CHAPITRE IV
L'Agenais au xvne siècle (Suite) — Dixième et onzième guerres de religion La peste de 1628 à 1631 et l'émeute de 1635 — La fin du règne de Louis XIII — Le duc d'Epernon à Agen — La Fronde.
e nous éloignons pas trop de Tannée 1621 sans rappeler un fait très important pour l'Agenais , la suppression définitive de ses Etats et sa transformation en pays d'Election.
C'était peut-être demander, ai-je dit, la disparition de certains abus à une mesure à peine faite pour les atténuer. Cependant nous avons vu combien laissait à désirer, surtout au point de vue financier, le fonctionnement des institutions antérieures.
Confirmés par Charles VIII le 5 mai 1486, les Etats de l'Agenais, connaissant, après fixation des taxes, de la répartition des charges entre les communautés et réglant les impositions, avaient fonctionné encore durant tout le xvie siècle. Nous savons qu'ils avaient
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été plusieurs fois menacés de 1519 à 1583 *. En 1593, Henri IV avait encore tenté leur transformation ; mais le pays, protestant énergiquement, parvenant à démontrer le danger d'une telle mesure, avait fini par obtenir chaque fois gain de cause.
Pour les tailles, l'Agenais comptait dans la Gascogne, que des lettres patentes de Louis XI du 9 mars 1476 avaient divisée en quatre Recettes : Agenais, Gondomois, Gomminges et Armagnac.
En 1621, malgré les promesses obtenues sous Sully et renouvelées par Louis XIII lui-même à son avènement, la suppression des Etats de Guyenne s'accomplissait.
L'agitation que provoqua cette exécution resta sans effet, et les démarches les plus actives furent tentées en pure perte auprès de Richelieu. La Recette de l'Agenais perdait les Aides, transformés en Election de Lomagne, et la Cour de l'Election d'Agen était établie le 30 décembre 1623. On vit alors consuls et élus s'accuser réciproquement de vexations, d'actes d'arbitraire, de prélèvements exagérés, etc.
Malgré l'appui du Parlement de Rordeaux, les communes perdaient ainsi une de leurs plus importantes et dernières prérogatives. Le Conseil d'Etat confirma le 28 janvier 1626 les attributions des Elus, et fit même défense d'en appeler désormais au souverain. Enfin, les tailles devant être réparties par juridictions, nos consuls se hâtèrent de transiger en 1627 pour leur reddition de comptes ; puis ils furent définitivement sacrifiés en 1634.
Ainsi disparaissaient peu à peu les privilèges con-
1 Sur ces divers essais de suppression des Etats de l'Agenais, V. pp. 260- 262 du tome Ier.
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sulaires. Les vastes attributions d'autrefois allaient bientôt ne plus être qu'un souvenir1.
L'évêque Claude Gelas avait établi à Agen les Sœurs de Notre-Dame2 en 1619. Il assista au concile de Bordeaux de 1624, et appela plus tard les Carmélites3 dans sa ville épiscopale. C'est aussi vers ce même temps que les Capucins s'établirent à Marmande, Villeneuve et Port-Sainte-Marie; les religieuses de l'Annonciade et les Pères Carmes à Marmande ; les Récollets à Sainte-Foy et à Lauzun, etc.
1 V. Des Tailles et des Impositions au pays d'Agenais durant le xvie siècle, etc., par G. Tholin, et Cahiers des doléances du Tiers Etat du pays d'Agenais aux Etats généraux, p. 87 et suiv.
2 Les religieuses de Notre-Dame furent fondées en 1608 par Jeanne de Lestonac, veuve de Gaston de Montferrand, fille d'un conseiller au Parlement de Bordeaux et nièce de Montaigne. Elles furent instituées à Agen le 14 août 1619 et installées place Paulin (aujourd'hui place des Droits-de-1'Homme), dont elle occupèrent tout le côté nord. Leur église était bâtie vers l'angle nordouest de cette place.
Au xvme siècle, une des supérieures du couvent d'Agen fut Thérèse de Secondât de Montesquieu, sœur de l'auteur de V Esprit des lois, morte le 10 septembre 1772.
Sous la Révolution, en 1790, ce couvent fut saisi, les religieuses en furent expulsées et on y interna les prêtres insermentés ; puis il servit de caserne et d'écurie en 1794. Il fut vendu pour 19.050 fr. en 1798 (V. Les Couvents de la Ville d'Agen avant 1789, par Ph. Lauzun, t. n. V. aussi Notes pour l'Histoire des Religieuses de Notre-Dame, à Agen, par Ad. Magen [Agen 1878, in-80]).
3 Les Carmélites furent établies à Agen en décembre 1628, sur l'initiative du cardinal de Bérulle qui, passant par cette ville, en avait trouvé la position agréable. Elles s'installèrent d'abord, au nombre de six, sur la place de la Grande-Boucherie (aujourd'hui place Lafayette). En fuite pendant la peste de 1629, elles revinrent en mars 1631 et se placèrent dans une maison de la rue de l'Annonciade (rue des Colonels-Lacuée), entre cette rue et celle des Pénitents-Bleus (plus tard Saint-Jérôme, aujourd'hui Henri-Martin). L'entrée du couvent et la chapelle étaient sur la rue de l'Annonciade.
Les Sœurs furent expulsées à la fin de 1792. L'administration départementale fut installée dans leur couvent de 1793 à 1810, date où y fut transféré le Collège. En 1858, on démolit les vieux bâtiments pour faire place au Ljcée actuel. La chapelle seule fut conservée.
Dispersées jusqu'en 1807, les Carmélites d'Agen achetèrent alors une vieille maison de la rue du Jeu-de-Paume. Elles y restèrent jusqu'au 22 juillet 1841, époque de leur transfert dans le monastère actuel élevé sur les terrains
En 1623, une vive controverse relative à l'épiscopat incertain de saint Caprais agita l'Eglise d'Agen.
Saint Caprais fut-il évêque? — Pierre Sauveur1, chanoine théologal, publia contre cet épiscopat une brochure à laquelle répliqua un autre chanoine, Antoine de Lescazes2, et qui valut au théologal des avanies sans fin.
La question fut portée devant le métropolitain de Bordeaux, le cardinal de Sourdis, qui conclut le 31 juillet en faveur dudit épiscopat. Les consuls d'Agen, qui s'étaient mêlés de l'affaire et avaient même intrigué auprès du cardinal, décidèrent alors que la fête de saint Caprais serait chômée. Sauveur fit casser leur ordonnance.
Pour se venger, les collègues du théologal lui infligèrent un affront public dans l'église collégiale, où il dut abandonner la chaire au milieu d'un sermon, et le firent poursuivre canoniquement devant la Cour primatiale d'Aquitaine qui le censura et le suspendit de son ordre le 19 juillet 1629. Sauveur en appela au Parlement de Bordeaux qui, cassant le jugement pri-
de Malconte (Porte-Neuve). V. Les Couvents de la Ville d'Agen avant 1789, t. il.
1 Pierre Sauveur, né à Agen (?) vers 1570, mort en 1643. Il avait été supérieur du Séminaire d'Agen en 1607, vicaire général de Clairac en 1608 et d'Agen en 1609.
Sa brochure, non signée, a pour titre : Brief Recueil de l'Histoire de S. Caprasi d'Agen (Agen, s. d., in-8° de 9 pp.). V. la Bibliographie générale de l'Agenais, art. Sauveur, t. n et ni.
2 Antoine de Lescazes, né à Agen vers 1565, mort le 15 janvier 1630.
Sa réfutation de Sauveur est intitulée : Responce apologétique au Brief Recueil de la prétendue vérité de l'Histoire de S. Caprasi d'Agen : où il est pertinemment monstre que ledicl S. Caprasi, martyr l'an de Nostre Seigneur 303 estoit pareillement Evesque de ladicte ville d'Agen, selon l'ancienne croyance et tradition (Bordeaux, Millanges, 1622, in-f° de 40 pp.).
Plusieurs membres de la famille de Lescazes occupèrent des situations importantes. Un Géraud de Lescazes, notamment, fut syndic du pays d'Agenais de 1609 à 1614 (Archives commun. d'Agen, FF. 167).
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matial, porta la cause en Conseil privé du roi. L'affaire aboutit à une déclaration d'incompétence du Parlement et au maintien de la sentence du 19 juillet 1629. Le chanoine condamné se retira alors dans un monastère d'Agen.
J'ai déjà dit un mot de cette futile controverse qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours4.
L'hiver de 1623 fut exceptionnellement rigoureux. Des derniers jours de décembre 1623 jusqu'en février 1624 sévit un froid excessif. Les glaces de la Garonne supportaient le passage des voitures ; la terre fut couverte de neige pendant trois semaines ; arbres et vignes furent gelés.
En même temps, les paysans du Quercy, désignés sous le nom traditionnel de Croquants, se soulevaient et parcouraient les campagnes. En juin 1624, ils assiégèrent Thémines dans son château, et ce maréchal ne s'en rendit maître, le 7 juin, qu'après plusieurs engagements meurtriers2.
Du reste, les protestants n'avaient pas dit encore leur dernier mot. Sous divers prétextes plus ou moins sérieux, ils reprirent les armes en Languedoc avec Rohan, et vers La Rochelle avec Soubise. Le marquis de Lusignan voulant préserver Castres menacé par Thémines réussit à s'introduire dans cette place avec plus de 800 hommes, en juillet 1625, après avoir repoussé trois attaques.
La Chambre de l'Edit de Guyenne condamna Lusignan à mort par contumace et le dégrada de noblesse. Ses maisons furent rasées et ses bois coupés au pied
1 V. une note de la p. 9 du t. i. — V. aussi l'art, (lombes au t. m de la Bibliographie générale de l'Agenais.
2 Les Croquants de 1624 étaient commandés par Douât et Barrau, qui furent décapités.
par les soins de d'Epernon; son portrait demeura pendu pendant quinze jours, du 25 novembre au 10 décembre, à une potence infamante sur la grande Place d'Agen.
Richelieu expédia 6.000 hommes en Bretagne et autant en Poitou. Après avoir battu la flotte royale le 17 juillet 1625 et s'être emparé des îles de Ré et d'Oleron, Soubise et Guiton1 furent vaincus. Néanmoins, les réformés obtinrent le 5 février 1626 le renouvellement du traité de Montpellier.
Mais cette paix qui indisposa les catholiques ne fut qu'une trêve de peu de durée. Dès 1627, en effet, les hostilités furent reprises.
Richelieu était entré dans la voie que lui indiquait son génie. Il visait à la fois les grands, la Réforme et l'Autriche. Le mariage de Henriette, sœur de Louis XIII, avec Charles Ier d'Angleterre s'était accompli le 11 mai 1625; les premières intrigues autour du duc d'Orléans2, frère du roi, et d'Anne d'Autriche
1 Jean Guiton, né à La Rochelle en 1585, mort dans la même ville en 1654, d'abord capitaine de navire marchand et armateur, puis amiral et maire de La Rochelle. Il s'illustra surtout dans l'héroïque défense de cette place en 1628.
Les Guiton de La Rochelle étaient originaires de la paroisse d'Arganges, diocèse d'Avranches, en Normandie. Plusieurs historiens agenais (Cassany- Mazet, l'abbé Rarrère, etc.) ont considéré par erreur Jean Guiton comme appartenant aux Guiton de l'Agenais, dont un membre, Antoine, fut consul de Villeneuve en 1511. Divers ouvrages établissent l'origine normande de Jean Guiton: Histoire de la Ville de La Rochelle et du Pays d'Aulnis, par le P. Arcère (1756, 2 vol. in-4°) ; Histoire de la Saintonge et de VAunis par Massiou (1838, 5 vol. in-8°) ; Jean Guiton, dernier maire de La Rochelle, par P.-S. Callot (1847, in-8°), etc.
M. Tamizey de Larroque a traité cette question dans l'étude suivante : Quelques Notes sur Jean Guiton, ternaire de La Rochelle (Agen, 1863, in-8°). L'auteur à complété cette étude par des Documents inédits sur l'origine agenaise de Jean Guiton, etc. {Revue de l'Agenais, t. xvn [1890], p. 70 et suiv.).
2 Gaston-Jean-Raptiste de France, duc d'Orléans, fils puîné de Henri IV et de, Marie de Médicis, né en 1608, mort en 1660. D'un caractère faible et irré-
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avaient été sévèrement réprimées en août 1626 par la mort de Chalais1, l'éloignement de Vendôme, l'exil du comte de Soissons2, de la duchesse de Chevreuse3, du duc de La Valette, fils de d'Epernon, et d'autres seigneurs. Une importante Assemblée de notables avait réglé les affaires intérieures le 2 décembre; la guerre de Trente ans était entrée dans une nouvelle phase et la coalition protestante était vaincue.
Alors, à la suite d'agissements regrettables de la reine d'Angleterre blessant les sentiments religieux de la nation, Charles Ier fut conduit à expulser l'entourage de Henriette et à laisser fomenter des troubles en France. Louis XIII, se considérant comme insulté, réclama des réparations qui furent refusées: c'était la guerre.
Devant le nouveau mouvement des huguenots, Richelieu résolut de venir à bout de La Rochelle, d'en finir à tout prix avec ces prises d'armes incessantes. L'Angleterre prépara une immense flotte de quatrevingt-dix vaisseaux, montée par 16.000 hommes,
solu, il se laissa entraîner dans toutes les intrigues et conspirations qui marquèrent le règne de son frère et le ministère de Richelieu (Chalais, Cinq- Mars, etc). Il fut le père de Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier.
1 Henri de ïalleyrand, comte de Chalais, favori de Louis XIII, fils du prince Daniel de Chalais, né en 1599, décapité à Nantes le 19 août 1626.
Il s'était rendu presque célèbre par ses duels et ses aventures galantes et avait trempé dans plusieurs conspirations contre Richelieu. Arrêté à Nantes le 8 juillet 1626, il lit des aveux et fut condamné à mort par une commission spéciale. Le bourreau dut s'y reprendre jusqu'à trente-quatre fois pour lui trancher la tête.
2 Louis de Bourbon, comte de Soissons, né en 1604, tué au combat de la Marfèe, près de Sedan, en 1641, gouverneur du Dauphiné. Il était fils de Charles de Bourbon, comte de Soissons (1566-1612), et petit-fils de Louis Ier de Bourbon, prince de Condé. Il fut mêlé à la conspiration de Chalais et à toutes les intrigues du règne de Louis XIII. Réfugié à Sedan auprès du duc de Bouillon, il traita avec l'Espagne et prit les armes en 1641.
3 Sur la duchesse de Chevreuse, V. la note consacrée au duc de Chevreuse, à la date de 1649.
laquelle cingla vers nos côtes et aborda dans File de Ré le 23 juillet 1627.
Jean de Toiras1, qui commandait cette île insuffisamment fortifiée, se retira avec ses troupes dans la citadelle Saint-Martin où il se défendit avec courage. Grâce à l'héroïque dévouement d'un soldat agenais, La Pierre, d'Unet2, il put prévenir Richelieu, qui le secourut. Schomberg parvint à pénétrer dans l'île avec 6.000 hommes, et le 8 novembre, après une sanglante bataille, les Anglais durent fuir en abandonnant 4.000 morts, leurs canons et leurs bagages.
Les Rochelois, néanmoins, voulurent tenter une résistance suprême.
On sait les travaux énormes, les efforts inouïs que coûta à Richelieu ce siège mémorable. C'est en vain que les calvinistes luttèrent héroïquement sous l'impulsion de Guiton ; en vain aussi que deux nouvelles flottes anglaises tentèrent, en mai et en août, de les délivrer. La moitié de la population avait péri ; de la
1 Jean de Saint-Bonnet, seigneur de Toiras, né en Languedoc en 1585, mort devant Fontanette (Milanais) en 1636. Il avait pris l'île de Ré sur Soubise en 1625.
Sa brillante défense de Casai contre les Impériaux en 1630 lui valut le bâton de maréchal de France.
2 Cet humble héros, le soldat La Pierre, né à Unet, près Tonneins, appartenait au régiment de Champagne. Il se dévoua pour apporter, à travers mille dangers, une dépêche de Toiras au général en chef de l'armée royale. La Pierre franchit une douzaine de kilomètres en nageant presque sans cesse, et un moment par une mer houleuse. Sur trois messagers volontaires expédiés par Toiras, La Pierre seul parvint au but exténué et sanglant, mais vainqueur.
Le nom de ce modeste soldat agenais n'est pas assez connu. Dénaturé par tous les historiens, bien que le Mercure François l'eût exactement donné (La Pierre, natif de Gascogne, près Tonneins), il a été enfin rétabli récemment, dans Les Origines de la Marine française et la Tactique naturelle. Le Siège de La Rochelle, par le vice-amiral Jurien de La Gravière (Paris, Didot, 1891, in-8<>).
M. Tamizey de Larroque a fait de cet épisode héroïque l'objet d'une très curieuse plaquette: Un Héros ignoré. Le soldat La Pierre, d'Unet (Tonneins, 1891, in-16).
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garnison, il ne restait plus que 15-4 hommes, et la place fut absolument forcée de capituler le 28 octobre 1628, après un siège de quatorze mois. Ce fut la ruine des espérances des protestants, la fin des rebellions si longtemps invincibles.
Pendant ce siège de La Rochelle, Gondé et Montmorency guerroyaient en Languedoc et commettaient d'immenses ravages ; Rohan, qui avait pris Montauban, traitait avec l'Espagne, et d'Epernon, par ordre, faisait le dégât, c'est-à-dire dévastait les campagnes du Quercy1. Richelieu expédiait alors des troupes dans le Midi, où le roi lui-même, au retour d'Italie, en mai 1629, se présentait avec six corps d'armée comptant ensemble 50.000 hommes. Des colonnes parcouraient les Gévennes, brûlant et massacrant tout sur leur passage. Privas, pris d'assaut le 27 mai, fut détruit; Alais eut bientôt son tour, et alors les huguenots écrases se soumirent, et une paix sérieuse fut enfin conclue le 27 juin, sans concessions spéciales ni places de sûreté.
L'Agenais n'avait pas joué de rôle bien actif dans ces événements. Depuis le traité de Montpellier, la guerre avait évolué en dehors de notre région.
La prise de La Rochelle avait provoqué dans toute la France des démonstrations de joie. Agen s'était associé à ces manifestations; mais des préoccupations cruelles commençaient à l'agiter. Une peste des plus meurtrières sévissait en bien des lieux. Lyon, Limoges, Toulouse, Montauban, Cahors, Moissac, Rordeaux étaient infestés.
1 V. Le Dégât de Montauban (1625), par Charles Pécantin (Recueil des Travaux de la Société des Se, Lettres et Arts d'Agen, lre série t. vu, p. 190).
Une Assemblée des trois ordres, provoquée par les consuls, se réunit le 27 juin 1628 pour aviser aux mesures de préservation utiles, qui furent prises aussitôt. Malheureusement il y avait trop à faire à cet égard1, et malgré tout le zèle déployé, la maladie éclata le 20 juillet, faisant pour première victime un conseiller au Présidial, M. de Malhoc.
Ce cas resta cependant encore isolé. Il ne s'en produisit aucun autre, ni en septembre, ni en octobre suivants, bien que le mal fit rage aux portes de la ville, à Puymirol, Sainte-Radegonde, Moirax. Le Bureau de la Santé, qui n'avait pas fonctionné depuis 1607, fut reconstitué et tint deux séances par semaine. Toute provenance de Gahors ou de Toulouse fut consignée, même à Saint-Pierre-de-Gaubert, Boé et le Passage. Le service médical et les ambulances furent organisées; on construisit des baraquements et des huttes à Descayrac, à Renaud2 et le long des murs de ville jusqu'à la porte du Pin.
Un second cas survint néanmoins le 26 octobre. Pour servir la confiance publique, les consuls firent en corps une ascension de l'Ermitage, et le 7 novembre des consultations médicales eurent lieu3.
Dans les premiers jours de janvier 1629, la contagion envahit plusieurs quartiers de la ville et tous les environs.
Le commerce, alors, devient nul et la misère navrante. Puis les approvisionnements s'épuisent ; le
1 V. La Ville d'Aqen pendant l'épidémie de 1628 à 1631, d'après les registres consulaires, par Ad. Magen (Agen, 1862, in-8°).
2 Les champs de Renaud, entre Agen et la Capelette. (V. une note de la p. 45 du t. i).
3 La Ville d'Ageri pendant l'épidémie de 1628 à 1631, p. 26 et suiv.
M. Magen donne de curieux détails sur les prescriptions, ordonnances et recettes médicales formulées pour la circonstance.
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pain manque ; l'émeute est à redouter. Et bientôt le Collège se ferme ; les Cours de Justice quittent la ville : le Présidial s'établit à Granfonds et l'Ordinaire à la Table-Ronde, près Foulayronnes ; la Cbambre de l'Edit de Guyenne part pour Bazas. Enfin, pour surcroît de malheur, d'Epernon prescrit aux consuls de compter 3.000 livres au vicomte de Foncaude1 en marche sur Agen avec son régiment.
A tous égards, la situation était affreuse. Un emprunt fait en janvier étant épuisé, il fallut absolument créer d'autres ressources. Malgré sollicitations et démarches, les 3.000 livres, empruntées au denier douze, furent payées au vicomte, dont les troupes restèrent neuf ou dix mois dans l'Agenais.
Cependant la maladie empirait toujours. Les consuls, débordés et devant répondre à tous les besoins, avaient surtout à se préoccuper des mesures de police. En juin, les baraquements devinrent insuffisants pour recevoir les pestiférés toujours plus nombreux. On en établit encore derrière les églises Sainte-Foi, Saint- Hilaire. Les corbeaux, ou ensevelisseurs des morts, durent même être renforcés.
Le 15 juillet 1629, André de Rance 2, procureur général de la Chambre de l'Edit, date de " Beauregardles-Agen" une ordonnance enjoignant de prendre sur
I Jean de Montferrand, vicomte de Foncaude, né en 1583 mort en 1634.
II était fils de François II de Montferrand, vicomte de Foncaude, baron de Cancon, de Casseneuil, de Frespech, etc., mort en 1625.
Son frère aîné François III de Montferrand, héritier de tous les biens paternels, fut lieutenant général en Guyenne et maréchal de camp en Languedoc en 1628.
V. Communay, Essai généalogique sur les Montferrand de Guyenne ; L. Massip, La Ville et les Seigneurs de Cancon, en Agenais, p. 146.
"2 André de Rance, sieur de La Perche, était, je crois, le fils de Henry de Rance, conseiller au Parlement de Bordeaux, et obtint lui-même ensuite cette charge.
les revenus du domaine royal et droits d'attache des moulins en Garonne trente livres destinées aux prisonniers " périssant misérablement de faim ", plus deux sous par jour jusqu'à nouvel ordre. L'évêque prescrivait aussi, à la même date, des prières quotidiennes quand sonnerait <l la grand'cloche de Saint- Estienne ".
Le clergé se refusant à participer à l'entretien des religieux qui assistaient les malades, les consuls firent saisir une portion de ses revenus, ce qui amena un déplorable procès devant le Parlement de Bordeaux.
En août 1629 le mal s'apaisa quelque peu, et en octobre suivant les portes furent ouvertes ; mais la ville n'en avait pas fini cependant avec l'épidémie qui venait de faire tant victimes. En 1630, des cas assez nombreux se manifestèrent, et la disette se mit de la partie ; en 1631, dès le mois de mars, et surtout en août, le fléau reparut et dura six mois encore S Ce fut heureusement la fin de ces cruelles épreuves. Déjà, le prix du blé avait baissé ; on se sentait renaître à l'espérance et des jours meilleurs s'annonçaient. Les consuls, accompagnés d'une foule d'Agenais, firent alors un pèlerinage d'action de grâce à Notre-Dame de Bon-Encontre.
Le duc d'Epernon était venu à Agen, où il avait séjourné du 3 au 8 avril 1628. Son fils, le cardinal de La Valette, l'y avait rejoint le 4 avril ; mais, malgré le désir du duc, la Chambre de l'Edit s'était refusée à une réception solennelle du prélat1. Nous retrouverons bientôt cet irascible gouverneur.
En 1630, la Gliambre de l'Edit revint à Agen, où
1 V. Les Correspondants de Peiresc. I. Dubernard. Une Lettre écrite d'Agen à I>eiresc en 1628, par Tamizey de Larroque (Agen, 1871), in-8°), note de p. 17,
fut également établie la Cour des Aides de Guyenne, qui devait passer à Libourne en 1635.
Je n'ai rien à rappeler de la succession de Mantoue, de la délivrance de Casai, du traité et de la diète de Ratisbonne et de l'apparition de Mazarin1, faits relatifs aux années 1629 à 1632. Les diverses phases des luttes contre l'ascendant de Richelieu, la Journée des Dupes2, la retraite de la reine-mère à Bruxelles et le procès de Marillac3 ne relèvent non plus que de l'Histoire générale du royaume.
Au cours de ces événements, Montmorency, presque souverain du Languedoc, en révolte ouverte avec Gaston d'Orléans, fut battu par le maréchal de Schomberg près de Castelnaudary, blessé et fait prisonnier.
1 Jules Mazarin (Giulio Mazarini), né à Rome en 1602, mort à Vincennes en 1661.
Capitaine dans les troupes pontificales en 1624, chargé de diverses missions où il déploya une grande habileté, puis nonce extraordinaire en France en 1634, il s'attacha à Richelieu, fut naturalisé en 1639 et créé cardinal en 1641. Il succéda à Richelieu et prouva ses hautes capacités d'homme d'Etat. Etait-il prêtre ? Epousa-t-il secrètement Anne d'Autriche ?
Jamais ministre ne fut autant vilipendé et chansonné. Ses défauts, son avidité, son avarice étaient mieux connus que ses qualités. On désigne sous le nom de Mazarinades les innombrables pamphlets en prose et en vers publiés pendant la Fronde.
Sur Mazarin, V. Histoire du cardinal Mazarin, par Aubery (Paris, 1751, 4 vol. in-18) ; Histoire de la France sous le ministère du Cardinal Mazarin, par Razin (Ibid., 1837-42, 4 vol. in-8°) ; La Jeunesse de Mazarin, par V. Cousin (Ibid., 1865, in-8»), etc.
2 Nom donné à la célèbre journée du 11 novembre 1630, pendant laquelle Richelieu, renversé par la reine-mère, Gaston d'Orléans, Anne d'Autriche, les deux Marillac, etc., ressaisit plus fortement encore le pouvoir après une entrevue avec Louis XIII.
3 Louis de Marillac, né en 1572, maréchal de France en 1629. Il était à l'armée d'Italie, en 1630, quand il fut arrêté après la Journée des Dupes et mené à Paris, où Richelieu fit poursuivre son procès pour rapines et malversations. L'instruction ne dura pas moins de deux ans et aboutit en mai 1632 à une condamnation à mort qui eut aussitôt son effet.
Son frère, Michel de Marillac (1563-1632), ancien garde des sceaux, un des principaux meneurs dans la Journée des Dupes, fut arrêté et mourut en prison à Chàteaudun. Il laissa plusieurs écrits.
Selon sa coutume, Gaston l'abandonna lâchement. Louis XIII, après le traité de Liverdun, marcha sur le Languedoc et fit instruire le procès de Montmorency par le Parlement de Toulouse, qui prononça une condamnation à mort. L'exécution du duc eut lieu le 30 octobre 1632.
Les dernières intrigues de Gaston, du duc Charles de Lorraine et de l'Espagne n'eurent, du reste, aucun succès. La Lorraine fut prise, et Richelieu triomphant et cessant de redouter toute aventure intérieure put se préoccuper enfin, dans l'intérêt de la France, de la guerre de Trente ans.
Ceci nous conduit à l'année 1635.
Dans les dernières intrigues dues au frère du roi, Richelieu avait acheté son confident, le duc de Puylaurens*, en juin 1634, au prix du duché-pairie d'Aiguillon, éteint en 1621 par la mort d'Henri de Lorraine, duc de Mayenne. Mais Puylaurens jouit peu de ce gage. Accusé d'entretenir la discorde dans la famille royale, il fut bientôt arrêté et conduit à Vincennes, où il mourut le 17 juillet 1635.
Le château de Castelculier était devenu un repaire de voleurs qui désolaient toute la contrée. Sur les plaintes qui lui furent adressées à ce sujet, le roi en ordonna la démolition. Ce château fut rasé en 1633 et 1634 par le duc d'Epernon.
Le 14 mai 1635, une émeute eut lieu à Bordeaux à propos d'un droit nouveau sur les vins. Il y eut effu-
1 Antoine de Lage, duc de Puylaurens, favori de Gaston d'Orléans, appartenait à une famille noble du Languedoc.
L'érection du duché-pairie d'Aiguillon sur sa tête en 1634 eut lieu en contradiction avec les réserves formulées par le Parlement de Paris en 1600, à l'occasion de la première institution en faveur du duc de Mayenne.
Nous verrons le même fait se renouveler encore en 1638.
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sion de sang; l'Hôtel de Ville fut en partie incendié et d'Epernon ne put se rendre maître du mouvement qu'après sept semaines d'efforts. Le Parlement de Toulouse interdit la perception du droit, et Agen se mit complètement en révolte.
Dès le 21 mai, une sourde agitation se remarquait dans cette ville, où les consuls durent prendre des mesures sévères. Des conflits isolés se produisirent. Le 11 juin fut chanté un Te Deum pour célébrer la victoire des armées du roi sur le prince de Carignan, Thomas de Savoie, au service de l'Espagne ; mais ce ne fut qu'une diversion insuffisante, et le dimanche, 17 du même mois, à la suite d'une discussion entre l'équipage du bateau-poste et un archer, la sédition éclata. L'archer fut lapidé et jeté dans la Garonne par les furieux criant : u Mort aux Gabeleurs! "
Et pendant deux jours l'émeute fit rage. L'excitation touchait à la folie, se traduisait en pillages, assassinats, incendies. C'est en vain que jurats et consuls s'efforçaient d'arrêter le massacre. Le sang ruisselait ; des barricades étaient dressées de tous côtés, et ce ne fut que grâce à l'intervention de l'ermite de Saint- Vincent, Eymeric Roudilh, et des Capucins, dont l'admirable dévouement pendant l'épidémie de 1629 avait laissé au cœur du peuple un vif souvenir, que l'effervescence se calma peu à peu. Eymeric surtout se montra héroïque. Durant deux jours et deux nuits, infatigable, il parcourut la ville, adjurant la foule égarée, lui adressant les supplications les plus touchantes. Son œuvre d'apaisement aboutit enfin : la lutte cessa le troisième jour.
Les victimes avaient été fort nombreuses. On cite, notamment: Guillaume Duperie, chanoine collégial, qui, pourchassé depuis Saint-Caprais, se blessa en
sautant les remparts vers la tour d'Armagnac et fut achevé1; Pierre Maury, notaire royal; Etienne de Cunolio, premier consul2; Guillaume de Maures, avocat au Présidial, et son fils Jehan de Maures, conseiller en l'Election3, etc.
Les deux Maures avaient été tués sur la toiture du couvent des Carmélites où ils s'étaient réfugiés pour échapper aux massacreurs. Leurs corps, précipités dans la cour du couvent, furent mutilés ; une femme Petit arracha les yeux du conseiller et les emporta dans son mouchoir. Il s'était commis des atrocités inouïes ; les femmes s'étaient montrées d'une férocité sans pareille.
Quand l'émotion fut un peu calmée, on recourut à des mesures d'ordre, et jusqu'à la fin du mois d'octobre les gardes restèrent actives.
Le 20 octobre furent publiées dans Agen les lettres
1 L'oncle de Guillaume Duperie, chanoine de Saint-Caprais, lui avait cédé sa charge.
Cette famille Duperie est encore représentée de nos jours à Agen.
2 Etienne de Cunolio, sieur des Palais. Il fut tué en cherchant à réprimer la sédition comme capitaine du quartier Saint-Caprais. Son fils Antoine-Gabriel de Cunolio, conseiller du roi, lieutenant civil et assesseur criminel en la Cour présidiale et sénéchaussée d'Agen, reçut quarante blessures. Celui-ci, consul en 1652, mourut en 1665.
J'ai dit dans une note de la p. 207 du t. Ier que les Cunolio appartenaient à une famille du Piémont, dont le premier membre fixé à Agen, Etienne de Cunolio, prêtre, était venu sous l'épiscopat du cardinal de La Rovère.
Plusieurs autres représentants de cette famille vinrent ensuite visiter Etienne ou résider auprès de lui.
Etienne de Cunolio tué en 1635 était un petit-neveu du précédent. Son père, Jules César, avait été naturalisé en 1559, et lui-même, né en Piémont, avait épousé à Agen en 1609 Jeanne de Loubatéry. De ses trois enfants, l'aîné vient d'être cité ; le second, Jean, fut prêtre, et le troisième, Etienne, chanoine de la cathédrale d'Agen, vivait encore en 1690.
3 Les Maures, dont il sera reparlé, avaient leur maison rue Saint-Jérôme (aujourd'hui Henri-Martin), en face du couvent des Carmélites (Lycée). Elle appartient maintenant à la famille de Parades.
Les filles de Jean de Maures devaient bientôt se rendre presque célèbres par les faveurs du second duc d'Epernon.
L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 131
patentes du roi portant abolition générale pour les révoltés, sous réserve des cas criminels. Déjà, avaient été pendus, les 23 et 24 août, sur sentences de la Chambre de l'Edit, un certain Soledie, de Saint-Pierrede-Glairac, et Jean Peyleau, de Garaman, en Languedoc. Le 18 janvier 1636, ce fut le tour d'une mégère, Antoinette Arfeilhe, de son fils, et d'un nommé Jean Trois-Dames, dit La Rispe, maître gantier1.
J'ai dit que le duc d'Epernon, Jean-Louis de Nogaret, était gouverneur de Guyenne depuis 1622. En 1627, Timoléon d'Espinay, marquis de Saint-Luc2, maréchal de France, fut nommé lieutenant général de la province, à la mort du maréchal de Thémines.
D'Epernon s'était rendu très impopulaire. A Bordeaux, en 1632, il était allé jusqu'à frapper l'archevêque Henri de Sourdis3, qui l'avait excommunié. Exilé à Plassac4, il obtint son absolution en 1634
1 V. Une Emeute à Agen en 1635, publiée d'après le manuscrit de Malebaysse, par Adolphe Magen (Recueil des Travaux de la Société... d'Agen, lre série t. vm, p. 196 et suiv.).
La relation de Malebaysse est minutieuse et remplie de détails curieux. Le manuscrit d'où elle est extraite, sorte do livre de raison s'étendant de 1618 à 1789 et formant un in-4° de 545 pp., appartient aujourd'hui aux Archives départementales de Lot-et-Garonne. La publication en a été entreprise dans la Revue de l'Agenais en 1893.
2 Fils de François d'Espinay, marquis de Saint-Luc, mignon de Henri III, né en 1554, grand maître de l'artillerie et ami de Henri IV, tué au siège d'Amiens en 1591.
Timoléon d'Espinay, marquis de Saint-Luc, né en 1580, vice-amiral en 1622, céda le gouvernement de Brouage à Richelieu en 1626 et mourut à Bordeaux en 1644.
Le fils de ce dernier, François d'Espinay, 2e du nom, marquis de Saint-Luc, fut aussi lieutenant général en Guyenne pendant les guerres de la Fronde. Nous le retrouverons à sa date.
3 Henri d'Escoubleau de Sourdis (1593-1645), frère du cardinal François d'Escoubleau de Sourdis (1575-1628) qui eut de si vifs démêlés avec le Parlement de Bordeaux.
V. L'Archevêque de Bordeaux et le duc d'Epernon, par L. de Villepreux (Revue de l'Agenais, t. i, 1874).
4 Sur le château de Plassac et ce premier duc d'Epernon, V. l'ouvrage de
devant la porte de l'église de Coutras. Nous avons vu les difficultés qu'il éprouva dans la répression de la sédition de 1635, qui, toujours renaissante, ne fut réellement éteinte qu'en 1638. A cette époque, tombé en disgrâce, il fut remplacé dans le gouvernement de Guyenne par Condé, bien que sa survivance fût acquise à son fils, Bernard de Nogaret de La Valette1, depuis 1634.
Ce fils, second duc d'Epernon, dont j'aurai bientôt à m'occuper, avait été chargé de concourir à la réduction des révoltés qui, pour la troisième fois, sous le
M. le marquis Elie de Dampierre, un Agenais : Monographie du Château de Plassac, en Saintonge (Paris et La Rochelle, 1887 et suiv., 4 vol. in-8°, avec pi. et portr.). Le t. H, dont il a été fait un tirage spécial, est consacré presque tout entier au duc d'Epernon : La Saintonge et les Seigneurs de Plassac. Le duc d'Epernon, 1554-1642 (Paris, 1888, in-8°, portr.).— V. aussi: Un Gascon du xvie siècle. Le premier duc d'Epernon , par Georges de Monbrison (Paris, 1874 et 1878, in-8<>).
I Bernard de Nogaret, duc de La Valette, puis duc d'Epernon, comte de Candalle, d'Astarac, de Benauges, etc., captai de Buch, chevalier de la Jarretière, né en 1592. Nous verrons que, condamné à mort en 1638, il s'enfuit en Angleterre, fut réhabilité après la mort de Louis XIII et rétabli en survivance de son père, en 1643, comme colonel général de l'infanterie et gouverneur de Guyenne.
II avait épousé en 1622 Gabrielle-Angélique, fille légitimée de Henri IV et d'Henriette d'Entragues, marquise de Verneuil, morte en 1627 et qu'on l'accusa d'avoir empoisonnée. Il se remaria en 1634 avec une nièce de Richelieu, Marie du Cambout, et mourut à Paris en 1631. — Je parlerai de ses galanteries agenaises.
C'est de lui qu'il est question, sous le nom de Bernard d'Angleterre, dans l'Histoire amoureuse des Gaules, de Bussy-Rabutin (Liège, s. d. [1665], pet. in-12, et éd. diverses, dont les plus estimées sont celles de A. Poitevin [Bibliothèque Gauloise, Paris, 1857, 2 vol. in-12] et de Paul Boiteau [Bibliothèque Elzévirienne, Paris, 1856, 4 vol. in-16] ).
Cf. Les Livres à clef. Bibliographie critique et analytique pour servir à l'histoire littéraire, par Fernand Drujon (Paris, 1888, 2 vol. in-8°).
Son fils unique, Louis-Charles-Gaston de Nogaret, duc de La Valette et de Candalle (1627-1658), fut gouverneur d'Auvergne, colonel général de l'infanterie et commandant en Guyenne en 1652. Il est désigné sous le nom de Candolle dans YHistoire amoureuse des Gaules.
Les d'Epernon sont encore visés sous le nom de Pardaillans dans la Gazette noire, par un Homme qui n'est pas blanc, ou Œuvres posthumes du Gazetier cuirassé (Théveneau de Morande). (Londres, 1784, in-8°.)
nom de Croquants, désolaient le Périgord. Il attaqua à La Sauvetat-de-Caumont, en 1637, la partie de ces rebelles commandée par Madaillan1, perdit 600 hommes dans le combat, mais dispersa les bandes après avoir pris et brûlé la ville2.
L'année suivante, avec Condé, il commandait l'armée des Pyrénées. Après avoir franchi la Bidassoa, il se porta sur Fontarabie. L'Espagne envoya une flotte de 14 vaisseaux que détruisit l'archevêque de Sourdis le 23 août ; mais notre armée, attaquée le 7 septembre, fut mise en déroute, par suite surtout de discordes entre ses deux chefs. La Valette, décrété alors d'accusation de trahison et condamné à mort par coutumace, s'enfuit en Angleterre pour laisser passer l'orage.
1 Isaac de Madaillan de Lesparre, seigneur de Montalaire, mort en 1649.
Il était fils de Jean de Madaillan de Montataire, mort en 1626, serviteur dévoué de Henri IV, qui le lit gouverneur de Thouars, place de sûreté des huguenots. Henri lui écrivit plusieurs lettres, dont une, du 30 mars 1589, a été publiée par Berger de Xivrey, au t. vin, p. 345 du Recueil des Lettres missives de Henri IV {Documents sur l'Histoire de France). V. Histoire d'un vieux Château de France. Monographie du Château de Montataire, par le baron de Condé (Paris, 1883, in-8°), pp. 285-338.
Les Madaillan de Montataire étaient, ai-je dit, d'origine agenaise.
En 1466, étant gouverneur de Creil, Arnaulton de Madaillan, seigneur de Montviel et de Cancon, fils d'Amanieu de Madaillan et de Jeanne de Lambertie, avait acquis d'Isabelle d'Orgement un château voisin, Montataire, alors aux trois quarts ruiné, où il se fixa et mourut très vieux vers 1491. — De ses cinq fils, l'aîné, Guichard, reçut Montataire, et le plus jeune, Etienne, hérita des seigneuries de l'Agenais. — Du fils aîné de Guichard naquit Guillaume de Madaillan de Lesparre, seigneur de Montataire, père du Louis de Madaillan cité à la p. 243 du t. i.
Jean de Madaillan était le fils de ce dernier.
2 V. Notice sur la Ville et la Juridiction de La Sauvetat-de-Caumont, aujourd'hui La Sauvetat-du-Drot, par Antoine Aloy, p. 93.
Cette troisième insurrection des Croquants, renouvelée de 1594 et 1624, avait pour chef général un gentilhomme du nom de La Mothe-la-Forèt. Une amnistie, fut accordée aux révoltés.
V. une lettre du 13 juin 1637, dans laquelle le duc de La Valette raconte à son père l'expulsion des Croquants de La Sauvetat, d'Eymet et de Bergerac (Documents inédits relatifs à l'Histoire de l'Agenais, p. 229).
Le vol. n° 473 de la coll. Dupuy (Bibliothèq. nation.) contient une curieuse relation de cette campagne, datée de Bordeaux, H juin 1637.
Je n'ai pas à parler des affaires d'Allemagne, de la première bataille de Nordlingen (1634), malgré son influence, ni des campagnes qui suivirent. L'Histoire de l'Agenais n'a rien de commun absolument avec ces événements. L'Alsace, la Lorraine, l'Artois étaient conquis. La France avait pu lever et entretenir sept corps d'armées, équiper cent vaisseaux, dépenser 66.000.000 par an pour la guerre.
La puissance de Richelieu n'avait pas de bornes. vSon activité suffisait à tout. De la main qui allait signer l'arrêt de mort de Cinq-Mars et de ThouV, il avait approuvé les premiers statuts de l'Académie Française2 et écrit des articles, pour la Gazette de Renaudot3. Les lettres, par sa protection, prenaient un élan remarquable ; la philosophie naissait en bégayant des chefs-d'œuvre.
Descartes allait publier sa Méthode1"; Malherbe avait rimé ; Balzac, Voiture et Vaugelas épuraient la langue ; Corneille écrivait le Cid 5.
Les sciences, les beaux-arts, l'industrie même trouvaient leur part de cette sollicitude universelle : Simon Vouet protégé, le Poussin glorifié, la Sorbonne construite, le Jardin des Plantes fondé; toute œuvre
1 Henri Coiffier de Ruzé, marquis de Cinq-Mars, né en 1620. — François- Auguste de Thou, né en 1607, fils de l'historien Jacques-Auguste de Thou. Leur exécution eut lieu à Lyon le 12 septembre 1642.
Le duc de Bouillon, Frédéric-Maurice de La Tour, que nous rencontrerons bientôt, fut compromis dans cette affaire.
2 Les lettres patentes de fondation de l'Académie Française sont du 2 janvier 1635; mais le Parlement ne les enregistra que le 10 juillet 1637.
3 La Gazette de France, de Renaudot, vint après le Mercure François, en 1631. C'est le premier journal imprimé en France paraissant plusieurs fois par mois. Sa collection de 1631 à 1792 forme 163 volumes in-4°. Théophraste Renaudot, médecin (1584-1653), rédigea la Gazette jusqu'à sa mort.
4 Le Discours de la Méthode fut publié en 1637 (Leyde,in-8«).
5 Le Cid parut à la fin de 1636.
L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 135
utile, féconde, nationale encouragée : tel était le bilan de cette gestion d'un grand homme.
Et pendant ce temps, à part une sédition de peu d'importance sur quelques points de son territoire4, l'Agenais vivait presque paisible. Les mœurs s'étaient épurées ; la corruption du xvie siècle avait disparu, ou du moins la licence d'alors affectait des apparences moins brutales qu'au temps des derniers Valois.
Qu'en était-il, d'ailleurs, exactement? Que faut-il prendre, par exemple, du charmant badinage de Chapelle et Bachaumont, dont la visite agenaise eut lieu quinze ans plus tard, après la Fronde, en 1656? On sait en quels termes piquants les deux spirituels voyageurs parlent d'Agen, qu'ils transforment en palais d'Armide, en pays enchanté réunissant toutes les séductions. La part de l'imagination des poètes dans ce tableau est sans doute prépondérante2.
L'évêque Claude Gelas était mort le 26 décembre 1630 et avait été remplacé par Gaspard de Daillon du Lude, fils de François, comte du Lude, et de Françoise de Schomberg. Grand seigneur avant tout, ce nouveau prélat, venu à Agen en 1632, avait été transféré en 1635 à l'archevêché d'Albi, ayant pour successeur Barthélémy d'Elbène dont l'épiscopat devait se prolonger jusqu'en 1663.
1 Archives Historiques de la Gironde, t. xvm, p. 457.
2 On connaît bien ce passage :
ce Agen, cette ville fameuse, « De tant de belles le séjour », etc. Le célèbre Voyage de Chapelle et de Bachaumont fut imprimé pour la première fois avec les poésies des deux auteurs en 1755 (La Haye, in- 12). (Cl. Lhuillier, dit Chapelle [1026-1686] ; Franc, de Bachaumont (1624-1702].) L' « aimable d'Ortis», le cicérone agenais des deux voyageurs, était Antoine de Boissonnade, comte d'Orty, fils de Géraud de Boissonnade, premier capitaine du régiment des Gardes, puis brigadier de la maison du roi et ensuite gouverneur de Bapaume.
En 1638, le duché-pairie d'Aiguillon fut encore reconstitué sur la tête d'une nièce de Richelieu, Marie-Madeleine de Vignerod de Pontcourlay, veuve d'Antoine de Combalet1. La terre d'Aiguillon fut achetée le 12 août 1638 pour 400.000 livres aux héritiers de Henri de Lorraine, duc de Mayenne, et la nouvelle duchesse compléta son acquisition en 1642 par l'engagement du pays d'Agenais et Gondomois, qu'elle paya 175.000 livres. C'est ainsi que les ducs d'Aiguillon, héritiers de Mme de Combalet, eurent aussi le titre de comte d'Agenais.
En cette même année 1638, la naissance du dauphin, qui devait être Louis XIV, fut célébrée avec enthousiasme dans toutes les villes du royaume. A Agen, le feu de joie allumé sur la grande Place à cette occasion donna lieu, le 16 septembre, entre l'évêque et les consuls, à un de ces conflits de préséance si fréquents autrefois. L'évêque prétendait au droit d'allumer le bûcher; les consuls revendiquaient cette prérogative dont ils faisaient la preuve par les livres de Jurade. Néanmoins, au moment où, réunis dans la Cathédrale
1 Antoine de Beauvoir du Roure, seigneur de Combalet, colonel du régiment de Normandie, avait été tué au siège de Montpellier en 1632.
Madame de Combalet, sur qui la chronique scandaleuse s'est tant exercée, combla de bienfaits son duché-pairie jusqu'à sa mort, survenue en 1675.
Elle institua pour sa légataire universelle Marie-Thérèse de Vignerod de Pontcourlay de Richelieu, cinquième enfant de son frère François de Pontcourlay, général des galères, en lui substituant la descendance de son neveu Louis de Vignerod, marquis de Richelieu. Celui-ci hérita, en effet, en 1705, et transmit ses biens et ses titres, en 1730, à son fils Armand-Louis (1683-1750). Le fils de ce dernier, Emmanuel-Armand, devint duc d'Aiguillon (1720-1782), et fut le père d'Armand-Désiré, dernier duc d'Aiguillon (1761-1800), député de la Noblesse d'Agenais aux Etats généraux de 1789.
Nous retrouverons ces deux derniers.
V. sur Madame de Combalet: La duchesse d'Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu, par Bonneau-Avenant (Paris, 1879, in-8°). — Cet ouvrage a été analysé par M. Philippe Lauzun dans la Revue de l'Agenais en 1879, avec tirage à part (Agen, 1879, gr. in-8° de 15 pp.).
L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 137
Saint-Etienne, le corps de ville, les officiers de la Cour des Comptes et du Présidial attendaient pour le Te Deum la venue de l'évêque, celui-ci courait à la sourdine sur la place, suivi par deux laquais portant une torche allumée et de la paille. Au bruit de la foule, les consuls accourent, comprennent la manœuvre et cherchent à gagner de vitesse le prélat qui, déjà devant le bûcher, s'efforçait de l'allumer sans y parvenir, "à cauze que ledict buscher n'estoict pas encore entièrement achevé ".
Après de respectueuses représentations, l'évêque se décida à rebrousser chemin vers la cathédrale, d'où, à Tissue de la cérémonie religieuse, le corps de ville se rendit au feu de joie qu'il alluma au bruit du canon et aux cris de " Vive le Roi et Monseigneur le Dauphin1!"
Le 29 août 1640, le marquis de Sourdis2 vint à Agen, apportant un ordre de transfert à Bordeaux de la Chambre de l'Edit, qui, en effet, partit en septembre.
Des événements plus graves allaient bientôt survenir.
La maison d'Autriche était vaincue et la prépondérance française, établie; mais Richelieu, qui pouvait être justement fier de ce résultat, s'acheminait vers la tombe. Après la reddition de Perpignan (9 septembre 1642), le ministre, presque agonisant, rentra à Paris dans une litière et mourut le 4 décembre, âgé seulement de 58 ans, après avoir désigné Mazarin au choix
1 Le procès-verbal de cet incident, dressé par les consuls, a été publié par M. Ad. Magen : Un Conflit de préséance à Agen au xvn« siècle (Revue de l'Ayenais, t. vm, p. 465 et suiv.).
2 Charles d'Escoubleau, marquis de Sourdis, comte de Carmaing, etc. Il était lieutenant général en Guyenne.
du roi pour lui succéder. Louis XIII lui-même s'éteignit peu après, à 43 ans, le 14 mai 1643, laissant deux fils : Louis XIV, âgé de quatre ans et demi, et Philippe, duc d'Anjou, puis d'Orléans, qui allait être la tige de la branche cadette des Bourbons. Marie de Médicis était déjà morte dans l'abandon et presque dans la gêne à Cologne le 3 juillet 1642 l.
La régence avait été attribuée par le roi défunt à Anne d'Autriche, sous la direction d'un Conseil composé du prince de Condé, du cardinal Mazarin, du chancelier Séguier et des deux secrétaires d'Etat Bouthillier et Chavigny2, la présidence étant dévolue au duc d'Orléans, lieutenant général du royaume. Mais Anne d'Autriche était peu faite pour rester en tutelle. L'indolence du duc d'Orléans, l'appui du Parlement, le concours des grands, qu'avait abaissés Richelieu et qui voyaient une revanche dans l'avènement de son ennemie, servirent naturellement son ambition. La réaction alla jusqu'à l'imprudence, jusqu'au danger
1 Sur les guerres et les divers événements du règne de Louis XIII, de nombreux ouvrages et mémoires peuvent être consultés. J'en ai cité plusieurs et pourrais en mentionner encore bien d'autres : Histoire du règne de Louis XIII, par Le Vassor (Amsterdam, 1701-1711, 19 vol, in-12 ; 1750, 20 vol. in-12 ; 1757, 3vol. in-4°) ; parle P. Griffet (Paris, 1758, 3 vol. in-4°). — Les Guerres du règne de Louis XIII et de la minorité de Louis XIV. Mémoires de Jacques de Chastenet, seigneur de Puységur (Ed. Duchesne : Paris, 1690 et 1747, 2 vol. in-12 ; éd. Tamizey de Larroque : Paris, 1883, 2 vol. in-16, fig.). — Histoire des Guerres de Louis XIII contre les religionnaires rebelles de son Etat, par Ch. Bernard (Paris, 1635 et 1646, in-f°). — Historia protrastrse a Ludovico XIII sectariorum in Gallia rebeilionis, par de Gramond (Toulouse, 1624, in-4°), etc. Je ne saurais omettre la précieuse collection du Mercure François de 1605, mine opulente de renseignements sur l'époque. Les t. vu et vm (1621- 1622), notamment, sont remplis d'indications précises sur les faits de guerre dont la Guyenne et l'Agenais furent alors le théâtre.
2 Pierre Séguier, chancelier de France (1588-1672), souverainement impopulaire. — Claude Bouthillier, ancien surintendant des Finances (1584-1652), et son fils Léon, comte de Chavigny et de Bezançais (1608-1652), qu lui avait succédé comme secrétaire d'Etat au département des Affaires étrangères. La disgrâce de ces deux derniers ne tarda guère,
L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 139
national; elle aurait eu sans doute de désastreuses conséquences, si la régente, enfin clairvoyante, n'eût recouru d'instinct aux bonnes traditions méconnues et, par un coup de vigueur, ressaisi le pouvoir.
Le 2 septembre vit la fin des mesquines intrigues qui s'étaient déchaînées. Le duc de Beaufort1 est emprisonné à Vincennes ; les ducs de Vendôme, de Mercœur2, de Guise et la duchesse de Ghevreuse sont exilés; Mazarin devient premier ministre, Séguier reçoit la Justice, d'Emery les Finances, Le Tellier la Guerre, et la prospérité, un instant chancelante, se raffermit aussitôt.
Les campagnes de 1643 à 1648 sont glorieuses. Le grand Condé3 se révèle à Bocroy (18 mai 1643); Turenne4, nommé maréchal de France, le seconde à Fribourg (4 août 1644) et à Nordlingen (3 août 1645). En Flandre, en Italie, en Catalogne, en Allemagne, ces deux grands capitaines portent au plus haut la gloire française, et après Lens (19 août 1648) finit la guerre de Trente ans par la célèbre paix de Westphalie, dont les négociations duraient depuis le 10
1 François de Vendôme, duc de Beaufort, second fils de César de Vendôme, bâtard légitimé de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, né en 1616, tué à Candie en 1669.
2 Louis, duc de Mercœur, puis duc de Vendôme, frère aîné du précédent, né en 1612, mort en 1669. Il épousa Marie de Mancini, une nièce de Mazarin.
3 Louis II de Bourbon, duc d'Enghien, puis prince de Condé, surnommé le Grand Condé, un des plus illustres capitaines qu'ait produits la France, fils de Henri II de Bourbon et de Charlotte de Montmorency. 11 était né à Paris le 8 septembre 1621 et mourut le 8 décembre 1686.
4 Henri de La Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, maréchal de France, né à Sedan le 11 septembre 1611, tué à Salzbach le 27 juillet 1675, second fils de Henri de La Tour, vicomte de Turenne, duc de Bouillon, prince de Sedan, et d'Elisabeth d'Orange.
Le célèbre capitaine épousa en 1653 Charlotte de Caumont, dame de Saveilles, fille du maréchal de France Armand de Caumont, duc de La Force. Ses Mémoires furent publiés en 1735 (Paris, in-8°).
avril 1643. C'était comme le couronnement de l'œuvre gigantesque de Richelieu.
Pendant la période dont je viens de condenser en quelques lignes l'Histoire générale, aucun fait important ne s'était produit en Agenais, où le tumulte allait cependant bientôt renaître, et où, dès 1643, il était nécessaire de pacifier des troubles1.
Le vieux duc d'Epernon était mort à Loches le 13 janvier 1642. Son fils Bernard, devenu duc d'Epernon, rentra d'Angleterre à la disparition de Louis XIII, fut réhabilité par la protection de Mazarin et nanti de la survivance de son père dans le gouvernement de Guyenne, dont il prit possession à Bordeaux en août
Il fit une entrée solennelle dans Agen le 19 avril 1644. La réception, des plus brillantes, causa un tel plaisir au nouveau duc qu'il se fixa dans cette ville. Il logea d'abord dans la maison de Maures 2, près les Pénitents-Bleus. Or, dans cette maison vivaient trois filles de Guillaume de Maures, une des victimes de la sédition de 1635 3 : Anne, Jeanne et Clémence, dont les grâces séduisirent d'Epernon au point de lui faire oublier jusqu'aux plus élémentaires convenances.
1 Archives Historiques de la Gironde, t. xix, p. 110.
2 V. une note de la p. 130 de ce volume.
3 Guillaume de Maures, maître des requêtes de la reine de Navarre, syndic du pays d'Agenais en 1605, consul d'Agen de 1604. à 1628, avait épousé en 1598 Anne du Gravier, de laquelle il eut sept enfants, deux garçons et cinq filles.
L'aîné des garçons fut massacré avec son père dans l'émeute de 1635 ; l'autre devint conseiller d'Etat.
Des cinq filles, l'aînée, Marie, épousa François Le Bigot, seigneur de Saint- Quentin, comte de Flessac, et la troisième, Rose, devint en 1640 la seconde femme d'Amanieu de Malartic, premier consul d'Agen.
Les trois autres, Anne, Jeanne et Clémence, formèrent le fameux triumvirat féminin honni des Agenais,
L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 141
Pour elles, en effet, il multiplia les fêtes, les carrousels, les divertissements de toutes sortes; il fit aménager les beaux jardins de Malconte, hors la porte Neuve, où il réunit à profusion les agréments les plus variés.
Anne de Maures surtout, connue sous le nom de Nanon de Lartigue, sut s'emparer entièrement de son esprit, et pendant quelque temps les Agenais n'eurent qu'à se louer d'une bienveillance qui leur valut , avec des distractions nombreuses, des œuvres utiles, telles que la porte Saint-Louis, les Ecuries du roi1, de belles Promenades, etc. Mais un jour la scandaleuse conduite du vieux galant fut censurée et chansonnée, et celui-ci, dès lors, ne rêva plus que vengeance...
La duchesse d'Epernon vint de Cadillac à Agen en 1647 par la Garonne et fut pompeusement accueillie. Le duc donna des fêtes en son honneur, ou peut-être plus encore pour les sultanes de son harem de Malconte.
Les divertissements se succédèrent ainsi sans répit et sous le moindre prétexte pendant plusieurs années. Le duc vivait en souverain, au milieu d'une cour fastueuse que les Agenais devaient chèrement payer. Il avait secrétaire , grand écuyer , lieutenant des Gardes, pages et valets.
Parmi les fêtes de l'époque, j'en rappellerai une qui dut être très belle. Elle eut lieu le 16 février 1650, à l'occasion de la rentrée de la Cour des Aides, partie depuis 1635. Il y avait alors à Agen grande affluence de hauts personnages, et la troupe de Molière2, appe-
1 La porte Saint-Louis était placée vers l'extrémité de la rue de ce nom (aujourd'hui rue Louis-Vivent), à la hauteur de la rue du Manège, où se trouvent encore quelques parties des constructions dites Ecuries du roi.
2 La troupe de Molière, et très probalement Molière lui-môme.
lée par d'Epernon, y donna une ou plusieurs représentations au Jeu de Paume1.
Au surplus, les chansons et les persiflages des Agenais irritèrent bientôt à ce point d'Epernon qu'il riposta par la mise à discrétion de ses Gardes dans la ville, où ils commirent une foule d'exactions et rivalisèrent d'insolences. La situation devenait fort critique, lorsque le 1er octobre 1650 la cour, mécontente du duc pour des agissements de pur arbitraire, lui ôta le gouvernement de Guyenne, qui fut attribué au prince de Condé le 16 mars 1651.
Revenons un instant sur nos pas.
Dès 1648, d'Epernon s'était mis en guerre ouverte avec les Bordelais et le Parlement. Malgré la disette qui régnait alors, il avait donné l'autorisation d'exporter les blés. Gela pouvait conduire à la famine. Le Parlement fit opposition ; puis le duc construisant une citadelle à Libourne, il en appela au peuple bordelais décidé à défendre ses droits.
Les troupes de d'Epernon ravageaient les campagnes ; elles prirent Vayres, subirent un échec à Camblanes et pillèrent La Tresne, Garignan et Bouliac. Bordeaux préparait une flotte, quand un commissaire royal, le marquis d'Argenson, vint régler un arrangement le 1er mai 1649. Mais le duc éluda bientôt le traité et écrasa les Bordelais à Libourne. Leur chef, le marquis de Chambaret2, fut tué et'rem-
Le 13 février, Dufresne fit préparer son théâtre et rendit visite aux consuls.
V. l'intéressante publication de M. Ad. Magen : La Troupe de Molière à
Agen d'après un document inédit (Agen 1884- ; Paris et Bordeaux, 1887, in-8°).
1 Ce Jeu de Paume existait avant 1640. Il était situé dans les fossés de la ville, vers la propriété du Petit Séminaire. Une impasse qui y conduisait a conservé ce nom jusqu'au jour où, par son prolongement sur le cours Plateforme (ou Washington), elle est devenue la rue Jeu-de-Paume.
2 Benjamin de Pierre-Buffières, marquis de Chambaret (ou Chambret), du
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place par le marquis de Lusignan1. De nouvelles négociations entre le duc et le Parlement, amenées par l'archevêque, n'eurent aucun succès. Le Parlement fut mis en interdit ; une scission se produisit entre lui et la Jurade, et il refusa de céder la place au comte de Gomminges2 et aux huissiers à la chaîne qui l'aecom-
Limousin. Il était fils de Louis de Pierre-Buffières, capitaine de Henri IV, appelé le Brave Cliambret, et de Marie de La Noue, fille de François de La Noue (Bras de Fer), laquelle convola en troisièmes noces avec le maréchal de Thémines.
Son fds aîné, Benjamin II de Pierre-Buffières, marquis de Chambaret, combattit aussi vaillamment pendant la Fronde bordelaise.
1 François II de Lusignan, deuxième marquis de ce nom, baron de Galapian et de Monbalen, fils aîné de François Ier de Lusignan, créé marquis en 1618 et dont j'ai déjà parlé.
Lieutenant général des armées du roi en Guyenne, François II de Lusignan eut, comme son père, une conduite équivoque. Il passa au service de Condé, tout en essayant de traiter avec le roi.
Son rôle dans le Bordelais pendant la Fronde fut des plus actifs. Il se mit ensuite à la tête des frondeurs de l'Agenais.
En 1656, revenant de Madrid où il était allé solliciter des secours de l'Espagne, il fut arrêté, condamné à mort pour crime de lèse-majesté par le Parlement de Pau et décapité dans cette ville.
Sur cette fin tragique du second marquis de Lusignan, longtemps ignorée des historiens agenais, V. la plaquette déjà citée de M. Tamizey de Larroque : Une Aventure du baron de Lusignan, etc.
François II de Lusignan avait épousé en 1621 Jeanne d'Escodéca de Boisse, et en 1630 avait séquestré sa sœur, Olympe de Lusignan (V. à ce sujet une très curieuse requête de François Ier de Lusignan à la Chambre de l'Edit de Guyenne, requête reproduite dans les Documents inédits relatifs à l'Histoire de l'Agenais, p. 217 et suiv.).
Plusieurs Mazarinades furent consacrées à François de Lusignan. Elles sont indiquées par M. Tamizey de Larroque, et à l'art. Relation véritable de ce qui s'est passé depuis la sortie de nos Chaloupes, etc., au t. ni de la Bibliographie générale de l'Agenais. J'en citerai une à propos du siège de Villeneuve de 1652.
Pour se venger des succès du marquis à Bordeaux, d'Epernon s'était saisi du château de Lusignan et avait brûlé plusieurs moulins à nef appartenant à son ennemi. Le fils aîné de François II de Lusignan, François III, reprit le château sur le duc. Ce François III de Lusignan épousa en 1651 Anne de Montpezat et mourut en 1657.
2 Gaston-Jean-Baptistc, comte de Gomminges, seigneur de Saint-Fort, de Pléac et de La Réole, capitaine des Gardes de la reine, né probalement en Saintonge en 1613. C'est lui qui fut chargé le 18 janvier 1650 de conduire à Vincennes
pagnaient. La révolte était complète. Le marquis de Lusignan ayant battu les Epernonistes en divers lieux en août 1649, d'Epernon fit tirer sur la ville les canons du château Trompette, et ses soldats incendièrent un quartier le 22 août. Alors survinrent Théobon1, La Mothe de Hautefort2 et le marquis de Sauvebeuf3, et le château Trompette dut capituler. Sauvebeuf prit Podensac, Barsac et Preignac ; le 15 novembre, il était devant Langon, qui se rendit ; Saint-Macaire lui ouvrit aussi ses portes; puis, revenant sur ses pas, il battit à Lormont la flotte des Epernonistes.
Le duc d'Epernon, renforcé, reprit bientôt les villes récemment réduites et vint menacer Bordeaux du côté de Blanquefort 4. Un très vif combat eut lieu à La Bastide, où triomphèrent brillamment les Borde-
Condé, Conti et Longueville. Il fut envoyé plus tard en Portugal comme ambassadeur extraordinaire (1657-1659), puis à Londres (16621665).
Il écrivit une Relation de l'arrestation des Princes qu'à imprimée en 1871 M. Tamizey de Larroque (Paris, in-8°). Le même érudit a aussi publié des Lettres écrites du Portugal par ce comte (Paris, 1885, gr. in-8°).
1 Jean de Rochefort, marquis de Théobon, fils aîné de Charles de Rochefort de Saint-Angel et de Jeanne d'Escodéca de Roisse. Nous le verrons bientôt défendre héroïquement Villeneuve assiégée par d'Harcourt.
Le marquis Jean de Théobon, rentré au service du roi en 1653, ne mourut pas, comme on l'a dit, au passage du Rhin en 1672: il fut tué en duel près de Lauzun le 16 février 1655 (V. le Livre de raison de N. de Lidon, pp. 54 et 59).
Le Théobon tué au passage du Rhin était peut-être le second fils de Charles, qualifié seigneur de Puychagut, ou plutôt le propre fils de Jean qui s'était marié en 1637.
2 Gaston de Hautefort, écuyer, seigneur de La Mothe, fils de Jean de Hautefort, troisième du nom. 11 épousa Jeanne de Reynac en 1642 et obtint sa confirmation de noblesse en 1667.
3 Charles-Antoine de Ferrières, marquis de Sauvebeuf, seigneur de Cheronac, etc.
D'abord attaché au parti des princes, il reprit du service dans l'armée royale après la paix de 1650 et fut envoyé en Guyenne avec le comte de Lillebonne.
4 Sur Rlanquefort, V. la Guyenne Militaire, de Léo Drouyn, t. n, pp. 38-68.
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lais, servis par la déroute à Bacalan d'une nouvelle flotte qui apportait des secours au duc.
Le comte Pierre d'Alvimare, maréchal de camp, fut chargé de traiter de la paix, accordant une amnistie générale, la diminution des tailles, la suppression de la citadelle de Libourne, etc.
Remarquons d'ailleurs que d'Epernon, sommeillant doucement dans sa belle demeure de Malconte, n'était intervenu lui-même à Bordeaux que trop tard pour secourir le château Trompette, et qu'il réintégra au plus tôt sa chère résidence agenaise, le 22 juin
Quand il dut quitter définitivement le pays par ordre de la cour, le 21 juin 1650 ', il partit la rage au cœur pour le château de Loches, en emmenant son triumvirat féminin dont Nanon de Lartigue était comme la souveraine 2.
1 Deux mois après le départ définitif d'Agen du duc d'Epernon, cinq soldats de ses Gardes et leur lieutenant osèrent reparaître dans cette ville et même insulter les habitants. Arrêtés et jugés par deux membres du Parlement délégués pour ce procès, ils furent condamnés à des excuses publiques humiliantes, avec bannissement pour dix ans, 1.000 livres d'amende et les frais.
2 Anne de Maures (Nanon de Lartigue), qualifiée dame d'Artigues, comtesse de Montricoux, et même comtesse d'Astarac, obtint un arrêt de confirmation de noblesse le 16 juillet 1659. Elle mourut vers 1686, laissant à son neveu, Jean-Vincent de Malartic, brigadier des armées du roi, le comté de Montricoux et 40.000 livres sous réserve de porter les nom et armes des Maures*, adjonction qu'autorisèrent des lettres patentes de février 1670.
Le 14- décembre 1659, d'Epernon lui avait donné le comté d'Astarac. Après la mort de son protecteur, le 14 novembre 1661, elle céda ce comté sans condition à Jean-Baptiste-Gaston de Foix-Candalle, un des plus proches parents du duc.
Une foule de satires et de pamphlets furent Lnprimés contre d'Epernon. Quelques-unes de ces pièces sont d'origine agenaise et visent directement Nanon. A cet égard, je renvoie le lecteur aux articles Maures (Anne de), t. il et m ; Cour burlesque du duc d'Espernon, et Epernonisme berné, t. i. de la Bibliographie générale de VAgenais.
V. aussi : Nanon de Lartigue, comtesse d'Astarac, dans les Pièces et Documents inédits pour servir à l'Histoire du Sud-Ouest, par A. Communay (Agen, 1889, pet. in-8°), p. 22 et suiv. ; Note inédite sur Mile de Maures, plus connue sous le nom de Manon VArtlgue, ou Nanon de Lartigue, par
Entre temps s'était accomplie en Angleterre la révolution dont Charles Ier fut victime (1649). En France, l'exagération toujours croissante des impôts et de fâcheuses mesures financières avaient amené, malgré le Conseil du roi, l'union du Parlement de Paris, de la Cour des Aides et de la Chambre des Comptes (mai 1648), réclamant des modifications et des réformes. Un lit de justice du 30 juillet n'ayant exercé aucune influence sur cette opposition à laquelle on donnait le nom de Fronde, la reine avait eu recours à un coup d'Etat.
Le 25 août 1648, pendant que se chantait à Notre- Dame le Te Deum célébrant la victoire de Condé à Lens, deux magistrats du Parlement, Pierre Broussel et Blancménil, furent arrêtés par les Gardes. La foule aussitôt se souleva et voulut les délivrer ; des barricades se dressèrent dans Paris, et la liberté des prisonniers fut arrachée à Anne d'Autriche pleurant de dépit.
La situation devenait impossible pour la cour, qui le 13 septembre se retira à Rueil. Condé s'était rallié au Parlement et une clameur unanime réclamait le renvoi de Mazarin. La régente dut encore se soumettre le 24 octobre ; mais elle visait obstinément une revanche, et après s'être assuré l'adhésion des princes, elle quitta furtivement Paris le 6 janvier 1649 en emmenant le jeune roi.
A cette nouvelle, Paris se mit en armes. Les magistrats prirent la direction du gouvernement, firent des levées d'hommes, votèrent des impôts, assurèrent l'approvisionnement et la défense et bannirent Mazarin du royaume.
Tamizey de Larroque (Paris, 1874, in-8°) ; Inventaire des meubles d'Anne de Maures, par le même {Revue de VAgenais, t. v, 1878, p. 152), etc.
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C'était la guerre civile, si favorable à la curée et toujours bien accueillie de la Noblesse brouillonne.
Vite accoururent le duc d'Elbeuf, le prince de Conti1, le duc et la duchesse de Longueville2, les ducs de La Rochefoucauld3, de Chevreuse'*, de
1 Armand de Bourbon, prince de Conti, comte de Pézenas, etc., pair de France (1629-1666). Il était le frère puîné de Condé.
Arrêté le 13 janvier 1650 avec Condé et Longueville, il fut retenu prisonnier jusqu'au 13 février 1651. Esprit peu énergique, il s'était mis à la remorque de sa sœur, la duchesse de Longueville.
2 Henri II d'Orléans, duc de Longueville (1595-1663), gouverneur de Picardie. Il prit part aux guerres des princes et fut un des chefs de la Fronde.
Il avait épousé en secondes noces, en 1642, Anne-Geneviève de Bourbon (1619-1679), dont la beauté et l'esprit eurent de si nombreux admirateurs, notamment le duc de La Bochefoucauld.
L'existence de la duchesse de Longueville fut agitée et romanesque. A Bordeaux, où elle se maintint assez longtemps, la chronique scandaleuse alla jusqu'à lui attribuer des relations avec son jeune frère Conti. Après 1653, elle se plongea dans une dévotion outrée.
V. les deux ouvrages que V. Cousin à écrits en philosophe bien attendri : La Jeunesse de Madame de Longueville (Paris, 1864, in-8°) ; Madame de Longueville pendant la Fronde (Paris, 1853, in-8°).
3 François de La Rochefoucauld, prince de Marsillac, le célèbre moraliste et écrivain, auteur des Maximes (1613-1680). Il fut presque sans cesse du parti des révoltés et des mécontents et eut pendant la Fronde une existence très agitée. Il fut blessé au combat de la porte Saint-Antoine. L'amour de la belle duchesse de Longueville le servit puissamment, et il exerça un ascendant étrange sur les femmes les plus remarquables de son temps, Mme de Sablé, la duchesse de Chevreuse, Mme de Sévigné, Mme de La Fayette, etc.
Ses Maximes, publiées d'abord en 1665 (Paris, in-12), ont eu des centaines d'éditions.
Je mentionne spécialement ses Mémoires, publiés en 1662 sous ce titre : Mémoires de M. D. L. H. sur les brigues à la mort de Louis XIII, les Guerres de Paris et de Guijenne et la prison des Princes (in-4°). Les éditions en ont été très nombreuses, avec des versions variables. Ils ont pour nous un certain intérêt. Je cite les éditions de Duplessis (Bibliothèque Elzévirienne, 1853, in-16) ; de L. Lacour (Académie des Bibliophiles, 1869, in-8°) ; de F. de Marescot et de Ch. Boyer (1869 et 1870, in-12), et principalement celle de la collection des Grands Ecrivains de la France, dans laquelle les œuvres complètes du moraliste forment 3 vol. in-8« (1868-1884).
La Rochefoucauld était seigneur en Agenais, où il possédait la terre de Cahuzac (canton de Castillonnès).
V. Condé et La Rochefoucauld à Agen, par G. Tholin (Hevue de V Agenais, t. xii, 1885, p. 145 et suiv.).
4 Claude de Lorraine, prince de Joinville, duc de Chevreuse, fils puîné de Henri de Cuise (1578-1657)/
Nemours1, de Beaufort, celui-ci échappé de Vincennes et que le peuple baptisa d'enthousiasme du nom de Roi des Halles. Cet envahissement de grands seigneurs dénaturait complètement le caractère du mouvement populaire : la Fronde n'était plus qu'une tentative nouvelle de la Noblesse contre la Royauté.
Dans cette lutte difficile contre le Parlement et la Fronde, la cour eut un moment la pensée d'en appeler à la nation. Le 23 janvier 1649 fut lancée de Saint-Germain une convocation des Etats généraux. La lettre royale, reçue à Agen le 7 février, donna lieu à une délibération de la Jurade pour la nomination des députés de la ville à l'Assemblée chargée de la rédaction des doléances.
C'est le 26 février qu'eut lieu la séance générale des trois ordres au réfectoire des Grands-Carmes. Il fallut sept jours pour la préparation des Cahiers (27 février - 4 mars), qui dévoilaient, notamment, les abus créés par la suppression des Etats de la province. Ces Cahiers furent présentés au duc d'Epernon et sans doute déposés tout simplement aux Archives, car le projet n'eut aucune suite2.
Il épousa en 1620 Marie de Rohan (1600-1679), veuve du connétable de Luynes, dont le fils, Louis-Charles d'Albert, duc de Luynes, hérita du duché de Chevreuse.
La vie d'intrigues et de galanteries, les aventures romanesques de la belle duchesse de Chevreuse sont célèbres.
Forcée de se réfugier en Angleterre sous Richelieu, puis intime confidente d'Anne d'Autriche, elle fut mêlée à toutes les conspirations ourdies contre Mazarin.
V. les Mémoires du Cardinal de Relz, et le vol. que lui a consacré V. Cousin (Paris, 1856, in-8»).
1 Charles-Amédée de Savoie, duc de Nemours, fils de Henri de Savoie, marquis de Saint-Sorlin, puis duc de Nemours, et d'Anne de Lorraine. Il fut tué en duel par le duc de Beaufort en 1652.
2 Une analyse très substantielle de ces Cahiers de 1649 a été donnée avec un commentaire par M. Georges Tholin, dans ses Cahiers des Doléances du Tiers Etat du Pays d'Agenais aux Etats généraux, p. 80 et suiv.
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Les Parlements de province s'unirent au Parlement de Paris. La duchesse de Longueville jouait à la régente; Conti, nommé généralissime, eut le duc d'Elbeuf pour lieutenant; La T rémouille fit des levées ; la Normandie et la Provence se révoltèrent.
La guerre commença en février 1649. Gondé s'empara de plusieurs villes, et le 11 mars fut signé un traité que le Parlement rejeta et qui ne devait guère assurer la paix.
Le gouvernement était sans force. Le gâchis le plus extravagant s'affirmait dans tous les sens. C'était une guerre d'amoureux et de femmes galantes : la duchesse de Longueville allait entraîner Turenne; les princesses de Condé1 et de Montpensier2 commandaient les armées.
1 Claire-Clémence de Maillé-Brézé, née en 1628, mariée en 1641 à Condé, morte en 1694.
2 Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, dite Mademoiselle, puis la Grande Demoiselle (1627-1693). Elle était fille de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, et de Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier, et s'était jetée avec une folle ardeur dans les intrigues de la Fronde.
On connaît bien la singulière histoire de son mariage avec le célèbre favori de "Louis XIV, Antoine -Nompar de Caurnont, duc de Lauzun, mentionné plus loin.
La duchesse de Montpensier a laissé des Mémoires très importants pour l'histoire de la Fronde, publiés d'abord à Amsterdam (1729-1746) et à Maëstricht (1776) en 8 vol. in-12, Mémoires reproduits dans les collections Petitot et Michaud, et réimprimés par Chéruel, avec une clef tirée des Mémoires de Seyrais (Paris, 1858, 4 vol. in-12).