrêts, édits, ordonnances, multipliés jusqu'à l'invraisemblance depuis le commencement du xvie siècle4, s'efforçaient en pure perte d'étouffer son prosélytisme. Alarmé des tendances qui visaient sa ruine, le pouvoir

1 V.mon Histoire de l'Imprimerie en Agenais, déjà citée, et aussi La Censure et la Police des Livres en France sous l'ancien régime. Une Saisie de Livres à Agen en 1775 (Agen, 1884, gr. in-8°).

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partit encore en guerre contre elle. Répression vaine. Malgré les rigueurs de l'inquisition la plus ombrageuse, malgré censures, saisies, proscriptions et prohibitions, la réforme sociale basée sur les Droits de l'homme était bien le mot de l'avenir. Sous le martellement des encyclopédistes, sous la poussée des philosophes, dont les coryphées avaient noms Voltaire, Rousseau, Montesquieu1, le vieil édifice monarchique craquait de toute part.

Et quand l'écrasant héritage vint aux faibles mains de Louis XVI, en 1774, la cause du passé était sans doute bien perdue et la catastrophe à peu près inévitable.

L'Agenais n'eut pas de participation active à cette évolution générale ; mais il ne pouvait évidemment s'en désintéresser, et les Archives de ses communes nous en fourniraient sans doute bien des témoignages.

Au cours des années attristées qui s'écoulèrent alors,

1 L'origine presque agenaise de l'illustre auteur de V Esprit des Lois a été signalée.

Charles-Louis de Secondât, baron de la Brède et de Montesquieu, né au château de La Brède le 18 janvier 1689, mort à Paris le 10 février 1755, était l'aîné des fils de Jacques de Secondât-Montesquieu, né et mort à Bordeaux (1654- 1713) ; mais son grand-père, Jean-Baptiste-Gaston de Secondât, baron de Montesquieu, seigneur de Castelnoubel, président à mortier du Parlement de Bordeaux, était né à Agen en 1612 et fut consul de cette ville en 1650. Son bisaïeul, dont il a été parlé, Jacob de Secondât, sieur de Boques, mestre de camp, était également né à Agen en 1576. Ce dernier, en faveur de qui Henri IV avait érigé en baronnie le fief de Montesquieu, fut l'auteur de la branche cadette des Secondât, qui avaient eu le Berry pour berceau.

Le grand écrivain du xvme siècle avait lui-même épousé à Clairac, le 22 mars 1715, Jeanne de Lartigue, une Agenaise dont le père, Pierre de Lartigue, ancien lieutenant-colonel du régiment de Maulevrier, avait été anobli par Louis XIV en 1704.

J'ai mentionné la sœur de l'auteur de Y Esprit des Lois, Thérèse de Secondât, religieuse de Notre-Dame à Agen où elle mourut en 1770, et j'ai dit que sa bisaïeule, Marguerite de Sevin, née à Agen, avait épousé en secondes noces Joseph Du Bernet, président du Parlement de Bordeaux.

Montesquieu habita fréquemment Clairac, chez son ami le chevalier de Vivens, et c'est môme là, dit-on, qu'il écrivit ses Lettres Persanes.

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bien peu d'événements dignes de mention se produisirent dans notre région.

En 1738 et en 1740, des disettes cruelles affligèrent le pays, qui en avait depuis longtemps perdu le souvenir; le conflit sans fin entre le Présidial et le Consulat se rajeunit encore au sujet de la justice criminelle ' ; puis en 1751 eut lieu le voyage du duc d'Aiguillon en Agenais et Gondomois.

Les incidents relatifs à l'entrée de ce duc à Agen prouvent précisément combien les idées d'indépendance qui germaient dans les masses avaient chez nous de partisans.

Emmanuel-Armand de Vignerod, duc d'Aiguillon et comte d' Agenais, né en 1720, était fils d'Armand-Louis de Vignerod Du Plessis, mort en 1750, et petit-fils de Louis de Vignerod, marquis de Richelieu, celui-ci arrière-petit-neveu de Marie-Madeleine de Gombalet, première duchesse d'Aiguillon2.

Son père, Armand-Louis, avait eu en 1740 quelques

1 V. à ce sujet, outre les références déjà produites, trois curieux imprimés: Réponse du Corps de Ville d'Agen au Mémoire présenté à Mgr le Chancelier par MM. Jean-Joseph Lafitte, lieutenant criminel, et Bernard-Clément Boudon, procureur du Roy au siège Présidial et Sénéchal de la même ville, concernant VEdit de S. M. du mois d'avril dernier portant réunion aux Bailliages et Sénéchaussées des juridictions royales établies dans les mêmes villes (Agen, 1749, in-4° de 22 pp.). — Réponse du Corps de ville d'Agen au second Mémoire... concernant la Juridiction criminelle (Ibid., 1750, in-4° de 20 pp.). — Mémoire instructif pour les Maire, Lieutenant et Consuls de la ville d'Agen contre MM. les Lieutenant criminel et Procureur du Roy au Sénéchal de la même Ville (Ibid., 1758, in-f° de 14 pp.).

2 Emmanuel-Armand eut une existence agitée. Après ses démêlés retentissants avec La Chalotais, procureur général du Parlement de Bretagne, province dont il avait été nommé gouverneur en 1750, il fut accusé de concussions et fut heureux de l'appui de Madame du Barry. Il devint ministre des Affaires étrangères en 1771, se montra d'une complète insuffisance, et mourut en 1780 dans son gouvernement de Bretagne où il avait été exilé à l'avènement de Louis XVI.

Le duc Armand-Louis (1683-1750) avait imprimé dans son château de Veretz, près de Tours, en 1735, l'œuvre libidineuse portant le titre de Recueil

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démêlés avec la communauté d'Agen, au sujet de biens nobles situés dans la paroisse de Saint-Cirq, de la .délimitation de la juridiction d'Agen, et surtout de prétentions relatives au choix des consuls, que les Agenais soutenaient leur appartenir

Quand le nouveau duc exprima son désir de visiter les pays dont il était engagiste, les défiances nées des précédents débats se réveillèrent chez ces derniers. Une vive opposition, une mauvaise volonté évidente se manifesta dans les pourparlers engagés à ce sujet entre l'intendant de Guyenne, marquis de Tourny1,

de Pièces choisies rassemblées par les soins du Cosmopolite (in-4°, tiré à 7 exemplaires).

C'est le fils d'Emmanuel-Armand, Armand-Désiré Du Plessis de Richelieu, duc d'Aiguillon, mort en 1800, qui fut député par la Noblesse d'Agenais aux Etats généraux de 1789. Celui-ci, rallié aux principes de la Révolution mais protestataire contre le 10 août, s'enfuit à l'étranger.

1 Louis-Urbain Aubert, marquis de Tourny (1690-1761), d'abord maître des requêtes au Parlement de Paris, puis intendant de Limoges (1730) et de Guyenne (1743). Cet administrateur habile réalisa dans sa généralité, et surtout à Rordeaux, des améliorations innombrables ; puis des tracasseries incessantes le conduisirent à donner sa démission en 1757. Il fut remplacé par son fils, qui mourut en 1760.

L'administration des intendants de Guyenne favorisa principalement l'agriculture et révéla la force due au groupement des intérêts communs. Elle parvint surtout à assainir le pays, à mieux assurer Tordre public.

Plusieurs des intendants de Guyenne furent des administrateurs remarquables. J'ai mentionné Séguier d'Autry (1622), de Tallement (1654-1658), Claude Pellot (1663-1669), Razin de Rezons (1686-1700), Lamoignon de Courson (1709-1720). A ces noms et à celui des Tourny, j'ajoute ici : d'Agucsseau (1669-1673), La Rourdonnaye (1700-1709), Boucher (1720-1742), Esmangart (1770-1775), Dupré de Saint-Maur (1776-1785). Les intendants disparurent le 27 septembre 1790. J'ai déjà dit que le dernier intendant de Guyenue fut Le Camus de Neuville (ou Neville).

V. Les Origines de l'institution des Intendants, par G. Hanoteaux (Paris, 1885, in-8°),et spécialement l'ouvrage fréquemment cité: Cahiers des doléances du Tiers Etat du pays d'Agenais aux Etats généraux, par G. Tholin, p. 113 et suiv.

Le contrôle des intendants s'étendait à toutes les parties de l'Administration communale et n'était point fictif. Un curieux exemple en a été donné par M. A. Communay : Budget de la ville d'Agen de 1740-41, avec les annotations de l'Intendance, dans les Pièces et Documents inédits pour servir à l'Histoire du Sud-Ouest, pp. 90-106.

ses subdélégués d'Agen (Martin de Charrière)* et de Gondom (marquis de Goyon)2 et les Jurades de ces deux villes.

La correspondance et les délibérations relatives à cette affaire ont été publiées en 1885 et sont fort curieuses3.

Un cérémonial remontant à 1642 fut produit par le duc. La Jurade d'Agen parut se récuser ; elle exhuma des Archives communales le procès-verbal de prise de possession des comtés d'Agenais et Condomois, et finalement, le 8 avril 1751, le consul de Bazignan avisa l'intendant qu'on avait résolu de s'en tenir à la lettre dudit procès-verbal, muet sur les honneurs réclamés par le duc. Les officiers du Présidial paraissaient opiner dans le même sens. De son côté, la Jurade de Condom émit le 16 avril un avis semblable.

Marmande, qui d'abord s'était également réservé, adhéra ensuite au programme du duc.

La duchesse d'Aiguillon4 protesta auprès de Tourny le 17 avril, et le duc adressa le même jour à cet inten-

1 Martin de Charrière, né à Agen vers 1694, mort en 1779. 11 était conseiller en l'Election d'Agen et laissa un petit Abrégé chronologique de l'Histoire d'Agen, de Van 629 de la fondation de Rome jusqu'en 1768, ms. de 27 pp. in-4° dont on possède une copie due à Labrunie.

L'aïeul de Martin de Charrière, Joseph de Charrière, avait obtenu en 1671 des lettres du Grand Conseil le substituant aux nom et armes de l'Escale de Vérone (Scaliger), comme petit-fils par sa mère de Jules-César Scaliger. Une copie de ces lettres se trouve dans les documents réunis par Labrunie.

2 De Goyon, marquis de Verduzan, d'une vieille famille du Condomois.

Un Joseph de Goyon de Verduzan, de Condom, fut exécuté à Auch le 15 avril 1794, à l'âge de 74 ans.

3 Documents inédits relatifs à VEntrée du duc d'Aiguillon â Agen et à Condom en 1751, par Ph. Lauzun (Agen, 1885, gr. in-8°).

4 Anne-Charlotte de Crussol, fille de Louis de Crussol, marquis de Florensac, duc d'Uzès, mariée en 1718 à Armand-Louis, premier duc d'Aiguillon. On l'avait surnommée à la cour la Bonne Duchesse. Elle mourut en 1772, laissant plusieurs travaux littéraires.

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dant une lettre où il faisait appel à son autorité pour ramener au devoir les récalcitrants.

En somme, prières, démarches, commandements, rien ne put vaincre l'opposition des corps consulaires des deux villes. La division se mit à Agen entre le Présidial et la Jurade, et finalement des ordres du roi, ou lettres de cachet, du 1er mai 1751 furent signifiés aux jurats et consuls en cause, qui durent alors s'incliner.

L'entrée du duc d'Aiguillon à Agen eut lieu le 16 janvier 1751. Consuls et habitants étaient sous les armes. Le duc fut logé à la Maison dite du Roi1.

Un peu plus tard, en 1759, une autre entrée plus solennelle encore eut lieu à Agen, celle du maréchal-duc de Richelieu2, qu'une disgrâce passagère avait conduit dans son gouvernement de Guyenne, où il avait été nommé le 4 décembre 1755 en remplacement de Louis-Charles de Bourbon, comte d'Eu3.

Pour varier un peu ses plaisirs, ce grand seigneur, ami de Voltaire qui lui adressait ses lettres "dans son royaume d'Aquitaine", eut la fantaisie de faire une

1 Aujourd'hui le Musée.

2 Louis-François-Armand Du Plessis, duc de Richelieu (1706-1788), maréchal de France en 1748, membre de l'Académie française en 1720.

Il porta d'abord le titre de duc de Fronsac et se rendit célèbre par ses galanteries et ses intrigues qui le conduisirent deux fois à la Bastille.

Il eut vers la fin de sa vie un scandaleux procès avec une dame de Saint- Vincent.

Soulavie a publié des Mémoires sous son nom (1790, 9 vol. in-8°). Sa Correspondance a paru en 1789 (in-8°).

3 Au duc de Richelieu succéda le marquis de Ronnelles comme gouverneur de la Basse-Guyenne, et à celui-ci, le 14 juillet 1709, Philippe, comte de Noailles, duc de Mouchy, prince de Poix, vicomte de Lautrec, qui devint maréchal de France en 1775. Ce dernier fut remplacé par le comte Louis de Loménie de Brienne (1730-1794), lieutenant général et frère du ministre, reçu solennellement à Agen en 1787.

V. Archives départem. de la Gironde, B. 88, f° 118, et 90, f° 4; Archives commun. d'Agen, BB. 85.

entrée dans Agen avec le cérémonial le plus brillant qui eût jamais été employé.

Cette entrée eut lieu le 13 septembre. Le Journal de Malebaysse1 contient une relation minutieuse de cette réception, qui fut vraiment splendide. A la tête de la Noblesse agenaise, le comte de Valence^ ancien colonel du régiment du Bourbonnais et chevalier de Malte, reçut le maréchal et le harangua à la porte du Pin, où la Garde urbaine sous les armes faisait la haie devant un superbe arc de triomphe. Les clefs de la ville furent présentées par les consuls; le serment traditionnel fut prononcé, et après les harangues du Présidial et de l'Election, le cortège se dirigea vers la cathédrale où un Te Deum fut chanté. Le service d'ordre était fait par le régiment de Hainaut envoyé pour la circonstance.

Le maréchal de Richelieu descendit à l'évêché, où lui furent portés les présents de la ville consistant en 200 bouteilles de vin étranger et un quintal de bougie. Il repartit le lendemain, 14 septembre, par la porte Saint-Antoine pour se rendre à Aiguillon, après avoir parcouru quelques rues de la ville accompagné d'une suite nombreuse, des consuls portant leurs chaperons sur le bras et d'une Garde d'honneur de 60 hommes. Les coulevrines n'avaient pas un instant cessé leurs salves.

1 J'ai mentionné à la p. 131 ce Journal ou livre de raison des Malebayssu, «'étendant de 1618 à 1789. — Les Malebaysse fournirent plusieurs consuls à la ville d'Agen.

2 Vincent-Sylvestre de Timbrune, comte de Valence, baron de Montesquieu (du Roussillon), chevalier de Malte, brigadier en 1748, maréchal de camp en 1760. 11 était fils d'Eymeric-Emmanuel de Timbrune, marquis de Valence.

Son frère Henry-Bernard de Timbrune, marquis de Valence, du Breuilh, etc, ancien colonel du régiment de Béarn, maréchal de camp en 1768, mort en 1779, avait été commandant d'Agen en 1745,

l'agenais au xviif siècle 231

Richelieu fut sans doute très satisfait de sa réception agenaise, puisqu'il en fit presque renouveler le cérémonial pour la duchesse de Choiseul1, qui passa par Agen en 1761.

Pour en finir avec les entrées solennelles du xvine siècle, je mentionne dès maintenant celles du duc de Lorges2, commandant en Guyenne, en 1762; du duc de Chartres3, en 1776; de Monsieur, frère du roi, comte de Provence, plus tard Louis XVIII, le 19 juin 1777, et du marquis de Belsunce4, sénéchal d'Agenais, en 1779.

Je ne saurais passer sous silence un événement scientifique glorieux pour notre pays, se rapportant à l'année 1753.

Un physicien de Nérac, Jacques de Romas, né le 13 octobre 1718 dans cette ville où il mourut le 21 janvier 1776, fit les 14 mai et 7 juin 1753 des expériences de cerf-volant électrique. Ses brillantes études sur l'étincelle atmosphérique remontaient à l'année 1750, et il

1 La femme du duc Etienne-François de Choiseul (1719-1785), successeur du cardinal de Bernis aux Affaires étrangères (1758) et alors ministre de la Guerre et de la Marine.

2 Emmanuel-Félicité, comte, puis duc de Durfort, duc de Duras et de Lorges, né à Paris en 1715, ambassadeur à Madrid en 1752, maréchal de France et membre de l'Académie française, mort à Versailles en 1789. Il était fils de Jean-Baptiste de Durfort, duc de Duras, maréchal de France (1684-1770).

3 Louis-Philippe-Joseph d'Orléans, né en 174-7, d'abord duc de Montpensier, puis (1752) duc de Chartres, arrière-petit-fils du Bégent. Il reçut en 1792 le nom d'Egalité de la Commune de Paris, vota la mort du roi et périt en 1793 sur l'échafaud révolutionnaire.

4 Charles-Gabriel, marquis de Belsunce, 3e fils d'Armand, marquis de Belsunce et de Castelmoron, baron de Gavaudun, seigneur de Born, qui avait été nommé sénéchal d'Agenais en 1699.

Charles-Gabriel était le frère puîné de Uenri-François-Xavier de Belsunce, évêque de Marseille.

D'après Sa int- Aman s (Histoire du Départ, de Lot-et-Gar., t. n, p. 185), le marquis de Belsunce aurait pris séance au Présidial d'Agen, le jour même de son entrée, exactement vêtu comme Henri IV.

232 HISTOIRE DE i/AGENAIS

précéda Franklin dans l'invention féconde qu'on lui attribue. La preuve est faite.

Romas était fils d'un conseiller du roi à Nérac. Il entra lui-même dans la magistrature et devint lieutenant assesseur au Présidial de sa ville natale. Il présenta ta l'Académie de Bordeaux de savants mémoires, et le travail relatif à ses remarquables expériences de 1753 lui valut d'être nommé membre correspondant de l'Académie des Sciences1.

A la même époque se rapporte un autre fait de moindre importance, méritant toutefois d'être mentionné :

Un ancien mousquetaire, Louis de Lapeyrière, retiré sur son domaine de Lacépède2 où il était né en 1701, institua une fête, dite Fête des Vaillants, qui se célébrait le jour de la Saint-Louis et avait pour but de récompenser solennellement les meilleurs laboureurs.

Cette fête, à laquelle jusqu'à sa mort, en 1778, présida chaque année l'ancien mousquetaire, ne passa pas inaperçue. Elle fit l'objet d'un rapport du 31 septembre 1769 du subdélégué de Clairac à l'intendant de Guyenne ; d'une relation imprimée dans la Gazette de France du 14 septembre 1772, etc.

L'heureuse initiative du gentilhomme agenais du

1 V. l'art. Romas, t. n de la Bibliographie de V Agenais, pour la liste de ses travaux imprimés ou manuscrits. Je me borne à citer ici son œurve principale :

Mémoire sur les moyens de se garantir de la foudre dans les maisons ; suivi d'une Lettre sur l'invention du Cerf-volant électrique, avec pièces justificatives (Bordeaux et Paris, 1776, in-12, pi.)

Une liste des divers travaux de Romas, dressée par l'auteur même et conservée par M. le baron de Frère de Peyrecave, a été publiée en 1893 par M. Tamizey de Larroque, dans ses Lettres inédites de quelques Hommes célèbres de ï Agenais. Cette liste est plus complète que toutes les précédentes.

2 Lacépède appartenait alors à la subdélégation de Clairac. (V. une note de la p. 195).

i/AGENAIS AU XVIIIe SIÈCLE 233

xviiie siècle est considérée à bon droit comme Forigine des Concours agricoles1.

Une date intéressante pour Agen est encore celle de 1762, qui vit ses rues éclairées pour la première fois pendant la nuit au moyen de lanternes. Certes, cet éclairage devait être bien rudimentaire et les familiers de la lumière électrique ne peuvent qu'en sourire; mais c'était une innovation, un vrai progrès, que les réverbères, oubliés eux-mêmes, vinrent améliorer vingt ans plus tard, en attendant le gaz et... le reste.

Le duc de Richelieu, grand amateur de danse, de chant et de théâtre, avait favorisé à cet égard les principales villes de son gouvernement : Agen, Bayonne, Montauban, Auch, Condom, etc., et accordé des privilèges à des directeurs fixes chargés d'entretenir des troupes convenables. Bordeaux venait de bâtir son théâtre somptueux; Agen se trouvait modestement pourvu par l'appropriation du bâtiment où siégeait autrefois la juridiction de l'Election.

Les directeurs privilégiés, succédant aux compagnies dramatiques nomades et intermittentes, eurent une carrière plus ou moins cahotée jusqu'à la fin du siècle 2.

1 Sur cette institution honorable pour l'Agenais, j'ai donné de nombreux détails dans une brochure spéciale : Origine agenaise des Concours agricoles (Agen, 1883, gr. in-8°).

2 Les directeurs privilégiés du xvine siècle devaient fournir, avec de bonnes troupes, six mois de représentations par an, en deux trimestres commençant le 15 juin et le 15 novembre. Ils prélevaient un quart sur les recettes des troupes nomades s'arrêtant dans leurs villes. Il ne semble pas que les Agenais de cette époque aient été très satisfaits de leur gérance. V. à ce sujet une curieuse étude de M. Francisque Habasque, publiée d'abord dans la Revue d'Art dramatique : Le Théâtre en Agenais au xvme siècle (Issoudun, 1892, gr. in-8°).

De 1766 à 1770, l'Agenais fut exceptionnellement éprouvé par un froid excessif (1766), par un ouragan formidable (1769), et par un débordement de la Garonne (1770) qui dépassa toutes les catastrophes de ce genre dont on avait pu garder la mémoire.

L'ouragan de 1769 dévasta presque toute la Guyenne, renversant les murs, enlevant les toitures, emportant les arbres. 11 régna du 5 septembre, à 8 heures du soir, au lendemain 6 septembre, à 5 heures du matin. Le clocher de Saint-Michel de Bordeaux fut rasé.

Le débordement de 1770 survint le 6 avril, à la suite de pluies torrentielles et persistantes. J'ai constaté qu'il fut un des plus désastreux de tous ceux que mentionnent nos annales.

Les Agenais eurent naturellement à souffrir du Pacte de famine. Us se préoccupèrent peu de la transformation des Parlements de 1771 ; mais ils virent sans doute avec quelque intérêt s'établir à Agen, l'année suivante, le comte de Fumel1, lieutenant général des armées du roi et commandant de la Basse-Guyenne, et aussi, je pense, se fonder bientôt dans la même ville une Société libre des Sciences, dont la première

I Joseph, comte de Fumel, baron de Pauilhac, etc., né à Toulouse en 1720, commandant de la Basse-Guyenne et gouverneur du château Trompette, décapité à Bordeaux le 27 juillet 1794.

II était le 3e fils de Louis II de Fumel, mousquetaire gris, mort en 1749. Un de ses frères, Jean-Henri-Félix, fut èvêque de Lodève.

Son trisaïeul, François II de Fumel, tué à Coutras en 1588, était l'aîné des huit enfants que Gabrielle de Verdun avait donnés à François de Fumel, ambassadeur de Henri II, massacré par les protestants en 1562 et mentionné à sa date. Ce François de Fumel, 1er du nom, descendait directement de Guillaume Esclamat, baron de Fumel en 1275, dérivant lui-même du premier seigneur de ce nom qu'on rencontre dès 1090.

C'est, ai-je dit, le frère puîné de François II, Joseph-François de Fumel, qui épousa en 1578 Armoise de Lomagne de Montaigu et fut chef de lignée des Fumel-Montaigu, et non Montaigut, comme il est imprimé par erreur à la p. 153 du t. Ier.

V. le Nobiliaire de Guyenne et de Gascogne, généalogie des Fumel, t. i.

L AGENAIS AU XVIIIe SIÈCLE 235

séance eut lieu le 1er janvier 1116 K A ce moment, les sociétaires agenais étaient au nombre de huit : Saint-Amans, .Lacépède, Lafont du Cujula, Gessac de Lacuée, Claude Lamouroux, Carrière, curé de Roquefort, et l'abbé Paganel, des noms dont la plupart ne devaient pas rester obscurs et dont nous aurons encore à nous occuper.

Dans la matinée du 22 juillet 1773, la façade du vieil évêché d'Agen s'écroula subitement tout entière, sans occasionner cependant d'accidents sérieux. L'évêque d'Usson de Bonnac se pourvut bientôt d'un autre emplacement pour un nouveau palais épiscopal qui, construit de 4775 à 1783, devait changer plus tard de destination et devenir l'Hôtel de la Préfecture de Lot-et-Garonne2.

Au surplus, je ne vois guère à mentionner pour

1 La Société fondée en 1776 s'est maintenue et a été déclarée d'utilité publique sous le nom de Société d' Agriculture, Sciences et Arts d'Agen ; mais l'agriculture est écartée de son programme depuis la création des Comices agricoles. Elle a publié de nombreux et importants travaux. Son Recueil spécial forme à ce jour 21 vol. in-8°, en deux séries.

Le Premier Registre des Séances de la Société des Sciences d'Agen (1776, in-f°), qui faisait partie de la Bibliothèque Saint-Amans, a disparu. Heureusement, M. Philippe Lauzun en avait fait une analyse qu'on trouve dans son inventaire des Manuscrits de la Bibliothèque de Saint-Amans (Agen, 1889, in-8°), p. 40.

En 1784, le 18 février, Lacépède, directeur, et Paganel, secrétaire, écrivaient à l'intendant de Guyenne Dupré de Saint-Maur, pour le prier d'appuyer une requête au roi sollicitant des lettres patentes de sanction de la Société agenaise. Le 7 mars, l'intendant répondait de Paris par une promesse de concours (Archives départ, de la Gironde [Intendance], C. 127). Ces deux lettres ont été publiées par M. Tamizey de Larroque dans les Lettres inédites de quelques Hommes célèbres de V Agenais.

2 L'emplacement choisi par l'évêque apppartenait aux Lazaristes, que Claude Joly avait installés au Séminaire.

Le nouveau palais épiscopal confisqué en 1791, sans emploi jusqu'en 1796, fut alors affecté à l'Ecole Centrale de création récente, puis à la xi8 cohorte de la Légion d'honneur en 1804, et enfin à la Préfecture en 1809.

V. Histoire de l'Hôtel de la Préfecture d'Agen, par Alpfa. Paillard (Agen, 1860, in-8°). L'auteur de cette notice était alors préfet de Lot-et-Garonne.

cette période qui aboutit à la grande tourmente de 1789 qu'une petite émeute à Gontaud en juillet et août 1780, et la venue en 1786 du marquis de Fumel- Monségur1, nommé alors commandant en Agenais.

L'émeute de Gontaud eut pour cause un arrêt du Parlement de Bordeaux ordonnant le déplacement du cimetière de cette petite ville. Un riche propriétaire de ce lieu, dont le jardin était contigu au vieux cimetière, avait offert un autre emplacement et obtenu l'arrêt de transfert. Les Gontaudais, révoltés de ce qu'ils considéraient comme une profanation, poussèrent mille cris de protestation à la lecture de cet arrêt faite par ordre à l'église et en chaire. La même scène se renouvela le dimanche suivant, malgré la présence de la maréchaussée. Le Parlement ordonna une enquête. Ses délégués arrivèrent à Gontaud le 14 août, escortés par un régiment de cavalerie emprunté à Libourne. Après une première information du lieutenant criminel, les plus coupables furent arrêtés, conduits à Bordeaux avec les consuls et condamnés, les uns à la prison, d'autres à la marque et aux galères pour cinq ans. Les consuls et un très petit nombre d'accusés furent relaxés. Le cimetière, néanmoins, ne fut pas déplacé2.

Louis XVI n'avait guère que l'honnêteté, quand il eût fallu l'énergie la plus indomptable et une habileté

1 Philibert, marquis de Fumel-Monségur, maréchal des camps et armées du roi, né à Agcn en 1742.

Il fut élu député par la Noblesse de la Sénéchaussée d'Agenais aux Etats généraux de 1789 et émigra en 1792 avec son frère Louis-Mathieu-Benoît. — Il avait épousé Marie d'Abzac de Lagrèze, de Castillonnès.

Les généalogies n'établissent pas clairement l'origine du rameau des Fumel- Monségur, dont l'addition nominale était empruntée au château de Monségur, situé à 4 kilomètres de Fumel, en Agenais.

2 V. Archives départementales de Lot-et-Garonne, B. 503.

L'AGENAIS AU XVIIIe SIÈCLE 237

géniale. Et d'ailleurs eût-il triomphé? A l'heure où le destin lui faisait endosser les responsabilités les plus redoutables, le sort n'en était-il pas jeté? l'impulsion n'était-elle pas déjà irrésistible? — Qui pourrait en décider ?

Des mesures humaines prouvèrent cependant sa bonté d'âme. Il abolit la torture, les corvées, l'incapacité politique des protestants. Turgot, dont l'esprit de réforme et l'austérité effrayaient les courtisans, fut remplacé par Necker, que médusa l'épouvantable déficit créé par plus de quatre-vingts ans de prodigalités. L'emprunt était désormais l'unique et lamentable ressource. Une Assemblée des notables, en 1787, ne donna aucun résultat, et bientôt la France entière réclama une convocation des Etats généraux. Necker, éloigné depuis 1784 et alors rappelé, fit décider que le nombre des députés du Tiers Etat serait égal à celui des deux autres ordres ensemble : c'était prévoir de grandes et importantes réformes.

En Agenais, les préocupations politiques devenaient plus vives. La question du rétablissement des Etats de province, agitée dès 1750, passionnait les esprits. Aux projets de Turgot qui, en 1774, avaient soulevé tant de protestations intéressées, Necker avait substitué un timide essai admis par le roi, et en 1778-1779 des Assemblées provinciales avaient été organisées dans le Berry, le Dauphiné et la Haute-Guyenne.

Ce n'était certes pas l'institution d'autrefois. La nomination d'une partie des membres de ces Assemblées et la sanction de leurs mesures financières étaient réservées au roi; mais les députés du Tiers égalaient en nombre celui des deux autres ordres; les votes se comptaient par tête, et la mesure constituait, en somme, un exercice du droit de contrôle depuis long-

temps disparu. En outre, une Commission permanente assurait l'exécution des votes acquis dans les sessions, qui n'avaient lieu que tous les deux ans.

Cette première satisfaction reçut en 1787 une extension considérable. Des Assemblées furent accordées à toutes les provinces qui les acceptèrent.

La Gascogne consentit1 ; mais la Guyenne fut du nombre de celles qui ne voulurent point les admettre.

Un conflit survenu en 1781 entre le Conseil du roi et le Parlement de Bordeaux sur une question de propriété d'atterrissements ou relais des rivières avait abouti en 1786 à un blâme de Louis XVI. Le Parlement humilié, refusa d'enregistrer l'édit de 1787 portant création des Assemblées provinciales. Exilé alors à Libourne, il accentua son hostilité par de violentes attaques contre le ministère, et réclama à grands cris le rétablissement des anciens Etats provinciaux et une convocation des Etats généraux2.

La Noblesse de Guyenne, de Périgord et de Gascogne présentait aussi des adresses au roi pour ce rétablissement des Etats.

L'agitation n'était donc pas cantonnée. Un peu partout, en effet, la question soulevait des tempêtes, et le Parlement du Dauphiné allait jusqu'à restaurer de sa propre autorité les anciens Etats de cette province.

Une vive polémique était engagée à ce propos en

1 V. Compte rendu des Séances de l'Administration provinciale d'Auch (1787), avec Notes et Documents, par le marquis de Galard-Magnas (Agen, 1887, gr. in-8°).

2 V. Histoire du Parlement de Bordeaux, par Boscheron des Portes, t. n ; Cahiers des Doléances du Tiers Etat du pays d'Agenais aux Etats généraux, par G. Tholin, p. 145 et suiv.

Ce dernier ouvrage est à consulter pour les diverses phases de la question du rétablissement des Etats.

Cf. aussi : Les Assemblées provinciales sous Louis XVI, par Léonce de Lavergne (Paris, 1864, in-8°).

L'AGENAIS AU XVIIIe SIÈCLE 239

Agenais. Les dissidences étaient nombreuses. Les vieilles franchises, emportées par l'évolution politique des xvne et xvme siècles, ne pouvaient plus être reconquises ; les privilèges consulaires avaient fait leur temps. Un groupement géographique nouveau, annulant toute autonomie du comté, transformait pour celui-ci l'exhumation d'anciens Etats en une sorte d'institution nouvelle visant la province entière et d'un intérêt local dès lors peu appréciable.

Une foule de lettres et de brochures furent alors publiées pour ou contre ce rétablissement1. Le vœu de la Noblesse, communiqué aux communes, avait donné lieu à des délibérations contradictoires. Nérac, Villeneuve, Aiguillon, Casseneuil, Glairac, Monclar, etc. faisaient acte d'adhésion, pendant que Tonneins, Sainte-Foy et Fumel formulaient des réserves, et que Marmande, Duras, Gahuzac et plusieurs paroisses de la juridiction d'Agen répondaient par un refus formel.

Les officiers du Sénéchal et du Présidial publiaient une déclaration d'opposition du 30 décembre2.

Ces discussions ardentes, mais absolument stériles, étaient néanmoins une attestation du réveil de l'opinion en Guyenne. On se ressaisissait. Une majorité

1 De ces publications, qui durent se produire en grand nombre, nous ne connaissons que quelques-unes :

Projet de restauration des Etats de la Guyenne, proposé par MM. les Commissaires de la Noblesse du Pays d'Agenois aux deux ordres du Cleryé et du Tiers Etat du même pays (S. 1. n. d. [Agen, 1788], in-8°). — Lettre à un Citoyen du Tiers Etat de la Ville d'Agen sur les avantages et les inconvénients des Etals provinciaux de Guyenne (S.l. [Agen], 1789, in-8° de 22 pp.). Brochure due peut-être à Saint-Amans et réfutée par la suivante : Réflexions sur la Lettre à un Citoyen du Tiers Etat de la Ville d'Agen (S. 1. n. d. [Agen, 17891, in-8° de 18 pp.) — Délibération de la commune de VUleneuved'Agen concernant le rétablissement des Etats de la province de Guyenne, du 30 décembre 1788 (Agen, s. d. [1789J, in-12 de 11 pp.). — Délibération de la Communauté de Mon flanquin... (Ibid., 1789, in-8°de 10 pp.);... de la Ville et Communauté de Pujols, en Agenois... (Ibid., 1789, in-8°de 16 pp.), etc.

* Agen, 1788, in-8° de 16 pp.

imposante osait condamner une initiative royale et méconnaître un édit. L'Administration officielle imposée répugnait assez pour que toutes concessions sur de telles bases fussent systématiquement écartées. Le Parlement et les trois ordres rêvaient de mandataires librement et directement élus.

On connaît la maladroite campagne entreprise en 1788 pour la désorganisation de la magistrature parlementaire par Brienne et Lamoignon. Des édits étaient venus soudainement tout bouleverser, prescrivant la création de quarante-sept grands bailliages chargés de l'instruction des procès civils, mesure illégale mettant les tribunaux à la merci du pouvoir central et dirigée contre le Parlement rebelle à l'enregistrement de l'impôt. Une immense clameur s'éleva de tous les points de la France ; les Parlements firent une résistance énergique ; les corps atteints se révoltèrent. Grâce à Necker, cette mesure si impopulaire fut rapportée le 25 août.

Le Sénéchal-Présidial de Nérac, qui les 19 et 31 mai avait protesté publiquement et refusé de sanctionner sa déchéance, fut rétabli par lettres du 6 octobre 1788. Au jour de la lecture de ces lettres, le 4 novembre, la joie des Néracais se traduisit par de brillantes fêtes, qui étaient bien là comme ailleurs une manifestation essentiellement politique1.

1 V. Relation de ce qui s'est passé le 4 novembre 1788 dans la Ville de Nérac, à Voccasion des publication et enregistrement de la Déclaration du Roi du 6 octobre dernier (S. 1. [Agen], 1788, in-8° de 30 pp.). Relation due à Jean de Larrard, sieur du Plaisir, dit Larrard de Villary (Nérac, 1733-1806).

Cette pièce a été analysée par Faugère-Dubourg sous ce titre : Un jour de Fête à Nérac {Revue de l'Agenais, 1878).

GPIAPIÏRE VIII

L'Agenais au xvme siècle (Fin). — La Révolution.

'arrêt du Conseil portant convocation des Etats généraux de 1789 avait été rendu le 8 août 1788. La diversion due aux disputes relatives au rétablissement des Etats s'éteignait dans une préoccupation nouvelle plus importante et plus grave.

Déjà un précédent arrêt du Conseil, du 5 juillet, avait provoqué des recherches sur l'organisation des Etats généraux d'autrefois, et des renseignements avaient été demandés de tous les côtés. Les consuls d'Agen s'étaient livrés dans le pays à une enquête d'où résultait, le 25 décembre, un projet en sept articles résumant les vœux exprimés et sur lequel les communautés furent appelées à délibérer. Ce fut l'occasion pour chacune d'elles de révéler d'innombrables abus 4.

1 Sur la situation politique et morale de l'Agenais au xvme siècle, V. une

Leur voix prend, d'ailleurs, de l'assurance. Ce ne sont plus seulement des vœux timides, des doléances tremblantes : c'est bel et bien de la critique. On va jusqu'à parler de despotisme, jusqu'à flétrir l'arbitraire ! Et dans ce véritable assaut contre un régime condamné, l'unanimité des censeurs en rehausse singulièrement le caractère. Noblesse et Clergé s'associent vraiment aux revendications politiques de l'ordre toujours sacrifié ; ils font cause commune avec le peuple aux dépens de leurs immunités et de leurs privilèges, dans cet élan prodigieux, dans cet entraînement inconscient qui prélude à la crise décisive *.

Le Tiers Etat de Nérac osa présenter une requête imprimée demandant que ses représentants, en nombre égal à celui des deux autres ordres ensemble, ne pussent être pris ni dans le corps de la Noblesse, ni dans celui des anoblis, ni même parmi les agents des seigneurs et du Clergé 2.

Le mode des élections pour les Etats généraux fut

curieuse publication de M. Adolphe de Mondenard : Etudes sur l'Ancien Régime. La Féodalité en Agenois en 1789. Manuscrit d'un Curé de campagne, avec Introduction et Notes (Agen, 1879, pet. in-8°).

1 V. Mémoire de MM. les Officiers du Sénéchal d'Agenois en faveur du Tiers Etat de la Sénéchaussée ; arrêté le 17 décembre 1788 et adressé à M. le Directeur général des Finances (Agen, impr. Ve Noubel, s. d. [17881, in-8° de 21 pp.).

2 Requête présentée au Roi par le Tiers Etat de la Ville de Nérac et pays d'Albret, avec l'expédition de la Délibération de l'Assemblée générale de la dite Ville, et la Lettre adressée à M. de Necker (S. 1. |Agen], 1788, in-8° de 15 pp.).

A la fin de cette requête, on trouve même des vers ! « Au Sénèchal-Prèsidial de Nérac protestant pour la seconde fois : « Nérac est invincible, et Brienne en fureur Ne peut que vainement faire éclater sa rage : En nous, ô Grand Henri ! reconnais ta valeur, Tu laissas dans nos cœurs ton âme et ton courage. » Nérac gardait rancune à Brienne de son entreprise de 1788, avec Guillaume de Lamoignon, contre l'ancienne magistrature et professait pour Necker une vive reconnaissance.

L'AGENAIS AU XVIIIe SIÈCLE 243

arrêté par une lettre du roi du 24 janvier 1789 4. Le lieutenant général criminel d'Agen, Jacques de Lafitte2, donna des instructions aux consuls et les opérations commencèrent le 28 février.

Pour le nombre proportionnel des députés, on s'était basé sur les Etats de 1614, en augmentant d'un tiers ceux du Tiers Etat.

Du 28 février au 16 mars, toutes les opérations préliminaires eurent lieu dans l'église des Jacobins. Puis les assemblées particulières des trois ordres furent tenues : pour la Noblesse à l'Hôtel de Ville et dans l'église des Pénitents Bleus ; pour le Clergé dans l'église des Capucins. Le Tiers Etat resta aux Jacobins.

Celui-ci fournit des discussions orageuses et ses Cahiers ne furent déposés que le 23 mars. Enfin les élections des députés se terminèrent le 28, le serment des élus fut prêté le soir même, et les Cahiers, mandats et pouvoirs leur furent aussitôt remis '•*.

Etienne-Charles Loménie de Brienne (Paris, 1727-1794), cardinal et homme d'Etat, ministre des Finances, membre de l'Académie française, avait été évêque de Condom (1760-1763) et archevêque de Toulouse (1763-1788).

Jacques Necker (Genève, 1732 - Coppet, 1804) eut un moment de grande popularité comme directeur des Finances. Son renvoi, le 11 juillet 1789, provoqua l'insurrection qui aboutit à la prise de la Bastille.

1 Lettre du Roi pour la convocation des Etats généraux à Versailles le 27 avril 1789, et Règlement y annexé (Paris et Bordeaux, 1789, in-8°).

2 Jacques de Lafitte, écuyer, coseigneur d'Astaffort, conseiller du roi et lieutenant général criminel en la sénéchaussée et siège Présidial d'Agenais, avait été nommé commissaire spécial pour les opérations électorales.

Il était fils de Charles de Lafitte, titulaire de la même charge de lieutenant général dès 1778, époque où il l'avait acquise de Jean-Joseph-Médard de Laville, seigneur de Lacépède.

MM. Gustave de Lafitte, le député de Lot-et-Garonne, et Prosper de Lafitte, le savant économiste, sont les petit-fils du lieutenant général de 1789.

V. A. de Mondenard, Etudes sur l'Ancien Régime. Nos Cahiers de 1789 (Edition du Centenaire). Cahiers de VAgenois, avec Introduction et Notes (Villeneuve-sur-Lot, 1889, in-8°). Cet ouvrage est à consulter pour ce qui concerne l'état de l'Agenais au xvme siècle, et spécialement l'élection des députés aux Etats généraux.

3 Les Mandats et Pouvoirs donnés aux Députés du Tiers Etat (Agen,

Les six députés du Tiers Etat d'Agenais étaient : Escourre de Peluzat, avocat de Libos, démissionnaire le 27 septembre et remplacé par Boussion, médecin de Lauzun ; Daubert, juge royal à Villeneuve ; Renaut, avocat d'Agen ; Millet de Bellisle ; François, bourgeois-cultivateur de Glairac; Terme, bourgeois-cultivateur de Marmande *.

La Noblesse nomma trois députés : Armand-Désiré Du Plessis de Richelieu, duc d'Aiguillon ; Philibert de Fumel, marquis de Fumel-Monségur, maréchal des camps et armées du roi, et Joseph de Bourran, baron de La Court 2.

1789, in-8°) ont été plusieurs fois réimprimés. Les Cahiers des Pouvoirs et Instructions de la Noblesse forment une brochure spéciale (Paris, 1789, in-8° de 51 pp.).

Les Cahiers des trois ordres furent réunis sous ce titre : Procès- Verbal de l'Assemblée des trois ordres de la sénéchaussée d'Agenois, tenue à Agen au mois de mars 1789... auquel on a joint les Cahiers des doléances, Mandats et Pouvoirs remis par chacun des trois ordres à ses Députés respectifs aux Etats généraux (Agen, s. d. [1789], in-8° de 112, 19, 35 et 23 pp.).

Ces divers Cahiers ont été reproduits par M. A. de Mondenard : Nos Cahiers de 1789. Cahiers de l'Agenois, p. 281 et suiv.

Les Cahiers du Tiers Etat se trouvent aussi dans les Cahiers des Doléances du Tiers Etat du pays d'Agenais aux Etats généraux, par M. G. Tholin, p. 180 et suiv.

1 Les hommes participant plus ou moins à la vie politique du pays vont devenir trop nombreux désormais pour que des notes puissent être consacrées à tous. Ceci n'est pas une Biographie. Je ne m'arrêterai donc qu'aux principaux d'entre eux.

Pierre Boussion, médecin, né à Lauzun le 6 février 1753, mort à Liège le 18 mai 1829. Il était fils d'un chirurgien de Lauzun et s'était établi en 1773, au retour de la Faculté de Montpellier.

Non réélu à la Législative de 1791, mais nommé à la Convention de 1792, il passa au Conseil des Anciens en 1796, rentra à Lauzun en 1798 et fut conseiller de préfecture de Lot-et-Garonne de 1800 à 1815. Atteint par la loi du 12 janvier 1816 contre les régicides, il s'enfuit à Bruxelles d'abord, puis à Liège, où il exerça son art.

Jean-Joseph Terme (Marmande, 1735 - Virazeil, 1813) ne fut pas réélu. On a de lui un très curieux Hommage à la Raison... offert le 2* décadifrimaire an II (Agen, s. d. [1793], in-8° de 20 pp.).

Millet de Bellisle ne siégea que très peu de temps.

2 Nous avons déjà rencontré les deux premiers noms. — Le marquis Joseph

L'AGENAIS AU XVIIIe SIÈCLE 245

Les trois députés du Clergé furent Jean-Louis d'Usson de Bonnac, évêque d'Agen ; Jean Malateste de Beaufort, curé de Montastruc, et Laurent Fournetz, curé de Puymiclan *.

On sait bien ce qui suivit :

Les Etats généraux, composés de 1.145 députés, se réunirent à Versailles le 5 mai 1789, et le 27 mai s'opéra la fusion des trois ordres.

Vinrent ensuite : le Serment du Jeu de Paume (20 juin) ; la prise de la Bastille (14 Juillet) ; la suppression des droits féodaux, des privilèges, des dîmes, etc. (4-12 août) ; la liberté de la presse et de la pensée (24 août) ; la Déclaration des Droits de l'homme (28 août) et la Révolution.

Puis encore l'abolition des titres de noblesse (19 juin- 4 août 1790) 2; la Constitution civile du Clergé (12 Juil-

de Bourran, baron de La Court et de Marsac, seigneur de Roger et de Saint- Hilaire, était né en 1747 au château de Roger.

1 Laurent Fournetz, né à Roquebrune (Gironde) en 1725, mort en 1811 à Puymiclan où il était venu en 1762, se réfugia en Espagne en 1792 (V. l'art, qui le concerne au t. m de la Bibliographie générale de l'A gênais).

2 A la suite des décrets abolissant les titres de noblesse, le vicomte Àntoine- FrançoisdeBeaumont(1733-1805), baron deCancon et deCasseneuil depuis 1783 et petit-neveu de Christophe de Beaumont, le célèbre archevêque de Paris, publia une curieuse protestation dont le retentissement fut assez considérable. Le Directoire du département s'occupa de l'affaire ; mais le vicomte, loin de se rétracter, accentua encore son opposition, qui fut imprimée (n° 221 du Journal général de France et n° 37 du Mercure historique et politique de Bruxelles). Cette protestation amena une réplique : Réponse d'un Citoyen actif à la Lettre de M. de Beaumont au Département de Lot-et-Garonne (Agen, s. d. [1790], in-8«de8 pp.).

Cf. l'art. Beaumont de la Bibliographie générale de VAgenais, et Y Histoire de la Ville et des Seigneurs de Cancon, par L. Massip, p. 233.

Le vicomte de Beaumont avait acheté en 1773 les baronnies de Cancon et de Casseneuil à Jean-Joseph de Labordc, ancien fermier général, acquéreur en 1 704 des héritiers de Charles-Louis de Lorraine, prince de Pons. Celui-ci les avait possédées de 1738 à 1755 du chef de sa femme Elisabeth, seconde fille et héritière du duc de Roquelaure cité p. 199,

Dans la baronnie de Cancon étaient compris alors le bien noble de Moulinet

let) ; l'arrestation du roi, la Législative et la coalition européenne (1791) ; la Convention nationale et la proclamation de la République (22 septembre 1792); la mort de Louis XVI (21 janvier 1793) ; la Terreur, et enfin la réaction de Thermidor (27 juillet 1794).

Je n'ai pas à m'arrêter ici à ces événements immenses. Quels qu'eussent été les excès commis, la crise avait pris fin ; l'émancipation sociale sortie de tant de convulsions était acquise.

Le 15 janvier 1790, un décret avait divisé la France en 83 départements régis chacun par un Directoire et subdivisés en districts. Le département de Lot-et- Garonne, ayant Agen pour chef-lieu et comprenant neuf districts, représenta à peu près l'ancien Agenais et Condomois, plus quelques parties du Bazadais 4.

L'organisation judiciaire vint peu après, comprenant des justices de paix cantonales, des tribunaux de districts 2, des tribunaux de commerce et un tribunal de cassation, tous composés de juges élus.

et la seigneurie de Valens, attribués en 1577 par Marie de Verdun à sa fille Marguerite, veuve de Charles de Montferrand.

Je constate ici, comme complément d'une note précédente (p. 47 du t. i), que cette seigneurie de Valens (ou Kalencs?), dont le château-fort avait été détruit au xive siècle, était sans doute le fief patrimonial de Seguin de Balencs, le défenseur de Casseneuil contre Simon de Montfort en 1209 et 1214.

Cf. La Ville et les Seigneurs de Cancon, par Louis Massip, p. 154 et suiv. ; Le Château de Moulinet, par Béchade-Labarthe (Revue d'Aquitaine, t. xiii), etc.

1 Les neuf districts de Lot-et-Garonne étaient Agen, Marmande, Nérac, Villeneuve, Tonneins, Casteljaloux, Monflanquin, Valence et Lauzun.

Le département de Tarn-et-Garonne ne fut créé qu'en 1808, par un démembrement des départements limitrophes. Celui de Lot-et-Garonne fournit tout ou partie des cantons de Valence, d'Auvillars et de Montaigu.

A propos de Montaigu, je rectifie ici la fausse orthographe de ce nom, imprimé Montaigut aux pp. 2, 50 et 153 du t. Ier.

2 Les tribunaux de districts étaient composés de cinq juges et quatre suppléants.

Pour le district d'Agen, le premier personnel, élu le 5 octobre 1790, fut le

i/AGENAIS AU XVIIIe SIÈCLE 247

La justice criminelle, rénovée en 1791, comprit un tribunal criminel par département, des tribunaux correctionnels cantonaux et des tribunaux de police1.

A l'incohérence des juridictions si multiples d'autrefois (royales, seigneuriales, consulaires, ecclésiastiques, etc.), dont l'enchevêtrement inextricable conduisait au chaos, était substituée désormais une institution judiciaire n'ayant plus à interpréter qu'une loi unique envers des citoyens égaux.

La nouvelle organisation, qui, plus tard, devait se simplifier encore, fut réalisée à Agen de 1790 à 1792 2.

C'est le 20 novembre 1789 qu'avait paru le premier périodique agenais, fondé par Piaymond Noubel 3 sous le titre de Journal Patriotique de VAgenois*. Cette publication, qui à son 45e numéro, en 1790, après la formation des départements, devint le Journal

suivant: Raymond Bory, avocat et président du Directoire, premier juge, avec Jean Lafitte, Martinelli, Pierre Bergognié et Joseph Vigué. Les suppléants furent Lacuée, Falagret, Paquin et Uchard. L'installation eut lieu le 16 décembre 1790, et la première audience le 9 janvier 1791.

Les tribunaux de districts disparurent après le 9 thermidor. V. A. Douarche, Notes sur la Justice et les Tribunaux à Agen pendant la Révolution. 1789- 1800 (Paris, s. d. [1893], gr. in-8°).

1 Les tribunaux criminels comptaient un président, trois juges et un greffier; les tribunaux correctionnels, trois juges de paix ; les tribunaux de police, trois officiers municipaux.

2 Les premières mesures furent prises à cet effet à Agen le 31 mars 1790 par trois commissaires spéciaux : de Fumel-Montaigu, de Saint-Amans et Cessac-Lacuée.

3 François-Abraham-Raymond Noubel (Agen, 1761-Brassac 1841), fils de Jean Noubel, ouvrier imprimeur de Toulouse (1724-1771), qui, ayant épousé la nièce du maître imprimeur agenais Jean Gayau, prit la suite de ce dernier. Raymond Noubel fonda aussi Y Annuaire, ou Calendrier de Lot-et-Garonne paraissant encore. Il fut administrateur du département en 1797, conseiller général de 1800 à 1816 et député en 1815. En 1817, il céda l'imprimerie à son fils Prosper Noubel (1695-1877).

4 In-8° de 8 pp., à périodicité variable (V. les art. Journaux et Revues et Journal patriotique... de la Bibliographie ijénérale de V Agenais).

Patriotique de Lot-et-Garonne, ci-devant Agenois, disparut en 1793 pour renaître en 1806 sous le nom de Journal de Lot-et-Garonne*, succédant alors au Messager de Lot-et-Garonne que venait de créer Louis Currius2.

11 fut procédé le 1er octobre 1791 à des élections générales pour l'Assemblée législative qui siégea d'octobre 1791 au 21 septembre 1792. Le département de Lot-et-Garonne élut neuf députés et trois suppléants : Mathieu Depère, vice-président du département ; Jean-Gérard de Lacuée, capitaine au régiment Dauphin-Infanterie, procureur général-syndic ; Gh.-M. Lafont, membre du Directoire du département; Jean Lavigne, négociant; Maleprade, président du département; Guillaume Mouysset, juge au tribunal du district de Villeneuve ; Pierre Paganel, curé de Noaillac et procureur-syndic du même district; Alexandre Pouget, procureur-syndic du district de Gasteljaloux; Antoine Vidalot, juge au tribunal du district de Valence. Les suppléants furent Lassaigne, Boucherie et Phiquepal3.

1 Le Journal de Lot-et-Garonne chiffre aujourd'hui sa 104e année (V. l'Histoire de l'Imprimerie en Agenais, et les art. Noubel et Journal de Lot-et- Garonne de la Bibliographie générale de V Agenais).

2 Louis Currius, né en 1770, mort en 1824, fils d'un imprimeur agenais également prénommé Louis, de Cassèneuil, exerçant à cette époque. Il s'était établi à Villeneuve en 1795, d'où il vint à Agen avant 1800. Son fils André- Prosper Currius lui succéda (V. Y Histoire de l' Imprimerie en Agenais),

3 Plusieurs de ces noms doivent être annotés :

Mathieu Depère (Mézin, 1754 - Toulouse, 1835). Il fut envoyé au Conseil des Anciens en 1796 et maintenu jusqu'au coup d'Etat de brumaire. Il passa alors au nouveau Corps législatif et devint plus tard sénateur et comte de l'Empire. La Restauration l'appela à la Chambre des pairs.

On a de lui(un Mémoire sur les Landes (Paris, 1795, in-8°).

Charles-Marie Lafont du Cujula (Agen, 1749-1811), premier secrétaire perpétuel de la Société académique d'Agen.

Maire d'Agen en 1794, puis commissaire administratif du département, il entra au Conseil des Anciens et s'y maintint jusqu'en 1801.

Il a écrit plusieurs mémoires littéraires et un curieux Annuaire, ou

L'AGENAIS AU XVIIIe SIÈCLE 249

L'évêque d'Agen ayant refusé de prêter le serment constitutionnel le 4 janvier 1791, les électeurs de Lot-et-Garonne procédèrent le 9 mars suivant, puis le 1er mai à la nomination de son successeur, qui fut l'abbé Constant, professeur de théologie et premier vicaire cathédral de Bordeaux1.

Les menus événements agenais de cette époque, de 1790 à 1793, offrent peu d'intérêt.

En janvier 1790, une sorte d'insurrection se produi-

Description statistique du Département de Lot-et-Garonne (Agen, 1806, in-8°)

Guillaume Mouysset, né près de Cancon en 1755, mort à Bagnères en 1818.

Il avait été d'abord avocat au Parlement de Toulouse. Il fut accusateur public prés le tribunal criminel de Lot-et-Garonne, puis, en 1801, commissaire du Gouvernement au tribunal d'appel du même département, et enfin procureur général et baron de l'Empire en 1808.

Pierre Paganel (Villeneuve, 1745 - Bruxelles, 1826).

Il fut élu en 1792 à la Convention nationale. Sous le Directoire et jusqu'en 1809, il fut attaché aux Affaires étrangères, et de 1809 à 1814, à la Chancellerie de la Légion d'honneur. En 1816, la loi contre les régicides le força de se réfugier en Belgique.

Il a laissé quelques ouvrages, notamment un Essai historique et critique sur la Révolution française (Paris, 1810, 3 vol. in-8°), etc. V. la Bibliographie générale de V Agenais, t. n.

Alexandre Pouget, économiste, né à Lamarque, près Tonneins, en 1730, mort à Cauboue, près Casteljaloux, en 1800.

Avocat au Parlement en 1773 et subdélégué de l'Intendance de Guyenne. 11 laissa plusieurs brochures politiques.

Un de ses fils, Cyprien Pouget (Cauboue, 1759 - Montauban, 1843), d'abord curé de Casteljaloux, puis de Nérac, devint vicaire général de Montauban en 1826 et publia un certain nombre d'ouvrages religieux (V. le t. n de la Bibliographie de V Agenais).

Antoine Vidalot, né au château du Sirat, commune de Valence, en 1734, mort en 1808. Avocat et consul d'Agen en 1773, plus tard administrateur du département de Lot-et-Garonne, il fut élu à la Convention en 1792, et passa au Conseil des Anciens dont il sortit en 1798.

Jean Lavigne était de Tonneins. — Il sera question plus loin de Lacuée.

1 V. Procès-Verbal de V Assemblée électorale du département de Lot-et- Garonne, du 1er mai 1791, pour ï Election de VEvêque, etc. (Agen, 1791, in-4° de 35 pp.).

André Constant (Saint-Mégrin, 1736 - Paris, 1811) fut sacré à Bordeaux le 5 juin 1791 et prit possession de son siège le 14 du même mois. Sa démission vint en 1801. Ses mandements et lettres pastorales sont remarquables (V. la Bibliographie de V Agenais, t. ï).

sit en Quercy et sur quelques points de l' Amenais. Des crimes furent commis près de Moissac; le château de Gampernau fut incendié dans la nuit du 29 au 30 janvier. Deux bataillons de volontaires nationaux, dont un de Villeneuve, firent une battue et capturèrent vers Villéréal vingt-six révoltés qui furent emprisonnés à Agen l.

Une petite émeute à Montignac-de-Lauzun nécessitant l'emploi de la force armée en août 1791, et une autre à Roquecor, district de Villeneuve ; des rixes entre les habitants d'Agen et le régiment de Royal- Pologne qui tenait garnison dans cette ville, en janvier 1792, et quelques troubles en mars dus à la cherté du pain ; l'installation successive des tribunaux, les enrôlements volontaires et de solennelles prestations de serments fédératifs résument pour nous, ou à peu près, l'histoire des premières années révolutionnaires. Puis vint la déclaration du danger de la patrie (18 juillet 1792) ; des Assemblées électorales houleuses ; la suppression des congrégations religieuses et des passages nombreux de troupes et de volontaires.

Les députés envoyés par l'Agenais à la Convention nationale, le 11 septembre 1792, furent les suivants :

Pierre Boussion et Antoine Vidalot, qui votèrent la mort du roi sans sursis ; Pierre Paganel et Antoine Fournel, qui votèrent la mort avec sursis; Guyet- Laprade, Antoine-Jean-Biaise Laurent, Jean-Baptiste- Joseph Glaverie, Noguères et Laroche, qui votèrent la réclusion avec sursis 2.

1 Une plaquette de l'époque est curieuse à consulter à ce sujet : Relation des Excès commis aux environs d'Agen (S. I. n. d. [Agen, 1790], in-8° de 7 pp.).

2 J'ai déjà parlé de Boussion, de Paganel et de Vidalot. — Je cite ici ;

l'agenais AU XVIIIe SIÈCLE 251

Les armées de la République réalisaient des prodiges. Valmy (20 septembre 1792) avait causé un vif étonnement ; les glorieuses campagnes de 4793-1795 firent merveille.

Les cérémonies patriotiques, si fréquentes en 1793, mériteraient peut-être de nous arrêter un instant. Fêtes de la Fédération, de la Fraternité, de l'Etre suprême, de la Raison *, etc. avaient un succès considérable.

La Convention envoyait alors en province des délégués chargés d'assurer l'exécution de ses décrets. Au mois de septembre 1793 étaient réunis à Agen Ysabeau, Dartigoeyte, Baudot, Monestier, Paganel, Chaudron-Rousseau, Pinet aîné, Leyris et Tallien2,

Guyet-Laprade, ou mieux : Pierre-Jules Guyet de Laprade, né à Meilhan en 1755, mort en 1826, avait quitté en 1789 le régiment de Bourbon où il était entré comme lieutenant en 1773. Il fut nommé juge de paix de Meilhan et passa au Conseil des Cinq-Cents en 1796; puis, démissionnaire en 1797, il reprit ses fonctions de juge de paix qu'il conserva jusqu'en 1823.

Jean-Baptiste-Joseph Claverie, né à Moncrabeau. Il passa au Conseil des Anciens dont il fut secrétaire et devint ensuite conseiller général de Lot-et- Garonne. Son nom disparaît en 1798.

Laurent et Fournel étaient juges de paix, le premier du district d'Auvillars, le second du district de Tournon. — Noguères était de Puymirol.

Enfin Larroche, né à Astaffort, considéré comme démissionnaire à cause de son absence par le décret du 16 juin 1793 et remplacé par Antoine Cabarroc, fut plus tard, sous l'Empire, juge au tribunal civil d'Agen.

1 Les Annales de la Ville d'Agen, de Proche, donnent sur ces fêtes à Agen de très curieux détails.

2 Clément-Alexandre Ysabeau (Gien, 1754- Paris, 1825), ex-Oratorien, préfet du Collège de Tours. Député de l'Indre à la Convention, il abjura en 1793 et se maria. Dans une première mission, en 1793, il s'était montré des plus violents; dans sa seconde, en 1795, il fit preuve de plus de tact et de modération. Il passa au Conseil des Anciens et entra dans l'Administration des Postes.

Dartigoeyte, des Landes, né en 1758. Il terrorisa les départements du Gers et des Hautes-Pyrénées.

Marc-Antoine Baudot, médecin de Charolles, député de Saône-et-Loire, mort à Liège en 1830.

Pierre-Laurent Monestier, né à Manassac en 1755, député de la Lozère. Il

qui légiférèrent à outrance, amoncelèrent leurs arrêtés et terrorisèrent le pays. Le 25 septembre, dans une Assemblée tenue à l'église des Carmélites, Tallien bouleversa de fond en comble l'Administration locale, destituant et proscrivant en masse1. Nobles et suspects furent arrêtés; des taxes exorbitantes, imposées; les églises, transformées en écuries ou greniers à foin; les prêtres insermentés, poursuivis, et les fêtes religieuses absolument interdites. Un Comité de salut public fut même établi le 6 novembre 2.

Nous traversons l'époque triste de la période révolutionnaire.

Monestier (de la Lozère) revint à Agen en mars 1794. En février, à Marmande, il avait donné des ordres pour la destruction de tout ce qui pouvait rappeler l'ancien régime, et confisqué tous les édifices

ne tint qu'un rôle de courte durée et disparut bientôt de la scène politique.

Georges Chaudron-Rousseau, de la Haute-Marne, mort vers 1817.

Jacques Pinet, de la Dordogne, mort en 1844.

A.-J. Leyris, du Gard, mort après 1816. Il passa au Conseil des Cinq-Cents.

Jean-Lambert Tallien (Paris, 1769-1820), clerc de procureur en 1789, député de Paris et secrétaire de la Commune, joua un rôle très actif et fut un des instigateurs des massacres de septembre. Conventionnel de Seine-et-Oise et l'un des principaux acteurs de Thermidor, il passa au Conseil des Cinq-Cents.

A Bordeaux, où il avait déchaîné toutes les haines, Tallien sauva de l'échafaud une femme d'une beauté remarquable, Thérésia de Cabarrus (Saragosse* 1770 -Chimay, 1835), fille du comte Fr. de Cabarrus, ministre des Finances en Espagne. Thérésia s'était mariée à seize ans avec un conseiller au Parlement de Paris, le marquis Davin de Fontenay, qui émigra et contre lequel elle obtint un jugement de divorce. Elle épousa Tallien en décembre 1794, affecta une très singulière conduite dans la réaction thermidorienne, divorça encore en 1803 et s'unit en 1805, en troisièmes noces, au comte de Caraman, plus tard prince de Chimay (Cf. Michelet, Histoire de la Révolution française ; A. Houssaye, Notre-Dame de Thermidor [Paris, 1865, in-8°], etc.).

1 V. Douarche, Notes sur la Justice et les Tribunaux à Agen pendant la Révolution (1789-1800), p. 111 et suiv.

2 Cf. Annales d'Agen, de Proche, p. 29 ; Notes sur la Justice et les Tribunaux à Agen, par A. Douarche, etc.

l'agenais au xvnr siècle 253

" sur lesquels paraîtra des signes de royauté ". A Agen, il reprit l'œuvre de Tallien, bouleversant de nouveau l'Administration locale et détruisant sottement des objets d'art et des documents de toutes sortes.

Du reste, il faut bien reconnaître que les Agenais se prêtaient quelque peu à ces folies. Le 8 avril 1794, le Conseil général de la commune décidait, en effet, la démolition des murs de la ville, sous prétexte qu'ils " arrêtaient les courants d'air et retraçaient des signes de féodalité ".

Les prêtres reclus furent expédiés à Bordeaux le 15 mars pour être embarqués à destination de la Guyane. Puis vint la mise hors la loi des aristocrates et ennemis de la Révolution 4...

La pénurie des subsistances se faisait cruellement sentir. Vers la fin du mois de décembre 1793, un arrêté taxa chaque habitant d'Agen à une demi-livre de pain par jour et à une livre pour les travailleurs; le 18 mars 1794, cette ration fut portée à trois quarts de livre ; mais le 2 avril elle fut réduite à un quart et

I La Justice révolutionnaire en Agenais fit preuve d'une certaine modération qu'il convient de constater. Les condamnations politiques d'émigrés et de suspects furent relativement peu nombreuses. On ne cite, en effet, que les exécutions capitales suivantes :

II mai 1793. — François Rives-Moustier, de Marmande.

12 décembre 1793. — Joseph Duthiers, de Monclar, habitant Saint-Pierre de-Buzet, aïeul de Henri Lacaze Duthiers, le savant naturaliste contemporain.

3 janvier 1794. — Bernard Peyraud, de Lauzun.

16 avril 1794, — Jean-Baptiste-Charles d'Abzac, ancien capitaine de chasseurs à pied.

30 août 1794. — Jean-Joseph Delsac, Cordelier et prêtre de Villeneuve.

8 décembre 1795. — Antoine Joli Blason, de Sainte-Bazeille.

20 août 1796. — Louis-François d'Orlan Polignac, ancien chcvau-léger de la Garde de Louis XVI.

V. les Notes sur la Justice et les Tribunaux à Agen, par M. Douarche, p. 133 et suiv.

Les tribunaux révolutionnaires furent supprimes par la loi du 19 floréal an II-

demi, et le 15 juin elle ne fut plus que de deux onces !

Sous prétexte d'une régénération de l'esprit public, les mesures les plus invraisemblables se succédaient sans trêve. Il était temps vraiment que vînt, avec le 9 thermidor (27juillet 1794) 4, la chute de Robespierre: on ne saurait prévoir ce que fût devenue la France.

Cette nouvelle fut accueillie à Agen et dans tout l'Agenais par une explosion de joie. Une détente salutaire en résulta aussitôt : c'était le retour à une vie normale ; la fin d'une oppression odieuse et de poignantes alarmes. C'était enfin, après la terrible crise, l'avènement de l'ordre social attendu pendant plus de huit siècles 2.

Boussion et Treilhard 3 furent envoyés en mission à

1 L'année républicaine, adoptée en 1793, datait du 22 septembre 1792, époque de la proclamation de la République concordant avec le solstice d'automne. Elle était composée de douze mois de trente jours et de six jours complémentaires.

L'année républicaine dura jusqu'au 31 décembre 1805. Le calendrier Grégorien fut rétabli à partir du 1er janvier 1806, en vertu du sénatus-consulte du 21 fructidor an XIII.

2 On place à la fin de juillet 1794 la formation à Agen d'un Comité dramatique dont les débuts eurent lieu le 6 septembre suivant par La Mort de César, et Le Tu et le Toi, ou la Parfaite Egalité (V. Proche, Annales d'Agen, p. 49).

Ce Comité dramatique, venant à la suite de plusieurs années de privation totale de théâtre, se composait de 24 membres. Un arrêté du 16 octobre 1794 du représentant Ysabeau mit à sa disposition le matériel saisi en 1792 au château d'Aiguillon, où les deux derniers ducs avaient organisé et entretenu un théâtre luxueux (V. Tholin, Documents sur le Mobilier du Château d'Aiguillon confisqué en 1792 (Agen, 1882, gr. in-8°).

Le Comité de 1794 disparut en 1797. L'année suivante, la ville d'Agen fit l'acquisition du matériel princier et put établir dans de remarquables conditions son théâtre municipal, dont un sieur Pougin fut en 1800 le premier directeur privilégié moderne (V. Le Théâtre en Agenais au xvni* siècle, par Fr. Habasque, pp. 21-23).

3 Jean-Baptiste Treilhard, avocat (Brive, 1742-Paris, 1810). Député de Paris aux Etats de 1789, il fut un des principaux auteurs de la Constitution civile du Clergé. Le département de Seine-et-Oise l'envoya à la Convention. Il fut président du Conseil des Cinq-Cents, membre du Directoire en 1798-99,

ambassadeur et ministre d'Etat en 1809. — Treilhard était un homme de

l'agenais AU XVIIIe SIÈCLE 255

Agen, où ils arrivèrent le 27 mars 1795. Ils rétablirent ce qu'avaient désorganisé Tallien et Monestier ; puis le désarmement des citoyens eut lieu en avril, et les églises furent rouvertes en juin. En septembre, la garde nationale composée de cinq bataillons fut réduite à un seul, et en novembre l'Administration municipale nouvelle, formée selon la Constitution de l'an III, fut installée.

Bien qu'on fût alors en pleine débâcle des assignats, dont la valeur devenait dérisoire et dont la disparition était prochaine1, les fêtes officielles se multipliaient encore : fêtes de la Jeunesse, des Epoux, de la Reconnaissance et des Victoires, des Vieillards, de la Souveraineté du Peuple, etc., leur énumération complète serait longue. Elles étaient, du reste, toujours très solennelles et fort goûtées de la foule, qui cependant dut leur préférer sans doute les réjouissances publiques dont allait bientôt être suivie chaque victoire des armées françaises.

Le Directoire avait été institué en 1795. Les campagnes de Bonaparte en Italie : Lodi, Arcole et le traité de Campo-Formio (1796-1797) avaient ramené la joie dans les cœurs. La seconde coalition fut vaincue ; puis vint le 18 brumaire 1799 substituant le Consulat au Directoire et amenant la Constitution de l'an VIII.

valeur. Dans ses diverses missions, il fut un de ceux qui apportèrent le plus de justice et de modération.

1 Proche dit (Annales d'Agen) qu'il n'en fallait pas moins de 150 livres pour une paire de souliers ; 24 pour une pêche ; 1 .200 pour une canne de bois ; 20 livres pour un litre de vin, etc.

Le 25 mai 1795, le louis d'or valait 8.500 livres en assignats. En février 1797, la livre de pain, payée trois sous en numéraire, valait quatre francs en papier monnaie !

Les assignats disparurent le 21 mars 1797.

256 HISTOIRE DE LAGENAIS

Les députés de Lot-et-Garonne au Conseil des Cinq- Cents et au Conseil des Anciens furent les suivants :

Conseil des Cinq-Cents

An IV : Guyet-Laprade.

An V : Antoine Bourg-Laprade et Bernard Laujacq.

En Tan VI, il fut adjoint Jean - Bernard - Caprais Sembauzel. Enfin, en l'an VII, aux trois membres précédents furent ajoutés J.-G. de Lacuée et Lafont.

Conseil des Anciens

An IV : Antoine-Jean-Biaise Laurent, Antoine Cabarroc, Boussion, Claverie, Vidalot, Jean Brostaret, Mathieu Depère et J.-G. de Lacuée.

An V : Laurent et Cabarroc furent remplacés par François Lagrange.

An VI : Brostaret, de Lacuée, Depère, Lagrange et Jacques Coutausse.

En Fan VII, on ne retrouve que les trois derniers4.

Des Ecoles centrales avaient été établies dans tous les départements de la République. Celle de Lotet-Garonne, installée à Agen le 21 novembre 1796, fut d'abord placée dans le local du nouvel évêché (aujourd'hui Hôtel de la Préfecture) et fonctionna

1 Nous rencontrons ici quelques noms nouveaux dont je ne retiens que les deux suivants :

Antoine Laprade, dit Bourg-Laprade, né à Meilhan en 1736, mort en 1816, trésorier de France avant 1789. En 1800, il passa au nouveau Corps législatif et rentra dans la vie privée en 1804.

Bernard Laujacq, né à Cocumont en 1758, mort en 1841, avocat au Parlement, puis au tribunal du district de Bordeaux en 1792, et administrateur du district de Marmande en 1795. Il resta au Conseil des Cinq-Cents jusqu'au 18 brumaire et fut nommé peu après conseiller à la Cour d'Agen.

Au surplus, les législatures devant se succéder fréquemment et les députés élus par le département de Lot-et-Garonne n'ayant eu, en général, que peu d'importance historique, il suffira de mentionner à l'occasion ou en lin de chapitre ceux dont les noms offrent quelque intérêt.

Pour les autres, V. Les Députés de Lot-et-Garonne aux anciens Etats gêné-

L'AGENAIS AU XVIIIe SIÈCLE 257

jusqu'en 4802, date de la suppression de ces Ecoles1.

Le Corps législatif de l'an VIII fut nommé le 4 nivôse par le Sénat conservateur et se composa de 300 membres, dont les suivants pour le Lot-et-Garonne : Bourg-Laprade, Lafont, Jean-Gérard de Lacuée, anciens membres du Conseil des Cinq-Cents ; Coutausse, Lagrange et Depère, du Conseil des Anciens.

En mai 1799, des troubles assez graves éclatèrent dans diverses communes du département de Lot-et- Garonne et des départements voisins. Des réfractaires parcouraient en grand nombre les cantons d'Auvillars, de Valence et de Castelsagrat, pillant les maisons,

ranx et aux Assemblées modernes, par AI. Pli. Lauzun, cité p. 178 du t. Ier.

1 Diverses pièces relatives à l'Ecole centrale de Lot-et-Garonne ont été imprimées (V. Y Index méthodique de la Bibliographie de l'Agenais, t. in, p. 290, et la note de la p. 62 des Annales de Proche).

Cette Ecole eut plusieurs professeurs de haut mérite, notamment Louis Puissant, mathématicien célèbre (1769-1843), membre de l'Institut, auteur de remarquables ouvrages spéciaux et d'une Métrologie de Lot-et-Garonne (Agen, 1799, in-8°), et Antoine-François Lomet, baron des Foucaux, ingénieur distingué, dont les publications scientifiques ont une grande valeur (V. ces noms dans la Bibliographie générale de l Agenais).

Parmi les autres professeurs de la première heure, je cite : Pérès, ex-Oratorien, chargé des langues anciennes; Saint-Amans, pour l'histoire naturelle; Jules de Godailh, pour la grammaire, etc.

Nous retrouverons les deux premiers.

Jean-Gaspard-Jules de Godailh, né à La Meyrade, près Tournon, en 1763, mort à Agen en 1840, avait été capitaine d'artillerie avant la Révolution. Il fut ensuite secrétaire général de la Préfecture de Lot-et-Garonne et député de ce département de 1804- à 1815. On a de lui quelques ouvrages.

Les Ecoles centrales avaient remplacé les Collèges, supprimés par la Convention en septembre 1793. Elles disparurent elles-mêmes en vertu d'une loi du 1er mai 1802 leur substituant des Ecoles secondaires et des Lycées.

L'Ecole secondaire d'Agcn dura jusqu'au 17 mars 1808, date du décret instituant l'Université. Le Collège fut alors rétabli, installé en 1810 dans l'ancien couvent des Carmélites et inauguré en 1811. Ce Collège fut érigé en Lycée en 1858, année au cours de laquelle furent terminées les constructions actuelles, qui vont être abandonnées à l'enseignement secondaire des jeunes filles et échangées contre des bâtiments plus vastes érigés à l'est de la ville.

Pour tout ce qui concerne l'histoire du Collège, de l'Ecole centrale et du Lycée d'Agen, je renvoie encore le lecteur à la Notice sur le Collège d'Agen {1581-1888), de M. Philippe Lauzun.

HISTOIRE DE î, 'AGENAIS, T. II. 17

arrêtant et maltraitant les voyageurs. Des troupes furent levées pour réprimer ces excès et opérèrent de concert avec des brigades de gendarmerie et un détachement de hussards. Le général Vidalot1 commandait l'expédition.

Ni la peine de mort décrétée contre les réfractaires, ni cette manifestation armée ne purent arrêter les désordres, qui gagnaient d'autres parties de la France. Le 26 juillet, une patrouille fut même attaquée non loin d'Auvillars. L'effectif des troupes dut être alors considérablement augmenté et des canons furent envoyés de Bordeaux, de Toulouse et de Bayonne. Enfin, devant ces mesures, les insurgés se dispersèrent et la pacification fut peu à peu obtenue.

Le château du Sirat, dans la paroisse d'Espalais, appartenant au général Vidalot, fut incendié par les derniers réfractaires le 24 avril 1800. L'ancien conventionnel Antoine Vidalot, que le pays avait mal accueilli à son retour du Conseil des Anciens, et son fils, le général, parvinrent à se sauver; mais la fille de ce dernier périt dans les flammes.

Vers ce même temps, d'autres troubles encore affligèrent divers points de l'Agenais, où des groupes de bandits tendaient à imiter les odieux exploits des Chauffeurs du Nord.

La plus importante de ces bandes campait dans le canton de Duras et terrifiait la contrée. Le Directoire envoya un régiment qui s'établit à Soumensac ; mais néanmoins on ne vint à bout de ces forcenés que difficilement, avec le concours de nombreux détache-

I Pierre-Marie-Gabriel Vidalot, né au château du Sirat en 1764, mort au même lieu en 1843.

II commanda le département de Tarn-et-Garonne après sa formation, en 1809, et un moment celui de Lot-et-Garonne en 1825.

l'agenais AU XVIIIe SIÈCLE 259

ments de gendarmerie et par une battue vigoureuse dans le courant du mois d'octobre 1800 l.

Le xvme siècle fut presque aussi glorieux pour les sciences que le xvne l'avait été pour les lettres.

La physique est rénovée par Franklin, Volta, Galvani ; la chimie moderne est fondée par Lavoisier ; Lagrange et Laplace créent l'analyse mathématique ; Linné et Jussieu régénèrent la botanique ; Jenner découvre la vaccine en 1775 ; un bateau à vapeur fonctionne sur la Saône en 1783 et le premier ballon est lancé.

La littérature se transforme. Elle emprunte à cette soif de rénovation sociale qui caractérise l'époque une forme plus austère et plus virile.

L'Agenais, je l'ai dit ailleurs, ne se plaça peut-être pas à l'avant-garde du progrès; mais il n'y fut certainement jamais réfractaire, et au xvnr3 siècle, comme à toute autre époque, il sut fournir dignement sa contribution à l'effort commun.

Chemin faisant, j'ai parlé d'une foule d'Agenais plus ou moins célèbres : Henri de Belsunce, Labrunie, Paganel, Romas, etc., etc. Beaucoup d'autres, cités seulement, conduisent au xixe siècle et nous occuperont plus tard ; mais il doit en être encore mentionné ici un certain nombre, pour lesquels j'adopterai l'ordre alphabétique :

Barailh (Jean, marquis de), vice-amiral, né à Monclar

1 Quatre de ces brigands furent condamnés à la peine de mort par la Cour d'assises de Lot-et-Garonne le 2 janvier 1802.

V. la Notice sur la Ville et Juridiction de la Sauvelat-du-Drot, par Antoine Aloy, p. 124.

en 1671, mort au Rodié, même commune, en 1773.

Enseigne de vaisseau à La Hogue en 1692, capitaine de vaisseau en 1721, il devint commissaire général de l'artillerie de marine en 1731, inspecteur des troupes de la marine à Rochefort en 1735, commandant de ce port en 1745, lieutenant général des armées navales en 1750 et vice-amiral de France en 1753.

Bellecombe (Guillaume Léonard de), maréchal des camps et armées du roi, né à Perville (Lot-et-Garonne) en 1718, mort à Montauban en 1792.

Il fut gouverneur de Pondichéry, qu'il défendit en 1778, et de Saint-Domingue.

Boileau (Jean-Jacques), théologien janséniste qui eut quelque célébrité. Il était né près d'Agen en 1642 et mourut à Paris en 1735.

D'abord précepteur du comte et du chevalier de Luynes, il fut ensuite chanoine de Saint-Honoré de Paris, après avoir été curé de Saint-Etienne d'Agen sous Mascaron et archidiacre de l'archevêque Louis- Antoine de Noailles1.

Bonal (François de), prélat, né au château de Ronal (Agenais) en 1734, mort à Munich en 1800.

Vicaire général de Chalon-sur-Saône, puis directeur général des Carmélites de France et évêque de Clermont en 1776.

Envoyé aux Etats généraux de 1789 par le Clergé du bailliage de Clermont, il s'opposa sans cesse à toutes

1 Sur la vie et les écrits de l'abbé Boileau, V. Notes sur la vie et les ouvrages de l'abbé Jean-Jacques Boileau, avec divers documents inédits, par Tamizey de Larroque (Agen, 1877, in-8°).

Cf. du même auteur : Lettres inédites de quelques Hommes célèbres de i Agenais, où se trouvent des notes complémentaires et cinq lettres écrites en 1682, et aussi l'article Boileau, au t. Ier de la Bibliographie de l'Agenais.

Ici encore, pour éviter des redites constantes, je renvoie dès maintenant le lecteur à ce dernier répertoire pour tous les travaux des écrivains agenais.

L'AGÉNAIS AU XVIIIe SIÈCLE 261

les réformes, signa la protestation du 12 septembre 1791, se réfugia en Hollande, fut arrêté lors de l'occupation française de ce pays et se retira ensuite en Allemagne.

Clavier (Louis de), de Castillonnès, chef d'escadre sous Sulï'ren, mort dans l'Inde en 1770.

Le fils de Louis de Clavier, capitaine des vaisseaux du roi, fut décapité en 1793.

Duvigneau (Pierre-Hyacinthe), publiciste, né à Moncrabeau en 1752, décapité à Bordeaux en 1794.

Avocat, puis procureur au Parlement de Bordeaux, et en 1791 greffier du tribunal criminel de la Gironde.

Esprit très vif, Duvigneau s'agita beaucoup de 1790 à 1793; il se mêla aux polémiques du temps, surtout à celles qui visaient le rétablissement des Etats de Guyenne, et publia d'assez nombreux écrits.

Ferrand de la Caussade (Jean-Henri Bécays) , général de division, né à Monllanquin en 1736, mort à La Planchette, près Paris, en 1805.

Il combattit vaillamment à Jemmapes, fut nommé commandant de Mons en 1793, et défendit pendant trois mois, avec 9.000 hommes, Valenciennes assiégée par 150.000 coalisés. Il fut préfet de la Meuse-Inférieure en 1802.

Ferrein (Antoine), savant anatomiste, né à Frespech en 1693, mort à Paris en 1769, membre de l'Académie des Sciences en 1731, successeur d'Audry au Collège de France, professeur à la Faculté et au Jardin du roi .

Les écrits de Ferrein ont une haute valeur scientifique.

Lafitte-Clavé (André-Joseph de), maréchal de camp, né à Clavé, près Moncrabeau, le 23 février 1740, mort à Perpignan en 1794.

Lafitte-Clavé passa cinq années, de 1784 à 1788, au

service de la Turquie, fut nommé alors sous-brigadier du génie, puis colonel-directeur le 1er avril 1791, maréchal de camp à l'armée de Belgique le 22 décembre 1792, inspecteur générai des fortifications le 2 mars 1793 et suspendu le 3 nivôse an II.

Il dirigea les travaux du port de Cherbourg en 1789 et laissa deux ouvrages militaires importants1.

Lafon (Jean-Baptiste), médecin, né à Marmande vers 1730, mort à Bordeaux vers 1800.

Médecin de l'Hôtel-Dieu de Bordeaux, auteur de plusieurs ouvrages de politique et. de science.

La Nauze (Louis Jouard de), Jésuite très érudit, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres (Villeneuve, 1693-1793).

La Vauguyon (Antoine-Jacques de Quélen de Stuer de Caussade, duc de), lieutenant général, né à Tonneins en 1705, mort à Versailles en 1772.

Le duc de La Vauguyon combattit héroïquement à Fontenoy, à Raucoux et à Laufeld. Il fut chargé de l'éducation du duc de Bourgogne, et devint en 1765 précepteur des trois princes qui régnèrent sous les noms de Louis XVI, Louis XVIII et Charles X.

La baronnie de Tonneins fut érigée en duché-pairie sur sa tête par Louis XV en 1758.

Son fils, Paul-François de Quélen, duc de La Vauguyon, né à Tonneins en 1746, mort à Paris en 1828, administrateur habile, laissa plusieurs écrits politiques.

Il porta d'abord le titre de marquis, puis de duc de Saint-Mégrin , fut ambassadeur en Hollande en

1 Ces indications sur Lafitte-Clavé, empruntées aux Archives du Ministère de la Guerre, complètent et rectifient la notice de la Biographie de l'Arrondissement de Nérac, de Samazeuîlh, et celle de la Bibliographie générale de YAgenais.

L'AGENAIS AU XVIIIe SIÈCLE 263

1776 et en Espagne en 1784, devint maréchal de camp en 1788 et ministre des Affaires étrangères en 1789. Redevenu ambassadeur à Madrid après la prise de la Bastille, il fut remplacé par Bourgoing en 1790. Louis XVIII l'appela à la Chambre des pairs en 1815.

Malvin de Montazet (Antoine de), prélat et académicien, né au château de Quissac, près d'Agen, en 1713, mort à Lyon en 1788.

Aumônier du roi en 1742, évêque d'Autun en 1748, archevêque de Lyon en 1758. Il fut élu à F Académie française en 1757.

Ce prélat, d'une éloquence remarquable, fut aussi un élégant écrivain1.

Massac (Pierre-Louis de), agronome et littérateur, né à Unet, près Tonneins, en 1728, mort en 1780.

Avocat au Parlement de Paris, il abandonna le barreau pour se consacrer à l'agriculture et aux lettres et publia divers ouvrages estimés.

Son frère puîné, Raymond de Massac, financier, né à Unet en 1730, mort en 1789, fut receveur des rentes à Paris et laissa deux études spéciales.

Tailhé (Jacques), historien, né à Villeneuve-sur-Lot en 1702, mort en 1778.

Disciple fervent de Rollin, il abrégea très habilement les ouvrages de ce maître et produisit quelques autres travaux.

Vivens (François de Labat, chevalier de), physicien,

1 Le frère de l'archevêque de Lyon, Antoine-Marie • de Malvin, comte de Montazet, baron de Quissac, né en 1711, mort au château de Quissac en 1708, fut lieutenant général des armées du roi et ambassadeur en Hongrie.

Cf. Monographie du Château de Plassac, par le marquis de Dampicrre, t. m (chiffré n), et Lettres inédites de quelques Hommes célèbres de l'Ayenais, par Tamizey de Larroque.

J'ai mentionné dans la Bibliographie de f A gênais (t. H, p. 140) un comte de Malvin de Montazet, parent des précédents et poète spirituel, mort très âgé au commencement du xixe siècle.

agronome et littérateur, né à Clairac en 1697, mort en 1780, confident et ami du grand Montesquieu.

Il eut une existence très active et publia un grand nombre d'écrits.

Je pourrais inscrire ici bien d'autres noms encore méritant un souvenir :

Les Bellet, de Sainte-Foy-la-Grande : François Bellet, médecin (1663-1746); Isaac Bellet, son fils et médecin comme lui (1700-1772) ; Jules Bellet, frère de François, chanoine de Cadillac (1672-1752). Ces trois Bellet, membres de l'Académie de Bordeaux, ont tous produit de savantes dissertations scientifiques, historiques et littéraires.

Jean- Jacques Belloc, médecin légiste (Saint-Maurin, 1730 - Agen, 1807), a droit aussi à une citation. Il fut membre de la Société de Médecine de Paris, et son principal ouvrage, qui a eu trois éditions, est encore estimé.1

Justin Duburgua, chimiste distingué enlevé prématurément à la Science (Aiguillon, 1777 -Saint-Domingue, 1803).

Paul Larroque, mathématicien (Tonneins, 1725 - Bordeaux, 1792.

Noël-Joseph Proche (Agen, 1749-1826), d'abord instituteur, puis bibliothécaire dès 1810, auteur des curieuses Annales d'Agen (1780-1816) fréquemment citées. .

Joseph Teiilère, ingénieur habile, restaurateur de la Tour de Cordouan, un des quatre directeurs des travaux maritimes de la Bépublique (Montagnac-sur- Auvignon, 1750 - Bordeaux, 1824), etc.2

1 Cours de Médecine légale (Paris, 1802, 1809 et 1811, in-12).

2 Madame Cottin, née Marie-Sophie Kisteau (Paris, 1770-1807), la roman-

"L AGENAIS AU XVIIIe SIÈCLE 265

Je ne dois pas oublier un valeureux soldat agenais qui mériterait d'être mieux connu : Thomas-Mathurin de Galibert, brigadier des armées du roi, défenseur du château de Cracovie en 1771 (Saint-Avit, 1729-1779).

Les poètes furent peu nombreux dans ce siècle en Agenais,, et même en France. Je ne trouve à en citer qu'un seul des plus modestes : le vicomte de La Poujade (ou La Pujade), de la famille des poètes de ce nom mentionnés au xvie siècle, né au château de Péricard en 1695, mort au château de Monbeau en 1773, fils cadet du marquis de La Poujade. Sans aucune instruction, il rima d'instinct une multitude de petites pièces dénotant une ressource d'esprit peu commune, et qui, fort goûtées de son temps, lui valurent l'amitié de Gresset, de Moncrif, du président Hénault1, etc.

Couvient-il de mentionner Daubasse?

Arnaud Daubasse, poète patois, appartient par sa naissance au Quercy. Il naquit à Moissac en 1660. Il est vrai qu'il s'établit comme maître peignier à Villeneuve, y passa une partie de sa vie et y mourut en 1720 ; mais cela ne suffit pas pour le rendre Agenais.

Il importe, en effet, d'établir à cet égard une distinction rigoureuse afin d'éviter les confusions. Si Arnaud Daubasse, né à Moissac, pouvait être considéré comme Agenais parce qu'il habita longtemps ce pays, nous

cière célèbre, a été fréquemment et est même encore attribuée à l'Amenais. La plupart des biographes la font naître à Tonneins, erreur due à ce qu'elle passa son enfance près de cette ville, au château du Housquet appartenant à son oncle et parrain Jean-Baptiste Venès (V. la Bibliographie yénérale de l'Agenais, art. Cottin, t. i).

1 Plusieurs des menues compositions du vicomte de La Poujade ont été imprimées dans les Chansons choisies (Genève, 1778, 4 vol. in-24), dans le Journal de Guyenne (1785, n° 71), dans les Essais sur les Antiquités du Département de Lot-et-Garonne, de Saint-Amans (note de p. 281); dans la Bibliographie yénérale de V Agenais (art. La Poujade, t. n, p. 53), etc.

Le comte de Montalembert était le petit-neveu de ce poète.

266 HISTOIRE DE LAGENAIS

devrions renoncer nous-mêmes à revendiquer cette foule de célébrités de meilleur aloi qui eurent l'Agenais pour berceau, mais qui vécurent loin de nous, Palissy entre autres.

Quoi qu'il en soit et en réservant les droits du Quercy, je constate que les œuvres de Daubasse, qui fut toujours illettré et dont le patois n'appartient exclusivement à aucun de nos sous-dialectes, n'ont eu que des éditions agenaises1.

1 Villeneuve, 1799, 1839 et 1888, in-8°. — Un buste a été élevé à Daubasse à Villeneuve en 1891.

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