‹ Histoire de l'AgenaisChapitre 4 sur 68 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'Agenais au XVIe siècle (Fin) — Henri IV et la Ligue — La surprise d'Agen de 1591 — Fin de la huitième guerre de religion — L'Edit de Nantes.

a race des Valois était éteinte. Henri III, en mourant, avait exhorté son armée à reconnaître le roi de Navarre. Charles de Lorraine, le fils du Balafré, étant prisonnier à Tours, Mayenne, qui se trouvait ainsi chef de la Ligue, se nomma lieutenant général du royaume. Il couvrit ses prétentions par une maladresse, en faisant proclamer sous le nom de Charles X le cardinal de Bourbon enfermé dans le château de Fontenay-le-Comte depuis l'assassinat du duc de Guise : c'était préparer les voies à Henri de Navarre.

Celui-ci avait pris le titre de roi de France et le nom de Henri IV dans le camp de Saint-Cloud, qui ne comptait guère que 3 ou 4.000 réformés et où les gentilshommes gascons avaient été à peu près seuls à le reconnaître. Les autres, dans une mise en demeure collective, l'invitèrent à choisir entre le Protestan-

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tisme et la couronne. Par une déclaration du 4 août 4589, enregistrée au Parlement de Tours et répandue dans tout le royaume, il promit de se faire instruire dans la religion romaine, qu'il s'engageait à maintenir en dehors des villes désignées par le traité de Bergerac, et de convoquer les Etats généraux.

La plupart des dissidents acceptèrent ce serment; mais d'Epernon et quelques autres se retirèrent dans leurs gouvernements ou passèrent à la Ligue. La Trémouille, avec neuf bataillons, refusa même tout service.

Si Henri eût manqué de caractère, réduit ainsi à une dizaine de mille hommes, qu'il ne pouvait même pas solder, sa cause eût été à peu près perdue. On sait qu'il n'en fut pas ainsi. Conseillé par Biron, qui s'était fait acheter, et par d'Aubigné, il marcha vers la Normandie et détacha d'Aumont4 en Picardie et Longueville en Champagne. Mayenne le poursuivit. Il échoua dans une surprise de Rouen, se rejeta sur Dieppe, qui lui fut livré, et le 13 septembre se retrancha près d'Arqués, dans une position bien choisie. Pendant quinze jours, Mayenne essaya d'enlever Dieppe ou le camp ; mais tous ses efforts furent vains. Repoussé chaque fois avec de grandes pertes, il n'osa pas attendre d'Aumont et Longueville qui accouraient et se retira vers la Picardie le 28 septembre.

Aidé par un renfort de 5.000 Anglais envoyé par Elisabeth, Henri, gagnant Mayenne de vitesse, se porta sur Paris où il arriva le 31 octobre. Le lendemain, à la suite d'un combat où périrent un millier de Parisiens, les faubourgs du Midi furent emportés d'assaut et livrés au pillage. Mais la résistance s'orga-

1 Jean d'Aumont (1522-1595), maréchal de France en 1579. Il fut un fidèle serviteur de Henri IV et devint gouverneur de Champagne, puis de Bretagne.

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nisait ; Mayenne venait d'arriver et Henri dut se retirer. Il partagea son armée en quatre corps et alla luimême à Tours avec ses gentilshommes.

A Agen, dès les premiers jours de janvier 1590, l'inquiétude avait reparu. On disait que Matignon, alors à La Réole, projetait avec d'Epernon une action sur la ville. Monluc fit aussitôt reprendre et compléter les travaux de défense, et un consul, Julien de Cambefort1, fut envoyé à Toulouse pour un approvisionnement de poudre.

Revenu de cette dernière ville, où il s'était rendu le 16 janvier avec ses gendarmes, Monluc prit au commencement de février la direction des travaux qu'il avait prescrits. Le 12 mars, Matignon était signalé marchant avec trois canons sur La Réole ; la garnison d'Agen s'accroissait dans de grandes proportions ; mais, comme toujours, l'argent manquait.

Du reste, les faits de guerre se poursuivaient. En mars encore, Fabas, commandant Caste ljaloux pour Henri IV, tenta de prendre Marmande que le baron de Castelnau2 tenait pour la Ligue. Castillonnès., qui, le 12 mars, avait refusé l'entrée au gouverneur envoyé par Matignon et avait reçu celui de Villars, Christophe de Montalembert, seigneur de Roger3, vit bien-

1 Julien de Cambefort, seigneur de Selves, fils de Pierre de Cambefort. Il fut encore consul d'Agen en 1601, 1604, 1614 et 1622.

Il était frère d'Anne de Cambefort, l'héroïne de l'aventure galante imputée à Henri IV.

2 François de La Mothe, seigneur de Castelnau.

Il était parent de Jean-Jacques de Castille, baron de Castelnau-Chalosse, sénéchal de Béarn en 1592, gouverneur de Mont-de-Marsan en 1597. Le père de ce dernier, victime des Guises, avait été exécuté à Amboise en 1560, et son fils, nommé Miremont, fut tué au siège de Tonneins en 1622.

:! Christophe de Montalembert, seigneur de Roger, de Montgaillard, des Rouets, etc., conseiller et maître d'hôtel de la reine de Navarre, gouverneur de Penne, mort en 1604.

tôt, par suite des violences de ce dernier, accourir le duc de La Force1 de Bergerac. Le château de Gahuzac fut repris le 20 octobre, et Castillonnès, assiégé le 26 de ce mois, dut capituler le 10 novembre.

Le 30 juin, quatre délégués du Conseil avaient eu une conférence avec le baron de Lusignan, gouverneur de Puymirol, et les bases d'un accord pour la préservation des campagnes avaient été arrêtées. Cet accord, d'ailleurs très sage et approuvé par toutes les parties, avait été proclamé dans Agen le 31 juillet, provoquant une protestation des Chapitres et une réplique des consuls2.

Monluc, qui, du reste, ne se trouvait pas alors en parfaite harmonie avec les Agenais3, était reparti pour la Gascogne. En son absence, Mme de Monluc fut prévenue, en août, d'un coup de main projeté sur Agen. Les trois ordres, aussitôt réunis, prirent encore le 4 septembre de nouvelles mesures. Les portes devaient

Il appartenait à une branche des Montalembert de l'Angoumois, et était fils de Sylvestre de Montalembert, seigneur de Roger (près Villeneuve, en Agenais), de La Mothe (Berry) et de Villemort (Limousin), enseigne de la Garde du roi sous Antoine de Raffin, puis lieutenant de la compagnie française des Gardes du corps en 1553.

Ghristophe de Montalembert avait épousé en 1558 Anne de Malvin de Montazet, fille de Charles de Malvin, conseiller au Parlement de Bordeaux (V. Courcelles, t. xn, et La Chesnaye des Bois, Dictionnaire de la Noblesse).

Il fut inhumé dans l'église Notre-Dame de Saint-Hilaire-de-Grâce, près Villeneuve, où se lit encore son épitaphe (V. Tholin, FJtudes sur ï1 Architecture religieuse de t 'Agenais, p. 159).

Son frère, Antoine de Montalembert, fut l'auteur de la branche des seigneurs de Monbeau, terre qu'il tenait de sa femme Isabeau de La Veyssière. C'est une petite-fille d'Antoine, issue de Charles et d'Anne de Belsunce, qui épousa Jean de La Goutte, vicomte de La Poujade, un poète agenais du xvme siècle.

1 Sur François-Nompar de Caumont, duc de La Force, V. une note à la date de 1598.

2 La Ville d"Agen sous le sènéchalat de Pierre de Peyronenc, seigneur de Saint-Chamarand. Novembre 1588 -Janvier 1591 , par Ad. Magen (Paris, 1865, in-8°), p. 36.

3 V. Archives Historiques de la Gironde, t. vu, p. 215.

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être gardées ; des patrouilles devaient circuler jour et nuit ; les marchés étaient transférés hors des murs ; un poste important était établi en permanence sur la grande place. Monluc et Villars furent aussi avisés ; l'évêque fut prié de revenir de son château de Monbran.

Alors, Matignon était à Condom ; Saint-Chamarand tenait Gastelculier et Puymirol ; le passage de Lécussan1, entre la maison forte de ce nom et le village de Boé, dépendait de l'ennemi, qui avait des intelligences dans la ville. On signalait de grands préparatifs à Port- Sainte-Marie et à Nérac.

Les perplexités redoublaient. On éventra les forts à l'intérieur, pour que leur occupation, en cas de prise, fût impossible. Cette mesure eut, du reste, quelque succès, car dans la nuit du 29 octobre, Matignon, arrivé de Condom, l'ayant connue au moment où il se disposait à s'emparer des tours, abandonna son projet et reprit le chemin de Bordeaux.

Le 6 décembre, Saint-Chamarand, à la tête d'un millier d'hommes venus du Quercy, de Tournon et de Gascogne et pourvus des échelles et engins utiles, vint accoster de nuit les remparts. Les échelles étaient dressées et l'escalade commençait, quand soudain apparut le marquis de Villars, que la bonne étoile des

1 Lécussan (commune de Moirax), très ancienne maison forte, à 5 kilom. d'Agen, commandant un passage sur la Garonne au droit de Boé.

En février 1355, Bernard d'Armagnac voulant fortifier encore Lécussan se heurta à l'opposition formelle des consuls d'Agen, qui, sous Louis XIII, le fortifièrent eux-mêmes pour mieux surveiller Layrac.

Odet de Galard, seigneur d'Estillac et de Lécussan, et Pons de Baynac, doyen de Moirax, plaidèrent contre les consuls d'Agen à la fin du XV8 siècle pour la possession du passage de Lécussan, procès qui ne dura pas moins d'une cinquantaine d'années.

Dans une note de la p. 212 (t. i), j'ai dit que le dernier baron d'Estillac et seigneur de Lécussan fut, en 1787, le maréchal de camp François-Louis, comte de Brondeau d'Urtières, dont les descendants possèdent encore ces domaines.

itf HISTOIRE DE L'AGENAIS

Agenais avait ramené au moment opportun. Les assiégeants s'enfuirent à la débandade et se dispersèrent ; mais ce n'était que partie remise.

Cependant, les puissances étrangères avaient reconnu Henri IV, et Sixte-Quint, indécis, avait reçu avec bienveillance une ambassade. La Ligue se désagrégeait; Mayenne perdait de son autorité.

Henri s'empara de Vendôme, du Mans, de Falaise et marcha vers Paris en s'effbrçant de l'affamer. Mayenne prit Pontoise le 20 février 1590 et assiégea Meulan ; puis, ayant rallié en Picardie les renforts venus d'Espagne, il fit lever au roi le siège de Dreux. Celui-ci n'avait que 8.000 fantassins et 3.000 cavaliers, tandis que Mayenne disposait de 15.000 hommes ; néanmoins, il ne voulut pas accentuer sa retraite et attendit l'armée de la Ligue dans la plaine d'Ivry, où la bataille s'engagea le 14 mars. Mayenne fut mis en complète déroute et perdit 6.000 hommes de son armée dont le reste se débanda.

Ce ne fut que deux mois après, lorsqu'il se fut rendu maître des alentours, qu'il commença, avec 15.000 hommes seulement, le blocus de Paris. Des renforts lui arrivèrent le 27 juillet, et il enleva alors tous les faubourgs dans un terrible combat de nuit. La ville se trouva ainsi tout à fait isolée. La famine devint horrible et plus de 30.000 personnes moururent de faim dans trois mois. Mais une armée espagnole venue des Pays-Bas et commandée par Alexandre Farnèse1 arriva le 23 août à Meaux et rallia Mayenne. Henri leva le siège pour livrer bataille

' Alexandre Farnèse, duc de Parme, au service de l'Espagne. Il était fils d'Octave Farnèse et fut un des meilleurs capitaines du xvie siècle. Il fut blessé mortellement devant Caudebec en 1592.

Le pape Paul III (Alexandre Farnèse [1534-1549]) était son bisaïeul.

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dans la plaine de Ghelles, en face de Lagny. Les Espagnols, retranchés dans une position formidable, n'acceptèrent pas le défi. Le 5 septembre, ils foudroyèrent Lagny, qu'ils prirent d'assaut, et ravitaillèrent Paris. Cet échec fut pénible à Henri IV, qui, les 7 et 48 septembre, fit encore deux tentatives infructueuses et vit entrer les armées de Farnèse et de Mayenne. Il dut se retirer et disperser ses troupes. Lui-même se dirigea vers Gompiègne.

Reprenons la marche des affaires agenaises.

Après l'essai de surprise de Saint-Chamarand, Villars avait prescrit de nouvelles précautions en vue de la défense d'Agen, interdisant notamment l'ouverture des portes après la tombée du jour. Monluc avait ajouté que la cloche de la Grande-Horloge1 devrait sonner le tocsin en cas d'alerte. Il revint, d'ailleurs, en décembre 1590, passant par Laroque-Timbaut et Baj amont, qu'il molesta sans raison bien légitime.

Je ne saurais abandonner cette année 1590, sans rappeler la mort dans un cachot de la Bastille d'un des hommes les plus illustres du xvie siècle et dont notre pays peut s'enorgueillir, de Bernard Palissy, Y Inventeur des rustiques figulines du Roy.

Né en Agenais, peut-être à La Gapelle-Biron, vers 1510, l'immortel artiste, qui avait embrassé la Réforme, fut d'abord protégé par le duc de Montmo-

1 La Tour de la Grande-Horloge était située dans l'axe de la rue qui a gardé son nom. Elle était carrée et portait à son faîte une grosse cloche pesant plus de 32 quintaux, destinée à sonner le couvre-feu et le tocsin d'alarme, et à laquelle on arrivait par un escalier extérieur jusqu'au premier étage. Une large ouverture cintrée permettait le passage des voitures. Cette tour, qui a été démolie de 1830 à 1832, défendait une porte et servait aussi de beffroi. L'Horloge y avait été établie en 1498 (V. La Ville d'Agen sous le sénéchalat de Pierre de Peyronenc, note de p. 44).

rency et par Catherine de Médicis, puis emprisonné en 1588.

On sait bien ses années de lutte héroïque et de gloire ; on a tout dit sur sa science si remarquable acquise par l'observation et sur ses écrits où se révèlent des dons merveilleux. Une mention lui était ici absolument due4.

Le 4 janvier 1591, Villars et Monluc étant à Beaumont-de-Lomagne, les consuls d'Agen furent prévenus que les ennemis, servis par une trahison, tenteraient dans la nuit suivante de s'emparer de la ville. Des précautions furent prises aussitôt, et le sergentmajor urbain, Pierre Corne, reçut des instructions minutieuses.

A 4 heures du matin, en effet, on est averti que l'ennemi est en marche. Corne feint de mettre l'avis en doute. Peu après, la cloche du fort de la porte du Pin sonne l'alarme : c'est un étranger qui demande l'entrée. On l'admet, et il déclare que, transfuge de la troupe ennemie, il vient sauver la ville et prévenir que le nombre des assaillants, déjà près des murs, est de douze à quinze cents.

Le consul Trinque fait aussitôt prendre les armes et courir aux postes.

Vers 5 heures et demie, les ennemis, commandés par Saint-Chamarand, sont devant le pont de Garonne2. Deux pétards font sauter la porte de la pre-

1 D'innombrables travaux ont été publiés sur Palissy, et ses œuvres ont eu plusieurs éditions.

Pour les uns et pour les autres, V. les art. Palissy, aux t. H et m de la Bibliographie générale de VAgenais.

Une statue lui a été élevée à Villeneuve en 1891.

2 Aujourd'hui le Pont-Long. Il était formé de quatre arches et défendu sur le Gravier par une petite tour crénelée, dite Porte de Garonne.

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mière tour, sans qu'un seul cri d'alarme soit poussé ni un coup d'arquebuse tiré. La trahison est évidente. La principale porte s'ouvre et les assaillants se précipitent dans les rues aux cris de Vive le roi ! Tue ! Tue ! Ils atteignent la grande Place, où les traîtres de l'intérieur les rejoignent, s'emparent du canon, puis de la Maison de Ville qu'ils saccagent.

Cependant les Agenais, bientôt revenus de leur première surprise, répondent vivement au feu des assaillants, dressent des barricades au coin des rues et près des murailles. La lutte continue acharnée, mais concentrée entre la porte de Garonne et l'Hôtel de Ville, de 6 à 10 heures du matin. A ce moment, des paysans armés de faux accourent en grand nombre au secours de la ville. Voyant la partie perdue pour eux, les ennemis veulent s'enfuir par où ils sont venus; mais le butin gêne leur retraite, et les Agenais les poursuivent sur le Gravier où ils en font un véritable carnage.

Les Agenais perdirent une cinquantaine des leurs, parmi lesquels Pierre deNort1, Guillaume de Rance2 et le capitaine Mérigon3. La maison du consul Trin-

1 Pierre de Nort, bourgeois et marchand, fils de Martial de Nort, cité à l'année 1559. Il avait été consul d'Agen en 1562, 1569, 1579 et 1584. C'est lui que Biaise de Moulue appelle « Monsieur de Naux», du nom du petit manoir qui lui appartenait, manoir situé près d'Agen, au nord, et dont il ne reste guère qu'une tour.

Sur Martial de Nort, je complète ici ma note de la p. 209 du t. i, en ajoutant qu'il mourut en 1570.

J'ai dit que son plus jeune fils, Odet de Nort, avait embrassé la Réforme (V. p. 218). Odet, né à Agen en 1540, acquit une certaine réputation. Il mourut en 1593 à La Rochelle où il était ministre.

Dans ses Histoires tragiques, François de Bclleforest a raconté une très scandaleuse affaire agenaise à. laquelle semblerait avoir été mêlé Odet de Nort. Cf. à cet égard un passage énigmatique de la p. 318, t. i de V Histoire du département de Lot-et-Garonne, de Saint-Amans.

* Guillaume de Rance, écuyer, conseiller et secrétaire de la reine de Navarre.

3 Le capitaine Mérigon n'est pas déterminé. 11 se pourrait bien, ai-je déjà

que avait été incendiée ; le traître Corne était resté sur la place ; enfin Saint-Chamarand lui-même avait été tué avec son fils * .

Sur ces entrefaites, le duc de Joyeuse 2, venant du Quercy par Frespech et Penne, avait assiégé Villeneuve à la fin de décembre 4590. Après un blocus de la rive gauche, il avait demandé des renforts à Villars qui ne put lui en envoyer, et il fut contraint de lever le siège en février 1591. Reprenant alors le chemin du Quercy, il alla se faire battre par Montmorency à Villemur, où, comme son frère à Goutras, il trouva la mort. Il se noya dans le Tarn qu'il essayait de traverser.

A la nouvelle des événements du 5 février, Charles de Monluc et le marquis de Villars s'étaient hâtés de revenir à Agen. Ils publièrent encore un nouveau règlement militaire3, et les consuls décidèrent l'établissement dans la ville de 600 arquebusiers placés sous leurs ordres. Puis, en vue des Etats généraux de la Ligue qu'ils espéraient voir enfin tenir, ils rédigèrent des Cahiers de doléances.

Les hostilités ne chômaient point dans le pays, et les menus faits de guerre se succédaient sans interruption.

Le 19 mars 1591, Jean de Poudenas4, du parti des

dit, que ce fût le même Mérigon envoyé aux Agenais par Monluc en 1569.

1 V. La Ville d'Agen sous le sénéckalat de Pierre de Peyronenc, par Ad. Magen. Le récit de cette surprise, écrit par le secrétaire de la Jurade, a été publié in extenso par M. Georges Tholin : La Ville d'Agen pendant les Guerres de religion du xvie siècle, chap. xvn.

2 Antoine-Scipion, vicomte, puis duc de Joyeuse après son frère Anne. — Il était chevalier de Malte et grand prieur de Toulouse.

3 Le nombre des règlements militaires élaborés et publiés à Agen pendant le xvie siècle est vraiment extraordinaire. A chaque instant, on en voit édicter de nouveaux. Les Agenais d'alors étaient sans doute aussi réfractaires que possible à la discipline.

4 Jean IV Du Bouzet de Roquépine et de Poudenas, fils de Jean III Du Bou-

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Politiques, prenait Port-Sainte-Marie, s'y fortifiait et y établissait pour Matignon une forte garnison1. En août, un corps de troupe destiné à opérer en Agenais traversait la Garonne à Boé, sous le commandement de Jacques de Lau2.

Dans Agen, la chasse aux suspects était ardente. On expulsait de la ville les femmes ou veuves des protestants et leurs enfants. Un certain Pierre Doc, soupçonné de trahison, fut cruellement torturé.

Au milieu de ces préoccupations toujours plus vives, les dépenses s'exagéraient et les ressources devenaient dérisoires. La garnison était surtout une lourde charge, et plus encore les travaux de défense sans cesse accrus. Pour comble d'ennui, une partie des remparts, entre la tour de la Poudre et la porte de Garonne , s'écroula subitement en mai, occasionnant un surcroît de sacrifices3.

zet, seigneur de Koquépine. Il fut député aux Etats de Paris en 1614 et mourut en 1628.

Les seigneurs de Poudenas se rencontrent dès le xme siècle. En 1287, un Guillaume de Poudenas, chevalier, fit hommage comme seigneur d'Agenais (Archives Historiques de la Gironde, t. i, p. 357).

1 V. La Ligue au Port-Sainte-Marie en 1591, par Ad. Magen (Agen, 1882, in-8«).

M. Magen a reproduit le procès-verbal d'une enquête de décembre 1591 relative à un complot tendant à livrer aux ligueurs une porte fortifiée, complot qui fut déjoué et sévèrement puni.

2 Jacques de Lau (ou du Lau), sénéchal d'Armagnac, fils de Carbon de Lau et de Françoise de Pardaillan-Gondrin. Il se dirigea vers Villeneuve.

Jacques de Lau avait épousé Françoise de Cassagnet-Saint-Orens, dame de Larroque-Fimarcon.

Le 24 mai 1585, Matignon l'avait appelé, à la suite des entreprises des réformés sur Nicole, Montazet, Monheurt, Damazan, etc. et l'avait chargé d'opérer en Condomois (V. Documents inédits relatifs à l'Histoire de l'A gênais, p. 172)- Kn 1589, il s'était emparé de Marciac pour la Ligue et s'y était rendu redoutable aux huguenots. Il se soumit à Henri IV en 1594 (V. Mémoires de Jean d'Antras, p. 169).

3 Archives commun. d'Agen, BB. 37, CC. 326. — V. La Ville d'Aijen pendant les Guerres de religion du xvie siècle, chap. xvm.

La panique, d'ailleurs, ne se calmait guère. Des menaces de coups de main, des avis de surprises arrivaient sans cesse. Monluc recourut à l'aide des localités voisines, et, d'accord avec les consuls, publia le 20 août une ordonnance, invitant les habitants à tenir leurs armes toujours prêtes, et même à ne point sortir sans elles1.

En Quercy, Villars s'ingéniait à contrecarrer les opérations de Matignon. Il avait chassé l'évêque de Gahors, et, le 10 juillet, il adressait de Moissac aux Agenais l'assurance certaine de sa protection contre les entreprises des royalistes.

Pendant que ces alertes se produisaient en Agenais, où, malgré tout, la situation restait peu rassurante, Henri IV avait encore tenté de surprendre Paris le 12 avril 1591. Il avait pris Chartres, mais n'aboutissait à rien de décisif. La fatigue commençait, du reste, à dominer l'enthousiasme des Parisiens et des ligueurs. Grégoire XIV envoya une petite armée et fulmina de nouveau contre les hérétiques et le roi.

La confusion venait. Les gouverneurs des provinces travaillaient pour eux-mêmes et Mayenne était débordé. Le jeune duc de Guise, évadé le 5 août, avait été acclamé par la Ligue qui recherchait pour lui la main de la fille de Philippe IL Les Seize tentèrent un coup d'Etat. Le 8 novembre, Paris dressa des barricades, pendit le président et deux conseillers du Parlement2, et députa une délégation à Mayenne qui accourut le 28 novembre et rétablit l'ordre.

Cependant Henri, qui avait reçu des renforts étrangers et se trouvait à la tête de 40.000 hommes, assié-

1 Archives communales d'Agen, BB. 36.

2 Le président Buisson et les conseillers Larcher et Tardif.

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geait Rouen en décembre ; mais il était obligé de reculer le 16 mars 1592 après avoir subi de grandes pertes. Villars avait battu Biron. Malgré la prise de Gaudebec par le duc de Parme et l'éloignement d'une partie de ses gentilshommes, le roi, parvenu à reconstituer en quelques jours une armée de 25.000 hommes, enfermait Mayenne dans un triangle. Il rétablissait ses affaires, quand une manœuvre habile de Farnèse triompha de ses efforts, le 20 mai, et mit encore sa patience à une nouvelle épreuve.

L'évasion de Guise avait bien donné lieu dans Agen à quelques manifestations joyeuses; mais quelle portée pouvaient avoir de tels enfantillages?

Des Etats de Guyenne tenus en février dans cette ville avaient décidé la création d'une armée. Décider était bien ; exécuter eût été mieux. Malheureusement les ressources réclamées pour la réalisation de ce vœu restaient à découvrir. Villars demandait pour cela 18.000 écus. Une Assemblée des trois ordres réduisit le projet au maintien de garnisons convenables dans les villes.

Les Etats généraux de la Ligue qui s'ouvrirent le 26 janvier 1593, ne donnèrent que le spectacle des dissentions et des intrigues qui désorganisaient le parti { . La Satyre Ménippée 2 les couvrit de ridicule et

1 L'Agenais n'envoya aucun député aux Etats de la Ligue de 1593. De tout le duché de Guyenne, seuls le Poitou et le Périgord produisirent ensemble quatre députés.

2 La Satyre Ménippée, ce célèbre recueil de pamphlets de la fin du xvie siècle, dirigés contre la Ligue, date de février ou mars 1693 et débuta à Tours, pendant les Etats généraux. Le premier auteur fut Pierre Leroy, ancien aumônier du cardinal de Bourbon. Les principaux collaborateurs furent, après Leroy, Pierre Pithou, Jacques Gillot, Florent Chrestien, Rapin et Passerat.

La Satyre Ménippée a été souvent réimprimée. Je cite seulement les éditions de Nodier (Paris, 1824, 2 vol. in-8»), de Ch. Labitte (1842 et 1857, in-12) et de Cb. Read (1878, in-16).

servit très puissamment le roi. Le seul obstacle réel, insurmontable qui se dressât devant Henri était sa qualité de huguenot : il devait absolument donner satisfaction à la volonté nationale sous peine d'éterniser la guerre. Il s'y résolut. Après les fameuses conférences de Suresnes et les dernières intrigues espagnoles, le 22 juillet 1593, il signa à Mantes sa profession de foi catholique et abjura solennellement le lendemain entre les mains de l'archevêque de Bourges.

Cette conversion, notifiée aussitôt à toute la France, fut suivie d'une trêve. En dépit des efforts désespérés de Mayenne, après le sacre du roi à Chartres le 26 février 1594, une grande partie du royaume se soumit. L'Union se dissolvait sous une réaction générale et d'incessantes défections. A la tête d'une armée d'élite de 4.000 hommes, après des négociations secrètes entre Brissac1 et les échevins, Henri IV, parti de Senlis dans la nuit du 20 mars 1594, entrait au point du jour dans Paris.

J'ai cru devoir résumer d'un trait cette période de l'Histoire nationale qui conduit à une ère nouvelle. Au surplus, les événements dans notre province n'avaient pas alors une bien grande importance.

Quelques escarmouches avaient eu lieu en Condomois et en Gascogne ; un siège de Ladevèze par Fabas 2

1 Charles II de Cossé-Brissac, fils du gouverneur de Normandie de 1562. Jl avait été gouverneur du Poitou et de La Rochelle pour Mayenne, puis commandant de Paris.

Il devint plus tard maréchal de France et duc et pair, et fut tué au siège de Saint-Jean-d'Angely en 1621.

2 Le château de Ladevèze fut pris peu après.

Fabas avait été chargé de la garde de la porte de Paris ijui fut livrée à Henri IV le 21 mars 1594,

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avait été interrompu le 10 avril 1592 par Montespan, Monluc et autres.

A la tête d'une armée royale, d'Epernon était alors en Périgord. On redoutait sa venue; mais, pressé de gagner la Provence, il franchit rapidement l'Agenais, dégagea Montauban et Villemur et saisit Moissac ; puis ses lieutenants, battus en juillet par Joyeuse en Albigeois, prirent très peu après leur revanche4.

Matignon poursuivait ses opérations. Il reprenait Rions aux ligueurs, et en août s'emparait du château de Villandraut2, qu'on allait démolir quand Duras obtint du roi l'ordre de le conserver. Revenant ensuite en Agenais, il poussait jusqu'à Port-Sainte-Marie, et en septembre menaçait Bazens, qu'on put cependant défendre. On craignait toujours de le voir se présenter devant Agen, où la situation devenait de plus en plus critique, mais qui néanmoins persistait dans sa révolte sans issue, malgré les avanies sans nombre que lui valait cette attitude.

Lusignan s'efforçait en vain de faire respecter la trêve des campagnes, pendant que Villars et Monluc accumulaient les maladresses et que le maréchal, furieux d'une résistance qu'il n'avait pas supposé devoir être aussi longue, allait jusqu'à autoriser les courses sur les territoires insoumis.

Les Agenais reprenaient aussitôt des mesures défensives, protégeaient la porte du Pin par des palissades

1 Des feux de joie furent allumés à Agen à la nouvelle de l'échec des Epernonistes.

Sur cette manifestation puérile, V. les Archives comm. d'Agen, CC. 327, et La Ville d'Ayen pendant les Guerres de religion du xvie siècle, chap. xvm.

2 A la p. 106 du tome Ier, au sujet du pape Clément V (Bertrand de Goth), j'ai attrihué Villandraut au Bazadais, suivant en cela une erreur à peu près général»;.

Au lieu de: en Bazadais, j'aurais dû dire : près de Bazas. Villandraut.

nouvelles et priaient les capitaines voisins de se tenir prêts à les secourir. La discorde, en outre, agitait la ville. Une conspiration était organisée contre les consuls ; le désaccord entre Villars et Monluc s'accentuait. Celui-ci partit alors pour la cour, en laissant comme gouverneur le capitaine Réaup1. Villars avait placé à Villeneuve le vicomte de Foncaude, qui ne devait pas tarder lui même à se soumettre2. Thoiras s'était emparé du fort de Monteils3.

Et sur ces entrefaites d'autres alertes survenaient. Foncaude, menacé dans le château de Montauriol par les troupes campées à Gastillonnès, appelait Agen à son aide et en recevait quelques renforts qui venaient se joindre aux troupes de Joseph de Lau et de Montespan; un sieur de Cambes, commandant à Castelculier et à Laspeyres, projetait vers Puymirol des courses que les Agenais évitaient moyennant 650 écus4. Enfin la

situé à 13 kilom. de Bazas, sur le Ciron, appartenait, en effet, au diocèse de Bordeaux (V. notamment les Variétés Bordeloises de l'abbé Baurein, t. m, pp. 178 et 247-257).

Villandraut, dont on attribue la fondation à un seigneur nommé Andrault, était passé dans la maison de Goth au xme siècle et vint aux Durfort par alliance.

1 Biaise de Béarn et du Saumont, seigneur de Béaup, frère cadet de Joseph de Béarn, seigneur du Saumont, second fils d'Alain de Béarn. Il mourut après

V. Chronique d'Isaac de Pérès (1554-1611), publiée par A. Lesueur de Pérès, etc. (Agen, 1882, gr. in-8<>), p. 43.

2 Archives communales d'Agen,EE. 5.

Sur la soumission à Henri IV de Charles de Montferrand, vicomte de Foncaude, du 15 avril 1594, V. la lettre écrite de Villeneuve au roi par ce gentilhomme, publiée dans les Documents inédits relatifs à V Histoire de VAgenais, p. 182.

3 Le château de Monteils, sur le coteau portant ce nom, dans la commune de Saint-Jean-de-Thurac. Il n'en reste aucune trace.

Dans une note de la p. 180 du t. Ier, j'ai constaté que ce château appartenait en 1460 à Pierre Bérard, seigneur de Bleré et de Chissé, père de Pierre Bérard, évêque d'Agen.

k Archives communales d'Agen, BB. 36 et 37.

l'agenais AU XVIe SIÈCLE 57

famine menaçait, et les consuls avaient dû expulser de la ville les pauvres étrangers et obliger les habitants à loger et à nourrir ceux du pays*.

Un nouveau traité de protection, rédigé par Villars à Astaffort, fut cependant approuvé par Matignon2.

En 1593, le maréchal assiégeait Blaye, défendu par Lussan. De Marmande, Castelnau envoya à ce dernier un secours de 800 hommes et trois capitaines, lesquels réussirent à pénétrer dans la place assiégée après avoir accompli maints exploits sur leur route, et forcèrent Matignon à se retirer. A Nérac, où commandait le capitaine François de La Porte3, une surprise par trahison avait été tentée.

Du reste, en Agenais la Ligue avait perdu chaque jour du terrain, mais les maux y étaient infinis. Villes et campagnes souffraient de la disette ; le pays était toujours dévasté par les gens de guerre qui, malgré les trêves, le sillonnaient sans répit. A cet égard, traités et conventions restaient lettre morte. Des Conférences auxquelles les consuls d'Agen s'étaient fait représenter par leur collègue Lendas4 avaient encore eu lieu à Lavit en février 4594 r\

1 Archives communales d'Agen, EE. 8, f° 181.

2 La Ville d'Agen pendant les Guerres de religion du xvie siècle, chap. xvni.

3 Sur François de La Porte, gouverneur du château de Nérac, et la trahison avortée de 1594 qui coûta la vie à Esclarmonde de Burs (ou de Bure), de Condom, décapitée le 13 avril, V. la Chronique d'Isaac de Pérès, p. 50, et la Biographie de l'Arrondissement de Nérac, de Samazeuilh, p. 449.

François de La Porte occupait encore ce poste en 1605. Un autre de La Porte, ou le même peut-être, était capitaine du château de Nérac en 1616, comme le constate un document découvert à la Bibliothèque nationale par M. Tamizey de Larroque (Coll. Brienne, vol. ccxxw, f° 204).

4 Jean de Lendas (ou Landas), avocat. Il fut encore consul en 1602 et 1603. C'est un Gérard de Lendas, peut-être l'aïeul de Jean, avocat du roi et jurât

en 1531, qui avait été le parrain de Joseph-Juste Scaliger.

5 Archives commun. d'Agen, CC. 328.

C'est alors que de Vaurs fut expédié à Bordeaux pour négocier une soumission1. Monluc traitait luimême et aboutissait dès le commencement de ce mois2.

Le 20 avril 1594, les trois ordres avaient décidé l'envoi d'une députation au roi pour lui apporter leur adhésion et leur serment3. Le conseiller Lagarrigue, le chanoine d'Hauzy et le médecin Pierre Anselin, consul, furent chargés de cette mission. Les Cahiers qui leur furent remis sont curieux à bien des titres4. Villars, qui assistait à la séance et avait d'abord approuvé la mesure et manifesté l'intention d'adjoindre personnellement un député, changea bientôt d'attitude, et menaça même la ville de destruction si la soumission avait lieu 5. Deux partis se formèrent et furent sur le point.d'en venir aux prises. Les consuls, voulant gagner du temps, négocièrent tout en avisant Monluc, officiellement nommé sénéchal d'Agenais le 5 mars, à la place de Saint-Ghamarand.

Monluc était à Lafox. On traita aussitôt; les forts furent vidés et ouverts à l'intérieur ; le consul Charles de Redon fut livré comme otage le 8 juillet6, et Villars

1 Archives communales d'Agen, CC. 328.

2 Archives département, de Lot-et-Garonne, B. 2, f° 36.

3 Archives commun. d'Agen, BB. 17.

4 Ibid., AA. 50; BB. 17.

5 Ibid., BB. 17. Il existe à cet égard un curieux procès-verbal des trois ordres, du 13 mai 1594, reproduit par M. G. Tholin au chap. xix de La Ville d'Agen pendant les Guerres de religion du xvie siècle.

6 Charles de Redon, consul, fils de Pierre de Redon, sieur du Limport, cité p. 215 du t. I.

Sa sœur, Serène de Redon, épousa en 1581 Jean de Raymond, conseiller au Présidial d'Agen, mort en 1606.

Redon fut retenu deux mois et neuf jours, et dut même promettre à Villars une rançon de 1.000 écus pour recouvrer sa liberté. Une ordonnance de Matignon vint en octobre annuler cette convention arrachée par la force (Archives commun. d'Agen, BB. 35).

l'agenais AU XVIe SIÈCLE 59

s'éloigna du côté de Madaillan. Il fut néanmoins opposé un refus formel au désir manifesté par Monluc de s'établir dans la ville *.

Cependant, les députés étaient partis et avaient pris en passant à Bordeaux, le 30 avril, des lettres de créance du Parlement. Ils virent à Paris le maréchal de Matignon, qui leur fit délivrer en mai par le Grand Conseil un édit de pacification et chargea Anselin de l'emporter sans retard. Lagarrigue rejoignit le roi devant Laon qu'il assiégeait et fut accueilli avec la plus parfaite bienveillance.

Dès le 19 juin, F édit fut lu dans Agen ; puis, dans une Assemblée du 2 juillet, les deux autres députés rendirent compte de leur voyage. Ils présentèrent une gracieuse lettre du roi datée du 1er juin, et provoquèrent par leur récit un véritable enthousiasme2.

Villeneuve, Penne, Sainte-Livrade et d'autres villes de l'Agenais avaient fait aussi leur soumission. Marmande les imita ensuite. Condom, resté fidèle, expulsa les factieux. L'édit de pardon du mois de mai maintenait les privilèges de toutes ces villes.

1 Archives commun. d'Agen, AA. 25, BB. 17, EE. 64.

Les Agenais avaient de nombreux griefs contre Charles de Monluc, dont la conduite, semble-t-il, avait été parfois assez singulière (V. ibid., BB. 37, f° 124, et La Ville d'Agen pendant les Guerres de religion du xvie siècle, chap. xvm).

2 Histoire religieuse et monumentale du Diocèse d'Agen, par l'abbé Barrère, t. II, p. 369; Archives commun. d'Agen, BB. 17 et 37, f° 20.

L'édit de mai 1594, sous forme d'arrêt du Conseil d'Etat, portait amnistie entière, sauf pour les cas criminels. 11 protégeait le culte catholique et n'autorisait l'autre à Agen, Marmandeet Villeneuve qu'à une demi-lieue de l'enceinte. Il maintenait les privilèges et franchises ; déchargeait des arriérés des tailles jusqu'au 31 décembre 1593 ; portait établissement définitif à Agen du Présidial, transféré un moment à Villeneuve par Matignon, et de la Becctte des tailles, et sanctionnait le Collège avec une dotation de 433 écus (Archives commun. d'Agen, AA. 18).

Cet édit fut imprimé à 24 exempl. par Jacques Bousseau, au prix de « ung escu » (Ibid., CC. 328). V. La Ville d'Agen pendant les Guerres de religion du xxi* siècle, chap. xix.

La tranquillité, toutefois, n'était pas absolument acquise. Le pays gardait comme un écho des batailles passées ; on entendait encore par les chemins des bruits inquiétants et des cliquetis d'armes ; les campagnes étaient toujours dévastées. Déjà s'étaient réunis à Astafîort les délégués des villes de la région pour une entente commune, une protection mutuelle. Une trêve d'une année avait été décidée et proclamée ; mais cette convention avait eu peu d'effet et le Parlement de Bordeaux venait d'être obligé en juin de rendre encore un arrêt sévère contre les déprédateurs. Une autre réunion eut lieu à Nérac en juillet 4594. Les envoyés des villes de Gascogne décidèrent alors la formation d'une petite armée défensive composée de 3.600 hommes de pied et d'un corps de cavalerie.

Les consuls d'Agen avaient dépêché vers le roi, le 4 juillet, Bernard de Lacombe, prieur de Saint- Cap rais, pour lui exposer toutes ces circonstances1.

Vers cette époque, l'insurrection des paysans du Limousin désignés sous le nom de Croquants, et appelés aussi Gens des Trois-Estats et Tard-advisés, insurrection qu'avait provoquée dès 1593 l'exagération des tailles, prit une plus grande extension. Le mouvement se propageait dans les provinces voisines, dans l'Agenais, le Périgord, le Quercy. Les révoltés, dont le nombre atteignit bientôt 30 ou 40.000, se disaient les protecteurs des opprimés de tout ordre, les champions de Dieu, de la Justice et du roi. Ils attaquaient les receveurs des tailles, les châteaux et

1 Bernard de Lacombe, abbé de Blasimont, prieur de Saint-Caprais et archidiacre de Saint-Etienne (V. une note de la p. 214 du t. Ier).

Dans ses Documents inédits relatifs à l'Histoire de VAgenais, p. 190, M. Tamizey de Larroque a publié la lettre des consuls d'Agen remise au prieur pour le roi,

l'agenais AU XVIe SIÈCLE 61

même les bastides, et la situation fût sans doute devenue très grave s'ils eussent été mieux armés, et surtout si l'entente ne leur eût point fait défaut. Les chefs manquaient, ou plutôt tous voulaient commander. L'absence d'unité de direction finit par paralyser cette ligue dangereuse qui, énergiquement traquée, déconcertée par la soumission des villes au roi, s'amoindrit peu à peu et disparut complètement en 1596 4.

Je n'ai à retenir ici que les événenements se rapportant à l'Agenais.

Pendant que les troupes de la Ligue occupaient le pays entre Aiguillon, Montpezat et Madaillan, plusieurs assemblées de Croquants eurent lieu dans le pays, notamment à Nérac et à Villeréal. Penne surtout était menacé à cause de son gouverneur, Christophe de Montalembert2, en lutte avec les consuls et les habitants, et à qui l'on reprochait une foule de violences.

L'alarme était grande. Monluc, alors en Comminges, assiégeait Saint-Gaudens, et Villars organisait des troupes soit pour secourir cette place, soit plutôt, pensaient les Agenais, pour marcher sur Agen.

Les trois ordres, réunis les 5 et 6 juillet dans cette ville, résolurent de recourir à des négociations en partie double. Un messager fut expédié à Monluc et trois délégués furent adressés aux Croquants et au gouverneur de Penne pour plaider la cause royale.

1 Le capitaine qui contribua le plus à la répression se nommait Chambaret Henri IV fit remise des arrérages des tailles et des subsides.

2 Sur Christophe de Montalembert, seigneur de Roger, V. une note de la p. 43 de ce vol.

Son fils, qui fut mêlé à ces événements de 1594, était Charles de Montalembert, seigneur de Roger, capitaine au régiment de Picardie, à qui Henri IV donna en 1600 la jouissance de l'abbaye d'Eysses, et dont les deux fils, François et Charles, furent aussi gouverneurs de Penne.

62 HISTOIRE IJE L'AGENAIS

Naturellement la démarche n'eut aucun succès : Montalembert reçut fort mal les envoyés, et les Croquants supposèrent une trahison1. Les Agenais, malgré tout, ménagèrent ces derniers. Ils fournirent même des vivres à une bande détachée des groupes de Villeréal, d'Eysses et de Gancon qui campait à Granfonds2.

En somme, la douceur obtint ici un résultat que la violence fut loin d'atteindre en d'autres lieux3.

Villars avait placé Thoiras à Montpezat, qu'on fortifiait encore. Une tentative sur le château de Gours échoua en octobre, et Matignon chargea Monluc de bloquer les rebelles4.

Dès son retour à Bordeaux, le maréchal reçut trois consuls d'Agen : de Boissonnade, de Vaurs et de Redon, qui lui avaient été adressés pour lui fournir des renseignements détaillés et précis ; il conféra aussi avec Monluc sur les mesures utiles. Cependant rien de sérieux ne survint.

Matignon fit son rapport au roi sur l'état des esprits dans la province5, et le 9 octobre il prescrivit une dernière sommation aux ligueurs, leur accordant huit

i Archives commun. d'Agen, BB. 37, f° 24, 210, 212, etc.

La délibération du 6 juillet 1594 a été reproduite par M. G. Tholin, au chap. xix de La Ville d'Agen pendant les Guerres de religion du xvi» siècle, ainsi que le rapport du 12 juillet d'un des délégués, Nargassier.

2 Archives commun. d'Agen, BB. 37, CC. 328 et 329.

3 Cf. Chronologie Novennaire de 1589 à 1598, par Palma Cayet (Coll. des Mémoires relatifs à V Histoire de France, de Michaud et Poujoulat, t. xn) ; Chroniques de Jean Tarde, annotées par le vicomte G. de Gérard (Paris, 1887, in-4°) ; Histoire, d'Aug. de Thou ; Histoire universelle et Mémoires de d'Aubigné ; La Ville d'Agen pendant les Guerres de religion du xvie nècle, chap. xix, etc.

4 Archives commun. d'Agen, CC. 328 ; Archives Historiques de la Gironde, t. xiv, p. 326.

5 Archives Historiques de la Gironde, t. xiv, p. 326.

l'agenais AU XVIe SIÈCLE 63

jours pour désarmer et prêter serment, sous peine de ne plus obtenir de merci *.

En cette même année 1594, les réformés de Guyenne, outrés de l'abjuration de Henri IV, se concertèrent à Sainte-Foy et prirent la résolution de continuer la lutte. Un soulèvement paraissait imminent en Agenais2 ; mais l'heure n'était plus propice.

Le château d' Aillas fut pris; plusieurs tentatives sur Marmahde échouèrent et Montpezat résistait toujours. Le château de Ladevèze, près de Sos, pris par Fabas, restait insoumis et servait de point de concentration. De nombreuses places de la Gascogne envoyaient alors à Mézin des mandataires qui convenaient d'une prise d'armes contre les routiers et d'une députation au roi, et qui adressaient au sénéchal le délégué de Laplume, nommé Lagrange. Qu'advint-il de tout cela? Bien peu de succès sans doute, puisque longtemps les mêmes désordres continuèrent.

Montpezat fit sa soumission à Matignon le 2 mars 1595. Toutefois, avant cette date, en novembre 1594, son gouverneur Thoiras, dont le château venait d'être pillé par les Croquants, se rendit coupable d'une " trahison sur la ville d'Agen ' dont nos historiens n'ont point parlé. Le fait est parfaitement acquis3. La découverte du complot, due au hasard, amena une répression rigoureuse. Un certain George fut pendu; un nommé Pinson fut mis aux fers, etc. Un brevet de confiscation daté du 8 décembre 1594 et

1 Archives commun. d'Agen, BB. 37, f° "1*10.

2 Archives Historiques de la Gironde, t. xiv, pp. 315 et 317.

3 V. une lettre des consuls d'Agen à Henri IV, datée du 1er décembre 1594, sur la découverte de ce complot. Cette lettre a été publiée par M. Tamizey de Larroque, dans ses Documents inédits relatifs à l'Histoire de rAyenais, p. 199.

signé par Henri IV, alors à Saint- Quentin, vint attribuer à divers gentilshommes les biens de Thoiras et de ses complices, saisis par le roi "à cause de la trahison par eulx faicte sur la ville d'Agen" V.

A cette occasion, les Agenais firent un pèlerinage d'action de grâce2.

Bien que l'heure du répit fût proche, les gardes durent être encore un moment réorganisées et les remparts restaurés ; mais Villars lui-même abandonnait bientôt une lutte impossible, et l'apaisement allait peu à peu se produire.

Devant Henri IV, l'horizon s'éclairait enfin. Les seigneurs ligueurs faisaient un à un leur soumission, livraient les gouvernements et les villes, mais se faisaient payer grassement. Mayenne s'était retiré à Laon, devenu le dernier refuge de l'Union moribonde. Laon avait été assiégé le 25 mai 1584, et sa prise avait amené la soumission d'Amiens, de Beauvais, etc. Les derniers combattants jetaient au vent leur dernière poudre : le duc d'Aumont en Bretagne, le duc d'Aumale en Picardie, Joyeuse3 contre Montmorency en Languedoc, d'Epernon en Provence et Mayenne en

1 V. Notes historiques sur des Monuments féodaux ou religieux du Département de Lot-et-Garonne, par J. de Laffore, p. 195.

Les Articles pour la réduction de Montpezat (2 mars 1595) et le Certificat de la remise du Château au Seigneur de Roquépine ont été reproduits par M. Tamizey de Larroque, dans Les Vieux papiers du Château de Cauzac, pp. 45-51.

2 Archives commun. d'Agen, BB. 36 et 37, CC. 328. V. aussi : Documents inédits relatifs à V Histoire de V Agenais, p. 199; Les Vieux papiers du Château de Cauzac, p. 28.

3 Henri, comte du Bouchage, duc de Joyeuse (1567-1608), frère d'Anne de Joyeuse tué à Coutras en 1587 et d'Antoine Scipion noyé dans le Tarn en 1592. Il s'était fait capucin en 1587, sous le nom de Père Ange. Il reprit les armes en 1592, se soumit en 1596 à Henri IV qui le nomma maréchal de France, et rentra aux Capucins de Paris en 1599.

Sa tille, Henriette-Catherine, épousa Louis de Bourbon, duc de Montpensier.

l'agenais AU XVIe SIÈCLE 65

Bourgogne. Montmorency fut nommé connétable; le fils du Balafré, son frère et le duc de Lorraine se vendirent. Mayenne vint plus tard, mais il vint enfin en janvier 1596, et aussi Joyeuse, qui reçut le bâton de maréchal et le gouvernement d'une partie du Languedoc.

Malgré un reste d'impopularité qui lui valut diverses tentatives contre sa vie * ; malgré une sotte guerre déclarée à l'Espagne en novembre 1595 et la prise de Calais le 17 juillet 1596, Henri, qui n'avait jamais désespéré de l'avenir, pouvait être fier de son immuable confiance. Clément VIII venait de l'absoudre; un homme dévoué, instruit, laborieux, Sully, allait rétablir ses finances ; la paix de Vervins se signait le 2 mai 1598 à la suite d'un événement militaire heureux2, et la pacification intérieure était provisoirement assurée par l'édit de Nantes.

En 1596, le sénéchal d'Agenais, Charles de Monluc, avait péri sous les murs d'Ardre, près de Calais. Son corps fut ramené à Agen, où, après de pompeuses funérailles, l'inhumation eut lieu dans l'église des Cordeliers 3. Antoine- Arnaud de Montespan reçut sa succession de sénéchal4.

1 Le principal de ces attentat* fut celui de Jean Chàtel, qui blessa seulement le roi à la bouche, le 25 décembre 1594. Châtel, jeune homme de 17 ans, fils d'un drapier de Paris, étudiait chez les Jésuites, contre lesquels le Parlement rendit un arrêt d'expulsion immédiate du royaume le 29 décembre.

Chàtel fut écartelé, un jésuite fut pendu, etc.

2 Le siège d'Amiens, qui dura cinq mois. La ville se rendit le 25 septembre

3 Aujourd'hui et depuis 1818 église paroissiale Saint-Hilaire, à la place de l'église insuffisante qui s'élevait sur le tracé de la rue Scaliger et dont la Droguerie du Sud-Ouest (Thomas et Cie) a utilisé une partie (V. une note de la [». 73 du t. i).

4 V. sur Antoine- Arnaud de Pardaillan de Gondrin et de Montespan une note de la p. 30 de ce volume.

La même année, les besoins de la guerre avaient fait envoyer par le roi, le 7 août, André de Nesmont, second président du Parlement de Bordeaux, chargé aussi de se rendre à Auch, Condom, Lectoure et Bazas. Il avait mission de réclamer à Agen trois compagnies de gens de pied et leur entretien pendant six mois. C'était une dépense de 9.000 écus.

L'Assemblée des trois ordres, convoquée le 11 avril pour recevoir cette communication, fut présidée par l'évêque Nicolas de Villars. Après trois jours de délibération et malgré les instances du prélat, un non possumus fut opposé à la demande royale. Eu égard à la situation précaire de la ville accablée d'impôts, ruinée par la guerre et très obérée , l'Assemblée proposa la réduction de son concours à 3.000 écus, en sollicitant le remboursement de cetje somme par un subside sur les marchandises passant en Garonne devant Agen.

La joie la plus vive accueillit la proclamation faite le 10 juin 1598 de la paix de Vervins1.

L'émoi s'est enfin apaisé. Aux longues années de divisions intestines, de massacres, de guerre civile,

Antoine-Arnaud de Pardaillan eut pour vice-sénéchal en 1599 N. de INadau (Archives commun. d'Agen, FF. 146.)

Les vice-sénéchaux n'eurent pas la moindre importance et peu d'entre eux sont connus. J'ai signalé Auger ou Ogier de Mothe au xme siècle et je mentionnerai un Pierre de Molère au XVIIe. Je me borne à ajouter ici quelques noms: de Montcassin, prévôt général de Toulouse (1618); de Jeyan (1685), de Brossard (1686), de Coquet, etc.

1 Sur les événements de la Ligue, on peut utilement consulter de nombreux ouvrages :

Recueil des choses les plus mémorables advenues sous la Ligue, par Goulart (Paris, 1590-1599,6 vol. in-8°); Histoire des derniers Troubles de France, par Pierre Mathieu (Lyon, 1594-1595, 2 vol. in-8°) ; Mémoires de la Ligue (Amsterdam, 1785, 6 vol. in-4°) ; L'Esprit de la Ligue, par Anquetil (Paris, 1771, 3 vol. in-12), etc., etc.

l'agenais AU XVIe SIÈCLE 67

d'alarmes constantes va succéder une période calme et heureuse qui permettra aux provinces épuisées, à la Guyenne, à l'Agenais de cicatriser bien des plaies, de réparer bien des désastres. En attendant que la fatalité ramène, hélas ! le tumulte et la lutte, la France exténuée va vivre quelques années bienfaisantes.

A la mort de Matignon, en 1597, le gouvernement de Guyenne fut attribué au prince de Condé1, et le maréchal d'Ornano2 reçut la lieutenance générale de cette province.

Les divers événements qui se rapportent à cette fin du xvie siècle sont peu nombreux et sans importance.

Le célèbre édit de Nantes du 13 avril 1598 rééditait les garanties dues aux Conférences de Nérac et au traité de Fleix. Le libre exercice de la religion réformée était admis dans tous les lieux où les précédents édits permettaient d'ériger des temples, et partout où la pratique en était acquise en août 1597. Àgen, cependant, se trouvait excepté de ce principe, puisqu'il restait frappé d'interdiction jusqu'à une demi-lieue de ses murs. La même exception atteignait Marmande et Villeneuve, mais non dans leurs banlieues. Je reviendrai sur cette circonstance.

Les huguenots d'Agen construisirent un temple à Boé, en dehors de la zone réservée.

L'article 31 de l'édit prescrivait l'établissement à Bordeaux et à Nérac de Chambres de Justice mi-partie,

1 Sur Henri II de Bourbon, prince de Condé, V. une note de la p. 7(J.

2 Alphonse d'Ornano, né en 1548, mort en 1610, était fils d'un capitaine corse servant la France, assassiné dans son service (1407-1567).

D'abord colonel général des Corses au service de la France, puis gouverneur de Valence et de Pont-Saint-Esprit, Alphonse d'Ornano joua un rôle actif pendant les guerres de religion. Il fut un des premiers à reconnaître Henri IV, qui le nomma lieutenant général en Guyenne et maréchal de France.

se composant chacune de deux présidents et de douze conseillers.

L'enregistrement de l'acte royal rencontra quelque résistance des Parlements; certains religionnaires formulèrent même des protestations et tentèrent une démonstration hostile à Sainte-Foy, dans une assemblée inspirée par La Trémouille1 et Turenne qui n'aboutit qu'à de stériles déclamations. Un synode provincial, où se trouvaient vingt-sept ministres, eut lieu au château de Nérac du 16 au 19 septembre 1598 ; une autre assemblée tenue à Tonneins le 20 septembre 1599 décida l'envoi de députés au roi pour hâter l'enregistrement de l'édit par le Parlement de Bordeaux2.

Les seigneurs de La Force3 et du Refuge4 furent nommés commissaires spéciaux pour l'exécution de l'édit de Nantes en Agenais.

C'est en 1599 qu'eut lieu l'annulation par le pape et

1 Sur les ducs de La Trémouille, V. une note à la date de 1615.

2 V. Chronique iVhaac de Pérès, pp. 72 et 84.

3 Jacques Nompar de Caumont, marquis, puis duc de La Force, né en 1558, mort en 1652, fils puîné de François de Caumont, seigneur de Castelnau, et de Philippe de Beaupoil, dame de La Force. Capitaine des Gardes en 1592, gouverneur de Béarn en 1593, il avait échappé miraculeusement au massacre de la Saint-Barthélémy dont son père et son frère aîné furent victimes. Le roi de Navarre l'avait fait gouverneur de Sainte-Foy et de Bergerac. Nous le verrons prendre une très grande part à la guerre des princes.

Condamné à mort par le Parlement de Bordeaux, il fut ensuite pardonné et fait maréchal de France. Il était en Savoie, en Lorraine et en Allemagne de 1629 à 1638 et devint duc et pair en 1639.

Ses Mémoires et ceux de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnau, ont été publiés en 1843 : Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de La Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnau, recueillis, mis en ordre et précédés d'une Introduction, par M. de Lagrange (Paris, 1843, 4 vol. in-8°).

4 Eustache Du Befuge, seigneur de Précy et de Courcelles, maître des requêtes, puis conseiller au Parlement de Paris et conseiller d'Etat, ambassadeur en Suisse en 1607, mort en 1617. 11 épousa la fille du chancelier de Bellièvre.

l'agenais AU XVIe SIÈCLE 69

du consentement des parties du mariage de Henri IV et de Marguerite de Valois, annulation prononcée pour cause de parenté.

La même année, la baronnie d'Aiguillon fut érigée en duché-pairie, avec les terres de Montpezat, Sainte- Livrade, Madaillan et Dolmayrac, en faveur de Henri de Lorraine, fils de Mayenne, par lettres patentes données à Blois1. Ces lettres ne furent enregistrées que le 2 mars de l'année suivante par le Parlement de Paris, dont la résistance fut difficile à vaincre, et qui émit le vœu qu'à défaut d'enfants mâles, Aiguillon et les autres terres comprises dans ce duché-pairie ne fussent pas réunies à la couronne, mais fissent retour aux plus proches héritiers, le titre de pairie demeurant éteint.

Du reste, Marguerite, comtesse d'Agenais, ne manqua pas de protester contre cette érection, par requête du 23 décembre 1603. Elle obtint seulement, le 28 février 1604, son maintien en jouissance de la justice et autres droits et devoirs, y compris le droit d'hommage; mais il fut déclaré alors que le siège ducal ne serait point rétabli. Nous verrons plus tard comment le successeur de Henri IV tint compte du vœu du Parlement de 1600 et de la stipulation de 1604.

En cette même année 1599, une grande inondation de la Garonne et du Lot vint causer d'immenses dommages dans les deux vallées. J'ai dit combien il est difficile aujourd'hui d'évaluer exactement la hauteur

1 Henri II de Lorraine (1578-1621) devint duc de Mayenne à la mort de son père Charles, en 1608.

Nous savons que lo duché d'Aiguillon était venu aux ducs de Mayenne par Le mariage, en 1576, de Charles de Lorraine avec Henriette de Savoie, fille de Honorât de Savoie, marquis de Villars, et de Françoise de Foix, issue des Montpezat d'Agenais.

70 HISTOIRE DE i/AGENAIS

de ces crues d'autrefois. A Agen, le mur de ville clôturant le jardin des Cordeliers fut renversé. A Villeneuve, le 19 mars, le pont fut très éprouvé, et aussi sa grande tour centrale, qui, à la suite de cet ébranlement, s'écroula dans le Lot le 2 février 1600 sous l'action de gelées intenses.

Nous voici arrivés à la fin de ce xvic siècle si rempli, si agité, et auquel notre région doit une bonne part de l'intérêt de son Histoire.

Nul de nous ne saurait rester indifférent au souvenir de ces grandes luttes civiles auxquelles l'Agenais fut si largement mêlé. Nous avons vu combien nos pères surent tenir alors avec honneur le rôle considérable que le sort leur départit. Nous les reverrons bientôt, dans des circonstances non moins graves, combattre encore sans défaillance pour la défense de leur liberté.

J'ai mentionné, en passant, plusieurs hommes célèbres de ce siècle appartenant à l'Agenais, notamment Bernard Palissy et Joseph Scaliger. Quelquesautres encore me paraissent devoir être rappelés :

Malvin (Geoffroy de), seigneur de Cessac, conseiller lai au Parlement de Bordeaux, né au château de Cessac, en Agenais, vers 1541.

Son père, Charles de Malvin, né à Agen vers 1495, avait professé le droit à Toulouse et à Poitiers, avant de devenir lieutenant particulier du sénéchal d'Agenais en 1542. 11 avait épousé Jeanne de Gaillard, dame de Cessac, qui lui apporta ce fief en dot, et il obtint, quoique marié, une charge de conseiller clerc au Parlement de Bordeaux, charge qu'il abandonna en 1576. Il mourut en 1578.

LAGENAIS AU XVIe SIÈCLE 71

Geoffroy de Malvin fut nommé conseiller lai en 1568, épousa Jeanne de Salignac de La Mothe Fénelon en 1571, fut député vers le roi en 1580 et 1582, fit partie en 1606 de la Chambre mi-partie de Nérac et mourut en 1616. Ami intime de l'historien de Thou, magistrat éloquent et de grande science, il laissa trois ouvrages imprimés à Bordeaux en 1563 *.

Maniald (Etienne de), médecin célèbpe en Guyenne au xvic siècle, né à Clairac vers 1535, mort à Bordeaux en 1599, médecin ordinaire de la ville de Bordeaux, poète latin et helléniste distingué.

Massac (Raymond de), médecin et poète, né à Clairac en 15..., mort à Orléans vers 1606. Il fut doyen de la Faculté de Médecine d'Orléans et écrivit un poème latin en deux livres, imprimé en 1597-1599 et annoté par Le Vasseur sur les Fontaines de Pougues.

Son fils Charles de Massac, avocat et poète, né aussi à Clairac en 15..., publia une traduction française du poème sur Les Fontenes de Pougues (Paris, 1605, in-8°), et une traduction des Métamorphoses d'Ovide qui parut seulement en 1617 2.

Raymond (Florimond de), magistrat et historien, né à Agen en 1540, mort à Bordeaux en 1601, conseiller au Parlement de Bordeaux à partir de 1570, succédant à Michel de Montaigne. Il était fils de Ptobert de Raymond, sieur de La Combe-Suquet, plus tard conseiller au Présidial d'Agen.

Les ouvrages de Florimond de Raymond sont bien connus. Ils furent violemment attaqués, mais on ne saurait contester leur valeur3.

1 V. l'article Malvin de la Bibliographie générale de l'Agenais, t. n.

8 V. les articles Massac du même répertoire.

'' Outre l'art. Raymond de la Bibliographie de l'Agenais, V. sur Florimond

Plusieurs poètes méritent aussi une mention. J'ai cité Jean de La Goutte à l'année 1520 et Antoine de La Pujade en 1589. J'ajoute ici les deux suivants :

Du Sable (Guillaume), né à Agen vers 1540, mort en 1615, ami de La Pujade qu'il a byperboliquement loué. Il servit domestiquement sept rois : François Ier, Henri II, François II, Charles IX, Henri III, Henri IV et Louis XIII. Son unique recueil : La Muse chasseresse... (Paris, 1611, in-12) a été vanté par Golletet et reproduit partiellement de nos jours1.

Le Double (Pierre), né à Agen vers 1565, conseiller au Présidial d'Agen, puis au Parlement de Bordeaux, poète signalé par Golletet et dont on ne connaît guère qu'une longue pièce latine imprimée en tête de Y Anti-Christ de Florimond de Raymond2.

Citerai-je aussi Bernard- Georges Pénot, médecin et alchimiste, né à Port-Sainte-Marie vers 1520, mort à l'hôpital d'Yverdun (Suisse) en 1617? Ce Bernard Pénot, qui sacrifia une fortune considérable à la propagation des théories de Paracelse et qui mourut dans la plus affreuse misère, avait acquis une vraie notoriété et laissa plusieurs ouvrages curieux3.

de Raymond et ses ouvrages : Essai sur la vie et les ouvrages de Florimond de Raymond, conseiller au Parlement de Bordeaux, par Tamizey de Larroque (Paris [Bordeaux], 1867, in-8°).

1 Paul Lacroix, La Muse chasseresse... (Paris, 1884, in-16).

2 Sur Guillaume Du Sable et son œuvre et sur Pierre Le Double, V. les articles spéciaux qui leur sont consacrés dans la Bibliographie de VAgenais.

3 V. L'Alchimie et les Alchimistes, par Louis Figuier (Paris, 1860, in-12, p. 188), et l'art. Pénot de la Bibliographie de l'Agenais, t. il.

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