‹ Histoire de l'AgenaisChapitre 5 sur 68 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'Agenais au xvue siècle — Henri IV et Louis XIII — Neuvième guerre

de religion.

es premières années du xvnc siècle furent loin de présenter l'agitation des périodes antérieures. Elles n'offrent donc pas pour notre Histoire le même intérêt.

La mort avait délivré Henri IV, en 1599, d'une liaison tenace. Gabrielle d'Estrées1 disparaissant, il s'était rangé à l'avis du Parlement et de ses ministres en négociant son divorce avec Marguerite et son mariage avec la fille du grand-duc de Toscane. Marguerite vivait dans ses châteaux d'Auvergne. Moyennant

1 Gabrielle d'Estrées (1571-1500), iille d'Antoine d'Estrées qui devint grand maître de l'artillerie, d'abord maîtresse de Henri III, puis de Henri IV. Ce dernier la lit marquise de Monceaux et ducbessc de Beaufort, et l'eût peut-être épousée si une attaque d'apoplexie (on a dit un empoisonnement) ne lut venue renverser ce projet. Elle eut deux fils de Henri IV : César et Alexandre de Vendôme, et une fille qui épousa le duc d'Elbeuf.

un douaire et l'autorisation d'habiter Paris, elle consentit aisément au divorce, qui, je le répète, fut prononcé la même année, et le mariage du roi et de Marie de Médicis eut lieu le 9 décembre 1600.

Henri IV avait eu d'ailleurs à réprimer les entreprises de Charles-Emmanuel, duc de Savoie, qui avait usurpé sur Henri III le marquisat de Saluées et proposé d'abord une transaction, dans l'espérance de voir se raviver les dernières étincelles de la Ligue. Deux armées, commandées par les maréchaux de France Biron1 et Lesdiguières, marchèrent contre le duc, qui fut obligé de se soumettre en janvier 1601.

A la suite de tant de secousses, une réaction devait naturellement se produire. Les catholiques obtinrent des dédommagements. Les commissaires chargés d'assurer l'exécution de l'édit de Nantes s'efforcèrent de rétablir le culte dans des conditions normales. Certaines villes, comme par exemple Clairac, n'avaient plus d'église : il fallut y pourvoir.

J'ai nommé Clairac. Son église paroissiale et son abbaye ayant été détruites, on y reconstruisit l'église du faubourg.

Ce fut comme une sorte de pieux élan qui se traduisit par la fondation soudaine d'une foule de congrégations et de confréries religieuses2, pendant que les réformés tentaient encore de s'opposer à l'exécution

1 Charles de Gontaud, duc de Biron, né en 1562, fils du maréchal Armand de Gontaud, baron de Biron, dont il a été fréquemment parlé au chap. précédent.

Maréchal de France en 1591, duc et pair en 1598, Charles de Gontaud fut décapité en 1602.

2 Des confréries de Pénitents, si chères à Henri III qui aimait à se couvrir de leur cagoule, s'établirent à Agen.

Les Pénitents bleus y existaient depuis 1590. Ils s'étaient établis dans le quartier Saint-Louis, rue Saint-Jérôme (aujourd'hui Henri-Martin) — Les Pénitents Blancs elles Pénitents Gris s'installèrent en 1600, les premiers chez les religieux Antonins; les autres dans l'ancienne Commanderie de Sainte-Quitterie

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de l'édit dans des conciliabules orageux tenus à Sainte-Foy en 1601.

La Chambre de l'Edit de Nérac fut installée dans cette ville et y tint sa première séance le 29 mars 1601. Son fonctionnement provoqua d'abord de légers troubles.

La naissance du dauphin Louis , premier fils de Henri IV, le 25 septembre, donna lieu à des manifestations joyeuses et à des fêtes. Le pays avait retrouvé quelque tranquillité ; mais l'exécution de l'édit rencontrait bien des entraves, et les protestations étaient toujours vives et nombreuses. Les procès portés devant la Chambre de Nérac devenaient laborieux, embrouillés, difficiles. Je ne m'y arrête pas ici, le sujet devant revenir plus tard sous ma plume.

Les partis n'avaient pas, du reste, complètement désarmé à l'intérieur. Les seigneurs royalistes, Biron à leur tête, avec le comte d'Auvergne1 et les ducs de Savoie et de Bouillon (Henri de La Tour d'Auvergne), projetaient de se tailler chacun un petit Etat dans la France. Biron, gouverneur de Bourgogne, comptait

d'abord, puis dans la rue Fon-Nouvelle, coté ouest, où ils bâtirent leur église en 1632.

La Révolution fit aux confréries de Pénitents le même sort qu'aux autres communautés religieuses.

Un essai de réorganisation fut tenté en 1800. Les Blancs se réunirent à l'ancienne église Saint-Hilaire, aujourd'hui démolie; les Bleus adoptèrent l'antique chapelle de Notre-Dame-du-Bourg, puis les Jacobins ; enfin les Gris passèrent par Saint-Caprais et Sainte-Foi, avant de se fixer à la chapelle des Martyrs, lors de la suppression, en 1619, du vieil hôpital qui existait sur ce point.

Les Pénitents ont complètement disparu depuis 1856.

1 Charles de Valois, com te d'Auvergne, bâtard de Charles IX, était le fils de Marie Touchet. Celle-ci épousa le comte François de Balzac d'Eutragues, dont elle eut une fille, Henriette, marquise de Yerneuil, une des plus célèbres maîtresses de Henri IV.

Après avoir été gracié d'une condamnation capitale en 1602, le comte d'Auvergne se mêla en 1604 à une autre conspiration que dirigeait sa sœur utérine

sur la Guyenne dont la Noblesse avait été si dévouée à son père. La conspiration fut découverte. Le duc de Bouillon s'enfuit à Genève ; mais Biron et le comte d'Auvergne furent arrêtés et déférés au Parlement, qui prononça contre eux un arrêt de mort le 29 juillet 1602. Le comte obtint sa grâce. Biron, que le roi avait déjà pardonné une première fois, eut la tête tranchée dans sa prison, à la Bastille, le 31 juillet.

A la suite de l'exécution de Biron, les amis du duc de Bouillon tentèrent encore, en 1605, un soulèvement en province. Quelques seigneurs agenais entrèrent plus ou moins dans cette nouvelle intrigue1, et conçurent le projet de s'emparer de Villeneuve, à l'aide d'une petite armée que devait organiser Jean de Pompadour2 et qui marcherait ensuite sur Bordeaux. Mais, dénoncés, treize des principaux chefs furent arrêtés, déférés à Limoges à un tribunal des Grands Jours, condamnés à mort et déchus de noblesse dans leur descendance. Six d'entre eux furent même décapités dans cette ville.

Une certaine effervescence persistant dans le Midi,

Henriette d'Entragues, abandonnée par le roi malgré une promesse écrite de mariage. Le 1er février 1605 furent condamnés: le comte et d'Entragues à mort, et Henriette à la prison ; mais Henri se borna à exiler d'Entragues et à tenir le comte sous les verrous, en faisant grâce à son ancienne maîtresse.

Nous allons voir le même comte d'Auvergne compromis encore dans la conspiration de Biron.

François de Balzac d'Entragues, arrière-petit-fils de Bobert de Balzac, le sénéchal d'Agenais de la fin du XVe siècle, livra à Henri IV la promesse souscrite à sa sœur. Son frère cadet était Charles de Balzac, comte de Graville, surnommé le bel Entra(juet.

1 Parmi ces seigneurs agenais se trouvaient Jacques de Vesins, François de Lusignan, Jean-Charles de Carbonnières, seigneur de La Capelle-Biron, etc. Aucun d'entre eux ne fut poursuivi ; mais le château de La Capelle-Biron, où les conciliabules avaient eu lieu, fut alors rasé.

2 Jean de Pompadour, baron de Laurière, second fils de Louis et de Pey-

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Henri le parcourut en 1606 avec une petite armée, démolit plusieurs châteaux et forteresses et fit quelques exemples qui ramenèrent Tordre.

L'Espagne, cheville ouvrière de toutes les conspirations, âme de tous les complots, instigatrice de toutes les intrigues n'était plus, sous Philippe III, la puissante Espagne de jadis ; mais intimement unie à l'Autriche, elle avait gardé ses possessions et ses richesses. Henri IV la considérait comme sa principale ennemie et rêvait une transformation de la Garte d'Europe.

Je n'ai pas à insister sur les vastes projets politiques du roi, ni à parler des affaires d'Angleterre, des Pays-Bas et d'Allemagne de 1607 à 1610. Ces quelques lignes suffisent à résumer pour nous un règne pendant lequel la vie de l'Agenais fut très peu accidentée.

L'évêque Nicolas de Villars mourut à Agen le 12 décembre 1608. Il fut remplacé par son neveu et vicaire général Claude Gelas, ex-ligueur rallié au roi converti, conseiller d'Etat et trésorier des Saintes-Chapelles de Paris et de Vincennes. Sacré en 1609 à Paris, ce nouveau prélat ne prit possession personnelle qu'en 1612 d.

Henri IV avait levé trois armées et comptait se mettre à la tête de celle qui devait opérer dans les duchés de Clèves et de Juliers. L'avant- veille du jour

ronne de La Guiche. Il épousa Charlotte de Fumel, fille de François, baron de Fumel, et de Jeanne de Caumont-Lauzun. Son frère aîné, Léonard-Philibert, marquis de Pompadour, maréchal de camp en 1622, mourut en 1634.

1 J'ai rappelé que Joseph Scaliger mourut à Lcyde le 21 janvier 1609.

En 1603 était mort à Paris, sa ville natale, le célèbre théologal de Condom Pierre Charron, auteur du Traité de la Sagesse (Paris, 1601, 1604, etc.).

Enfin, en 1606, Jehan Damait, conseiller et procureur du roi au Présidial d'Agen, publia le premier corps d'histoire sur notre pays :

Bemonstrance ou Harangue sollemnelle, falote en la Cour de la Seneschaucêe et siège Présidial d'Agenois et Gascongne à Agen, aux ouvertures des Plaidoyries après la S. Luc... Ensemble les Antiquités de la Ville d'Agen

iixé pour son départ, le 14 mai 1610, le lendemain du sacre de la reine nommée régente pour le temps de son absence, il allait rendre visite à Sully, logé à l'Arsenal, quand un embarras de voitures arrêta son carrosse dans la rue de la Ferronnerie. A ce moment, un misérable nommé Ravaillac d le frappa de deux coups de couteau qui l'atteignirent au cœur. Le roi mourut aussitôt. Il n'était âgé que de 57 ans.

La mort de Henri IV causa en Europe un moment de stupeur. La France ressentit cruellement cette perte. En Agenais la douleur fut très vive ; l'Albret surtout fut en deuil : il perdait le prince populaire qui lui rendait si bien son affection2.

Ce triste événement éclatait comme un coup de foudre, au moment où la quiétude si chèrement achetée ramenait avec elle une prospérité longtemps perdue.

Paris fut consterné. L'anarchie pouvait soudain renaître. Des mesures énergiques furent prises par d'Epernon. Le Parlement s'assembla, déclara la reinemère régente pour Louis XIII, âgé seulement de neuf ans, et forma un Conseil comprenant les princes du sang, les ducs d'Epernon, de Mayenne et de Guise3

et Pays d' A génois, année par année, depuis dix sept cens ans en ça, jusques en restât présent de la dite ville et pays, etc. (Paris, F. Huby 1606, in-12).

Harangue singulière, qui dut certainement être remaniée ou transformée pour l'impression; livre étrange, mais fort curieux, dont il serait injuste de dire le moindre mal (V. la Bibliographie générale de V Agenais, t. i).

Jehan Damait était né à ou près Villeneuve vers 1565.

1 François Ravaillac (Angoulême, 1578), successivement clerc de procureur, valet de chambre et maître d'école. C'était une sorte d'halluciné qui, sans complices quelconques, s'était imaginé qu'en tuant le roi il servirait puissamment l'Eglise.

2 Nérac, où tout parlait du roi, fut plongé dans la désolation. Il a toujours gardé son souvenir et lui a élevé une statue en 1830.

3 Charles de Lorraine, 4e duc de Guise, prince de Joinville, duc de Joyeuse, etc. (1571-1640), déjà cité, fils aîné du Balafré, après l'assassinat duquel il avait été emprisonné à la Bastille jusqu'en 1591. il s'était soumis à Henri IV

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et les ministres du roi défunt. Malheureusement un autre Conseil occulte formé de l'aventurier Concini1, du Père Cotton2 et de l'ambassadeur d'Espagne allait primer le premier et imposer sa politique. Un traité secret fut signé pour les mariages de Louis XIII avec l'infante Anne d'Autriche, et d'Elisabeth de France avec Philippe d'Espagne, plus tard Philippe IV.

Du reste, les inquiétudes inspirées par la disparition si imprévue de Henri IV étaient des plus légitimes. Les protestants ne tardèrent guère, en effet, à s'agiter sur bien des points ; mais les premiers troubles qui signalèrent la minorité du roi touchèrent peu notre province, dont nous avons vu Gondé3 devenir gouverneur en 1597, après Matignon. Ce prince n'y vint qu'en 1611 et fit une entrée solennelle dans Agen en

en 1594 et alla chercher Anne d'Autriche en Espagne en 1615. Son attachement à Marie de Médicis l'ayant desservi, il alla s'établir à Florence.

1 Concino Concini, maréchal d'Ancre, fils d'un notaire de Florence, aventurier venu en France à la suite de Marie de Médicis et qui exerça sur l'esprit de celle-ci une influence absolue. Comblé de faveurs, mais insolent et rapace, il était éxecré de tous. Louis XIII le fit assassiner par Vitry, capitaine de ses Cardes, en 1617.

Sa femme Léonora Dori, dite Galigaï, fut décapitée et brûlée en 1617.

Concini possédait en Agenais le château de Ferrassou, canton de Penne, qu'il avait fait reconstruire (V. A. Cassany-Mazet, Essai sur le quatrième Arrondissement du département de Lot-et-Garonne, p. 170).

2 Pierre Cotton, jésuite et prédicateur (1564-1626). Il avait été le confesseur de Henri IV et fut aussi un momment celui de Louis XIII. Son ordre lui dut d'être rappelé de l'exil.

:i Henri II de Bourbon, prince de Condé et duc d'Enghien, fils posthume de Henri 1er, mort en 1646.

Il avait épousé en 1606 Charlotte de Montmorency qui inspira une si vive passion à Henri IV et qu'il dut emmener hors de France. Il ne revint qu'après la mort de ce roi.

Henri II de Bourbon, que nous verrons se mêler à toutes les intrigues de son temps, fut chef du Conseil de régence à la mort de Louis XIII, en 1643, et laissa deux fils : Louis II de Bourbon, surnommé le Grand Condé, et Armand, auteur de la branche des princes de Conti. Sa fille, Anne-Geneviève de Bourbon, devint la célèbre duchesse de Longueville.

A la première mention du père de Henri II de Bourbon, à la date de 1560 (p. 209 du l Ier), son nom a été imprimé Henri II, au lieu de Henri Ier.

août. Son lieutenant général, le maréchal d'Ornano, mort Tannée précédente, avait été remplacé par le baron Antoine de Roquelaure1.

La Noblesse crut pouvoir profiter des circonstances et revenir à sa turbulence et à ses ambitions. Des besoins nouveaux réclamaient des ressources nouvelles qu'il fallait se procurer à tout prix, et la guerre était le meilleur des moyens : on en avait d'ailleurs contracté l'habitude.

Sous prétexte de protester contre les abus de la cour, Condé, Longueville, Bouillon, Vendôme2 et Nevers3 se retirent. De Sedan, le prince déclare sa révolte, et afin, dit-il, de servir les intérêts de l'Etat réclame une convocation des Etats généraux. Concini, effrayé, négocie avec les seigneurs rebelles. Par le traité de Sainte-Menehould, il leur fait accorder pensions, charges et indemnités le 15 mai 1614 et des Etats généraux sont promis ; mais Gondé désarme à peine. La reine fait alors déclarer son fils majeur, assemble les Etats à Paris, et l'édit de Nantes est confirmé.

Sur des ordres venus en juillet, le sénéchal d'Agenais, Jean-Paul d'Esparbès de Lussan, convoqua pour

1 En janvier 1611, l'Hôtel de Ville de Nérac fut détruit par un incendie. Les Archives ne purent même pas être sauvées. C'est une perte profondément regrettable sans doute pour l'histoire de notre région.

Un procès-verbal d'enquête sur cette catastrophe fut dressé le 7 janvier 1611. Il a été reproduit à sa date dans une note de la Chronique d'Isaac de Pérès, p. 250.

2 César, duc de Vendôme, fils naturel de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, né en 1594, légitimé en 1595, mort en 1665.

Il suivit Louis XIII en Guyenne en 1621 ; puis, ayant fait partie de la conspiration de Chalais, il fut enfermé à Vincennes, d'où il ne sortit qu'en 1630 pour se réfugier en Angleterre. Revenu en France à la mort de Richelieu, il fut exilé en 1643 pour sa participation à la faction des Importants, cessa alors toute opposition à Mazarin et reçut en 1650 le gouvernement de Bourgogne.

3 Charles II de Gonzague, duc de Nevers, fils de Henriette de Clèves et de Louis de Gonzaçue.

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le 6 août une Assemblée des trois ordres. Dès le 5 août, la Jurade d'Agen délibéra et choisit pour députés du Tiers Julien de Cambefort, premier consul de la ville, et Jean de Sabaros*, avocat au Parlement de Bordeaux, syndic du pays.

L'Assemblée générale, qui eut lieu au couvent des Jacobins, ratifia ce choix et adjoignit aux deux élus un troisième délégué, Jean de Villemont, conseiller et procureur du roi en la sénéchaussée d'Agenais. Les autres députés désignés furent l'évêque Claude Gelas pour le Clergé ; François-Nompar de Caumont, comte de Lauzun2, et François de La Goutte, baron du Buisson3, pour la Noblesse4.

* Jean II de Sabaros, seigneur de La Mothe-Bouge, mort en 1628. Il avait épousé en 1599 Marguerite de Lescazes, fille de Jean deLescazes, juge d'Agen. Son fils, Jean III de Sabaros, fut conseiller au Présidial de la même ville.

2 François-Nompar II de Caumont, chevalier, comte de Lauzun, conseiller du roi, maréchal de camp, etc., fils de Gabriel-Nompar de Caumont et de Charlotte d'Estissac.

Il avait épousé Catherine, fille de Philibert de Gramont, comte de Guiche, et fut le père de Gabriel-Nompar II de Caumont, marquis de Puyguilhem, qui sera rappelé, et de Charlotte de Caumont, mariée en 1611 à Frédéric de Foix, comte de Gurson et de Fleix.

François de Caumont devint en 1615 capitaine des cent gentilshommes au bec de corbin, charge dont il se démit en 1616 en faveur de son fils Gabriel.

La compagnie des cent gentilshommes au bec de corbin, ou Grande Garde, instituée en 1474, avait eu pour premier capitaine Hector de Galard, chambellan de Louis XI, celui qui, dans le jeu de cartes, est figuré par le valet de carreau. Ce Hector de Galard était fils de Jean Ier de Galard, seigneur de Brassac, et frère de Pierre de Galard de Brassac, grand sénéchal de Quercy (V. Documents historiques sur la Maison de Galard, t. H, pp. 537-562).

3 François de la Goutte, baron du Buisson, chevalier, seigneur de Cours, Prats et La Pujade (ou La Poujade).

Il était peut-être le fils du poète Antoine de La Pujade cité à la date de 1589.

4 Les députés de Condomois et Gascogne furent Antoine de Cours, évêque d'Aure et coadjuteur de l'évêque de Condom pour le Clergé ; Jean Du Bouzet, seigneur de Poudenas, et Jean-Paul de Monlezun, seigneur et baron de Meilhan, pour la Noblesse ; Guillaume Ponchalon, sieur de La Tour, consul de Condom, et Baymond de Goujon, bourgeois et jurât de la même ville, pour le Tiers Etat.

niSTOIRE DE L'AGENAIS, T. II. 6

La rédaction des Cahiers commença dès le lendemain et fut terminée dans huit jours. Les consuls dressèrent aussi des Cahiers particuliers sur les affaires de la ville.

Copiés à six exemplaires, les Cahiers du Tiers furent confiés, scellés et cachetés, aux délégués de Villeneuve, Marmande, Monflanquin , Castillonnès et Tournon. Ces Cahiers, comprenant 127 articles méthodiquement groupés, sont des plus curieux.

Les Etats généraux furent tenus du 10 septembre 1614 au 23 février 1615. L'antagonisme entre la Noblesse et le Tiers Etat s'accentua surtout au sujet de la surséance des pensions et de la réduction des tailles. On dut se séparer sans avoir abouti à la moindre solution.

Une longue digression sur la valeur des plaintes et des vœux présentés aux Etats, sur la marche et le développement des revendications politiques dans les Cahiers du Tiers pourrait trouver ici sa place, si le comportait mon programme ; mais je dois passer outre. Ce travail-là, du reste, a été fait déjà, et fait au mieux1.

A l'instigation des princes et après l'avortement des Etats, le Parlement de Paris osa présenter au roi de hardies remontrances tendant à substituer sa propre autorité à toute autre. Un arrêt du Conseil supprima ces remontrances, et Condé quitta brusquement la cour; mais enfin, mieux inspiré, le Parlement se soumit.

1 Cahiers des doléances du Tiers Etat du pays d'Agenais aux Etats généraux, par G. Tholin, pp. 11-79.

M. Tholin a produit les Cahiers de 1G14 in extenso. Il les a fait suivre d'un commentaire, et même d'une excellente dissertation sur l'état des personnes et des choses en Agenais au commencement du xvne siècle.

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Cependant Gondé et les siens publièrent un manifeste le 9 août, levèrent des troupes et firent appel aux protestants du Midi. Ils furent déclarés criminels de lèse-majesté et commencèrent aussitôt une guerre de partisans. Depuis déjà deux ans, le duc de Rohan1 était entré en campagne et s'était emparé de Saint- Jean-d'Angely. Des Assemblées provinciales des réformés s'étaient tenues à Bergerac et à Tonneins. A Bergerac, un défi du baron de Bénac2, sénéchal de Bigorre, au marquis de La Force, gouverneur du Béarn, causa quelque tumulte. En retenant Bénac à Montpouillan, Boisse-Pardaillan 3 empêcha la rencontre, qui devait avoir lieu en Gascogne.

Marguerite de Valois, la première femme de Henri IV,

1 Henri Ier duc de Rohan (1579-1638). Créé duc et pair en 1G03, il épousa en 1605 Marguerite de Béthune, fille de Sully. Il s'unit à Condé, qu'il suivit aussi dans sa soumission en 1616. Son rôle eut une réelle importance dans les dernières guerres de religion. Il se distingua en Béarn en 1621 et 1623, reçut les gouvernements de Nîmes et d'Uzès après la paix de Montpellier et concourut à la répression des mouvements de 1627 et 1629.

Généralissime des troupes de Venise, puis ambassadeur de Louis XIII, il battit le duc de Lorraine en Alsace en 1635, et mourut en 1638 de blessures reçues à Rhinfeld en combattant sous Bernard de Saxe-Weimar.

Henri de Rohan laissa divers écrits militaires, et aussi des Mémoires sur les choses qui se sont passées en France depuis la mort de Henri le Grand jusqu'au mois de juin 1629 (Amsterdam, 1644, in-16 ; 1661, 2 vol. in-12). Ces Mémoires intéressants ont été souvent réimprimés et sont insérés dans les grandes collections.

2 Bernard de Montaut, baron de Bénac, premier baron du Béarn. Son fils, Philippe de Montaut, baron de Bénac, fut aussi sénéchal et gouverneur de Bigorre en 1650, puis marquis de Bénac, duc de Lavedan et pair de France. Il mourut en 1654. Le fils de ce dernier, Philippe, duc de Montaut (1660), fut maréchal de France en 1665 et mourut en 1684.

3 Pierre d'Escodéca, baron de Boisse, de Pardaillan, d'Allemans, etc., fils de Jean d'Escodéca, seigneur de Boisse (en Périgord), et de Marguerite d'Aspremont. Ancien compagnon d'armes du roi de Navarre, il devint maréchal de camp en 1619, gouverneur de Bourg-cn-Bressc, puis de Sainte-Foy et de Monheurt. Ce fut un des plus grands duellistes de son temps. Je mentionnerai plus loin son assassinat, en 1621.

V. la Notice sur le Château, les anciens Seigneurs et la Paroisse de Mauve' fttw, par l'abbé Mis, p. 191 et suivantes; La France Protestante, etc.

mourut le 27 avril 1615, et l'Agenais fut aussitôt réuni à la couronne.

La cour de France partit le 17 août 1615 pour aller chercher la fiancée du roi et conduire la princesse Elisaheth. Elle était escortée d'une petite armée, que suivaient de loin les troupes de Gondé n'osant pas tenter d'attaque. Le roi était à Bourg-sur-Dordogne le 6 octobre. Roquelaure gardait le passage de Guîtres avec 4.000 arquebusiers.

Le cortège arriva à Bordeaux le 7 octobre, et Anne d'Autriche le 21 novembre. Le mariage d'Elisabeth de France et de don Philippe eut lieu par procureur le 18 octobre, et le 25 novembre celui de Louis XIII et d'Anne d'Autriche fut célébré en grande pompe dans la Cathédrale Saint-André. Le roi et la reine sortirent de Bordeaux le 29 pour faire leur entrée solennelle1. Ils séjournèrent ensuite dans cette ville deux mois et demi, et Louis XIII y tint en Parlement son lit de justice le 10 décembre.

Les hostilités entamées sur divers points par les réformés avaient peu d'entrain.

Pendant le voyage du roi , des rassemblements avaient eu lieu à Villefranche et à Sainte-Foy. Devant cette dernière ville, quelques troupes de Guise avaient battu un corps de Gondé2. Une armée de 2.000 fantassins et 400 chevaux, commandée par Pardaillan, La Force et Fabas, se rabattit en observation ; puis

1 La relation des fêtes données à Bordeaux à cette occasion fut imprimée à Paris en 1615. M. Tamizey de Larroque a reproduit et annoté la plaquette de cette époque : Une Fête bordelaise en 1615. Relation contemporaine, avec un Avertissement et des notes (Bordeaux, 1892, in-8°).

2 V. La Deffaicte des reistres et autres troupes du prince de Coudé, faicte par le duc de Guise, devant la ville de Saincte-Foy (Troyes, 1615, pet. in-8° de 4 ff.).

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traversa la Garonne, prit Damazan et assiégea le Masci' Agenais que défendait Jacques Du Duc1, sur commission de Roquelaure, et le sieur de La Barthe2, commandant nommé par le prieur du Chapitre. Le seigneur de Calonges 3, chef des protestants de la contrée, seconda les assiégeants et, aidé par une trahison, introduisit 600 hommes dans le château dont il était gouverneur. Aussitôt dans la place, cette troupe dévasta le fauhourg, l'église et le couvent des Gordeliers et fit sauter la porte dite de Philippe ; mais les assiégés accoururent et mirent les envahisseurs en pleine déroute le 23 décembre.

Malgré tous les efforts, la place résista ; le prieur repoussa toute transaction, et Rohan, au retour d'une course vaine en Armagnac, ordonna la levée du siège4.

Pardaillan, qui avait occupé plusieurs places, pris et rasé un petit fort près de Miramont, tenta sans succès

1 Jacques Du Duc (ou Duduc), conseiller au Parlement de Bordeaux, appartenait à la famille parlementaire de cette ville d'où sortit le célèbre jésuite Fronton Du Duc.

2 Peut-être Arnaud-Guilhem de La Barthe, seigneur de Giscaro, mort en 1622, père du Jean-Louis de La Barthe que nous verrons commander la même place en 1652.

3 Jacques III de Chaussade, baron, puis marquis de Calonges, mort avant

Sa fille, Judith de Calonges, née au Mas-d'Agenais vers 1610, morte à La Haye en 1700. a joui d'une grande réputation d'érudition. Elle sortit de France à la révocation de l'édit de Nantes.

Un Jacques de Chaussade, seigneur de Calonges, avait été procureur général au Parlement de Bordeaux en 1483-1489.

* Sur l'insuccès final de la campagne de Bohan, V. La Révolte du Pays de Gascogne contre le duc de Rohan le sixiesme décembre mil six cens quinze (Paris et Troyes, 1615, pet. in-8° de 7 pp.): le Mercure François, t. iv ; les Archive* Historiques de la Gironde, t. n, etc.

Le 3 août 1616, Louis XIII adressa des lettres d'interdiction au Parlement de Bordeaux et d'évocation à la Chambre de l'Edit de Nérac contre Isaac Dupred et François Blanchard, complices de Jacques de Chaussade (V. Documents inédits pour servir à l'Histoire de l'Aqenais, p. 24).

en octobre une surprise de l'abbaye de Saint-Ferme4.

Du reste, Gondé n'avait pas été plus heureux contre Mézin, qui soutint victorieusement un siège de huit jours. Cependant son armée, renforcée en Poitou, recevait d'importantes recrues. La Trémouille2 et Sully s'y étaient joints, et une Assemblée de Nîmes, entraînée par le comte de Candalle3, avait donné son adhésion.

C'est protégés par une véritable armée que Louis XIII et la jeune reine rentrèrent à Paris.

La situation devenant réellement menaçante, les réformés obtinrent à Loudun, le 6 mai 1616, un traité de paix leur accordant de nombreux avantages.

Le prince de Condé se démit alors de son gouvernement de Guyenne qui fut attribué à Henri de Lorraine, duc de Mayenne, le baron de Roquelaure conservant sa lieutenance. Puis des dissentiments survinrent bientôt entre ces deux officiers, qui s'apprêtaient même à une lutte sérieuse quand deux conseillers du Parlement de Bordeaux, traitant avec Roquelaure

1 Saint-Ferme, aujourd'hui commune de la Gironde, canton de Pellegrue. V. sur ce coup de main avorté, outre les Mémoires du duc de La Force :

Discours véritable du premier exploict d'armes faict en Guyenne, en l'Abbaye de Sainct-Ferme, le 12 octobre 1615, par quelques prétendus reformateurs d' Estât, etc., relation du temps réimprimée avec Préface et notes par Ant. de Lantcnay (Bordeaux, 1879, gr. in-8°). — V. aussi : Réflexions au sujet des merveilleux événements dont- Saint-Ferme aurait été le théâtre en 1615, par M. Archu {Revue des Bibliophiles, août 1879, pp. 266-270).

2 Henri de La Trémouille, duc de Thouars, pair de France (1599-1674). Il abjura en 1628 et devint mestre de camp général de la cavalerie légère.

Il était lils de Claude de La Trémouille (1566-1604), serviteur dévoué de Henri IV qui avait érigé son duché de Thouars en duché-pairie en 1595. J'ai cité Claude aux pp. 42 et 68 de ce volume.

3 Henri de Nogaret de La Valette, comte, puis duc de Candalle, captai de Buch, né en 1591, lils aîné du 1er duc d'Epernon. Il fut généralissime des armées vénitiennes en 1630, commandant en Guyenne en 1636 et en Périgord en 1637, et mourut en cette dernière année.

L AGENAIS AU XVIIe SIECLE 87

à Agen et avec Mayenne à Nérac,' réussirent à les réconcilier.

Gondé, devenu tout puissant, distribuait seul les faveurs et s'acheminait peut-être vers le trône, lorsque la reine, conseillée par l'évêque de Luçon, Richelieu4, qui venait d'entrer au Conseil, prit d'énergiques mesures. Gondé fut arrêté ; ses principaux amis eurent le temps de fuir; mais la révolte qu'ébauchèrent ses partisans fut aussitôt comprimée.

Goncini , triomphant orgueilleusement, déchaîna bientôt contre lui une haine générale par ses concussions et son arrogance. La ligue des princes se reformant, on agit contre eux avec une vigueur où se sentait déjà la main de Richelieu. Le 24 avril 1617, le favori italien fut tué dans la cour du Louvre, et son cadavre, traîné dans les rues de Paris, fut ensuite brûlé; sa femme, accusée de sorcellerie, fut exécutée le 8 juillet après un procès ridicule, et leurs biens devinrent la proie de d'Albert de Luynes2 et des autres courtisans. La reine-mère dut se retirer à Blois ; les princes revinrent; le traité de Loudun fut renouvelé, le ministère transformé et Richelieu exilé à

1 Toute note détaillée sur Richelieu serait superflue.

Armand-Jean Du Plessis, cardinal-duc de Richelieu, né à Paris en 1585, mort en 1042, était le troisième fils de François Du Plessis, seigneur de Richelieu, et de Suzanne de La Porte. Il était premier aumônier d'Anne d'Autriche quand il entra au Conseil d'Etat, en 1616.

Richelieu est assurément un des plus grands hommes d'Etat des temps modernes.

2 Charles, marquis d'Albert, duc de Luynes, né à Pont-Saint-Esprit en 1578. 11 était fils de Honoré d'Albert de Luynes, gentilhomme servant de Charles IX, puis gouverneur de Pont-Saint-Esprit.

Comblé de faveurs par Louis XIII, il épousa Marie de Rohan, fille du duc de Monthazon, laquelle fut plus tard la célèbre duchesse de Chevreuse.

Malgré sa nullité militaire, il fut créé connétable le 2 avril 1621, année où nous le verrous échouer piteusement devant Montauban et mourir à Longuetille, près de Monheurt.

Luçon. Louis XIII, émancipé, publia une déclaration de prise en main du gouvernement du royaume.

Blois devint alors le centre autour duquel gravitèrent les mécontents. D'Epernon se fit le champion de Marie de Médicis et parvint à la conduire à Angoulême avec de nombreux gentilshommes. Le roi s'alarma, rappela Richelieu pour ouvrir des négociations et accorda à sa mère le gouvernement de l'Anjou, une cour personnelle, des Gardes et la liberté.

Mais de Luynes, abusant de son influence, aigrit de nouveau la situation. Il ouvrit les portes de la Bastille à Condé. Les seigneurs turbulents s'agitèrent ; la cour d'Angers devint menaçante ; les gouverneurs des provinces se déclarèrent presque tous pour Marie, et les huguenots furent soulevés par La Trémouille et Rohan.

Toutefois, de Luynes sut agir. Le roi soumit la Normandie et la Bretagne et se dirigea sur Angers. Après la victoire des Ponts-de-Cé, le 7 août 1620, la paix fut conclue et le traité d' Angoulême confirmé.

Au surplus, d'Epernon et Rohan avaient eu peu de succès dans leur tentative de soulèvement en Guyenne. Pour marcher contre Angoulême, le duc de Mayenne avait levé une armée de 22.000 hommes ; mais le maréchal de Thémines1 contrecarrait ses projets en licenciant, par ordre du roi, le régiment commandé par le comte de La Suze2 à Moissac. A cette nouvelle, le duc était parti de Bordeaux avec ses troupes et avait tra-

1 Pons de Lauzières, marquis de Thémines. Il avait été gouverneur du Quercy, et sa participation à l'arrestation de Condé en 1616 lni avait valu le bâton de maréchal de France.

Le maréchal de Thémines fut nommé lieutenant général en Guyenne et vint à Agen le 28 février 1622. Il mourut en 1627.

2 Louis de Champagne, comte de La Suze. — V. le t. m des Mémoires de Bassompierre, éd. de la Soc. de l'Histoire de France, indiquée plus loin.

L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 89

versé la Garonne. Dès son arrivée à Marmande, le 20 juillet, les consuls d'Agen l'avisèrent que des lettres missives leur avaient été remises pour lui de la part de Thémines. Il partit aussitôt pour Agen où il arriva le lendemain matin, à six heures.

Mayenne séjourna dans cette ville huit ou dix jours, s'approvisionnant pour la campagne ; puis il en partit le 2 août avec l'intention d'assiéger Moissac ; mais il n'était encore qu'à Puy-1'Evêque lorsqu'il apprit la conclusion de la paix. Licenciant aussitôt son armée, il rejoignit le roi à Poitiers.

Pendant tout ce temps, l'Agenais était resté à peu près paisible. Le vicomte d'Aubeterre1 avait succédé à son père, Jean-Paul d'Esparbès de Lussan dans le sénéchalat d'Agenais et Condomois. Les mouvements des réformés dans la région avaient été sans importance. Nos annalistes signalent seulement quelques troubles à Duras ; mais, en revanche, plusieurs d'entre eux s'étendent longuement sur des événements bien étranges qui passionnèrent plus ou moins Agen de 1618 à 1620.

* François d'Esparbès de Lussan, vicomte d'Aubeterre, baron de La Serre, etc., nommé sénéchal d'Agenais et Condomois en 1616, fit son entrée dans Agen le 4 novembre.

11 succédait à son père Jean-Paul d'Esparbès de Lussan, baron de La Serre, nommé en 1605, après Antoine-Arnaud de Montespan.

François avait épousé en 1597 Hippolyte Bouchard d'Aubeterre, fille de David Bouchard, vicomte d'Aubeterre, sénéchal et gouverneur du Périgord.

Il devint maréchal de France en 1620 et mourut en janvier 1628 à Aubeterre (Périgord).

Trois de ses fils eurent aussi successivement la charge de sénéchal d'Agenais et Condomois :

L'aîné, Pierre Bouchard d'Esparbès de Lussan, marquis d'Aubeterre, seigneur de La Serre, de Ligardes, etc., lui succéda en 1623.

Le second, François Bouchard d'Esparbès de Lussan, marquis d'Aubeterre, mort en 1683 à l'âge de 77 ans, lieutenant général dans l'armée de d'Harcourt en 1652, sénéchal en 1635, se démit en 1657 en faveur de son frère puîné :

Louis d'Esparbès de Lussan d'Aubeterre, lieutenant général en Haute- Guyenne. Nous retrouverons ce dernier.

Le 17 avril 1618, le comte de Laugnac, Charles de Montpezat1, épousait Serène de Durfort de Bajamont. Par les maléfices d'un moine de Bon-Encontre, le Père Natal, la jeune épouse, disent-ils, fut possédée par le démon. Le moine magicien fut arrêté, et, après instruction du lieutenant criminel d'Agen, le Parlement de Bordeaux le condamna à être pendu, et, " son corps mort, ard et brûlé", sentence qui fut exécutée le 6 septembre. Serène de Bajamont, conduite à Notre-Dame-de-Garaison, diocèse d'Auch, fut exorcisée et délivrée. Deux de ses servantes, Marie et Guillemette, atteintes aussi, furent exorcisées à Agen pendant un an, mais sans succès, dans les églises de l'Annonciade et de Sainte-Foi. Elles moururent peu après dans des convulsions diaboliques.

S'il faut en croire un historien qui ne consacre pas moins de onze grandes pages à ce fantastique récit2, les Agenais d'alors parurent s'intéresser très fort à l'aventure.

Après la paix d'Angers, Louis XIII, pressé par les réclamations du Clergé et par le vœu des Etats de

1 Charles II de Montpezat, comte de Laugnac, baron de Thouars et de Frégimont, etc., fils de Honorât de Montpezat, capitaine des Quarante-Cinq. Il vivait encore en 1661.

Sa femme, Serène de Durfort de Bajamont, était la fille de Hector-Regnaut de Durfort, baron de Bajamont, Lafox, etc., et d'Anne de Contaud-Cabrères.

Il eut deux fils : Antoine, comte de Montpezat, dit le chevalier de Laugnac, et François III, comte de Laugnac, baron de Frégimont, seigneur du Fraichou, de Lafox, etc., capitaine au régiment des Gardes, tué au siège d'Arras en 1654.

V. le Nobiliaire de Guyenne et de Gascogne, généalogie des Montpezat, t. IV.

2 L'abbé Barrère, Histoire religieuse et monumentale du Diocèse d'Agen, t. il, pp. 380-390. L'auteur proteste avec indignation contre l'incrédulité manifestée à cet égard par Saint-Amans, dans son Histoire ancienne et moderne du Département de Lot-et-Garonne, t. i, pp. 170-479.

La Chronique manuscrite du Frère Hélie relate aussi ces puériles histoires de possession et d'exorcismes (Y, la Bibliographie générale de /' Agenais, art. Hélie, t. i et m).

l'agenais AU XVIIe SIÈCLE 91

1614, envoya le maréchal de Bassompierre1 en Béarn, province qui, calviniste depuis Jeanne d'Albret, répudiait encore le culte catholique.

C'était en octobre 1620. L'armée traversa la Garonne et se dirigea par les Landes de Gascogne. Du 11 au 12 octobre, le maréchal passa la nuit au château de Gapchicot2 ; puis, à Saint-Justin-d'Armagnac, il reçut l'ordre de se cantonner. Le roi passa par Preignac, Grenade-sur-1'Adour, et entra à Pau le 17. Le culte catholique fut rétabli et le Béarn réuni à la couronne3.

A la suite de cette expédition du Béarn, les huguenots se préparèrent à combattre, et le roi avait à peine franchi la Loire qu'une Assemblée se tenait à La Rochelle et que le Midi se soulevait.

Les protestants choisirent pour chef le duc de Bouillon, qui refusa ; ils confièrent des commandements à Soubise, Lesdiguières, Chàtillon4, Rohan, La Force,

1 François II, baron de Bassompierre, né en 1579, maréchal de France en 1622, mort en 1646, fils de Christophe II, baron de Bassompierre, colonel des reîtres au service du roi, mort en 1596.

François de Bassompierre, célèbre par son luxe et ses galanteries, laissa de curieux Mémoires :

Mémoires du maréchal de Bassompierre, contenant l'histoire de sa vie depuis 1598 jusqu'à son entrée à la Bastille en 1631 (Cologne, 1665 et 1692, 2 vol. in-12; Paris, 1856, 2 vol. in-18). La meilleure édition est celle du marquis de Chanterac, donnée par la Société de l'Histoire de France (Paris, 1870- 1877, 4 vol. in-8°).

2 V. mon étude déjà citée : Un Amour de Henri IV. Capchicot, légende et histoire.

3 V. Louis XIII et le Béarn, ou Rétablissement du Catholicisme en Béarn, et réunion du Béarn et de la Navarre à la France, par l'abbé Puyol (Paris,

187i, in-8o).

1 Benjamin de Hohan, seigneur de Soubise (La Rochelle, 1583-Londres, 1642), frère cadet du duc Henri de Hohan.

Charles [•* de Créquy, prince de Poix, duc de Lesdiguières en 1626, maréchal de Fiance en 1621, tué d'un coup de canon en 1638 devant Brème, en Italie. Il était deux fois gendre du connétable de Lesdiguières.

Caspard de Coligny, maréchal de Chàtillon (1584-1616), petit-fils de l'amiral

La Trémouille, et firent appel à leurs coreligionnaires d'Angleterre, d'Allemagne et de Hollande. Les chefs, heureusement, étaient peu d'accord et les succès d'antan ne pouvaient plus se renouveler. Lesdiguières rallia l'armée royale ; La Trémouille se récusa. Seuls, Rohan et Soubise intervinrent.

En 1621, Louis XIII se mit lui-même à la tête d'une nouvelle armée commandée par le connétable de Luynes, et, tandis qu'il s'emparait de Saumur, qu'il traversait le Poitou en conquérant et assiégeait Saint- Jean-d'Angely défendu par Soubise qui résista deux mois, le duc de Montmorency1 opérait dans les Gévennes. De Saint-Jean-d'Angely, le roi se dirigea vers Montauban, et le duc d'Epernon investit La Rochelle en juin.

Pendant ce temps, les événements se précipitaient en Guyenne et en Agenais.

Le 3 juin 1621, Rohan et La Force vinrent àNérac, où les protestants les acclamèrent. La Chambre de l'Edit fut expulsée et ils s'emparèrent du château2.

Rertrand de Vignoles, dit La Hire3, commandant

Coligny. — Il fut nommé maréchal de France en 1622, après la prise d'Àigues-Mortes.

1 Henri II duc de Montmorency, fils de Henri Ier, duc de Montmorency et connétable de France, né en 1595.

Il avait été nommé amiral de France et vice-roi de la Nouvelle-France en 1612, puis gouverneur de Languedoc après la démission de son père, en 1613. Il battit la flotte de Soubise devant La Rochelle en 1625 et obtint le bâton de maréchal en 1630.

Nous verrons que, s'associant malencontreusement à la révolte de Gaston d'Orléans et ayant soulevé le Languedoc, il fut battu et fait prisonnier par Schomberg près de Castelnaudary, condamné à mort par le Parlement de Toulouse et décapité dans cette ville en 1632.

2 Sur cette expulsion par Rohan de la Chambre de l'Edit, V. Deux Documents relatifs à l'histoire de la Chambre de VEdit de Nérac, publiés par Ph. Tamizey de Larroque (Nérac, 1882, in-16).

3 Bertrand de Vignoles, dit La Hire, marquis de Vignoles, seigneur de Ca-

l'agenais AU XVIIe SIÈCLE 93

pour le roi dans la région, tenta de surprendre les deux chefs réformés près de Damazan, dans leur trajet de Nérac à Tonneins. Un combat assez vif eut lieu ; mais le marquis de La Force et son fils Jean de Montpouillan1, Rohan et Belsunce sortirent victorieux de l'aventure. Le baron d'Eymet2, autre fils de La Force, qui commandait dans Tonneins, était venu à leur aide.

Rohan visita Glairac et remonta vers le Languedoc, tandis que La Force, passant par Tonneins, se dirigeait sur Monflanquin.

Gasteljaloux, commandé par Fabas, que son fils, le vicomte de Gastets3, remplaçait alors, ne voulut pas

zaubon, etc., né vers 1565, mort en 1636, déjà cité p. 25. 11 appartenait à la famille du célèbre compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, et était fils de François de Yignoles-La Hire, baron de Vignoles, seigneur de Cazaubon et de Preschat, gouverneur de Dax et de Tartas.

Capitaine des Gardes du roi de Navarre (1588), maréchal de camp (1615), lieutenant général en Champagne et gouverneur d'Epernay (1626), Bertrand de Vignoles eut une existence très active, fut premier maréchal dans l'armée royale au siège de La Rochelle en 1628 et eut en 1632 le commandement de plusieurs provinces. Il avait épousé en 1604 la veuve de Charles de Monluc.

Il écrivit de très curieux Mémoires des choses passées en Guyenne es années 1621-1622, sous MM. les ducs de Mayenne et d'Elbeuf (Niort, 1624, in-8°; La Rochelle, 1629, in-4° de 62 pp.).

Ces Mé moires ont été reproduits peu exactement par le marquis d'Aubais, dans le t. n des Pièces fugitives pour servir à l'Histoire de France (Paris, 1759, 3 vol. in-4°). Une édition remarquablement présentée et annotée en a été donnée par M. Tamizey de Larroque en 1869 (Paris [Bordeaux], in-8° de 84 pp.).

1 Jean de Caumont, marquis de Montpouillan, sixième fils du duc de La Force. Nous verrons qu'il fut blessé mortellement à Tonneins, en cette même année 1621.

J'ai dit que ses Mémoires et ceux de son frère Castelnau ont été publiés avec ceux du duc de La Force.

Le marquis de Castelnau, Henry-Nompar de Caumont (1582-1678), fut duc de La Force et maréchal de camp. Il avait épousé en 1602 Marguerite d'Escodéca de Boisse, fille du baron Armand de Boisse.

2 Pierre de Caumont, baron d'Eymet, cinquième fils du duc de La Force. Il avait épousé Jeanne de Fabas, vicomtesse de Castets.

3 Jean VI de Fabas, vicomte de Castets, né en 1597, fils de Jean V de Fabas

imiter Nérac, quelque envie qu'en eût son gouverneur.

En apprenant la révolte de cette dernière ville , Mayenne partit aussitôt de Bordeaux, vit d'Epernon à Cadillac et donna des ordres pour la marche des troupes. Nérac, où s'étaient jetés Gastets et Montpouillan, refusa de recevoir le duc, vers qui accourait pour le seconder la Noblesse du pays.

Vignoles, Xaintrailles1 et Flamarens2 prirent Lavardac et les tours de Barbaste3; le maréchal d'Aubeterre entra dans Moncrabeau, et Roquelaure arriva d'Agen avec des renforts. Mayenne se trouva ainsi pourvu d'une armée de 3 à 4.000 hommes, sans compter une foule de gentilshommes dévoués. Il chargea Roquelaure de diriger les approches et Vignoles eut le commandement des gens de pied (mai 1621).

Mais les réformés, de leur côté, avaient reçu aussi de sérieux appoints.

Le siège de Nérac fut long. En deux mois, les résultats étaient nuls encore. La Force tenta une diversion en juin. Le 19, il assaillit Monclar, que d'Angeros de Castelgaillard4 sut préserver; mais le 21 il s'empara

qui a été cité avec son père, l'auteur des Mémoires publiés par M. H. Barckhausen.

1 Raymond-François de Montesquiou, seigneur de Xaintrailles, fils d'Amanieu de Montesquiou. Il était colonel d'un régiment de gens de pied et mourut en 1632.

2 Jean III de Grossolles, baron de Flamarens et de Montastruc, seigneur de Buzet, mestre de camp de cavalerie. Il avait tué en duel le sieur de Lussan et obtenu de Louis XIII, en 1611, des lettres de grâce. Il avait épousé en 1609 Françoise d'Albret, fille de Henry d'Albret, baron de Miossens.

3 Barbaste, moulin fortifié, a conservé ses quatre tours peuplées de légendes. Il est situé à deux kilomètres seulement de Lavardac. V. la Guyenne Historiq. et Monum., 1. 1, 2me partie, p. 151, et les Notes sur des Monuments féodaux ou religieux du Dép. de Lot-et-Gar., par J. de Laffore, p. 107.

4 Bernard d'Angeros de Castelgaillard, capitaine dès 1595 dans le régiment de Laugnac.

l'agenais AU XVIIe SIÈCLE 95

de Caumont1, dont cependant le château résista. Mayenne accourut de Nérac où il laissa Vignoles, appela des renforts et put faire pénétrer quelques hommes dans la forteresse.

Des deux côtés, les forces étaient considérables. Le baron d'Eymet commandait les réformés. Le 27 juin, les troupes royales ouvrirent le feu ; mais la défense ne fut pas moins furieuse que l'attaque. Le canon des assiégeants et les feux du château faisaient rage; de part et d'autre la lutte prenait des proportions terribles, quand soudain une formidable explosion retentit: l'église, remplie de poudre, venait de sauter, tuant 150 soldats et 200 chevaux2.

Deux frères de ce capitaine avaient aussi servi sous Henri IV. Son fils, Antoine d'Angeros de Castelgaillard, l'accompagnait à Monclar en 1621. Il fut fait prisonnier et Bernard dut payer sa rançon.

Le fils d'Antoine, Pierre d'Angeros de Castelgaillard, fut tué le 20 mars 1655 à Sainte-Livrade par Jean de Pons, sieur de Latour. Celui-ci fut tué à son tour, le 31 juillet 1677, à Las Crozes, par Charles, le fils de sa victime, né posthume le 1er octobre 1655. La veuve de Jean de Pons, Louise de Nauville, obtint à Agen contre Charles d'Angeros une condamnation à mort qui n'eut pas de suite.

1 Caumont était alors une place très forte. Claude Malingre en donne une description curieuse : Histoire de la Rébellion excitée en France, par les Rebelles de la Religion prétendue reformée de 1621 à 1628 (Paris, 1622-29, 6 vol. in-8°),t. i, p. 366.

Le château surtout était admirablement placé pour commander la Garonne, et ses défenses avaient été multipliées par Hercule d'Argilemont, longtemps gouverneur (ainsi que de Fronsac) pour le comte de Saint-Paul.

Cet Argilcmont (ou mieux peut-être Arzillemont), seigneur de Brauges et de Chavigni, gentilhomme picard, né vers 1560, était un vrai corsaire qui rançonnait effrontément les bateaux passant devant Caumont et commettait toutes sortes de malversations. Dès 1600, il avait eu maille à partir avec le Parlement de Bordeaux, qui le frappait de nouveau en 1617 et mettait sa tète à prix. Arrêté le 20 septembre 1620, il fut décapité le 23 du même mois.

In procès-verbal des crimes et de l'exécution de cet aventurier fut imprimé à Bordeaux en 1620. Il a été reproduit de nos jours par M. Tamizey de l.arroque, dans une très curieuse notice : Hercule d'Argilemont (Bordeaux, 181)0, in-8°). V. aussi Peiresc, abbé de Guîtres, par le même (Bordeaux, 1893, gr. in-8»), note de p. 10.

2 Le marquis de La Force affirme (Mémoires, t. Il, pp. 561-562) que l'explosion fut duc à un soldat espagnol.

Le baron d'Eymet dut se retirer. Il opéra sa retraite sur Gasteljaloux, où Ton n'admit que 200 de ses hommes et d'où il sortit très mécontent pour regagner Tonneins. Mayenne ayant saisi tous les bateaux, La Force n'avait pas pu intervenir et était resté sur la rive droite, témoin impuissant du désastre1.

Devant Nérac, la situation n'était pas bonne. Une vigoureuse sortie du 25 juin n'avait été refoulée qu'avec peine par Vignoles. Mayenne y revint le 2 juillet, repoussa une nouvelle sortie du même jour, fit battre en brèche dès le lendemain, et le 7 juillet, après un furieux assaut, il s'empara enfin de la place2.

En dépit d'un article secret de la capitulation, Nérac reçut bientôt le régiment de La Suze et la Chambre de l'Edit fut transférée à Agen.

Les réformés menacèrent pour la seconde fois Monclar, que d'Angeros, prévenu par Mayenne, put encore défendre ; mais la confiance disparaissait en eux. Boisse-Pardaillan, gouverneur de Monheurt, qui les

1 V. Samazeuilh, Histoire de VAgenais, t. h, pp. 348-353.

2 Sur les sièges de Caumont et de Nérac de 1621, V. diverses relations du temps :

La Deffaicte des troupes du marquis de La Force par M. le duc de Mayenne, le S juillet 1621, avec la réduction de la ville de Caumont en Vobeyssance du Roy (Paris, 1621, in-8° ; Troyes, 1621, in-8° de 12 pp.). — La Rébellion de Nerac et la surprise de Caumont par la trahison des Rebelles qui avoient faict la protestation, avec sa reprise (Bordeaux, 1621, in-8°). — La Prise et Réduction de la Ville et Chasteau de Nerac au service du Roy par M. le duc de Mayenne, suivant l'exécution des commandemens de Sa Majesté (Ibid., 1621, pet. in-8°). — La Prise du jeune marquis de La Force et de son frère le sieur de Montpouillan, avec la véritable Réduction de la Ville de Nerac en Vobeyssance du Roy, après un furieux assault, le tout faict le 3 juillet par M. le duc de Mayenne (Ibid., 1621, in-8» ; Paris, 1621, in-8» de 16 pp. et réimprimé dans le supplément du Conservateur de novembre 1758, p. 167). — Lettre du Roy à M. le Premier Président, touchant la véritable réduction des Villes de Nerac et de Bergerac en Vobeyssance de Sa Majesté, datée du 11 de juillet 1621 (Paris, Ï621, in-8° et in-12). — V. aussi le Mercure François de 1621, t. vu.

L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 97

trahissait, mit son fils, le marquis de Mirambeau4, dans Sainte-Foy et agit de son mieux auprès des mutins de Gensac2, de Castillon, de Montravel, de Monflanquin, où commandait Saint-Léger3, et même de Tonneins, dont Lagarde4 était gouverneur. La Rochelle avait résisté ; Soubise avait pris Royan le 14 mai.

J'ai dit que Louis XIII visait Montauban, la plus importante place des protestants après La Rochelle. En quittant Saint-Jean-d'Angely, il avait pris avec sa cour le chemin de la Guyenne. Il était à Bergerac le 12 juillet. Au château de Mézières, près Sainte-Foy, il reçut la soumission de diverses villes : Sainte-Foy5, Castillon, Mussidan, Cadillac, Monflanquin, Puymirol, Layrac, Casteljaloux, etc. Clairac s'offrit aussi ; mais, mécontent de l'accueil du roi, il reprit sa défensive, et, à la suite d'un conseil de guerre tenu au château de Saint-Barthélémy6 le 18 juillet, l'armée fut dirigée

1 Armand d'Escodéca de Boisse, baron de Pardaillan, fils aîné de Pierre d'Escodéca de Boisse. Il était devenu marquis de Mirambeau (en Saintonge) par son mariage en 1617 avec Madeleine de Pons, dame de Mirambeau. Il se remaria en 1631 avec Victoire de Bourbon-Malauze, fille de Henri de Bourbon, marquis de Malauze, et mourut le 1er mars 1657.

Sur la foi d'une relation inexacte, on a cru et dit qu'il avait été tué au siège de Sainte-Foy de 1622.

2 Sur Gensac, canton de Pujols (Gironde), plusieurs fois cité, V. une notice de Léo Drouyn, au t. h, p. 411 de la Guyenne Militaire.

3 Peut-être François de Saint-Léger, capitaine au régiment de Bandole, mort de blessures au siège de Rethel en 1653 (?).

4 Jacques du Bruet, écuyer, sieur de Lagarde, fils de Laurent du Bruet et de Talèse (ou Thalèse) de Xaintrailles.

Il était mestre de camp d'un régiment de cinq compagnies et gouverneur de Tonneins depuis 1604.

5 Une Assemblée de Sainte-Foy avait adressé à Louis XIII Jean de Verteuil, seigneur de Malleret, Ancien de l'Eglise de Bordeaux, pour prêter serment au nom des religionnaires de la province. Ce Jean de Verteuil avait représenté les Eglises de Guyenne à plusieurs synodes (V. La France Protestante).

G V. la Notice sur la Commune de Saint-Barthélémy, par Béchade-Labarthe, p. 124 du t. Ier.

sur cette place. Tonneins ayant ouvert ses portes servit de quartier général.

Le siège de Clairac fut commencé le 23 juillet 1621. En raison des travaux avancés qui s'y trouvaient, l'approche coûta cher aux troupes royales. Après la prise des premiers ouvrages, des barricades placées à 2.000 mètres des remparts durent encore être enlevées une à une. Ces préliminaires furent meurtriers. Un grand nombre de gentilshommes y périrent, notamment le baron de Termes1, maréchal de camp.

On détruisit ensuite un barrage de retenue des eaux du Lot pour ménager un gué ; puis le véritable siège commença. Une sortie du 25 juillet fut repoussée ; le 30, les batteries ouvrirent leur feu contre la place, et Louis XIII y vint lui-même le 3 août. Le lendemain, les murailles étant compromises, une députation des assiégés se présenta à lui dans Tonneins pour demander ses conditions.

Clairac dut se rendre à discrétion. Ceux à qui le roi voulait laisser la vie sauve devaient sortir bâton blanc à la main et bagages sur charriots ; 50.000 écus furent imposés à la ville pour se racheter du pillage, plus 20.000 écus pour le grand maître de l'artillerie et l'officier commis à la capitulation.

L'occupation de la ville, le 5 août, s'opéra sans trop

1 César-Auguste de Saint-Lary, baron de Termes et de Montbar, fils de Jean de Saint-Lary, seigneur de Termes et de Montastruc, gouverneur de Metz, mort en 1586.

D'abord chevalier de Malte et grand prieur d'Auvergne, puis grand écuyer de France en 1619 par la démission de son frère aîné, Roger de Saint-Lary et de Termes, duc de Bellegarde, mort en 1646.

Son oncle, Roger de Saint-Lary, seigneur de Bellegarde, maréchal de France en 1574, avait été empoisonné en 1579 au château de Saluées. Fr. Secousse a écrit sur lui un Mémoire historique (Paris, 1764, in-12). — Son grand-oncle, Paul de La Barthe, seigneur de Termes, maréchal de France célèbre, gouverneur de Paris et de l'Ile-de-France, était né en Couserans vers 1495 et mourut en 1562.

L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 99

de misères, grâce aux ordres sévères donnés par le connétable, qui reçut lui-même les clefs, le roi n'ayant pas voulu se présenter. Malheureusement, on ne put pas tout à fait préserver la garnison, qui devait se retirer à Aiguillon par le Lot. Pour épargner aux vaincus les avanies auxquelles ils commençaient à être en butte, les gentilshommes du connétable les escortèrent jusqu'aux trois bateaux qui devaient les transporter; mais après l'embarquement, sur quelques manifestations des Gardes, une panique se produisit à bord ; deux bateaux sombrèrent, et les soldats embarqués dans le troisième se précipitèrent dans la rivière. Ce triste épilogue fit beaucoup de victimes1.

Louis XIII chargea le comte de Saint-Géran2 de raser les murs de Clairac,, qu'une forte garnison devait occuper sous les ordres du seigneur de Clermont- Dessous3; puis il quitta Tonneins le 9 août, coucha à

1 Plusieurs plaquettes furent publiées sur ce siège de Clairac :

Discours au vray de tout ce qui s'est passé de plus remarquable à l'armée du Roy depuis le commencement jusques à présent, où est contenu la prinse de Clairac et le siège de Montauban, dressé par un Gentil-homme qui a toujours suivy l'armée (Aix, s. d. [1621], in-8° de 15 pp.). L'Ordre du siège et réduction de la Ville de Glerac en Vobeyssance du Roy, avec les articles accordez aux Habitans par la clémence de Sa Majesté, le 5e jour d'Aoust 1621 (Paris, 1621, in-4° de 26 pp.). — La Prise de la Ville de Clerac rendue à la discrétion du Roy, le 4 aoust, où trois des plus séditieux ont esté pendus avec leur Ministre, etc. (Lyon, 1621, in-8° de 16 pp.). — La Réduction de Clerac, avec les Paroles qui ont esté tenues par ceux de Clerac... le quatriesme Aoust 1621 au soir (Lyon, 1621, in-8° de 8 pp.). — Lettre du Roy envoyée au Parlement de Rouen sur la Réduction de la Ville de Clerac et autres villes et places en Vobeyssance de S. M. (Rouen, 1621. in-8°J.

2 Jean-François de La Guiche, comte de La Palice et de Saint-Géran, gouverneur du Bourbonnais (1569-1632).

Nommé maréchal de France en 1619, il participa activement au siège de Clairac et se distingua à Montauban et à Montpellier.

3 Le seigneur de Clermont-Dessous de 1621 était François de Narbonne, marquis de Fimarcon. Il était fils d'Amalric de Narbonne, mort en 1622 de blessures reçues au siège de Montauban. Lui-même, peu après, fut blessé mortellement dans un combat, à Pellegrue. Son frère aîné, Jacques de Narbonne, avait été tué à Bordeaux le 13 juillet 1616, à l'âge de 21 ans.

I If IM

Port-Sainte-Marie, et le 10, vers dix heures du matin, il arriva à Agen, où la reine se trouvait depuis la veille1.

Anne d'Autriche avait été brillamment reçue par les Agenais. Elle avait été logée à la maison de M. de Roques2, devant le Présidial, où la rejoignit le roi qui ne voulut pas faire d'entrée solennelle.

Dans la soirée du même jour, la reine, accompagnée de quelques seigneurs de la cour, gravit à pied le coteau de l'Ermitage Saint-Vincent pour visiter le Frère Eymeric Roudilh3, à qui elle remit des présents.

1 Pendant le séjour de Louis XIII à Tonneins mourut dans cette ville, le 3 août 1621, Guillaume Du Vair, évêque de Lisieux et garde des sceaux, né à Paris en 1556. Magistrat éloquent et prosateur de mérite, Du Vair laissa des écrits très estimés qui ont eu plusieurs éditions (Traité de l'éloquence française ; Traité de la saine Philosophie, etc).

Des Lettres inédites de Guillaume Du Vair ont été publiées avec notes par M. Tamizey de Larroque (Paris, 1873, in-8°).

2 La maison de M. de Roques, ou de Roquefort, et mieux encore de Secondât était située en face du Présidial, sur l'emplacement actuel du Café de la Comédie, propriété communale isolée place de l'Hôtel de Ville. Pendant longtemps, les consuls traitèrent avec son propriétaire pour y installer les hôtes importants que recevait la ville.

Le M. de Roques de 1621 était Jacob de Secondât, mestre de camp, né à Agen en 1576, en faveur de qui Henri IV avait érigé en baronnie le fief de Montesquieu. Ce Jacob de Secondât fut le bisaïeul du grand Montesquieu, dont l'aïeul, Jean-Raptiste-Gaston de Secondât, baron de Montesquieu et seigneur de Castelnoubel, était né aussi à Agen en 1612 et fut consul de cette ville en 1650, avant d'être président à mortier au Parlement de Rordeaux.

Le père de Jacob de Secondât, sieur de Roques, Jean de Secondât, avait été maître d'hôtel de Henri II d'Albret, puis de Jeanne d'Albret. Celle-ci lui fit don pour ses services, en 1561, de la baronnie de Montesquieu et de la seigneurie de Goulard, don ratifié le 8 juillet 1563. — V. à ce sujet de nombreux documents publiés dans le t. xxiv des Archives Historiques de la Gironde.

3 Le coteau de Saint-Vincent, dit Saint-Vincent de Pompéjac, qui domine Agen au nord et où, d'après quelques annalistes agenais, aurait eu lieu le martyre de saint Vincent.

La Chronique de Charlemagne et de Roland, de J. Turpin (1566. Paris, 1835, in A0) mentionne un siège d'Agen par Charlemagne contre Aygoland, roi païen d'Afrique. D'après ce roman, Charlemagne aurait bâti alors sur le coteau où il avait campé pendant sept mois une église dite de Sainte-Croix.

L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 101

Dès le lendemain, Eymeric rendit à la reine sa gracieuse visite. Louis XIII l'accueillit avec la plus grande bienveillance. Pressé de demander quelque faveur, le bon ermite exprima tout simplement le désir que lui fût assurée une livre de pain par jour pour sa subsistance, vœu bien modeste qui ne pouvait guère manquer d'être exaucé1.

D'Agen, où il passa trois jours, le roi partit le 12 août pour Montauban, dont le siège, commencé le 18, dut être levé le 2 octobre après des pertes énormes,

Un monastère existait sur ce point dès le xe siècle. L'église était desservie par des solitaires dont on rencontre des traces au xive ou au xve siècle.

Ruinés par les guerres de religion du xvie siècle, l'église et l'Ermitage virent une première restauration tentée par l'évêque Nicolas de Villars; mais cela fut peu sérieux sans doute, puisque l'Ermitage était devenu un lieu de débauche, lorsque, sur la demande des consuls d'Agen, en 1612, un ermite de Notre-Damede-Roquefort, le frère Eyméric Roudilh, fut appelé et chargé d'une restauration définitive.

Eymeric Roudilh, né à Cazes (Quercy), vint habiter le vieil Ermitage un peu réparé. L'église en ruines fut reconstruite et Eymeric acquit une grande réputation de sainteté. Il eut plusieurs disciples, notamment Antoine Sabré, qui devint supérieur à la mort d'Eymeric, en 1649 (V. la Bibliographie de l' Agenais, article Sabré, t. h). Le frère Hélie Rrondes lui succéda. Celui-ci vivait encore en 1690, quand Mascaron visita l'Ermitage.

Peu prospère au xvne siècle, vendu en 1794, désert jusqu'en 1843, époque où Mgr de Vesins y mit provisoirement les Pères Maristes destinés à Bon- Encontre, l'Ermitage Saint-Vincent fut habité par les Carmes déchaussés du 13 mai 1846 au 16 octobre 1882, date de l'application des décrets sur les associations religieuses non autorisées. L'église actuelle fut construite de 1855 à 1864.

Cf. sur cet ermitage : Ermitage de Saint- Vincent de Pompéjac depuis son origine jusqu'à sa restauration par les Carmes déchaussés, par l'abbé Barrère (Agen, 1865, in-12), — Les Couvents de la Ville d'Agen avant 1789, par Ph. Lauzun, t. i (Couvents d'Hommes), pp. 445-466, etc.

La vie du Frère Eymeric Roudilh a été écrite par un avocat agenais, auteur des Réflexions singulières sur l'ancienne Coustume de la Ville d'Agen, précédemment citées, Jacques Ducros (1615-1680) : Le Parfait Hermite descrit en la personne du Frère Heymeric Roudilh, Hermite de l'Hermitage Sainct- Vincens, près la ville d'Agen, etc. (Agen, 1658, in-8°). V. la Bibliographie de V Agenais, art. Ducros, t. i. — Sur l'Ermitage d'Agen, V. aussi la planche du t. ii, 2e partie de la Guyenne Historique et Monumentale.

1 Labrunie dit que cette livre de pain quotidienne, convertie en argent, fut exactement payée par la ville d'Agen jusqu'en 1789.

et où le duc de Mayenne fut tué le 18 septembre *, Anne d'Autriche avait quitté Agen le 13 août pour aller à Moissac.

Boisse-Pardaillan était au siège de Montauban et avait fait sa soumission au roi. Pendant son absence, les réformés de Sainte-Foy tentèrent de surprendre Monheurt pour se venger de sa défection; mais le hardi capitaine survint assez tôt pour garantir cette place dont il avait considérablement accru les défenses et où il plaça comme commandant un vieux soldat expérimenté nommé Labroue. Peu après, il partit luimême pour Sainte-Foy, où se trouvait son gendre Théobon2. A son passage à Gensac, il vit les consuls et se retira le soir chez un ami, l'avocat de Nauze. C'est là que, la nuit venue, se présenta un huguenot exalté, le baron de Savignac d'Eynesse3, avec une vingtaine d'hommes qui le tuèrent, ainsi qu'un de ses

1 En lui s'éteignait le nom de Mayenne. Son corps fut transporté à Aiguillon, en passant par Agen où de grands honneurs lui furent rendus. Le premier titre du duché-pairie d'Aiguillon disparaissait ainsi.

Alors commandait à Aiguillon pour le duc Bernard de La Fourcade, un Agenais bel esprit (Agen, 15... -1651) qui a laissé un recueil d'anagrammes et d'épigrammes à la louange de Mayenne et des grands seigneurs de l'époque. Ce recueil, dédié au cardinal de Richelieu, a pour titre: Hortulus retrogradorum carminum et anagrammatum (Parisiis, 1641, in 8°). V. Labénazie, Histoire de la Ville d'Agen, p. 319, et Bibliographie de V Agenais, t. h.

2 Charles de Rochefort de Saint-Angel, marquis de Théobon, captai de Puychagut, né en 1593, marié en 1616 avec Jeanne d'Escodéca de Boisse, mort en 1658.

Nous rencontrerons bientôt son fils aîné Jean de Théobon. Le château de Théobon est situé dans la commune de Loubès-Bernac, canton de Duras.

3 Ce Savignac d'Eynesse était probablement un fils de Joseph de Lidon, dit le capitaine Saint-Léger, contre lequel un décret de prise de corps avait été lancé en 1582 par la Chambre de Justice de Guyenne siégeant à Bordeaux.

V. Tamizey de Larroque, Deux Livres de raison de V Agenais, suivis d'extraits d'autres Registres domestiques, etc. (Auch et Paris, 1893, gr. in-8°) : Livre de raison de N. de Lidon, p. 59.

L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 103

serviteurs et un prêtre dont il était toujours accompagné. Cet assassinat valut Gensac aux réformés.

Sainte-Foy, où La Force venait de supplanter Théobon, était en pleine révolte. Monheurt, alors, se déclarant pour les rebelles, reçut le vicomte de Castets et le fils de Pardaillan, ce dernier resté fidèle aux protestants malgré le meurtre de son père, meurtre auquel, a-t-on dit, il n'avait peut-être pas été complètement étranger.

Mais le connétable de Luynes, qui avait donné des preuves notoires d'incapacité devant Montauban et qui perdait de sa faveur, crut se relever de son échec en faisant diriger l'armée royale sur Monheurt. Il importait, d'ailleurs, d'atténuer les conséquences morales d'un aussi grave insuccès. Lui-même étant malade, Bassompierre reçut le commandement supérieur, en attendant le roi qui devait s'arrêter à Toulouse, d'où il le rejoindrait devant Monheurt si la prise devait en être aisée, et qui, dans le cas contraire, se dirigerait sur Bordeaux par Lectoure.

La reine repassa par Agen le 9 novembre. Bassompierre vint aussi dans cette ville pour assurer ses approvisionnements, pendant que Schomberg1 commençait l'investissement de Monheurt au cours du même mois. Le 17, il était à Aiguillon se rendant devant la place assiégée ; puis Roquelaure survint, les batteries s'installèrent et le feu commença.

Cependant le fils de Pardaillan avait adressé secrètement des propositions à Bassompierre. Celui-ci en avertit le roi qui, accompagné du connétable, quitta

I Henri de Schomberg, comte de Nanteuil et de Duretal, marquis d'Espinoy, maréchal de France en 1625, mort en 1632.

II avait été surintendant des Finances. Depuis le siège de Clairac, il remplissait les fonctions de grand maître de l'artillerie de France,

Toulouse aussitôt, passa par Grenade, Saint-Glar, Lectoure, Nérac et Lavardac, et arriva le 29 au château de Longuetille, près de Monheurt1.

Le 10 décembre, le feu des assiégeants devint terrible. Dix-huit pièces de gros calibre et des engins de toutes sortes plaçaient les assiégés dans un ouragan de fer et de feu ; puis bientôt les mines éclatèrent et des brèches furent ouvertes ; mais néanmoins un assaut fut repoussé. Le capitaine Labroue, toujours au premier rang des combattants, avait été emporté par un boulet.

Le lendemain, 11 décembre, le vicomte de Castets et le marquis de Mirambeau demandèrent à capituler. Le roi, inabordable d'abord, accorda enfin la vie sauve pour les gentilshommes et la sortie des soldats bâton blanc à la main; mais il admit le pillage.

Le 13 décembre 1621, un dimanche, au signal donné par le canon, les troupes royales se ruèrent sur la ville, la mirent à sac et l'incendièrent. On avait heureusement pu faire sortir les femmes de la place sur des bateaux2.

1 Le château de Longuetille est situé dans la commune de Saint-Léger, canton de Damazan.

2 Divers pamphlets furent publiés sur la prise et le sac de Monheurt :

La Prise de la Ville de Monheurt par V armée royale, avec le saccagement de la place pillée et bruslée pour cause de rébellion et perfidie (Paris, 1621, in-8° de 7 pp.). —Lettre d'un Gentilhomme de Guyenne à un sien ami en Hollande, du 12 janvier 1622, contenant plusieurs choses remarquables arrivées durant et depuis le siège de Monheurt (S. 1., 1623, in-8°).

Ces deux pièces ont été reproduites en tout ou en partie par M. Tamizey de Larroque dans la publication suivante: Récit de l'Assassinat du sieur de Boisse- Pardaillan et de la prise de Monheurt, publié avec Avertissement, notes et Appendice (Paris et Bordeaux, 1881, in-16 de 73 pp.).

La relation rééditée par l'érudit agenais parut en 1622: L'Assassinat du sieur de Boisse-Pardaillan, gouverneur de Monheurt, avec la prise de cette ville rebelle. Ensemble la deffaicte de dix navires rocheloix par Mgr de Guise (Bordeaux et Lyon, 1622, in-8° de 19 et 16 pp.).

Claude Malingre l'a aussi insérée dans son Histoire de la Rébellion excitée en France, etc.

L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 105

C'est aux sinistres lueurs de l'incendie de Monheurt, le 15 décembre, que le connétable de Luynes expira dans le château de Longuetille d'une fièvre contractée devant Montauban.

Bassompierre, blessé le 26 novembre par l'explosion d'une pièce contre laquelle il se trouvait, avait été transporté à Marmande pour recevoir des soins. Dans la nuit de son arrivée, une vive alerte eut lieu causée par l'irruption en désordre des gendarmes du connétable, lesquels, cantonnés à Gontaud, avaient été surpris et mis en fuite par les protestants de Sainte-Foy allant au secours de Monheurt. Bassompierre a raconté lui-même cet épisode que sa situation lui rendit extrêmement pénible.

A la nouvelle de l'échauffourée de Gontaud, Louis XIII y avait envoyé le duc de Luxembourg1, avec 1.200 hommes de pied, 500 chevaux et 2 canons ; mais les assaillants s'étaient enfuis, et les troupes royales n'en rencontrèrent qu'une faible partie qu'elles battirent et dispersèrent.

Un très vif combat eut lieu à Pellegrue dans la journée du 6 décembre2.

Après le sac de Monheurt, le 15 décembre, le roi, passant par Gasteljaloux et Bordeaux, regagna Paris (28 janvier 1622), laissant pour commander dans la région le duc d'Elbeuf3, secondé par les maréchaux

1 Léon d'Albert, seigneur de Brantes, duc de Luxembourg et de Piney. C'était le plus jeune frère du connétable de Luynes.

2 Dans ce combat du 6 décembre 1621, le seigneur de Clermont-Dessous, François de Narbonne, fut mortellement blessé.

3 Charles de Lorraine, 2e duc d'Elbeuf, né en 1596, mort en 1657. Il était fils de Charles de Lorraine, descendant de Claude, premier duc de Guise, et avait épousé Catherine-Henriette, fille légitimée de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, dont les intrigues incessantes lui causèrent une foule d'ennuis et le firent exiler en 1631.

Son rôle pendant la Fronde n'eut aucune importance.

de camp de Gurson1, de Bourdeilles2 et de Lauzun 3.

Le maréchal de Roquelaure, qu'une grave maladie venait d'éprouver, se démit de son gouvernement de Guyenne, dans lequel lui succéda le duc d'Epernon*. Le maréchal de Thémines devint lieutenant général de la province.

Le départ de Louis XIII fut en Agenais le signal de nouveaux troubles. Les réformés, exaspérés, recommencèrent aussitôt la guerre de partisans et les dévastations. Henry de Castelnau5, ayant Paul de Yiau6

1 Frédéric de Foix, vicomte de Meilles, comte de Gurson et de Fleix, baron d'Eymet, Lévignac, etc., fils de Louis de Foix et de Charlotte-Diane de Foix-Candalle. Il s'était distingué à Coutras et avait été grand sénéchal de Guyenne en 1616. Il mourut en cette même année 1622.

Il avait épousé Charlotte de Caumont, fille de François-Nompar II de Caumont, comte de Lauzun, député de la Noblesse d'Agenais en 1614, morte en 1671 à l'âge de 77 ans (V. le P. Anselme, t. m).

2 Henri de Bourdeilles (1571-1641), fils d'André de Bourdeilles et neveu de Brantôme. Il avait été sénéchal et gouverneur du Périgord en 1593, année où il dispersa les Croquants, et était devenu maréchal de camp en 1619.

3 L'Avent de 1621 fut prêché dans l'église cathédrale d'Agen par le P. Pierre Cotton, cité p. 79. On sait que ce Père avait obtenu de Henri IV en 1603 le rappel des Jésuites expulsés de France en 1594. Après l'assassinat du roi, il publia une Lettre tendant à écarter de son ordre toute responsabilité quelconque, Lettre à laquelle répliqua un pamphlet célèbre : UAnti- Cotton (1610, in-12).

4 Le duc d'Epernon fit son entrée dans Agen le 24 mars 1623. Son fils lui fut adjoint en 1634 et le remplaça à sa mort, en 1643, après avoir été suppléé par le prince de Condé de 1638 à 1640.

5 Sur le marquis de Castelnau, plus tard duc de La Force, V. une note de la page 93.

c Paul de Viau, frère aîné du poète Théophile, né à Boussères de Mazères, près de Port-Sainte-Marie, vers 1590, mort avant 1650.

Ce capitaine huguenot se signala dans les événements survenus de 1621 à 1629. Théophile avait abjuré, mais ses frères Paul et Daniel étaient restés fidèles à la Béforme.

V. Paul de Viau, capitaine huguenot et frère du poète Théophile (1621- 1629), par Ch. Garrisson (Paris, Bull, de la Soc. d'IIist. du Protestantime français, 1892, in-8°). V. aussi le Tableau généalogique de la famille de Viau placé in fine de mon étude bio-bibliographique sur Théophile, étude citée à la suite du xvne siècle, à propos du poète lui-même.

L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 107

pour lieutenant, s'empara de Monflanquin ; le marquis de Lusignan1, aidé par le même capitaine, pénétra par trahison dans Glairac, où le sang coula à flots. Tonneins-Dessous, commandé par La Vauguyon2 et faiblement défendu, fut également occupé par La Force qui fit massacrer la garnison et y établit Gastets et Montpouillan avec 1.500 hommes.

Lusignan, à qui avait été promis 50.000 livres pour la remise de Puymirol, voulait surtout obtenir le paiement de cette somme. Le conseiller Jacques Du Duc, commissaire délégué pour la démolition des fortifications de Glairac, après avoir fait vaillamment son devoir dans la surprise de cette place, négocia avec Lusignan. Il lui promit non seulement l'indemnité de Puymirol, l'oubli du passé et les 150.000 livres imposées pour la reddition, mais encore la restitution des objets récemment saisis dans l'arrestation, à Bordeaux, de ses deux filles qui se rendaient à La Rochelle, leur liberté étant échangée contre celle de deux prisonniers du marquis3.

De Glairac, celui-ci devait peu après se porter sur l'abbaye et le château de Granges, que tenta vaine-

1 François, premier marquis de Lusignan, fils de Henri, baron de Lusignan, et d'Isabeau d'Ysalguier de Clermont, mort en 1639. Il fut gouverneur de Puymirol après son père et épousa Marguerite de Nuchèze.

Nous rencontrerons plus tard ses trois fils : François II, Guy et Pierre.

2 Jacques de Stuer de Caussade, comte de La Vauguyon. Il avait épousé en 1608 Marie de Roquelaure.

Il était fils de Louis de Stuer de Caussade et de Diane d'Escars dont le père, Jean de Pérusse d'Escars, comte de La Vauguyon, prince de Carenci avait. été assassiné en sortant du Louvre le 21 juillet 1578. Son oncle, Paul de Stuer de Caussade, comte de Saint-Mégrin, fut un des mignons de Henri III.

3 V. La Prise et Réduction de la Ville de Clerac à V obegssance du Roy ; avec les Articles accordez, tant aux habitans qiïà M. de Lusignan, gouverneur de ladite place. Ensemble la mort de M. de Montpouillan, fils du marquis de La Force (Paris, 1622, in-8° de 8 pp.).

ment de secourir la Noblesse catholique du pays, et qu'il occupa grâce au concours de Castelnau1.

Cependant le duc d'Elbeuf, qui assiégeait Gensac, avait été forcé de se retirer le 2 janvier 1622 devant La Force.

Les conciliabules des rebelles se tenaient au château de ce dernier, en Périgord, où de grands projets s'élaboraient. Le duc dut recourir aussitôt aux mesures les plus énergiques. Après s'être emparé de ce château et avoir occupé celui de Duras, il marcha sur Montravel, que venait de fortifier Bacalan2 et qui dut capituler 3 ; puis il se dirigea vers Tonneins à l'appel de Thémines arrivé trop tard pour empêcher la prise de cette place.

Tonneins était divisé en deux villes distinctes, ayant chacune son enceinte particulière : Tonneins-Dessus et Tonneins-Dessous. Tonneins-Dessus appartenait à La Force et était commandé par Lagarde ; Tonneins- Dessous était au comte de La Vauguyon qu'on venait d'évincer. La première de ces villes était très forte ; mais il n'en était pas ainsi de la seconde.

Le siège commença le 16 mars 1622. Les deux chefs catholiques disposaient ensemble de 12.000 hommes de toutes armes. Tonneins-Dessous fut emporté le premier jour par Thémines, ainsi que le bourg de Guges. Chefs, garnison, habitants se retranchèrent aussitôt dans Tonneins-Dessus, contre lequel la lutte allait prendre des proportions sérieuses.

1 Cf. à ce sujet : Le Mercure François, t. vm, pp. 465-466 ; les Mémoires du duc de La Force, t. n, p. 182 ; les Mémoires de Castelnau, t. iv, p. 371, etc.

2 Thomas de Bacalan, écuyer, seigneur de La Mothe, La Huile, etc.

3 V. La Prise par la force de la Ville de Mont-Revel sur les rebelles du Roy, avec la De(]aicte des garnisons de la place... Ensemble le Siège mis devant la ville de Clerac... 28 febvrier (Paris, 1622, in-8°).

l'agenais AU XVIIe SIÈCLE 109

La Force s'était hardiment placé avec ses troupes sous les murs de la ville, du côté de Glairac qu'il occupait, dans une maison fortifiée et derrière des barricades, aidant puissamment les assiégés.

Le 20 mars, le duc d'Elbeuf chargea le maréchal de camp Du Bourg-Lespinasse4 d'enlever ce poste, en même temps qu'une attaque était dirigée sur le côté nord de la place. Cette attaque échoua ; mais l'action contre le poste fut des plus chaudes. La Force, accourant de Glairac, se heurta au corps de Thémines qui l'attendait ; il soutint un très vif combat de plusieurs heures, fut battu et dut rebrousser chemin. Cet échec, du reste, ne lui fit pas abandonner la partie : il continua de fatiguer les assiégeants par des courses incessantes jusque sous les murs de Tonneins.

Le siège n'aboutissant pas, le duc, à qui cinq galiotes ou pataches bien équipées et commandées par des chevaliers de Malte2 avaient été envoyées de Bordeaux, résolut d'affamer la ville. Les pataches furent mouillées vers l'embouchure du Lot et un barrage fut établi au confluent de cette rivière ; mais La Force, recourant à un vieux procédé, fit charger une forte gabarre montée par 60 soldats et plusieurs officiers, laquelle, partie la nuit de Glairac, rompit le barrage et parvint à ravitailler les assiégés. Il réussit même, tournant la place, à s'établir au nord. Pendant que le duc se portait vers lui, Montpouillan, dans une vigoureuse sortie, délogea les assaillants de leurs positions.

Le 18 avril, la fortification nord-ouest de la ville

1 Le baron Du Bourg-Lespinasse (Antoine du Maine), qualifié de «gentilhomme lyonnais », avait été nommé maréchal de camp le 16 décembre 1621. Il mourut vers 1635.

2 Samazeuilh cite les chevaliers Pontac, Pichon et Arrerat (Histoire de l'Agenais, t. n, p. 380).

fut emportée et Montpouillan, gravement blessé, fut fait prisonnier; mais presque aussitôt les assiégés reprirent le poste et délivrèrent leur chef; puis le bastion oriental fut occupé sans résultat important4. Enfin, le 27 avril, une grande sortie eut lieu; le même bastion fut repris par Castets et les tranchées furent balayées. Cependant le duc parvint à remener ses troupes désorganisées par la vigueur de l'attaque et à réoccuper dans la même journée toutes les positions perdues.

Avec 800 hommes et 400 chevaux, La Force tenta encore, le 30 avril, d'éloigner l'armée royale. Arrivé au point du jour près de la place, il réussit à se faire poursuivre par le duc jusqu'au bois de la Gautrenque, pendant que les assiégés, simulant une sortie vers Glairac, se portaient tout à coup sur le bastion oriental, dégageant de nouveau les tranchées, tuant ou chassant les soldats, et pénétraient dans Tonneins- Dessous jusqu'au logis des chefs.

Ces combats avaient été désastreux. L'armée assaillante avait perdu un millier d'hommes et de nombreux capitaines, parmi lesquels les maréchaux de camp de Cornusson2 et d'Ambres3, le vicomte de Montclar4,

1 Dans cette action du 18 avril 1622, le maréchal de camp de Larainville fut tué. Il fut inhumé dans l'église du Mas-d' A gênais (V. L.-F. Lagarde, Recherches historiques sur la Ville et les anciennes Baronnies de Tonneins, p. 98).

De Larainville était depuis 1617 mestre de camp (colonel) d'un régiment portant son nom (V. Histoire de l'ancienne Infanterie française, par le général L. Susane [Paris, 1849-53, 8 vol. in 8» et atlas]).

2 Jean de La Valette, seigneur de Cornusson. Il avait assisté aux Etats de Blois en 1588 comme député de la sénéchaussée de Toulouse.

3 Louis de Gelas de Voisins, baron d'Ambres, maréchal de camp, fils de François de Voisins, baron d'Ambres et vicomte de Lautrec, sénéchal de Lauraguais, gouverneur de Castres et de Lavaur.

4 Louis de Voisins, vicomte de Montclar, baron de Savignac, fils de Jacques de Voisins et d'Anne, vicomtesse de Montclar. Il était neveu du précédent.

L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 111

La Mothe de Hautefort1, Ganet2, etc. Paul de Viau avait été très grièvement blessé3.

La famine était dans la place, mais l'armée royale restait impuissante et découragée, et le roi, très mécontent, menaçait d'envoyer Gondé pour en finir.

On entra alors en pourparlers, et le 4 mai le duc d'Elbeuf, le marquis de Montpouillan et le vicomte de Gastets signèrent enfin une capitulation d'après laquelle la garnison devait sortir avec armes et bagages et se retirer en tel lieu qu'il lui plairait, sous promesse de ne point porter de six mois les armes contre le roi4.

1 François de La Mothe de Hautefort, seigneur de La Borie, capitaine de chevau-légers, iils de François, marquis de Hautefort, baron de Thenon, seigneur de La Mothe, La Borie, etc., et de Louise d'Escars, issue de François, comte d'Escars (ou des Cars), lieutenant général en Guyenne et gouverneur de Bordeaux (V. le P. Anselme, t. vu).

D'après Courcelles (t. xi), il s'agirait d'un autre La Mothe de Hautefort, de la branche ayant pour auteur Jean de Hautefort, seigneur de La Mothe, sénéchal de Guyenne en 1472, fils naturel d'Antoine, seigneur de Hautefort et de Thenon.

Un cousin de François de Hautefort, Gilbert de Hautefort, né vers 1555, fils de Gilbert, issu de Jean II et beau-frère du baron de Lignerac, avait été tué également à un précédent siège de Tonneins, où il commandait aussi une compagnie de chevau-légers.

2 Sans Dupin, sieur de Ganet, en Agenais. — Sa fille unique et héritière, Jeanne de Ganet, épousa à Agen en 1624 Herman de Sevin, à qui elle apporta la terre et le nom de Ganet (V. les Mémoires de Vignoles, éd. Tamizey de Larroque, p. 78).

3 Paul de Viau fut ramassé sous un monceau de cadavres et dut plus tard se racheter chèrement (V. Paul de Viau, capitaine huguenot..., par Garisson, cité p. 106).

4 Diverses relations de ce siège de Tonneins et de ses épisodes furent publiées à cette époque :

La Victoire emportée au champ de bataille contre le marquis de La Force par M. le duc d'Elbeuf, avec le nombre des morts et les particularités de la bataille. 30 janvier (Paris, 1622, pièce in-8°). La Defaicte de huict cens hommes des gens du marquis de La Force, avec la prise de Tanins et la blessure mortelle audit marquis de La Force, son secours mis et taillé en pièces : le tout faict par Mgr le duc d'Elbeuf. 20 mars (Paris, 1622, in 8°, deux éditions). La Defaicte mémorable de quatre cens hommes des troupes de M. de La Force venant aie secours des assiégez de la Ville de Thonins, etc. (Paris et Bouen,

Montpouillan et Gastets moururent trois jours après à Glairac de leurs blessures. La garnison de Tonneins se retira à Glairac et à Sainte-Foy.

En somme, ce siège de près de trois mois aboutissant à un tel résultat était presque un échec pour l'armée royale. Louis XIII résolut alors la destruction de Tonneins, dont les deux parties furent, en effet, réduites en cendres par ordre du duc d'Elbeuf trois mois après la capitulation4.

Entre temps, le roi, à la tête de 9.000 hommes et accompagné de Gondé, battait complètement Soubise dans les marais de Rié et lui détruisait son armée le 16 avril 1622 ; puis, laissant quelques troupes devant La Rochelle dont le rôle actif prenait toujours plus d'importance, il se portait sur Royan.

Gondé, qui, en marche pour Tonneins, avait appris à Bordeaux la capitulation du 4 mai, se dirigea vers l'Agenais après la prise de Royan. C'est alors que le traité passé entre Lusignan et le conseiller Du Duc pour la reddition de Glairac eut son exécution. Lusignan reçut les 50.000 livres relatives à Puymirol et fut

1622, in-8°). La Furieuse défense des troupes du marquis de La Force venant avec 2.500 hommes au secours de Tonneins, etc. (Paris, 1622, in-8°). La Prise des deux Villes basses de Thonins, et la deffaicte de MM. de La Force... Ensemble tout ce qui s'est passé depuis le dou&iesme de marsjusques à présent (Paris, 1622, in-8°). La Prise et Réduction de la Ville de Tonneins à l'obeyssance du Roy.., (Paris, 1622, in-8°). Véritable narré de tout ce qui s'est passé sa?nedi dernier, 30 du mois d'avril (1622) au siège de Tonneins (Bordeaux, 1622, in-8°). Nouvelle Deffaicte des troupes de Clerac ; ensemble la fameuse rencontre desdites troupes par Mgr le duc d'Elbeuf, le dixîesme du présent mois (février 1622). (S. 1., 1622, in-8°.)

V. aussi : Le Fidèle historien des affaires de France, de 1620 à 1623, par Franville (Paris, 1623, in-8°) ; Mercure François de 1622 ; Mémoires de Vignoles et du duc de La Force ; Antiquités de Lot-et-Garonne, par Saint-Amans ; Recherches historiques sur Tonneins, par L.-F. Lagarde, etc.

1 Sur la reconstruction de la ville de Tonneins, V. une note d'Alphonse Lagarde, dans le t. vu (1880) de la Revue de l'Agenais, p. 346: La Reconstruction de la ville de Tonneins en 1622.

L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 113

nommé gouverneur de la place rendue. La Force fit, lui aussi, sa soumission, qui lui valut le bâton de maréchal de France avec 200.000 écus comme dédommagement de son gouvernement de Béarn.

Cependant Sainte-Foy conservait une attitude hostile. S'étant assuré de plusieurs villes, Gensac, Eymet1, etc., le prince rejoignit le duc d'Elbeuf à Monségur où les rallia le roi, et Sainte-Foy fut aussitôt investie. D'abord la garnison, nombreuse, bien aguerrie et commandée par Mirambeau, accueillit les assiégeants par des fanfaronnades. Les batteries furent placées et les tranchées ouvertes; mais La Force s'employa de tout son pouvoir pour amener des négociations et y réussit. Le 24 mai, la ville ouvrit ses portes au roi, qui y pénétra le 26 et lui accorda des conditions meilleures qu'on ne l'espérait2.

Louis XIII quitta Sainte-Foy le 28 mai 1622, y laissant des commissaires chargés de faire détruire les fortifications ; il visita Monségur, Marmande, Aiguillon, Port-Sainte-Marie, et arriva à Agen le 1er juin. Il reçut dans cette ville l'hommage des consuls et notables de Glairac et la soumission de plusieurs places du Quercy. Il repartit d'Agen le 3 juin par Valence, Malauze et Moissac ; s'empara de Privas, de Nîmes et d'Uzès, et assiégea Montpellier.

1 V. sur Eymet la notice du t. i, 2e partie, p. 182 de la Guyenne Historique et Monumentale.

2 V. La Mémorable déroute de 400 rebelles de Saincte-Foy, ville sur la Dordoyne, par M. Du Hallier, capitaine des Gardes de Sa Majesté ; entre lesquels a esté tué le marquis de Mirambeau, chef des rebelles et fils du sieur de Boisse-Pardaillan (Paris, 1G22, in-8°). — Réduction de la Ville de Saincte- Foy et Montfalquier (sic) en l'obeyssance du Roy ; la reunion du sieur de La Force et ses Enfans auprès de S. M. ; avec les articles accordez par S. M. audict sieur de La Force (24 mai). (Paris, 1622, in-8°.)

J'ai déjà constaté que le marquis de Mirambeau ne fut pas tué dans cette affaire, comme le prétend la première relation ci-dessus et comme on l'a souvent répété. Il ne mourut que 35 ans plus tard, le 1er mars 1657.

HISTOIRE DE l/AGKNAIS, T. II. S

En même temps, Théobon rendait Monflanquin, et peu après Layrac, Nérac, Casteljaloux, Moncrabeau, Caumont, etc. eurent leurs fortifications détruites. Le fort de Sauveterre fut rasé en juillet par ordre du roi1.

Les huguenots demandèrent la paix. Un traité fut signé à Montpellier le 20 octobre 1622 confirmant l'édit de Nantes. Montauban et La Rochelle restaient seules villes de sûreté.

Le catholicisme triomphait sur tous les points, à l'étranger comme en France, et Richelieu au pouvoir allait inaugurer sa grande politique.

1 Les Agenais dépensèrent pour cette démolition la somme de 1.580 livres et obtinrent l'abandon des matériaux et la jouissance des fonds de terre des fossés pendant dix ans.

Ce château-fort appartenait alors à Mme de Gondrin, qui plaida pendant six ans pour obtenir une indemnité de dépossession. Il lui fut accordé enfin 6.234 livres, que dut payer le pays d'Agenais.

Sauveterre avait appartenu précédemment au vice-sénéchal Nadau, et avait été vendu en 1597 à Marguerite de Balaguier, dame de Monsalès, veuve de Charles de Moulue (V. une note de la p. 302 du t. Ier).

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