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CHAPITRE VII

L'Agenais au xvme siècle — La fin du règne de Louis XIV — La Régence

Louis XV et Louis XVI.

les xvG, xvie et xvne siècles nous ont fourni d'intéressantes pages, des événements considérables mêlant intimement l'Agenais à l'évolution historique de la France, lui attribuant un rôle toujours appréciable et parfois important, il n'en sera plus ainsi désormais.

Je l'ai déjà constaté : après l'absorption réalisée par le gouvernement absolu de Louis XIV, absorption politique, administrative, financière, absorption totale, en un mot ; après la disparition des derniers vestiges de l'autonomie communale, la province n'a plus qu'un semblant de vie. Toute initiative a disparu pour jamais. On ne perçoit plus dans ses villes immobilisées, sous ses remparts ruinés, dans ses donjons croulants, frustes souvenirs de temps disparus, que de faibles échos de l'activité parisienne.

La province, dès lors, n'a plus d'Histoire propre.

212 HISTOIRE DE LÏAGENAIS

Elle intervient en comparse dans la tragédie sociale, fournissant des hommes aux armées, de l'argent au Trésor, de la gloire au monarque. Rien ne réagira d'ailleurs contre cette injustice. Les régimes changeront ; l'émancipation populaire réalisera son rêve , utopie d'hier, vérité de demain ; un credo nouveau, des institutions imprévues rénoveront le monde ; un bouleversement formidable marquera l'éclosion des idées et des doctrines futures ; mais le cœur de la France ne battra plus qu'en un seul lieu.

Et voilà pourquoi l'Histoire d'une province française devrait logiquement s'arrêter avec le grand siècle.

Pour continuer ce récit, je n'aurai plus, hélas ! que de menus incidents à raconter : nos annales se transformeront presque en une sorte de chronique locale d'un intérêt plus ou moins contestable au-delà de l'horizon.

Notre allure, du reste, va se ressentir de cette détresse, et c'est à grandes enjambées que nous allons maintenant parcourir deux siècles.

La guerre de la succession d'Espagne avait commencé en 1698. L'Autriche renaissait, pendant que déclinait l'omnipotence française. La situation devint même bientôt dangereuse, et, dès 1709, un puissant effort fut indispensable. L'héroïsme national, le dévouement de tous sauva le pays, et la victoire de Denain (1712) conduisit au traité d'Utrecht, du 11 avril 1713, sanctionnant la paix entre la France et l'Europe, excepté l'Autriche. Puis les succès de Villars1 amenèrent enfin le traité de Radstadt en 1714; la fondation des royaumes de Prusse et de Savoie mirent une sour-

1 Charles-Louis-Hector, duc de Villars (1653-1730), le dernier des célèbres généraux de Louis XIV. On a publié sous son nom des Mémoires plus ou moins apocryphes (1734, 3 vol. in-12).

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dine aux ambitions autrichiennes, et la Russie prit sa place dans le monde.

Tant de sacrifices aboutissaient ainsi à un amoindrissement de la France. L'Angleterre s'élevait et allait grandir encore.

Pour compléter la déplorable innovation de 1692 en matière de charges vénales, des édits étaient venus créer des lieutenants de maire en mai 1702 et des sous-maires en 1703. Un autre édit de février 1704 avait supprimé les Jurades; enfin en décembre 1706 avait été inventé un office de maire perpétuel dans chaque ville, pour alterner avec les titulaires pourvus depuis les précédents édits1.

La charge de consul, mise aussi à la disposition du roi, était également tarifée. Il n'y eut donc plus d'élections communales, du moins jusqu'en 1715, époque à laquelle, devant le peu de résultats donné par ces regrettables mesures, un dernier édit survint le 29 janvier supprimant tous les nouveaux offices, sous réserve de remboursement aux acquéreurs évincés, rétablissant les Jurades et restituant aux communes une liberté d'élection qui devait rester à peu près fictive jusqu'à la Révolution.

Je puis remarquer dès maintenant que le gouvernement de Louis XV, à bout d'expédients en 1772, devait tenter encore un retour à la mise à prix des charges consulaires 2.

1 En 1702, la charge de lieutenant de maire d'Agen fut achetée par un nommé Pierre Dailhem, qui se pourvut en 1703 de celle de sous-maire, et par son dualisme avec Saint-Amans porta le trouble et la division dans le Conseil.

En 1709, le corps de ville d'Agen se composait de quatre maires alternatifs, deux consuls perpétuels, deux consuls électifs et un procureur-syndic.

2 Le tarif alors édicté fut de 10.000 louis pour le maire, 5.000 pour le lieutenant de maire, 2.000 pour un consul, un procureur-syndic ou un greffiersecrétaire.

214 HISTOIRE DE LAGENAÏS

En 1709, la nation avait traversé une terrible crise. Au milieu de ses humiliations et de ses revers, une disette affreuse sévissait. La misère publique devenait atroce et des conditions impossibles étaient imposées par l'étranger. Le roi fit alors un éloquent appel au pays haletant, qui répondit par un élan de sublime patriotisme. Les hommes affluèrent, l'argent fut trouvé, la lutte se poursuivit ; le génie de Villars et l'impôt du dixième firent le reste.

Mais, à l'intérieur, le déclin de Louis XIV se faisait vivement sentir. Sous' l'inspiration des Jésuites, l'autorité royale intervint brutalement dans les débats qui agitaient depuis déjà longtemps l'Eglise de France.

Le Jansénisme1 avait vu se multiplier ses adeptes au bruit des polémiques passionnées, éloquentes, dont les Provinciales 2 restent comme le plus remarquable modèle. La venue en 1713 de la bulle Unigenitus, condamnant le livre du P. Quesnel3, provoqua une explosion. Le roi sévit avec une violence étrange. Port-Royal fut détruit ; exils et emprisonnements ne se comptaient plus.

1 Ce nom donné à la nouvelle doctrine sur la grâce et la prédestination s'empruntait au théologien flamand Cornélius Jansen (en latin Jansenius), évêque d'Ypres, mort en 1639. Jansenius avait exposé son système dans un livre sur saint Augustin (Augustinus), publié seulement à Louvain en 1640 et à Paris en 1641. Ce livre provoqua une multitude d'écrits de controverse théologique.

Cf. Histoire de Port-Royal, par Sainte-Beuve (Paris, 1840-62, 4 vol. in-8°. et 1867-71, 7 vol. in-12).

2 Les Provinciales de Pascal parurent en 1657 : Lettres écrites à un Provincial par un de ses amis, et Lettres aux R. P. Jésuites sur la morale et la politique de ces Pères (S. 1. n. d., in 4°). Les éditions en ont été innombrables.

3 Le P. Quesnel (Pasquier), oratorien (1634-1719), s'était mis en opposition avec son ordre. Son livre si retentissant a pour titre : Réflexions morales sur le Nouveau Testament, les Actes et les Epîtres des Apôtres (Paris, 1671, in- 12 ; Bruxelles, 1693, 4 vol. in-4°).

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L'Eglise d'Agen resta cependant étrangère à cette agitation.

A Mascaron avait succédé François Hébert, né à Tours en 1650, nommé au siège d'Agen le 24 décembre 1703, sacré le 6 avril 1704 et venu dans sa ville épiscopale le 17 juin de la même année.

François Hébert était curé de Versailles, fort goûté de Louis XIV et affectionné de Bossuet, qui devait l'appeler à son lit de mort. Ce prélat, que Saint-Simon cite avec éloge, se mêla quelque peu aux querelles jansénistes. D'abord partisan de cette doctrine, il s'en détacha promptement. Il écrivit quelques lettres aux évêques de Luçon et de La Rochelle, puis deux mandements en faveur de la bulle Unigenitus (1719-1721); il fit élaborer par le chanoine Jabrès un nouveau Propre des Saints du diocèse ! et laissa des Prônes , imprimés en 1725 2.

François Hébert eut un moment pour vicaire général Henri de Belsunce3, futur évêque de Marseille,

1 Agen, 1727, in-8°.

2 Paris, A vol. in-12. — Pour les divers travaux de François Hébert, V. l'art. du t. i de la Bibliographie de ïAyenais.

Nos annalistes ont parlé de curieux Mémoires de ce prélat sur les personnages et les événements du siècle de Louis XIV, Mémoires que diverses influences empêchèrent de voir le jour. D'après l'abbé Barrère, La Beaumelle les aurait utilisés dans les Notes sur le Siècle de Louis XIV (Francfort, 1753, 3 vol. in-12) qui lui valurent six mois de Bastille.

3 Henri-François-Xavier de Belsunce de Castelmoron, fils du sénéchal d'Agenais Armand-Louis de Belsunce, naquit au château de La Force, en Périgord, pendant une villégiature de sa mère Anne de Caumont, le A décembre 1670-

Ordonné par Mascaron en 1703, il fut nommé évêque de Marseille le 3 avril 1700 et mourut près de cette ville le A juin 1755.

Son dévouement pendant les terribles pestes qui décimèrent Marseille en 1720 et 1722 lui avait valu une statue élevée par la reconnaissance des Marseillais. Henri de Belsunce a publié divers écrits dont on trouvera le détail dans les t. i et m de la Bibliographie générale de IWijenais.

La meilleure biographie de ce célèbre prélat a été publiée par un Bénédictin de Marseille, le P. Théophile Bérengier : Vie de Mgr de Belsunce (Lyon, 1886, 2 vol. in-8°, pnrtr.).

avec qui, plus tard, il fut en querelle. Il réforma bien des abus qui avaient résisté aux efforts de ses deux prédécesseurs et eut de vifs démêlés avec les religieux récalcitrants1. Il fit preuve de dévouement pendant l'hiver de 1709, hiver tellement rigoureux que toutes les récoltes périrent, et que la Garonne se couvrit de glaces assez épaisses pour supporter le passage des charrettes.

A la suite de cet hiver calamiteux, la famine sévit en Agenais. Au lieu de chercher à soulager la détresse du pays, le roi doubla par édit le taux des octrois. Les consuls d'Agen s'étant refusés courageusement à payer la taxe écrasante ainsi imposée furent arrêtés et emprisonnés à Bordeaux. L'intendant de Guyenne, Lamoignon de Courson2, s'interposa. Sa proposition de substituer aux taxes de l'édit une redevance annuelle de 400.000 livres à prélever sur toute la province fut alors admise.

La conduite de François Hébert ne fut pas moins belle à l'occasion du désastreux débordement de la Garonne qui, en 1712, ravagea toute la vallée et dont le souvenir resta dans la population sous le nom d'Aygat

1 Entre autres censures de François Hébert, on en cite une du 4 février 1707 dirigée contre le P. Rabenac, cordelier de Villeneuve, au sujet d'un sermon contenant des propositions injurieuses pour la Sainte Vierge, censure reproduite par le Mercure de France de juillet 1707 et par les Mémoires de Trévoux, n° d'octobre de la même année.

On a raconté que le religieux censuré se serait tué peu après de désespoir. Cette anecdote est absolument imaginaire. Le P. Rabenac ne fut que déplacé et envoyé au couvent de Neuvic, puis à Limoges, où il était encore en 1712.

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